Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘anthropocanine’

Un petit coup d’Umwelt

25/01/2010

Pour comprendre ce que le chien saisit de son environnement et comment il appréhende le monde, rien de mieux que d’emprunter la voix du biologiste allemand Jakob von Uexküll. Le scientifique dit qu’il faut se pencher sur ce qui fait sens chez l’animal. Examiner l’environnement subjectif et la vision du monde canine c’est examiner son Umwelt.  Au début du XXè siècle, cela révolutionne l’étude scientifique des animaux.
Deux aspects sont fondamentaux dans cette démarche. D’abord qu’est-ce que le chien perçoit (par les yeux, les oreilles, le nez, la langue…). Ensuite quel impact le chien a-t-il sur le monde? Sur son monde? « Ces deux composantes – perception et action – définissent l’essentiel de l’univers pour tout être vivant. Chaque animal possède son propre Umwelt, que von Uexküll décrivait comme une bulle de savon dans laquelle chaque individu est pris » (1).
Soit dit en passant, il en va de même pour l’être humain qui se recroqueville dans son cocon ne laissant passer que quelques informations qu’il trouve essentielles et importantes, bref qui ont du sens. Cela veut dire que l’humain comme le chien ne perçoivent qu’une partie de l’univers, donc qu’ils créent une partie de leur univers avec des objets, des sensations, des habitudes… qui sont significatifs. Et que la partie de l’univers qui est spécifique pour l’humain n’aura peut-être –sûrement– absolument aucune espèce d’intérêt pour le chien. Ce qui engendre quelques dérapages car « les rencontres entre les chiens et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les hommes des gestes et des actions de leurs compagnons » (2).
L’Umwelt humaine et l’Umwelt canine se rencontrent pour créer une Umwelt anthropocanine. Il serait particulièrement intéressant et certainement riche d’enseignements si on pouvait repérer les éléments importants de l’univers d’un chien dans un univers médicalisé. Repérer les éléments pivots de l’univers chez un chien et chez un humain c’est devenir un peu l’objet de son étude.
C’est devenir anthropologue en terre inconnue.

1/Horowitz, Alexandra. Dans la peau d’un chien. Flammarion. 2009, p. 27
2/ Op. Cit. p.31

Nous ne sommes pas seuls

09/09/2009

L’Homme existe sous le regard de l’Autre… poilu. L’animal de compagnie, le chien, est une présence. Il incarne une altérité porteuse de sens. Depuis des millénaires, il évolue aux côtés de l’humain dans un environnement d’artefacts humains. Il en a appris ses sens, ses significations. Il en a tiré des attitudes, des comportements. Il en est génétiquement modifié. Il en a acquis une histoire. Il en a développé une culture.
En ce sens, le chien et l’homme forment une société distincte. La société anthropocanine (1) c’est d’abord ça : reconnaître que le chien occupe une place particulière, privilégiée qu’il s’agit de définir. Incidemment, l’humain ne vit jamais seul dans le monde « Ses sociétés comprennent toujours une très grande quantité d’animaux et de végétaux qui entretiennent des rapports multiples avec l’homme » (2). Et cette société anthropocanine nous enjoint de repenser l’espace commun de vie, donc de « re-conceptualiser la Nature de la Cité » (3).
La place de l’humain dans l’univers vivant est entrain d’être revisitée par certains chercheurs et les conclusions scientifiques auxquelles ils parviennent nous obligent à penser le chien, comme un individu non humain et l’humain comme un individu parmi  une humanité plurielle. Jusqu’où est-on humain, la question n’est pas tranchée. Loin de là!
Ça pose un sérieux problème de réflexion et reste un merveilleux espace de co-développement pour l’humain. Nous ne sommes peut-être pas seuls mais nous nous comportons souvent comme de fieffés égoïstes qui devons panser notre quatrième blessure narcissique (4).

Sandraetlechien apportera sa pierre à cet édifice et tordra le cou à cette obsession : l’humain n’est pas le point d’arrivée de l’évolution, il n’en est qu’une étape.


(1) Guillo, Dominique. Des chiens et des humains, Le Pommier, 2009

(2) Lestel, Dominique. L’animal singulier, Seuil, 2004, p. 30

(3) Lestel, D. Op.cit, p. 31

(4) Lestel, D. Op.cit, p. 61


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