Seul le Blanc s’y perd
Avez-vous encore en mémoire vos premiers essais calligraphiques où vous vous appliquiez si soigneusement et trituriez encore plus nerveusement votre crayon ? Ici les villageois et les villageoises sont entrain d’emprunter les petits chemins de l’alphabétisation. Et c’est beau de regarder ces mères de famille, ses jeunes hommes adultes se cramponner à leur crayon bic, crayon de bois. Leur outil de la progression.
Comme les gens peu sûrs d’eux-mêmes et de leurs techniques, ils appuient si fort sur la mine, si fort qu’elle finit par entailler profondément la page jaunie. Mais n’inscrivent-ils et elles pas ainsi leurs marques dans l’éternité ? Bon pour la postérité ? Une maîtrise technique nouvelle, une scarification sur papier ligné. Une splendeur !
À l’ombre du soleil, les formes deviennent plus floues.
L’Harmattan a soufflé en balayant certains excès du manque.
Inchallah ! Toute chose a une cause et Dieu fait bien les choses. Aujourd’hui, des lumières sont allumées en Afrique, en Amérique latine, en Asie et le temps disparaît. L’apprentissage de la liberté portera de beaux fruits. Dans le respect de chaque culture, éprouver les améliorations des conditions de vie. Parce que sur tout le reste, ces continents sont riches de ce qu’on n’a pas : les relations sociales et familiales.
Et c’est beau de voir la démocratie en branle dans ces assemblées, de regarder ce concept philosophique trituré par des mains, manipulé par des traditions anciennes. Les rapports de force sont Légion, c’est un combat de chaque instant, or la démocratie est distillée dans les veines. Faire ce chemin en un demi-siècle, c’est presque une gageure, pourtant c’est là, bel et bien vibrant. Ou est passée notre démocratie ? A-t-elle cessé de respirer ?
L’Afrique souffre de ses significations. Tout a un sens, ici, mais il ne s’agit pas de s’en tenir à des interprétations superficielles. « En Afrique, nous continuions là où les autres s’arrêtent » publicise Air Africa et il faudra de multiples témoignages pour tenter seulement de saisir cet ineffable monde. Sans mots de passage, ni pierres de Rosette et cœurs purs, il est inutile de pénétrer cette codification extrêmement complexe.
Chaque chose a sa raison d’être qui participe à un ensemble de significations encore plus imbriquées.
Seul le Blanc s’y perd. Les Africains nous offrent des leçons d’adaptation et de savoir-faire que nous trouvons si inconvenantes que nous ne pourrions les maintenir. Observer, voir, sentir, aimer sans jamais plus juger, la tâche est à la hauteur de l’ambition : le monde ne peut tourner rond tant que le continent noir se terrera dans ses mystères, maintenu en apnée par la concupiscence, la peur et l’ignorance de la majorité autre.
Sandra Friedrich
Mali-2000
