28/01/2011
Les 6 nations iroquoises considèrent que leur plus grande cérémonie est celle qui a lieu pour le nouvel an. Durant cette cérémonie, il faut sacrifier un chien blanc à Hawenniyo, le dieu favorable aux indiens. Ce sacrifice qui a lieu en février (parfois en mars), purge le peuple du mal. Il est aussi marqué par des interprétations de rêve. Horatio Hale est peut-être celui qui a tenté d’en savoir plus sur cette fête, il indique que ce sacrifice est de loin la plus sainte des fêtes de la théologie iroquoise. Car chez les Iroquois, le chien est un messager intercesseur, il portait les prières des hommes au ciel.
Reste que l’association des chiens blancs avec le sacré chez les peuples amérindiens - entre autre - est assez répandue.
Ainsi, dans la mythologie abénaquise, Mool-sem est le chien blanc de Gluskab qui pouvait se contracter ou s’agrandir. En gros, il y a Tabal-dak, l’être créateur, qui a crée les humains et a aussi donné vie àet Gluskab et Malsumis nés de la poussière sur sa main. Gluskab et Malsumis ont tous les deux le pouvoir de faire un monde meilleur, mais seulement Gluskab l’essaie en compagnie de son chien blanc.
Dans la mythologie chrétienne, les Dominique sont des chiens du Seigneur et Seigneurs chiens. Dominique contient implicitement « Domini canes » : chiens de Dieu. Par ailleurs, la mère enceinte de Saint Bernard de Clairvaux rêva d’un chien blanc au dos roussâtre. On lui prédit qu’il serait un grand prédicateur qui aboierait contre les hérétiques. (ref)
Il y a un trait commun, peut-être, entre toutes ces croyances et commémorations annuelles. D’abord, c’est un rite funéraire, on sacrifie l’animal qui est le plus près de l’homme, l’animal est blanc, l’homme ne serait-il lui aussi blanc? Celui même qui exploite par sa supériorité technique au lieu d’aider l’homme rouge [l’Amérindien] pour le réduire au rang des colonisés. N’y aurait-il pas un parallèle à faire: le symbole du meurtre de l’envahisseur blanc : on tue le Père Blanc qui est venu apporter la ‘bonne nouvelle’ justement celle qui descend du Ciel?
Pour aller plus loin :
“Le père, approche anthropologique” Rémi SAVARD – Anthropologue, professeur retraité de l’enseignement, Université de Montréal
(1969)
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08/10/2009
L’homme occidental du 21e siècle est en rupture sauvage. Souvent, trop souvent, il s’interdit d’accueillir le chien comme membre d’une autre espèce. De là son arrogance et son divorce d’avec la vie.
L’être humain n’existe que parce qu’il est en relation avec d’autres congénères. Il trouverait à se compléter s’il était en relation avec d’autres espèces. Le chien appartient à une autre espèce. La science ne sait d’ailleurs toujours pas quelle hypothèse retenir quant à son origine. Qu’importe, le doyen des animaux de compagnie n’en reste pas moins un animal carnivore captif d’une autre groupe que le sien et rejeté dans sa différence par ceux qui s’y intéressent.
Cette négation prend non seulement la forme de l’anthropomorphisme, cette violence faite aux chiens de les humaniser pour les rendre disponible aux besoins humains. Le chien est entré sous nos toits. Fait-il pour autant partie de la famille… humaine ? Non, le chien n’est pas un être humain. Comme l’homme n’apprend pas l’autre race, il camoufle la sienne et le chien se trouve confronté à des situations auxquelles il ne peut trouver de réponses adaptées. Par méconnaissance, inconscience et plus sournoisement par exclusion de ce qui n’entre pas dans ce qui peut être contrôlé par lui-même, l’homme n’accepte pas ce fait : son plus fidèle ami appartient à un autre monde. C’est ce qui a fait dire à l’anthropologue Claude Levi-Strauss, dont on fêtait en 2008 le centième anniversaire de naissance, qu’en « s’arrogeant le droit de séparer radicalement humanité et animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, l’homme occidental a ouvert un cycle maudit »[1] dans lequel il a oublié d’entrer en relation avec la part différente de l’autre différent. Il a renoncé à lui-même en se plaçant en haut de l’échelle de l’évolution. Cet être vivant s’est exclu lui-même du règne de la nature. L’homme s’est trompé pendant des siècles, il s’est voilé la face.
Sa malfaisance à traiter les animaux comme des sous-humains, des objets ou des choses (un propriétaire dispose d’une chose) n’a plus sa raison d’être. Il suffirait au seigneur absolu de la création d’accueillir la différence interspécifique. Et la rencontre fabuleuse avec Canis familiaris aurait lieu. Être compagnon de route d’un autre que soi, un autrui différent et unique, c’est paver la voie à un vrai humanisme. En observant son chien, en développant avec lui une relation privilégiée de compréhension mutuelle, on intègre la partie animale de son humanité. On ne parle pas de communauté hybride mais bel et bien d’humanisation franche de l’homme au contact d’un individu aux besoins, comportements, instincts naturels et canins. Dans un rapprochement respectueux de l’animalité de son chien, Je suis ce que je suis car IL est ce qu’il est.
L’homme a nié ceux de l’espèce canine en les dominant, en les asservissant, en les folklorisant. Cet « humanisme totalement coupé de la nature, perverti et destructeur » disait Claude Levi-Strauss, docteur honoris causa de l’Université de Montréal et de l’Université Laval, a duré. Désormais, il se sent seul. Bien lui en prend s’il pouvait avoir l’audace d’accepter recevoir l’attention altruiste et la mansuétude patiente du chien pour apprendre à retrouver sa place dans la nature et dans la société.
[1] Levi-Strauss, Claude.
Anthropologie structurale deux, Plon, 1973, p. 49-55
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