Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘animal de compagnie’

Le nouveau Règlement Co-2008-523 sur le contrôle des animaux de Longueuil

26/08/2011

Suite aux présences répétées de sandraetlechien.com au Conseil de ville, Longueuil a entrepris ces derniers mois de revoir les différents aspects de la question du contrôle des animaux, notamment à ce qui a trait au contrat de fourrière animale ainsi qu’à l’implantation de nouveaux parcs canins sur le territoire. Mardi soir, le Conseil de la ville adoptait un nouveau règlement sur le contrôle des animaux. Rappelez-vous, sandraetlechien.com avait posé ses questions sur fond de réflexions suivantes:

- quelle politique animale pour Longueuil

- Pour une réflexion urbaine sur la présence de l’animal dans la ville de Longueuil

- Longueuil méprise ses écosystèmes… canins

- Repenser la politique municipale de l’animal

- L’Arrondissement de Greenfield Park n’aime pas les chiens

Il faut en effet faciliter la présence de l’animal dans la ville, permettre une cohabitation harmonieuse avec les autres usagers et accroître la responsabilité des maîtres, aussi la ville de Longueuil doit développer des initiatives originales pour intégrer les animaux de compagnie dans les services qu’elle rend à ses citoyens et ainsi développer une véritable approche citoyenne de l’animal de compagnie.

Le précédent Règlement Co-2008-523 sur le contrôle des animaux canalisait « l’animal de compagnie : animal qui vit habituellement auprès de l’homme pour l’aider ou le distraire, et dont l’espèce est, depuis longtemps, apprivoisée » – selon la définition de la ville de Longueuil -  dans des espaces très restreints et spécifiques et il lui était interdit de marcher sur la quasi-totalité du territoire Longueuillois. L’absence ne serait-ce d’attention envers les chiens rend la ville inhumaine.
Et restreignait considérablement ma liberté de circulation.

Le nouveau Règlement CO-2011-683 a été adopté car l’on restreignait auparavant la présence de chiens dans les parcs et les espaces verts de la ville. Il est apparu qu’il serait opportun de permettre la présence de chiens en laisse sous le contrôle de leur propriétaire dans différents espaces verts de la Ville à l’exception des aires de jeux, modules de jeux, pistes cyclables, terrains sportifs, patinoires et pente à glisser ainsi que dans les aires de conservation. La présence de chiens en laisse dans ces espaces ne semble pas plus complexe ou problématique que sur une rue achalandée parmi les piétons.
La présence des chiens dans les espaces verts est désormais acceptée 38.1: le fait que le chien se trouve aux endroits suivants constitue une nuisance: dans l’aire de conservation du parc Michel-Chartrand, du parc de la Cité et du Boisé du Tremblay ailleurs que dans les sentiers qui y sont aménagés

Une ville durable est une ville qui accueille le social, le végétal et l’animal…

P-42 pour toutes les espèces…

11/12/2010

Il semblerait que pour le ministre Laurent Lessard le fait de procéder à la désignation de toutes les espèces animales, en ce qui a trait à l’application de la section sur la sécurité et le bien-être de la Loi sur la protection sanitaire des animaux (LRQ, chap. P-42) soit une avancée. À la lecture de la Stratégie québécoise de santé et de bien-être des animaux intitulée ’Pour UNE santé bien pensée !‘  c’est une assez mauvaise nouvelle pour les propriétaires de chiens et de chats. Il est loin d’être évident, comme le précise le ministre que cette mesure permette d’intervenir plus efficacement lorsque des abus envers les animaux seront constatés. Pour plusieurs raisons, dont la principale :

C’est quoi un animal de compagnie au Québec? La Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie fait au moins une claire distinction: 

  1. On entend par animal de compagnie tout animal détenu ou destiné à être détenu par l’homme, notamment dans son foyer, pour son agrément et en tant que compagnon.
  2. On entend par élevage et garde des animaux de compagnie à titre commercial l’élevage et la garde pratiqués principalement à des fins lucratives et en quantités substantielles.

