26/11/2010
Observer les animaux c’est forcément se placer à la croisée des sciences, sciences ‘dures’ et sciences humaines.
Dominique Lestel, philosophe enseigne l’éthologie cognitive et la philosophie à l’École normale supérieure aborde la question de l’anthropomorphisme et fait référence à Jane Goodall qui a choqué la communauté scientifique en donnant un nom à chaque chimpanzé qu’elle
étudiait afin de les identifier individuellement.
Question Télérama : N’était-ce pas en effet projeter sur l’animal des catégories humaines, autrement dit faire de l’anthropomorphisme ?
Réponse de Dominique Lestel
En ce qui oncerne l’article intitulé : ‘L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, certainement et c’est ce qu’on lui a violemment reproché. Bien sûr qu’en donnant un prénom à un animal vous allez lui accorder une signification individuelle qu’il n’a pas forcément, ce qui risque de vous conduire à voir chez lui des sentiments, des désirs, des attentes, que vous ne verriez peut-être pas si vous lui donniez un numéro. Mais je crois préférable d’assumer cet anthropomorphisme tout simplement par ce qu’on ne peut pas l’éviter. Et ce n’est peut-être pas souhaitable. Après tout, nous sommes de fait très proches de ces animaux, voir chez eux des comportements que l’on peut analyser avec des grilles d’analyse humaines n’est pas scandaleux. Il faut être prudent dans l’interprétation, mais je préfère cette attitude au refus par principe de tout signe d’anthropomorphisme, qui, au fond, repose sur la certitude d’une rupture radicale entre l’humain et l’animal, autrement dit se rapproche du créationnisme.
…..
Quand vous étudiez l’intelligence animale, vous êtes confronté à une concurrence sauvage, celle des ‘professionnels’ de l’animal (chasseurs, pêcheurs, éleveurs, dresseurs…) qui en savent souvent plus que vous, mais qui transmettent justement leur savoir sous forme d’anecdotes nimbées d’anthropomorphisme. L’un des défis majeurs de l’éthologie à venir sera précisément de tenir compte de ces observations presque ethnographiques d’une incroyable richesse. La question n’est pas de rejeter l’anthropomorphisme ou l’usage des anecdotes mais d’en mobiliser l’usage de façon rigoureuse.
Pour aller plus loin:
- Télérama Hors série : Bêtes et hommes, je t’aime, moi non plus, 2007, P43
- Quand Darwin et Kropotkine dialoguent
Tags: anecdotes, anthropomorphisme, communauté scientifique, darwin et kropotkine dialoguent, Dominique Lestel, Eco-éthologie et éthologie cognitive, intelligence animale, Jane Goodall, je t’aime, L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, moi non plus, observations ethnographiques, Observer les animaux, Télérama Hors série : Bêtes et hommes
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En se promenant | 1 commentaire »
30/01/2010
La thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre devant nous un champ béant forçant les débats qui risqueront d’être houleux. Pourquoi?
D’abord la TAC ou ses nombreuses et changeantes dénominations (thérapie assistée par le chien, zoothérapie, médiation animale… autant de mots qui ne sont pas des synonymes) réunit autour d’une même personne (parle-t-on de patient, de malade, de bénéficiaire, de client…?) différents intervenants lourdement encadrés par leurs univers disciplinaires respectifs.
Le médecin (thérapeute, spécialiste, dit-on médecine curative, médecine préventive…), l’intervenant en TAC avec son bagage professionnel (de la santé, du social, de l’enseignement spécialisé ou…), l’équipe médicale (infirmières, aides-soignantes….) parfois les autres (vétérinaires, scientifiques…) et le chien (provenant d’une famille d’accueil, d’un éleveur, de la maison, chien-mascotte, chien résident…). Le tout dans un environnement spécifique (hospitalier, CHSLD, ferme thérapeutique…).
Ce mixage hétéroclite et conjectural a pour objectif de déployer une technique ? une approche ? une intervention? une méthode? une thérapie?… dans une situation de souffrance humaine.
Pour des résultats sous tension : çà marche? Çà marche pas? Des résultats qui de toute manière sont jugés insuffisants par les tenants de la science forte qui fixent les règles de ceux qui veulent être reconnus. Ces derniers forcément s’engagent dans une course à la batterie de tests, de protocoles, de travaux expérimentaux… pour souvent récolter des anecdotes, çà veut dire dans le langage des tenants de la sicence forte l’extrême opposé de la généralisation des savoirs.
La TAC est l’idéal-type de l’incertitude dans un monde de tolérance zéro et de principes de précaution. Elle force un nécessaire recours à l’anthropomorphisme. Mais faut surtout pas l’avouer…. Elle est basée sur une certaine conception de la vie portée par chacun des partenaires en lice, subjectivité pas toujours reconnue et acceptée…. Elle induit que les rapports homme-chien sont assimilés à un système social total qui englobe l’ensemble des activités humaines, cette vue est carrément occultée. Comme sont effacés des regards les affects indissociables de cette approche, intervention, technique, thérapie…
La TAC bousculte les tenants de la pensée unique biomédicale pour le meilleur !
Tags: affects, aides-soignantes, anecdotes, anthropomorphisme, bénéficiaire, biomédicale, chien, chuq, client, éleveur, enseignement spécialisé, équipe médicale, éthologique, famille d’accueil, généralisation des savoirs, georges-henri-arenstein, idéal-type, Incertitude, infirmières, institutfrancaisdezootherapie, intervenants, malade, médecin, médecine curative, médecine préventive, médiation animale, patient, protocoles, santé, science forte, scientifiques, social, socioculturel, souffrance humaine, tests, Thérapie assistée par le chien, travaux expérimentaux, univers disciplinaires, vétérinaires, zoothérapie
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