Archive de la catégorie ‘Thérapie assistée par le chien’
16/11/2010
L’honnêteté scientifique nous oblige néanmoins à mentionner que les résultats de ces travaux sont extrêmement variables, et leurs méthodologies pas toujours très rigoureuses. On peut toutefois, et en dépit de l’incertitude quant à la « réalité » des effets thérapeutiques des animaux sur les humains, réfléchir à « ce qui », dans la communication et l’interaction avec des animaux non humains, pourra être une base pour construire une relation thérapeutique.
Dans l’entretien thérapeutique, ou dans un lieu de vie thérapeutique, l’animal peut jouer un rôle à quantité de niveaux. Je ne citerai ici que les plus élémentaires.
1– Interagir avec un animal apporte au patient la satisfaction de besoins émotionnels fondamentaux comme le toucher et l’intimité d’une relation « enveloppante », dans une relation qui est sans danger sur le plan des complications émotionnelles.
2– Présent (ou parfois seulement évoqué) dans une salle de thérapie, l’animal favorise le développement d’une relation thérapeutique, comme dans les études des époux Corson et de Levinson. Plusieurs facteurs jouent ici : un animal paisible va rassurer et apaiser le patient (effet relaxant) ; il va également favoriser le contact et la conversation (facilitation sociale), mais il y a plus : il est un véritable médiateur entre un patient très retiré, voire hostile, et un thérapeute parfois désemparé.
3– L’animal apporte aussi une aide au thérapeute, ce qui est moins souvent reconnu. Il lui permet, dans les moments de tension ou de difficulté, de ne pas mettre trop de pression sur le patient. En se tournant vers l’animal, le thérapeute se détend, patiente, se remet à l’écoute et se recalibre pour revenir ensuite vers le patient avec un esprit plus ouvert.
4– La présence d’un animal aide à structurer l’interaction thérapeute-patient sur le plan spatial et temporel, en orientant l’attention et favorisant tout naturellement le développement d’une attention conjointe.
5– La présence d’un animal favorise la concentration en temporisant l’interaction et diminuant les parasites : centré sur un animal, sur l’observation de son comportement, de ses expressions, etc., un échange qui n’est pas trop saturé en élément verbaux va comporter moins d’informations à traiter et prêtera moins à la distraction et à l’hyperactivité.
6– La présence d’un animal permet au patient d’évoluer sur base de modalités de communication où il est aussi compétent (et parfois plus) que le thérapeute. En effet, tout le monde se met au niveau de fonctionnement de la communication non verbale (comportement, émotion). C’est la base de l’interaction avec un animal. Ici le patient n’est pas déficient, et la relation reste significative pour chacun.
7– La présence d’un animal va permettre de travailler à partir des relations « élémentaires » (la peur, la confiance, la réciprocité, etc.) et de construire de sens à partir de cela. Les possibilités de construction de sens, à partir des réactions de l’animal aux comportements du patient à son égard par exemple, sont infinies.
8– Enfin, l’animal introduit de l’humour et de la souplesse dans des interactions parfois rigides et sérieuse.
D’une manière générale, la présence d’un animal permet, en favorisant la créativité du thérapeute, de construire de « nouvelles réalités » pour le patient, par exemple des réalités où son déficit de langage n’est pas un obstacle au développement de relations gratifiantes.
Sources :
Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer
Tags: animal paisible, animaux, Corson, effets thérapeutiques, Fondation Adrienne & Pierre Sommer, interaction thérapeute-patient, Interagir avec un animal, Levinson, nouvelles réalités, relation thérapeutique, thérapeute
Publié dans
Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
23/10/2010
Tantôt déifié, tantôt diabolisé, l’animal a connu le meilleur et le pire et a incarné surtout l’idée que nous nous en faisions. Dès lors, en biomédecine, l’animal devient un outil thérapeutique avec la thérapie assistée par l’animal.
Avant de faire entrer un animal quel qu’il soit dans une enceinte de soins, il faut remplir des exigences très strictes de contrôle pour éviter l’entrée nouvelle d’agents pathogènes externes, afin de protéger l’homme plus vulnérable que l’animal dans le combat de la vie. Le contrôle prend la forme de la rédaction d’un protocole, préalable à l’introduction des animaux dans un établissement de santé. On y retrouvera les règles et procédures qu’on entend suivre au moment où l’animal sera présent. On s’assurera évidemment que toutes les personnes concernées par les activités en prennent connaissance et qu’elles s’y conforment en tout temps.