Deuxio, cette Stratégie vise avant toute chose à prévenir  des épisodes de maladies dues à l’animal, ça coûte cher une crise de la vache folle pour  une économie! De plus, cette stratégie a été élaborée de concert avec des partenaires… Bien s’en faut mais lorsqu’on analyse les membres des deux groupes de travail, on retrouve : des représentants  du Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, des producteurs agricoles, des membres de la production ovine du Québec, de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, du Centre de développement du porc du Québec…. Des deux groupes de travail qui se sont réunis pour se pencher sur ces questions, il y avait davantage de partenaires de l’industrie et du gouvernement que de la société civile.  N’est à analyser le  groupe de travail qui s’est penché spécifiquement sur la santé et le bien-être des animaux, les seuls à même de donner leur opinion pour nos animaux de compagnie sont les représentants de l’Association des médecins vétérinaires du Québec en espérant qu’ils aient eu voix au chapitre tant les enjeux étaient grands chez les différents représentants des industries bioalimentaire et animale de faire entendre et de pousser leurs enjeux. 
Les forces en présence n’ont pas le même pouvoir dissuasif et de négociation. Aussi, cette Stratégie est un bon pas en avant pour les animaux d’élevage, car tout sera mis en jeu pour prévenir les maladies issues du monde animal et ainsi protéger la population  humaine. Mais rien dans ce texte n’indique que les animaux de compagnie trouvent à en être mieux protégés et défendus.

C’est certain que dans sa portée, cette Stratégie se veut inclusive : en particulier les propriétaires et les gardiens d’animaux, les personnes qui travaillent dans le secteur de la santé et du bien-être des animaux, les acteurs de l’industrie bioalimentaire et ceux en santé publique ainsi que les groupes qui font de la promotion de la santé et du bienêtre des animaux. Est-ce que ça ne fait pas un peu trop de monde pour gérer des dossiers extrêmement délicats et cruciaux et plus souvent qu’autrement diamétralement opposés.  

Autre point,  le ministre a précisé qu’il entend procéder à la désignation de toutes les espèces animales, en ce qui a trait à l’application de la section sur la sécurité et le bien-être de la Loi sur la protection sanitaire des animaux (LRQ, chap. P-42). Cette section de ladite loi, qui est actuellement appliquée par ANIMA-Québec et, depuis peu, plusieurs SPA et SPCA, ne concerne présentement que les chiens et chats puisque ce sont les deux espèces qui y sont actuellement assujetties par règlement. 

Mais qui va assurer les inspections de toutes les espèces?

Silence, on abandonne

14/06/2010

Pour la seule province de Québec, près de 500,000 animaux seront abandonnés d’ici à la fin de l’année. En ce moment même, des milliers de drames se déroulent avec l’assentiment muet de la population québécoise et des autorités publiques. La période des déménagements bat son plein, on vide les maisons pour gagner un nouveau nid et on doit se départir du chat – lu sur un forum: il est pas accepté dans le nouveau bloc, si je le donne c est tout simplement car je me retrouve en appartement alors qu’il a toujours vécu en maison et il ne s’adapte pas et si je fait ca se n’est pas de gaité de coeur mais vraiment parce qu’il est malheureux -. En quittant la maison, l’humain détruit l’univers de son animal de compagnie alors en abandonnant chien et chat attachés au pied du lavabo, on pose un acte criminel, violent, cruel… en toute impunité – lu sur un forum: Un chien s’adapte n’importe où – même vivre dans la rue ne le dérange pas – du moment qu’il est avec son maître, du moment qu’il est avec sa meute. On part en vacances et … le chien est devenu encombrant. Sans aucune mauvaise conscience, on le lâche dans la nature pour  lui rendre sa liberté. Non il ne va pas repartir à l’état sauvage’. Il va mourir. Il va être recueilli par une fourrière et sera euthanasié quelques jours après son arrivée.

L'abandon est un acte humainEt pourquoi c’est aussi simple? Parce que l’animal domestique au Québec est un bien meuble, dixit le code civil. Franchement pourquoi faire plus de cas d’un objet de consommation : il est jetable comme le reste de la garde-robe. Aussi, la même litanie se reproduit année après année, à la même époque, la Ville de Montréal et la Société québécoise pour la défense des animaux (SQDA) lancent des appels au civisme des citoyens. En vain.
Cette année pourquoi en serait-il autrement? Le nombre de mises à mort va augmenter proportionnellement aux nombres d’abandon, la situation est catastrophique : on ne peut pas gérer la surpopulation des animaux domestiques par l’euthanasie.
Il est temps que les autorités publiques prennent connaissance de ces chiffres : au Québec, 45% des ménages possèdent un animal domestique. Les statistiques démontrent qu’en moyenne, chacun n’est gardé que 2 ans par ses propriétaires.

