Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘alter ego’

Réhumanisation par le chien

05/07/2010

Le programme de zoothérapie du CHUQ a permis  « d’innover sur le plan de l’humanisation des soins en réservant un espace pour la zoothérapie pour les enfants traités en hématologie-oncologie pédiatrique L’enfant malade se recroqueville souvent sur sa douleur, ses angoisses, sa peur et sa détresse d’où l’importance et le sens accordé à la zoothérapie. La présence du chien, sa sensibilité au contact humain, ses besoins élémentaires donnent à l’enfant un sentiment de sécurité émotionnelle dans un monde instable où tout évolue en accéléré ». Plus on découvre les animaux en thérapie, plus on souligne la condition humaine. L’utilitarisme de la thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre sur ‘le care’, car « l’animal se retrouve maintenant exclusivement investi, voire surinvesti d’une valeur affective. Cette valeur est très élevée. C’est l’animal enfant dont le maître se considère comme le parent adoptif, l’animal compagnon de vie, l’animal ami, membre de la famille. On lui prête des sentiments, des raisonnements, une personnalité ; il est traité comme un alter ego » (1). En ce sens, cet Autre devant est un accompagnant sous forme de chien qui cherche à comprendre ce que ces patients ressentent, les devine, l’imagine au besoin, car on ne vit que dans le regard de l’autre.

Ainsi, la TAC permet de renouer la nature et la culture au cœur du soin. L’animal n’est plus ce miroir « tantôt menaçant, tantôt rassurant, dans lequel Homo culturalis, dans sa version occidentale tout au moins, se mirait et se trouvait unique en son genre, délivré de ses origines, libéré de son corps, soustrait à la nature » (2). 
L’animal singulier La TAC n’a pas répondu à toutes les exigences spécifiques de la biomédecine, les médecins semblent lucides sur l’incertitude qui entoure cette approche thérapeutique très confrontante surtout pour leurs rôles et responsabilités au vue de la foi des patients. L’homme ne trône plus en solitaire dans son règne, son laboratoire, son unité de soins… Désormais l’animal entre dans l’antique interdit et les équipes médicales valorisent la notion de « communauté hybride » pour désigner l’association interspécifique entre les hommes et les animaux, fondé « sur des intérêts réciproques et des échanges mutuels » (Dominique Lestel, Animal singulier).

 

Bibliographie:
(1) Nicole Laurin, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours
(2) Gérard Lenclud,  Et si un lion pouvait parler

Une tâche à accomplir

20/10/2009

L’appartenance à l’espèce humaine  ne devrait – normalement – conférer aucune dignité particulière, ni ne donner en soi des droits particuliers. Pourtant, l’attitude spontanée la plus ancrée chez l’humain est l’anthropomorphisme qui consiste à réduire l’altérité radicale du chien au connu, au familier, au contrôlé, au limité.
Ainsi, le poilu de la maison devient un autre soi-même… en pire.
D’abord parce qu’il est difficile de se connaître soi-même et ensuite parce que la plupart des comportements canins sont incompréhensibles à l’humain donc mal gérés d’où l’épidémie de chiens tristes, dépressifs, angoissés….. « L’animal n’est plus et ne devrait jamais plus être un alter ego, effet pernicieux de l’anthropomorphisme bêtifiant, toujours infantilisant, parfois délirant. À aucun moment nous n’avons envisagé un amour fusionnel avec l’animal de compagnie, car tout animal possède un monde spécifique » (1).
Projeter sur son chien ses comportements et ses attitudes et ses attentes et ses qualités (rarement ses défauts) c’est de la violence.
Il ne faut pas se leurrer : l’animal est un être aux aguets. En niant, reniant, dénigrant, calomniant, condamnant, abandonnant l’irréductible altérité animale, l’humain passe à côté de tout un univers de sensibilités et d’agencements propres au chien.
Est-ce seulement parce que l’humain n’existe pas vraiment encore qu’il nivelle par le bas le chien? Exister (littéralement tendre vers), c’est une tâche à accomplir, une visée à réaliser ses possibilités. La vie inauthentique du conformisme, du vide, de l’anthropomorphisme dépossède  l’humain de ses potentialités. « Ex-sister signifie s’éveiller à l’être par conséquent l’on ne peut pas paraître à la place d’être : notre animal de compagnie ne le supporterait pas » (2).
Or, il y a une manière subtile d’utiliser l’anthropomorphisme comme un outil de connaissances et de recherches. Ce blogue tente d’en être une courroie.

 

[1]Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, Atelier de l’Archer, p125, 2000
[2] Op.Cit. p.127


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