Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘besoins’

Le ‘bon’ chien de zoothérapie ? Réponse

06/02/2010

Cette semaine nous nous interrogeons sur le type de chien partenaire en zoothérapie.  Voici la réponse d’Emmanuelle Fournier Chouinard, Psychologue, intervenante/ enseignante en zoothérapie:

La réponse est fonction… du besoin! Tenter d’apporter une réponse adaptée au besoin des gens, ou mieux, tenter de faciliter le développement de la capacité de l’Autre à reconnaître et prendre soin de ses besoins! Voilà l’essence de la psychothérapie. Pour ce faire, le partenaire-chien est des plus aidants.
Mais de quels besoins parle-t-on? Celui de chacun des trois acteurs de la triade thérapeutique au coeur de la pratique en zoothérapie: le client, l’animal-partenaire et l’intervenant. Nébuleux!? J’illustre:
Madame Beaulieu est anxieuse + +. En relation, il s’avère qu’elle se laisse aisément envahir. En psychothérapie avec le chien, littéralement «marcher dessus» (ex., se fait sauter dessus, embarquer sur les genoux, gratter avec les griffes). Au quotidien, incapable d’être «gardienne de ses frontières», elle tolère, tolère et tolère encore jusqu’à ce que «boom», sans crier gare, elle craque…. Grr! M… J’vais t’en… Bip! Puis, elle se sent coupable, «méchante», «pas fine»… Image que les autres peuvent d’ailleurs lui renvoyer dans ces moments.
Ici, Madame Beaulieu a potentiellement besoin (entre autres choses) d’un espace sécuritaire, d’une zone de confort («la tanière ou le nid intérieur») où elle saura se sentir assez en sécurité pour baisser la garde et s’apaiser. Comment faire lorsqu’on est susceptible d’être à tout moment envahi? On peut apprendre à devenir «gardienne de ses frontières: savoir les protéger, savoir inviter l’Autre à y entrer, mais aussi savoir signifier à l’Autre dans sortir». Pour ce faire, le contexte sécurisé de la psychothérapie assistée par l’animal pourra lui permettre de développer, de manière expérientielle, de nouvelles compétences dans la relation à l’Autre.
Dans cette situation (que je simplifie pour les besoins de la cause)…
1/ La cliente a besoin d’un envahissement «gérable et sécuritaire» donc d’un envahisseur qui se prête au jeu, mais qui envahit bel et bien. Qu’on ne fasse pas juste en parler. Qu’on le vive dans toute la plénitude de l’expérience!
 
2/ La thérapeute a besoin d’un partenaire avec qui elle partage un lien de confiance et une bonne communication; un partenaire qui a la maturité affective et l’équilibre pour tolérer le contact avec une personne «malhabile relationnellement» et, ici, un partenaire énergique qui aime suffisamment les gens pour aller vers eux… Et les envahir s’ils n’ont pas de frontière!!!
 
3/ Le chien-partenaire, lui, a besoin de comprendre ce qui se passe (ce que l’on attend de lui), de se sentir en sécurité (à travers ex., autonomie propre et maturité, travail en liberté, confiance/ communication avec la thérapeute), d’avoir de l’espace physique mais surtout psychologique pour être ce qu’il est, pour être lui… Il a aussi besoin de trouver le tout assez intéressant et renforçant/valorisant pour garder sa motivation.
 
Dans l’exemple, contrairement à ce que l’on peut croire, le chien «rigidifié» par une éducation contrôlée dont le mode d’interaction avec les humains est dicté par toutes sortes de codes appris depuis le tout jeune âge, à la… «On s’assoit lorsque quelqu’un arrive.», «On attend la commande pour venir se faire flatter et recevoir le biscuit.», «On a à peine besoin d’un faible «couchhhh» murmuré pour s’aplatir aussitôt au sol comme une crêpe sans bouger.» (Je caricature pour faire image). Ce chien là donc ne sera pas le partenaire rêvé pour Madame Beaulieu et sa thérapeute, dans un contexte de psychothérapie où l’un des objectifs est de développer l’affirmation de soi («gardienne de ses frontières»)!!
Je lui préfèrerais sans hésiter le p’tit Dooky, envahissant… Un peu stressé, oui, mais capable de tolérer grâce à notre alliance une heure d’intervention et surtout (c’est important) d’y trouver son compte. Comment m’assurer de cela? De plusieurs façons… Mais une mesure efficace: le temps de réponse au tintement du harnais de travail (strictement utilisé pour «aller travailler en zoothérapie»). Si le chien se cache en le voyant poindre: Pas bon!! Si le chien se rue sur vous… Et vous saute dessus joyeusement: Bon signe!!.

