Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Nous n’avons plus confiance en vous les Blancs

Windows012La croyance est ici rigoureuse. Matérielle. Elle suinte dans les regards sans devenir. Une sueur odorante et fondamentale… fondamentaliste ( !?). Le muezzin chante la Foi, vertu théologale de l’Islam. J’ai lu chez Emile Dermenghem que l’Espérance reflétait plus particulièrement le judaïsme et la Charité le christianisme. Bien entendu, la Foi serait islamique dans l’acceptation pure du terme et non dans sa représentation dégénérescente qu’on peut voir disséminée ici et là dans le monde.
En terre d’Islam, la prière est ressentie cinq fois par jour. Cinq, quel chiffre !!! Et des cinq piliers de l’Islam, les Maliennes et les Maliens, dans leur grande majorité, ne peuvent financièrement honorer le dernier, pourtant l’ultime expression de leur Foi : le pèlerinage à la Mecque ou l’on vénère le tombeau du Prophète. Cette concrétisation solennelle de leur credo, quatre personnes (trois hommes et une femme) du village malien qui m’accueille depuis plusieurs mois maintenant, va la vivre intensément grâce à la générosité commune. Le rêve, la consécration de leur vie religieuse de croyants, je suis si admirative. C’est si beau.Windows011

Il est là devant moi, sa natte délicatement posée au sol, le buste droit, les mains pendant le long de son corps, la chemise blanche, le pantalon marine. Il est tourné vers l’est. Vers la Mecque. Il récite. Il parle à son dieu, il prie.
Il croit. Sans ferveur. Mais avec conviction. Il vient de s‘agenouiller. Il récite. Il est jeune. Son front vient de toucher sa terre (Rajout de 2006 : nous, une nation ? quand touchons-nous du front notre terre ?). Il récite encore. Et encore. Que peut-il Lui dire ? Ses pieds sont nus, ses mains et son visage lavés. Il se présente pur et sans tâche face à son Éternel. C’est apaisant de l’observer discrètement.
Il récite. Il vient de se lever, le menton baissé avec l’Assentiment du Très Grand. Il ne récite plus.
Le Mali est un pays musulman dans lequel la plupart des croyants respectent scrupuleusement les cinq piliers de l’Islam. N’empêche que la culture du Mâle prévaut. Celle de la tolérance (L’Islam aussi) de la Solidarité. Bien entendu l’universalité des communications entraîne ici et là l’installation de tendances fondamentalistes pourtant il n’y a jamais eu au cours de l’Histoire mouvementée et millénaire de ce pays enclavé, de confrontations interreligieuses monothéistes. Cette culture repose sur ses colonnes : le Vestibule des Anciens en est le socle primordial. Certes l’Islam s’est créé en un espace mais en s’adaptant, en se moulant au pouvoir gérontocratique hiérarchisé. Honneur à l’Ancien : Il y a certaines choses qui ne se partagent pas, le pouvoir prioritairement. Et ceci est particulièrement visible lors des assemblées. Les salutations de bienvenue prennent une ampleur réelle- et une durée exponentielle- et il serait choquant d’oublier un salut distingué. Bien que Sanankoroba soit entrain d’apprécier la démocratie, la Parole de l’Ancien reste importante. Comme le mentionnait Moussa Konaté, à l’origine du processus de développement durable de ce village, « Si l‘Afrique a trébuché à date, c’est qu’on a été influencé par d’autres pour nous gouverner. Nous avons, parfois, hontes, de ce que nous sommes. Mais est-ce une démocratie occidentale qu’il nous faut ? ».Windows013D’ailleurs depuis les indépendances jusqu’à nos jours, le pouvoir a été confié à des intellectuels formés par les Colons au mépris des Vieux et du Peuple. Oui, la Démocratie et ses Droits de l’Homme ont représenté une réelle avancée dans ce milieu inégalitaire, notamment vis-à-vis de la place des Femmes. Mais les intellectuels ont institué certaines pratiques de malversation monétaire qui ont attiré l’opprobre mondial et le détournement des aides aux développements. Aujourd’hui, certains villages veulent restaurer la confiance de part et d’autre le flux financier.
Le jour où le doute et les arrière-pensées mesquines seront lettres mortes dans les esprits alors seulement, le développement prendra son envol. Comme le disait chacun, lors des assemblées inter-villageoises auxquelles j’ai assistées : «  Nous sommes à la conquête de la sincérité. Nous n’avons pas confiance en vous les Blancs et vous ne nous faites pas confiance ». L’adage bambara est, sur ce point, explicite : « la personne pleure l’enfant mort, personne pleure sur la maladie ».
021105sIls sont parfaitement conscients que l’aide les a rendu paresseux. Après tout, n’aurions pas réagis de même ? Imaginez une bande d’extra-terrestres qui larguent leur manne du ciel, poussée par leurs mauvaises consciences d’au-delà des cieux. Pourrions-nous gérer l’argent comme le voudraient ces étrangers ? Avec les tenues comptables dans une langue étrangère ? Selon leur idéologie ? Et suivant leurs idées ? Cela serait sûrement difficile, non ?

Alors, « si tu veux aider quelqu’un et que tu occupes toute la place, l’objectif n’est pas atteint ».

Sandra Friedrich

Mali-2000


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