Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘animalité’

Un homme peu sûr

30/01/2012

Burgat, Florence. L’animal dans nos sociétés. La documentation françaiseL’homme est tellement peu sûr de savoir ce qu’il est, qu’il presse l’animal de le lui ‘dire’ et cherche dans cette altérité de quoi déduire sa propre identité (p 16, L’animal dans nos sociétés). C’est ce qui pourrait expliquer la violence faite à l’encontre des animaux. La séparation de l’homme et de l’animal procède d’un interdit essentiel : la nature animale est ravalée parce que trop proche.
Alors, définir l’animal reste une ‘affaire d’hommes’. Mais, le problème c’est que la définition de l’homme n’a jamais su se passer de la référence à l’animal.

Qu’il s’agisse en effet de nommer l’humain ‘animal raisonnable ou l’animal politique’, l’humain c’est toujours l’animal c’est-à-dire étymologiquement le vivant ou encore ‘l’animé’ avec un quelque chose de plus. Ce quelque chose en plus nous l’appelons raison, logos, justice, âme, langage, conscience, liberté, parole, sens de la mort, sens de l’histoire, sens de l’éternité, sens du sens… De telle sorte que l’animal, lui, est virtuellement toujours représenté en manque. En manque de toutes ces bonnes choses : la justice, la raison, la parole etc. Comme s’il était une sorte d’humain avec quelque chose en moins. Inapte, diminué, inabouti. Moindre substance sur la carte de la création. Ou alors, simple étape, ébauche, jalon, maillon sur la grande chaîne de l’évolution.
1/ TSi les lions pouvaient parler sous la direction B. Cyrulnikelle serait la première ‘mauvais manière’ idéologique faite à l’animal : la méconnaissance du propre. Or toute méconnaissance du propre de l’animal se traduit par une dévalorisation impropre et finalement inique.
2/ La seconde mauvaise manière dont il y a à se plaindre c’est que par principe les animaux ne sont pas pris au sérieux.
3/ Troisième mauvaise manière : l’affirmation des vertus humaines se valorisent trop souvent sur le dos de l’animal.

Risquons sinon une définition du moins une vision de l’humanité : l’humanité cette vaste entreprise d’extraction de l’animalité.
Françoise Armengaud, ‘Si les lions pouvaient parler’, p. 876-877

Prendre position

07/07/2011

Et l'homme créa l'animalL’hésitation sur la ou les natures des animaux vient du fait qu’on ne peut accéder à leurs mondes intérieurs, que notre regard extérieur ne collecte que des gestes bruts jamais expliqués par les bêtes et que nous ne pouvons qu’interpréter à l’aide d’une idée, d’une croyance, d’une théorie. De cette interprétation dépend ce que nous croyons savoir.
Éric Baratay (p. 137-138)

Jamais le face à face de l’homme comme espèce avec l’animal ne pourra dénouer la question de son essence. Les raisons sont idéologiques seulement idéologiques de penser l’existence d’un pont entre les deux espèces, d’un savoir-vivre ensemble. Or l’idéologie ça s’apprend, un saut évolutif dans le vivant est toujours possible. En nos âmes et consciences prenons position, indignons-nous! De manière intelligente et ciblés : adressons-nous au politique qui peut légiférer et cessons de diffuser des horreurs dans les médias sociaux, il sera toujours temps de mobiliser la communauté lorsqu’un influenceur ce sera montré intéressé.
L’homme en tant qu’espèce peut bien, comme chaque espèce, présenter des caractéristiques uniques, mais il n’y a aucune raison d’en imposer aux autres espèces. Il me semble que l’humain ne peut consister que dans le doute sur l’humain. Ce doute de conscience est fantastique car porteur de changement. Et si nous rêvions d’un monde où les espèces se côtoient en équilibre.
Cet abîme de l’animalité – le fameux qui suis-je? En effet qu’est-ce qui me distingue de l’animal?– peut être formateur d’une nouvelle construction de l’être-au-monde de l’homme. Penser l’animal sert souvent à mesurer la différence entre lui et nous et à nous définir. En conséquence, ce qui est attribué à l’animal est fonction de la proximité tolérée avec l’Homme et de ce qui est réservé à celui-ci. L’animal n’est pas pensé pour ce qu’il est ou pourrait être. Sa spécificité est niée au profit d’une analyse par défaut : on lui donne peu si on le veut éloigné de l’homme, on lui donne plus si on le croit proche. L’animalité n’est pas une réalité mais une catégorie, une condition accordée qui sert à dessiner l’humanité, toujours par comparaison, souvent en antithèse. (cf. Éric Baratay)

Il est fort peu probable que l’ego trouve l’assurance qu’il cherche en affirmant qu’il est un homme parmi les succès de l’évolution. Car désormais la science nous a appris que c’était faux.