Concernant la sélection et la formation des animaux ainsi que leur encadrement, c’est la sélection qui offre les meilleurs outils (individus). Il faut comprendre que les chiens sont dûment sélectionnés pour que persistent des traits infantiles chez l’adulte. Jean-Pierre Digard parle de « néoténie domesticatoire ». Les adultes humains, et qui plus est des enfants en souffrance, sont aussi influencés par ces caractéristiques. Ils s’y projettent. On peut penser que les animaux domestiques ayant des traits néoténiques vont provoquer une réponse de protection, de sécurité, de jeu, de transfert, de bien-être, etc. chez l’enfant.
D’une certaine manière en prenant soin d’un plus petit que soi, qui ressemble à soi, on s’auto-inflige le soulagement.
Tags: agents pathogènes, Biomedecine, établissement de santé, Jean-Pierre Digard, néoténie domesticatoire, outil thérapeutique, protocole, sélection, traits infantiles
Publié dans
Histoires de chien, Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
10/10/2010
Un horizon de recherche zoothérapeutique très stimulant est de documenter comment, dans une situation à vocation thérapeutique, un animal peut devenir un être signifiant. Et cette réflexion ne peut faire l’impasse sur le type de relation mis en place par les hommes et par les femmes avec l’animal. Des études semblent indiquées qu’il y existe une approche distincte, une différence de genre.
It is clear to me that gender differences result from the interaction of factors that operate at multiple levels, and it is unlikely that any single factor can account for the array of differences in human–animal relationships that have been documented over different behaviors and cultures. (1)
Attendu qu’on assiste à l’épuisement progressif de recherches sur des données quantifiables, reproductibles en zoothérapie pour se tourner vers la création de variable « perception de l’animal, » il importe voir comment l’homme et la femme abordent cette relation avec l’animal.
While women were more humanistic and moralistic about animals, they were also more negativistic. And while women expressed more concern for the welfare of individual animals, men were more concerned with species preservation and habitat conservation.
Most investigations of attitudes toward the use of animals have found that women are more sympathetic than men towards animal welfare and are less supportive of animal research. These differences transcend national boundaries. (1)
Ceci est peu considéré dans les comptes-rendus de recherches. Autre point, les infirmières, comme ‘pros de la relation de soin’, ont été les premières à mettre en place des initiatives de soin incluant les animaux. Comme femmes, elles ont beaucoup fait pour faire entrer la thérapie assistée par l’animal dans les établissements. Et elles se sont beaucoup battues pour faire reconnaitre l’apport de l’animal. Est-ce une simple coïncidence? Certains articles suggèrent même que les infirmières devraient avoir plus de place dans la décision et la conduite de ce type d’initiative.
Bref, les animaux en eux-mêmes n’ont pas d’effet thérapeutique en soi sur les patients. Tout dépend de l’interprétation que se fait le thérapeute du potentiel de changement apporté par l’animal dans la relation. Tout dépend de comment les différents acteurs deviennent des figures d’attachement les uns pour les autres. Tout dépend de la manière dont en tant que femme et en tant qu’homme on aborde la relation à l’animal.
En quoi le thérapeute est attaché à son patient, en quoi le patient est attaché au thérapeute, en quoi le patient est attaché à l’animal, en quoi le thérapeute est attaché à l’animal, en quoi l’animal est attaché au thérapeute, et en quoi l’animal est attaché au patient.(2)
En quoi le thérapeute est homme ou femme, en quoi le patient est une patiente….. La relation thérapeutique est un objet d’études passionnant si et seulement si on garde en ligne de mire les relations de genre qui sont porteuses d’informations éclairantes.