Pour aller plus loin:

http://sandraetlechien.com/2010/au-quebec-la-loi-n%e2%80%99a-pas-de-mordant/
http://www.lesblogues.com/animaux/17773/Victime+d&%23039%3Babandon,+de+maltraitance+et+d&%23039%3Bautres+horreurs.html
http://aequoanimo.com/lesabandons.html
http://frenchtoutou.over-blog.net/article-30570724.html

Vraiment pas un sujet d’études, vraiment pas?

26/10/2009

Le chien a envahi en nombre les foyers québécois, 21 % des foyers vivent avec un chien (ou plus), ce qui représente 940 000 citoyens canins (référence). Dans le monde, ce ne sont pas moins d’un milliard de chiens et de chats qui sont entrés dans les maisons. Ce qui induit de les nourrir, de leur faire faire de l’activité, de leur installer un espace, de les éduquer, de les soigner, d’être en relation d’une quelconque manière, d’en prendre soin, de dépenser des fortunes, d’être en partage etc. Pourquoi l’homme s’occupe d’une autre espèce ? Qu’est-ce que ça lui procure ? Pourquoi le fait-il ? Pourquoi est-ce un phénomène si répandu, qui dure? C’est un terrain passionnant de compréhension de l’humain en interaction avec un Autre et d’apprentissages pour les anthropologues.
« Il serait tout de même paradoxal que les anthropologues « disciplinaires » ne contribuent pas, pour leur part, à la réalisation de ce projet en mettant en évidence ce que les hommes, au-delà des différences de culture, partagent et qui n’est pas forcément trivial ni, malgré ce qu’on en croit à tort, toujours déjà su »[1]. Or, il est encore possible, aujourd’hui, pour certains anthropologues d’ignorer méthodiquement les enquêtes menées dans les domaines de la neurophysiologie, de la biologie du développement, de la psychologie expérimentale ou de l’éthologie cognitive. Au déni du projet anthropologique qui est de découvrir ce que les hommes ont en commun et en propre.


[1] Gérard Lenclud, « Et si un lion pouvait parler… », Terrain, no-34 – Les animaux pensent-ils ? (mars 2000), [En ligne], mis en ligne le 09 mars 2007. URL : http://terrain.revues.org/index934.html. Consulté le 29 décembre 2008.

Longueuil méprise ses écosystèmes… canins

24/10/2009

Que nous en soyons conscients ou pas, lorsque nous parlons, pensons, interprétons nous dépendons de l’idéologie. En adoptant le Règlement Co-2008-523 sur le contrôle des animaux, la ville de Longueuil étale sa peur, son ignorance donc sa volonté de contrôle d’un phénomène ancestral.
Selon sa définition, « l’animal de compagnie : animal qui vit habituellement auprès de l’homme pour l’aider ou le distraire, et dont l’espèce est, depuis longtemps, apprivoisée », pourquoi alors le canaliser dans des espaces très restreints et spécifiques et lui interdire la quasi-totalité du territoire Longueuillois ? Le fait de ne pas laisser courir un chien en toute liberté dans une ville, dans ses parcs municipaux entre autres, est un acte de cruauté.
Or, ce que l’on fait aux chiens, on le fait aux humains, c’est la ville qui le dit ‘animal qui vit habituellement auprès de l’homme’. Comment être sourd et aveugle aux attentes les plus élémentaires de son chien, sinon en le chosifiant? L’absence ne serait-ce d’attention envers les chiens rend la ville inhumaine. Comble de l’ironie c’est en en appelant aux relations de bons voisinage que Longueuil a passé ce Règlement. Elle ne dupe que de sa réactivité imprégnée d’idéologie.

La conclusion s’impose : Longueuil méprise ses écosystèmes; elle exclut le monde canin. L’on espère – pour paraphraser Jérémy Bentham -  que la ville de Longueuil qui s’est, depuis fort longtemps, attendri sur le sort des esclaves, finisse, un jour, par adoucir celui des animaux de compagnie.