L'animal dans nos sociétésPour aller plus loin :
‘L’introuvable propre de l’homme’, Pierre Guenancia in L’Animal dans nos sociétés, La Documentation française, 2004

Crise d’identité humaine

28/03/2011

Entre l’animal et l’humain, il y a donc, bel et bien, une difficulté. D’abord dans la manière de penser l’un, donc l’autre. Parler de et sur les animaux et leur animalité, ça a toujours été une entreprise strictement humano-humaine. Définir l’animal reste une affaire d’hommes. Or, la définition de l’homme ne peut décemment se passer de la référence à l’animal. Quelle horreur! L’humain ne peut rester sur cette entame narcissique, trop bestiale comme définition, aussi se nomme-t-il vite vite ‘animal raisonnable ou l’animal politique’, comme pour mieux oublier la référence. L’humain c’est toujours l’animal c’est-à-dire étymologiquement le vivant ou encore ‘l’animé’ avec un quelque chose de plus… Et ce quelque chose en plus, c’est raison, logos, justice, âme, langage, conscience, liberté, parole, sens de la mort, sens de l’histoire, sens de l’éternité, sens du sens… L’honneur est sauf. L’animal reste à sa place, lui, il est virtuellement toujours représenté en manque.
Anthropologie de l'animal de compagnieNe voilà-t-il pas que les sciences animales – pas toutes mais celles qui hébergent des chercheurs qui ont saisi que l’existence était une tâche à accomplir. ‘Dans ex-sister (littéralement tendre vers), il y a entre le ex et le sisterea à déployer la sensibilité, la liberté et l’imagination. (Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, p. 127), donc ces sciences ont regardé l’animal autrement, elles y ont vu une incitation stimulante à la recherche de nos origines. La conviction depuis plusieurs siècles partagée – encore de nos jours, reste à admirer les réglementations municipales au Québec– que l’animal est une espèce de robot perfectionné ne tient plus face aux flots de leurs découvertes. Les scientifiques ont de bonnes raisons de penser que l’animal-robot de Descartes est loin d’aller de soi et que cette conviction est vraisemblablement fausse.
Mais elle est tellement confortable pour la vie inauthentique de l’existence factice de la bourgeoisie, du conformisme, de la bêtise (Christian Talin), de celles et ceux qui sous couvert d’une bonne moralité placent l’homme en haut de l’échelon de la perfection. Ce n’est pas parce qu’il y a une différence de nature entre l’homme et l’animal que cela doit nous faire nous reposer sur nos lauriers ou nous planquer de toute réflexion ontologique.
Origines animales de la culture
L’honnêteté minimale nous enjoint de reconnaître que l’homme est confronté à la plus grande crise d’identité de son histoire. Il a, certes, acquis une maîtrise exceptionnelle de sa biologie, dans le contexte d’une représentation infirme de ce qu’il est, de qui il est. (Dominique Lestel dans Origines animales de la culture).

Face aux intelligences de l’animal, il y urgence de repenser l’identité humaine à l’aune des relations de l’homme avec l’animal, et donc de repenser ce dernier.

Expressive proximité

02/08/2010

expression des émotions chez l'homme et les animauxTant que l’homme et les animaux sont regardés comme des créations indépendantes, un sérieux obstacle s’oppose à notre désir naturel de pousser aussi loin que possible notre recherche des causes de l’expression. Cette conception peut expliquer tout et n’importe quoi; et elle s’est révélée pernicieuse autant pour l’étude de l’expression que pour toute autre branche de l’histoire naturelle. Certaines expressions de l’homme, par exemple lorsque les cheveux se hérissent sous l’influence d’une terreur extrême ou que les dents se découvrent par l’effet d’une colère furieuse, ne sont guère compréhensibles sauf si l’on se convainc que l’homme a connu jadis un état bien inférieur et semblable à l’animalité. Le fait que certaines expressions soient communes à des espèces distinctes quoiqu’apparentées, comme les mouvements des mêmes muscles faciaux pendant le rire chez l’homme et chez divers singes, devient un peu plus compréhensible si nous croyons qu’ils descendent d’un ancêtre commun. Celui qui admet d’une façon générale que la structure corporelle et les habitudes de tous les animaux ont évolué graduellement considérera l’ensemble de la question de l’expression sous un jour nouveau et plein d’intérêt. Charles Darwin, Expression des émotions chez l’homme et les animaux, Rivages Poche, p 20-21

À quelques siècles de distance, deux conclusions similaires. Ce n’est qu’en étudiant la proximité spatiale et la continuité temporelle entre l’homme et les animaux/chiens que nous découvrirons ces communautés hybrides et qu’il sera ainsi plus facile d’appréhender la thérapie assistée par le chien.

Une communauté hybride homme/animal est une association d‘hommes et d’animaux dans une culture donnée qui cL’animal singulieronstitue un espace de vie pour les uns et pour les autres, dans lequel sont partagés des intérêts, des affects et du sens. Il ne s’agit pas d’associations générales mais d’associations particulières….. S’il s’agit d’associations polyspécifiques, il s’agit avant tout d’agencements chargés de sens et d’émotions entre des individus qui appartiennent à des espèces différentes, et l’individualité des protagonistes compte plus que les espèces impliquées… .
Dominique Lestel. L’animal singulier, Seuil, p 19-20

Y a-t-il une frontière entre l’homme et l’animal?