Pour aller plus loin:
(1) Harold A. Herzog, Gender Differences in Human–Animal Interactions: A Review, Western Carolina University, Cullowhee, USA, ANTHROZOÖS Vol. 20, Issue 1, 2007
(2) Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer
Tags: and C. Gauthier, animal welfare, ANTHROZOÖS, figures d’attachement, Fondation Adrienne & Pierre Sommer, gender differences, Gender Differences in Human–Animal Interactions: A Review, genre, Harold A. Herzog, human–animal relationships, infirmières, J., L. Langlade, Michalon, perception de l’animal, relations homme-femme, species preservation and habitat conservation, welfare of individual animals
Publié dans
Le chien social, Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
07/10/2010
Face à un travail de recherches, les scientifiques considèrent toujours la fiabilité des données, la manière dont elles ont été rassemblées et comment elles sont finalement expliquées, interprétées et diffusées. Les anecdotes (ou les histoires) sont des données qui ont toujours leur place dans les descriptions des animaux. Certains scientifiques pourtant détestent ou ignorent les anecdotes sous prétexte que ‘ce ne sont là que des histoires rien de plus’. Ce ne sont pas des ‘données dures’; elles ne sont pas reproductibles et peuvent être trop entachées de parti pris et d’implication personnelle. Toutefois notre façon de théoriser l’évolution du comportement repose en grande partie sur des histoires. Les scientifiques qui y trouvent à redire sont peu nombreux.
Marc Bekoff. Les émotions des animaux, Manuels Payot, 2007, p. 220
On reproche souvent aux études sur la thérapie assistée par le chien (TAC) de ne pas présenter des panels de cas suffisants pour en extraire des données biomédicales irréprochables. Les intervenants de TAC voulant à tout prix utiliser des outils inadaptés et inadaptables ne pourront faire face à la puissante machine pharmaco-médicale. À moins….
Pourquoi ne pas envisager chacun des cas étudié sous cet angle de l’anecdote, après tout chaque chien est unique, chaque malade est unique, chaque intervenant est unique, chaque histoire est unique. L’accumulation de toutes ces anecdotes zoothérapeutiques – et ça commence à en faire depuis le temps – nous autorise à constituer une solide base de données sur la thérapie assistée par le chien et ainsi forger des outils susceptibles de faire avancer la recherche empirique et de susciter de nouvelles histoires. Et oui les contextes sont différents, les époques, les interventions… mais les émotions derrière chacune des activités, les résultats observés et quantifiés… ont une origine commune : la thérapie
assistée par le chien a des impacts notoires. Est-ce que cela sera seulement suffisant? Car la recherche scientifique se nourrit de théories largement acceptées, centrales et unificatrices, c’est demander beaucoup que d’ouvrir à d’autres démarches, mais Marc Bekoff (p. 220) le dit :
En réalité, les analyses systématiques des anecdotes peuvent déboucher sur des données reproductibles par le biais d’expériences imitant des situations anecdotiques.
En ce sens, c’est à la recherche en thérapie assistée par le chien de siphonner dans les anecdotes, actuellement disponibles, les données reproductibles et de les reproduite, alors il y aura reconnaissance et entrée dans le monde biomédical.
Tags: analyses systématiques, anecdote, données, données biomédicales, fiabilité des données, Les émotions des animaux, Marc Bekoff, recherches, scientifiques, théories, Thérapie assistée par le chien
Publié dans
Le chien et l’université, Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
27/07/2010
Les témoignages de personnes réconfortées par leur chien en période de détresse abondent. Besoin est-il de démontrer scientifiquement le penchant canin à l’empathie? Des études sérieuses existent.
Laissons la parole à Frans de Waal. L’Âge de l’empathie, LLL – Les liens qui libèrent – p 140-141
Quand la psychologue américaine Carolyn Zahn-Waxler voulut déterminer à quel âge les enfants commencent à réconforter des membres de leur famille ayant reçu l’instruction de sangloter ou de crier ‘aïe’. Il s’avère que les enfants le font déjà à 1 an bien avant que le langage n’interfère dans leurs réactions. Dans cette étude les chercheurs découvrirent incidemment que les animaux de la maison réagissaient de la même façon que les enfants. Paraissant aussi perturbés par cette détresse feinte, ils tournaient autour des membres de la famille et posaient la tête s
ur leurs genoux avec les signes d’une vive inquiétude. Mais peut-être que les animaux de compagnie réservent-ils ce comportement aux seuls humains –qui les nourrissent et leur donnent des ordres – à l’exclusion de leurs semblables? La réponse fut apportée par une étude conçue sur le modèle de celles portant sur les primates. Elle mesurait les suites des bagarres entre chiens. Des biologistes belges observèrent près de 2000 altercations spontanées chez des chiens qu’une société d’aliments pour animaux de compagnie lâchait tous les jours dans un pré. Après des manifestations d’agressivité, des chiens s’approchaient d’un combattant – en général le perdant – pour le lécher, lui donner des coups de museau, s’asseoir ou jouer avec lui. Leur initiative semblait calmer le groupe qui revenait à ses activités coutumières.
