Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Auberger Janick et Keating Peter’

Nous sommes une société du sacrifice

20/06/2011

Réflexions sur la condition faite aux animauxL’animal a toujours été au cœur des relations entre le monde des dieux et celui des hommes. Il est l’intermédiaire indispensable dont on ne peut toujours pas se passer. Françoise Armengaud, Réflexions sur la condition faite aux animaux, est catégorique, de nos jours, il y a permanence d’un élément sacrificiel hors rituel : celui de l’abattage industriel des animaux. Pour elle, la notion de sacrifice est centrale dans la société de nos jours.
Quand on parle de sacrifice, on se reporte naturellement à l’époque de l’Antiquité Païenne, où l’animal était sacralisé car sacrifier aux dieux. Parfois on brûlait tout l’animal et cela s’appelait un holocauste, du grec, holos, ‘entièrement’; kaiein, ‘brûler’.  Cette ritualisation de l’abattage avait placé l’animal dans un contexte religieux et donnait à l’acte la gravité de l’exception. Cela permettait de tirer du sens de l’animal. Dans ces sociétés, on tirait de l’animal le sens qui résidait en lui – ou plutôt qui était censé résider en lui, car projeté sur lui. On reconnaissait à l’animal du sens et on le lui prenait avec sa vie. Ainsi, on se nourrissait littéralement de cette vie et on se nourrissait Si les lions pouvaient parlersymboliquement du fait que cette vie avait un sens. Bref mangé tout entier, on assimilait l’animal sur tous les plans (voir Françoise Armengaud in Si les lions pouvaient parler, p. 876-877).
Ensuite, le christianisme lui remplaça le sacrifice par une messe ce qui renvoya l’animal dans le monde profane et désacralisa son abattage. L’animal devint une masse de viande dont l’abattage ne nécessitait plus ni rituels ni sacrificateurs professionnels, une créature n’ayant plus aucun lien avec Dieu et vouée seulement à servir l’être humain. (p.39 Des animaux de l’antiquité à nos jours)
À partir de là, l’animal n’ayant plus de sens, on pouvait lui prendre sa vie sans crier gare ou faire quelques simagrées ritualisées : on lui prenait sa vie, on ne doAuberger Janick et Keating Peter. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009nnait pas sens à ce qu’on prenait mais on s’en nourrissait, bref on se nourrissait du non-sens! C’est pourquoi aujourd’hui il est si facile d’abattre à la chaîne des milliards d’animaux chaque année.
C’est pourquoi aujourd’hui encore au sein même de l’Occident persiste des pratiques de sacrifice désacralisées car vide de sens. C’est le principe prédateur par excellence : la vie animale nourrit et soutient ma vie. Au moins ça a le mérite d’être clair : aujourd’hui on pratique le meurtre à grande échelle.

Y a-t-il une frontière entre l’homme et l’animal?

22/07/2010

Où en sont les scientifiques dans cette difficile définition de l’humanité et de l’animalité? Qu’est-ce qui nous différencie? La culture? Le langage? L’apprentissage? Est-ce là ce qui nous sépare de la bête? La solution viendra peut-être des efforts conjugués des anthropologues et des éthologues? Les premiers s’intéressent à l’histoire de l’homme (l’anthropologie évolutionniste est entrain de prendre forme, tenant compte de toutes les découvertes récentes dans de nombreuses disciplines (paléoanthropologie, préhistoire, génétique, éthologie, sciences cognitives, linguistique). Bien sûr le séquençage du génome de l’homme en 2003 et celui du chimpanzé en 2005 incitent à repenser l’origine de l’homme et de son évolution. Les seconds se penchent sur les comportements des animaux surtout en milieu naturel mais n’est-ce pas finalement le même objectif : dessiner avec plus de précision la frontière censée séparer l’homme de l’animal, voire la déplacer en fonction des nouvelles découvertes? – Pourquoi cette volonté de mieux comprendre les sociétés animales complexes? Selon Dominique Lestel, ‘pour mieux connaître nos propres sociétés’.
On est déjà entrain de faire sauter la frontière jusqu’à présent immuable qui séparait nature et culture, Auberger Janick et Keating Peter. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009l’homme s’arrogeant seul le droit de sortir des limites de la biologie pour accéder à la culture. Les chercheurs parlent maintenant de ‘cultures animales’ certains ne considérant que les grands signes, d’autres comme Dominique Lestel ou Hal Whitehead et Luke Rendall (université Dalhousie à Halifax) incluant dans leurs observations cétacés et oiseaux, corbeaux et corneilles en particulier….
Et le chien?
Il est désormais bien attesté que de nombreuses espèces animales peuvent apprendre, mémoriser, résoudre des problèmes et même forger des représentations mentales.

Janick Auberger et Peter Keating. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009, p .88


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