Une tâche à accomplir

20/10/2009

L’appartenance à l’espèce humaine  ne devrait – normalement – conférer aucune dignité particulière, ni ne donner en soi des droits particuliers. Pourtant, l’attitude spontanée la plus ancrée chez l’humain est l’anthropomorphisme qui consiste à réduire l’altérité radicale du chien au connu, au familier, au contrôlé, au limité.
Ainsi, le poilu de la maison devient un autre soi-même… en pire.
D’abord parce qu’il est difficile de se connaître soi-même et ensuite parce que la plupart des comportements canins sont incompréhensibles à l’humain donc mal gérés d’où l’épidémie de chiens tristes, dépressifs, angoissés….. « L’animal n’est plus et ne devrait jamais plus être un alter ego, effet pernicieux de l’anthropomorphisme bêtifiant, toujours infantilisant, parfois délirant. À aucun moment nous n’avons envisagé un amour fusionnel avec l’animal de compagnie, car tout animal possède un monde spécifique » (1).
Projeter sur son chien ses comportements et ses attitudes et ses attentes et ses qualités (rarement ses défauts) c’est de la violence.
Il ne faut pas se leurrer : l’animal est un être aux aguets. En niant, reniant, dénigrant, calomniant, condamnant, abandonnant l’irréductible altérité animale, l’humain passe à côté de tout un univers de sensibilités et d’agencements propres au chien.
Est-ce seulement parce que l’humain n’existe pas vraiment encore qu’il nivelle par le bas le chien? Exister (littéralement tendre vers), c’est une tâche à accomplir, une visée à réaliser ses possibilités. La vie inauthentique du conformisme, du vide, de l’anthropomorphisme dépossède  l’humain de ses potentialités. « Ex-sister signifie s’éveiller à l’être par conséquent l’on ne peut pas paraître à la place d’être : notre animal de compagnie ne le supporterait pas » (2).
Or, il y a une manière subtile d’utiliser l’anthropomorphisme comme un outil de connaissances et de recherches. Ce blogue tente d’en être une courroie.

 

[1]Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, Atelier de l’Archer, p125, 2000
[2] Op.Cit. p.127

Nous ne sommes pas seuls

09/09/2009

L’Homme existe sous le regard de l’Autre… poilu. L’animal de compagnie, le chien, est une présence. Il incarne une altérité porteuse de sens. Depuis des millénaires, il évolue aux côtés de l’humain dans un environnement d’artefacts humains. Il en a appris ses sens, ses significations. Il en a tiré des attitudes, des comportements. Il en est génétiquement modifié. Il en a acquis une histoire. Il en a développé une culture.
En ce sens, le chien et l’homme forment une société distincte. La société anthropocanine (1) c’est d’abord ça : reconnaître que le chien occupe une place particulière, privilégiée qu’il s’agit de définir. Incidemment, l’humain ne vit jamais seul dans le monde « Ses sociétés comprennent toujours une très grande quantité d’animaux et de végétaux qui entretiennent des rapports multiples avec l’homme » (2). Et cette société anthropocanine nous enjoint de repenser l’espace commun de vie, donc de « re-conceptualiser la Nature de la Cité » (3).
La place de l’humain dans l’univers vivant est entrain d’être revisitée par certains chercheurs et les conclusions scientifiques auxquelles ils parviennent nous obligent à penser le chien, comme un individu non humain et l’humain comme un individu parmi  une humanité plurielle. Jusqu’où est-on humain, la question n’est pas tranchée. Loin de là!
Ça pose un sérieux problème de réflexion et reste un merveilleux espace de co-développement pour l’humain. Nous ne sommes peut-être pas seuls mais nous nous comportons souvent comme de fieffés égoïstes qui devons panser notre quatrième blessure narcissique (4).

Sandraetlechien apportera sa pierre à cet édifice et tordra le cou à cette obsession : l’humain n’est pas le point d’arrivée de l’évolution, il n’en est qu’une étape.


(1) Guillo, Dominique. Des chiens et des humains, Le Pommier, 2009

(2) Lestel, Dominique. L’animal singulier, Seuil, 2004, p. 30

(3) Lestel, D. Op.cit, p. 31

(4) Lestel, D. Op.cit, p. 61


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