22/07/2010

Où en sont les scientifiques dans cette difficile définition de l’humanité et de l’animalité? Qu’est-ce qui nous différencie? La culture? Le langage? L’apprentissage? Est-ce là ce qui nous sépare de la bête? La solution viendra peut-être des efforts conjugués des anthropologues et des éthologues? Les premiers s’intéressent à l’histoire de l’homme (l’anthropologie évolutionniste est entrain de prendre forme, tenant compte de toutes les découvertes récentes dans de nombreuses disciplines (paléoanthropologie, préhistoire, génétique, éthologie, sciences cognitives, linguistique). Bien sûr le séquençage du génome de l’homme en 2003 et celui du chimpanzé en 2005 incitent à repenser l’origine de l’homme et de son évolution. Les seconds se penchent sur les comportements des animaux surtout en milieu naturel mais n’est-ce pas finalement le même objectif : dessiner avec plus de précision la frontière censée séparer l’homme de l’animal, voire la déplacer en fonction des nouvelles découvertes? – Pourquoi cette volonté de mieux comprendre les sociétés animales complexes? Selon Dominique Lestel, ‘pour mieux connaître nos propres sociétés’.
On est déjà entrain de faire sauter la frontière jusqu’à présent immuable qui séparait nature et culture, Auberger Janick et Keating Peter. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009l’homme s’arrogeant seul le droit de sortir des limites de la biologie pour accéder à la culture. Les chercheurs parlent maintenant de ‘cultures animales’ certains ne considérant que les grands signes, d’autres comme Dominique Lestel ou Hal Whitehead et Luke Rendall (université Dalhousie à Halifax) incluant dans leurs observations cétacés et oiseaux, corbeaux et corneilles en particulier….
Et le chien?
Il est désormais bien attesté que de nombreuses espèces animales peuvent apprendre, mémoriser, résoudre des problèmes et même forger des représentations mentales.

Janick Auberger et Peter Keating. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009, p .88

Une méthode pour prouver les effets de la TAC

08/06/2010

Il est désormais temps de s’intéresser à la signification de la relation anthropozoologique observable sur le terrain en situation thérapeutique. L’animal être de conscience – le chien évidemment – est en interaction, un être de sens, un être de liens. L’animal est sujet qui offre à l’homme un miroir plus ou moins déformant, donc plus ou moins acceptable. Les expériences de TAC sont productrices d’existence, elles sont « le lieu de création de liens multiples et non univoques entre les théories et les pratiques qui en constituent d’abord naissance d'une théorie éthologiqueles outils et ensuite les conséquences » (‘Naissance d’une théorie éthologique’ Vinciane Despret, p.29). Autre point, il est illusoire de croire que dans la triade thérapeutique les uns n’influencent pas les autres, les uns sont éléments de l’expérience de l’autre, une des variables. À trop vouloir quantifier ce qui prouve l’efficience de la TAC on passe à côté des relations particulières qui se sont nouées à un moment particulier dans un environnement particulier. Parce qu’il ne faut pas se leurrer chacun des intervenants – le chien compris – est « pris à l’intérieur d’une hypothèse plus fondamentale que l’hypothèse à laquelle il travaille » (p.31)
Il semblerait qu’à ce jour les recherches de TAC à travers les questions qu’elles posent et les réponses qu’elles apportent racontent « nos croyances, nos utopies et la manière dont nous construisons ce qui nous définit et nous constitue par rapport à l’animalité » (ibid, p.34). Ainsi le contexte de justification permet de comprendre comment on en arrive à l’interprétation. C’est ainsi que Franklin et al.  proposent une méthodologie destinée à mieux appréhender la relation humain/animal, pour notamment comprendre ses liens avec des bénéfices pour la santé humaine. Ils décrivent ainsi un programme de recherche, décliné en 4 types de collecte de données :
(1) l’observation directe et régulière des interactions humain/animal dans des contextes ordinaires (création d’éthogrammes)
(2) l’observation et l’analyse d’enregistrements vidéos, tournés à partir de caméras placées dans les lieux domestiques
(3) conduite d’entretiens des acteurs humains
(4) l’analyse des carnets et/ou journaux tenus par les humains à propos de leur relation avec l’animal.
Ce programme prend pour unité d’observation la relation ordinaire entre les humains et les animaux ; le but étant d’expliquer comment la signification de celle-ci peut être un élément bénéfique pour la santé.

Pour  aller plus loin
Franklin, A., M. Emmison, D. Haraway and M. Travers (2007). « Investigating the therapeutic benefits of companion animals: Problemszootherapie-asso and challenges. » Qualitative sociology review III Animals & people(1 Special issue – People and Animals. On the problem of intersubjectivity in interactions of humans and animals): Pp 42-58. P 46. 

Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer


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