Que faut-il comprendre de ces recherches? Que le chien a dans sa biologie le penchant empathique développé. Le réconfort semble ainsi faire partie de la gamme canine d’émotions intra et inter-espèce. Mais dites voir, quand on a le souci compatissant de l’autre dans le corps, n’est-on pas dans une position physique de relation morale avec les autres?
Tags: calmer, Carolyn Zahn-Waxler, chiens, comportement, détresse, empathie, Frans de Waal, inquiétude, intra et inter-espèce, L’Âge de l’empathie, manifestations d’agressivité, réconfort, relation morale, souci compatissant
Publié dans
Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
15/07/2010
Tant que le statut de l’animal ne sera pas fixé, il n’y aura pas d’avancées zoothérapeutiques.
La multiplicité des cohabitations mettant en présence hommes et chiens génère un fait social associé à différents enjeux, dont l’enjeu thérapeutique, mais « l’enjeu épistémologique de telles recherches réside dans le statut analytique donné à l’animal. Il apparaît alors que les interactions proprement dites entre les hommes et les animaux – le chien n’est dans ce texte qu’un exemple parmi d’autres – sont un objet évité par les sciences sociales ». (Albert Piette, Entre l’homme et le chien).
Est-il envisageable que la frontière qui est longtemps apparue absolument infranchissable : la barrière nature/culture, soit entrain de tomber et d’ébranler un système de croyances judéo-chrétien qui entretient la coupure entre l’humain et la nature ? L’éthologie contemporaine rouvre certaines voies qui semblaient ensevelies à jamais. La thérapie assistée par le chien met de nouveau en contact dans une communication simple et bénéfique l’homme et les animaux. Darwin avançait vers les années 1850 qu’un comportement humain vis-à-vis des animaux lui semblait être une des dernières conquêtes morales. Gilles Picard et Marie-Amélie Vidal (L’animal spirituel, Éd. Montorgueil, 1994) affirment que parler de l’instinct animal opposé à
l’intelligence humaine n’a plus aucun sens. « Toutefois la nature n’est pas libre sur le plan épistémologique. Ses représentations, même à l’époque contemporaine, sont des catégories fondées sur l’aspect social. La frontière nature/culture est sans cesse contestée, et on fait appel à la nature pour accomplir un ‘travail’ politique et moral » (Margaret Lock, dans Anthropologie médicale, ancrages locaux, défis globaux).
Tags: Albert Piette, animal, Anthropologie médicale, Darwin, enjeu thérapeutique, épistémologique, éthologie, frontière nature/culture, L'animal spirituel, Picard et Vidal, statut
Publié dans
Jappons, Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
12/07/2010
Le fait d’étudier le chien dans un environnement hospitalier médicalisé et technologisé nous aide à repenser la place de l’homme dans cet univers et plus largement dans la nature et dans la société. « Les animaux ne sont ni des machines, ni des humains. Avec leur chair nous avons fait du social en inventant la chasse. Avec leurs os, nous avons fabriqué nos premiers outils. En les peignant et en les sculptant, nous avons fait naître nos croyances originelles. En
les observant, nous avons compris notre place dans le monde. Le jour où l’on acceptera enfin qu’il existe une pensée sans parole chez les animaux, nous éprouverons un grand malaise à les avoir humiliés et considérés aussi longtemps comme des outils » (Boris Cyrulnik, La plus belle histoire des animaux).