Je souhaite, à travers ces quelques lignes avoir réussi à traduire l’idée suivante: Il n’y pas une bête, une race, un type, un format de chien-partenaire pour la zoothérapie. Il y a de la cohérence en fonction des besoins et objectifs, il y a du respect de l’idée selon laquelle chacun doit y trouver son compte –animal inclusivement– et il y a de la réflexion et du «gros bon sens».
 
Attention aux dictats et au «prêt-à-assister-bien-éduqué»!! La Complexité de la Nature animale (humaine et non-humaine) ne se laisse pas cadrer dans quelques leçons de socialisation et d’éducation. Non plus que la Force de cette même Nature ne se laisse museler et harnacher par quelques sessions de dressage. Fort heureusement! Seuls la curiosité et l’intérêt mutuel ainsi que l’engagement réel seront garant d’une Alliance humain-animal porteuse de bénéfices en zoothérapie!
 
Emmanuelle Fournier Chouinard
Psychologue, intervenante/ enseignante en zoothérapie
duloupberger@hotmail.com
(418) 815-4296

Pour en savoir plus:
Travail de maîtrise d’Émmanuelle: Effet d’une thérapie de type cognitivo-comportemental assistée par l’animal sur les interactions sociales de personnes ayant une déficience intellectuelle légère ou moyenne

L’homme en rupture sauvage

08/10/2009

L’homme occidental du 21e siècle est en rupture sauvage. Souvent, trop souvent, il s’interdit d’accueillir le chien comme membre d’une autre espèce. De là son arrogance et son divorce d’avec la vie.
L’être humain n’existe que parce qu’il est en relation avec d’autres congénères. Il trouverait à se compléter s’il était en relation avec d’autres espèces. Le chien appartient à une autre espèce. La science ne sait d’ailleurs toujours pas quelle hypothèse retenir quant à son origine. Qu’importe, le doyen des animaux de compagnie n’en reste pas moins un animal carnivore captif d’une autre groupe que le sien et rejeté dans sa différence par ceux qui s’y intéressent.
Cette négation prend non seulement la forme de l’anthropomorphisme, cette violence faite aux chiens de les humaniser pour les rendre disponible aux besoins humains. Le chien est entré sous nos toits. Fait-il pour autant partie de la famille… humaine ? Non, le chien n’est pas un être humain. Comme l’homme n’apprend pas l’autre race, il camoufle la sienne et le chien se trouve confronté à des situations auxquelles il ne peut trouver de réponses adaptées. Par méconnaissance, inconscience et plus sournoisement par exclusion de ce qui n’entre pas dans ce qui peut être contrôlé par lui-même, l’homme n’accepte pas ce fait : son plus fidèle ami appartient à un autre monde. C’est ce qui a fait dire à l’anthropologue Claude Levi-Strauss, dont on fêtait en 2008 le centième anniversaire de naissance, qu’en « s’arrogeant le droit de séparer radicalement humanité et animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, l’homme occidental a ouvert un cycle maudit »[1] dans lequel il a oublié d’entrer en relation avec la part différente de l’autre différent. Il a renoncé à lui-même en se plaçant en haut de l’échelle de l’évolution. Cet être vivant s’est exclu lui-même du règne de la nature. L’homme s’est trompé pendant des siècles, il s’est voilé la face.
Sa malfaisance à traiter les animaux comme des sous-humains, des objets ou des choses (un propriétaire dispose d’une chose) n’a plus sa raison d’être. Il suffirait au seigneur absolu de la création d’accueillir la différence interspécifique. Et la rencontre fabuleuse avec Canis familiaris aurait lieu. Être compagnon de route d’un autre que soi, un autrui différent et unique, c’est paver la voie à un vrai humanisme. En observant son chien, en développant avec lui une relation privilégiée de compréhension mutuelle, on intègre la partie animale de son humanité. On ne parle pas de communauté hybride mais bel et bien d’humanisation franche de l’homme au contact d’un individu aux besoins, comportements, instincts naturels et canins. Dans un rapprochement respectueux de l’animalité de son chien, Je suis ce que je suis car IL est ce qu’il est.
L’homme a nié ceux de l’espèce canine en les dominant, en les asservissant, en les folklorisant. Cet « humanisme totalement coupé de la nature, perverti et destructeur » disait Claude Levi-Strauss, docteur honoris causa de l’Université de Montréal et de l’Université Laval, a duré. Désormais, il se sent seul. Bien lui en prend s’il pouvait avoir l’audace d’accepter recevoir l’attention altruiste et la mansuétude patiente du chien pour apprendre à retrouver sa place dans la nature et dans la société.


[1] Levi-Strauss, Claude. Anthropologie structurale deux, Plon, 1973, p. 49-55


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