Il y aurait plusieurs explications au fait que l’homme cherche tant à s’entourer d’animaux même dans un univers hospitalier : « la nostalgie de la nature et la montée de la sensibilité écologiste et surtout le recul des liens sociaux traditionnels, la fragilisation des liens professionnels, l’effacement des rôles familiaux qui font que les humains modernes attachent plus en plus de valeur à la fidélité d’un chien ou à la liberté d’un chat » (Jean-Pierre Digard). Il n’en reste pas moins que la présence d’un chien se pose comme un don pour les patients, car le chien n’a pas d’actes ou de désirs stratégiques, pas d’attentes en retour, pas de riposte même après une offense (les chiens de thérapie assistée par le chien (TAC) sont soigneusement sélectionnés). Les chiens de TAC semblent avoir une disposition immédiate à pardonner. Pour le patient et surtout le petit patient, le chien est un don non seulement parce qu’il semble exprimer de l’amour mais surtout parce qu’il permet, sur fond de cet attachement particulier, d’être oublié tout en étant là, « il instaure ainsi une sorte de régime de paix sans réciprocité, tout en maintenant un enjeu affectif particularisé » (Albert Piette, Entre l’homme et le chien, Socio-Anthropologie, N°11 Attirances).
Pour George Canguilhem « La santé n’est pas seulement la vie dans le silence des organes, c’est aussi la vie dans la discrétion des rapports sociaux », c’est à ce niveau essentiel que la biomédecine montre ses limites et doit faire appel à l’esprit animal. De fait, on accorde une place (à définir) à l’animal qui n’est plus celle de l’animal-machine. ‘Le chien, celui-ci possède comme nous un lobe préfrontal connecté à la mémoire, qui lui permet d’éprouver ce qu’il se représente. (Cyrulnik, Digard, Picq, 2000). À force de vouloir soigner et de « savoir soigner, c’est pouvoir guérir » (Didier Fassin, Entre politiques du vivant et politiques de la vie, pour une anthropologie de la santé. Anthropologie et sociétés, 24, 1 : 95-116 , 2000), le corps médical s’ouvre à des approches complémentaires, alternatives, autres.
Tags: cerveau, Cyrulnik, Digard, don, Entre l’homme et le chien, George Canguilhem, humains, Machines, mammifères, mémoire, montée de la sensibilité écologiste, pensée sans parole, Picq, place dans le monde, Socio-Anthropologie
Publié dans
Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
05/07/2010
Le programme de zoothérapie du CHUQ a permis « d’innover sur le plan de l’humanisation des soins en réservant un espace pour la zoothérapie pour les enfants traités en hématologie-oncologie pédiatrique L’enfant malade se recroqueville souvent sur sa douleur, ses angoisses, sa peur et sa détresse d’où l’importance et le sens accordé à la zoothérapie. La présence du chien, sa sensibilité au contact humain, ses besoins élémentaires donnent à l’enfant un sentiment de sécurité émotionnelle dans un monde instable où tout évolue en accéléré ». Plus on découvre les animaux en thérapie, plus on souligne la condition humaine. L’utilitarisme de la thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre sur ‘le care’, car « l’animal se retrouve maintenant exclusivement investi, voire surinvesti d’une valeur affective. Cette valeur est très élevée. C’est l’animal enfant dont le maître se considère comme le parent adoptif, l’animal compagnon de vie, l’animal ami, membre de la famille. On lui prête des sentiments, des raisonnements, une personnalité ; il est traité comme un alter ego » (1). En ce sens, cet Autre devant est un accompagnant sous forme de chien qui cherche à comprendre ce que ces patients ressentent, les devine, l’imagine au besoin, car on ne vit que dans le regard de l’autre.
Ainsi, la TAC permet de renouer la nature et la culture au cœur du soin. L’animal n’est plus ce miroir « tantôt menaçant, tantôt rassurant, dans lequel Homo culturalis, dans sa version occidentale tout au moins, se mirait et se trouvait unique en son genre, délivré de ses origines, libéré de son corps, soustrait à la nature » (2).
La TAC n’a pas répondu à toutes les exigences spécifiques de la biomédecine, les médecins semblent lucides sur l’incertitude qui entoure cette approche thérapeutique très confrontante surtout pour leurs rôles et responsabilités au vue de la foi des patients. L’homme ne trône plus en solitaire dans son règne, son laboratoire, son unité de soins… Désormais l’animal entre dans l’antique interdit et les équipes médicales valorisent la notion de « communauté hybride » pour désigner l’association interspécifique entre les hommes et les animaux, fondé « sur des intérêts réciproques et des échanges mutuels » (Dominique Lestel, Animal singulier).
Bibliographie:
(1) Nicole Laurin, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours
(2) Gérard Lenclud, Et si un lion pouvait parler
Tags: alter ego, animal ami, animal compagnon de vie, Animal singulier, approche thérapeutique, Biomedecine, chuq, Dominique Lestel, Et si un lion pouvait parler, Gérard Lenclud, Homo culturalis, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours, membre de la famille, Nicole Laurin, parent adoptif, terrain, Utilitarisme, valeur affective
Publié dans
Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
28/06/2010
La biomédicine n’est qu’une des formes du savoir médical, il en existe d’autres, différentes et peut-être que la thérapie assistée par le chien/animal permet d’ouvrir la biomédecine sur des savoirs engendrant des relations médecin-patient plus complexes, possiblement plus naturelles. Du fait que, la force des hypothèses biomédicales et leurs applications découlent de nombreuses sources - l’efficacité de beaucoup de ces pratiques, le réseau étendu
d’institutions qui s’y abreuvent, les investissements économiques et politiques dans ce modèle particulier et le fait que les médecins tiennent la critique quant aux autres pratiques envisageables (Gordon, 1988) - sur quelles bases s’appuient les médecins pour approuver des activités de TAC dans leurs unités de travail?
C’est essentiellement par une démarche d’essai-erreur que le soignant apprend à reconstituer les limites de son rôle professionnel par rapport aux malades et des décisions qu’il doit prendre. Et dans ce sens, la TAC est une ‘personal knowledge’ (Del Vecchio Good M et Good Byron(1), composée d’éléments subjectifs, ce qui permet de construire une certaine forme de connaissance, de réalité qui prend forme et place, dans le cadre du rapport interpersonnel et institutionnel fortement organisé.
Les intervenants de TAC ont voulu user des outils de la biomédecine pour rendre compte des bienfaits de cette approche. Il en résulte que :
If current trends are any indication, animal-assisted intervention (AAI) programs are likely to continue to proliferate in the absence of convincing efficacy data. The field appears to be driven forward by the ardent faith of its numerous practitioners who believe that these interventions work, and are happy to grasp at any evidence, however weak, to support their own convictions. In this respect, the development of AAIs resembles the early careers of many other now-respected treatments for disorders of adolescent mental health; treatments that have since been validated by large numbers of high-quality, clinical trials. If AAIs are going to succeed in moving away from the fringes of clinical practice and into the mainstream, they will need to follow a similar path. For the field to progress as an empirically-supported treatment for many of the populations that it is currently attempting to serve, rigorous efficacy and effectiveness research conducted by individuals trained in clinical research and program evaluation is needed. In the absence of such research, the scientific and medical communities will continue to assume little or no long-term beneficial impact of these interventions.
Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J.
Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine
(1) Del Vecchio Good M et Good Byron
‘Learning medicine, the construction of medical knowledge at Harvard Medical School’ in Knowledge, power and practice. The anthropology of everyday life, Lindenbaum & Lock, Berkeley, p 81-107
Tags: biomédicine, Del Vecchio Good M et Good Byron, démarche d’essai-erreur, hypothèses biomédicales, relations médecin-patient, rôle professionnel, savoir médical, thérapie assistée par le chien/animal
Publié dans
Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
08/06/2010
Il est désormais temps de s’intéresser à la signification de la relation anthropozoologique observable sur le terrain en situation thérapeutique. L’animal être de conscience – le chien évidemment – est en interaction, un être de sens, un être de liens. L’animal est sujet qui offre à l’homme un miroir plus ou moins déformant, donc plus ou moins acceptable. Les expériences de TAC sont productrices d’existence, elles sont « le lieu de création de liens multiples et non univoques entre les théories et les pratiques qui en constituent d’abord
les outils et ensuite les conséquences » (‘Naissance d’une théorie éthologique’ Vinciane Despret, p.29). Autre point, il est illusoire de croire que dans la triade thérapeutique les uns n’influencent pas les autres, les uns sont éléments de l’expérience de l’autre, une des variables. À trop vouloir quantifier ce qui prouve l’efficience de la TAC on passe à côté des relations particulières qui se sont nouées à un moment particulier dans un environnement particulier. Parce qu’il ne faut pas se leurrer chacun des intervenants – le chien compris – est « pris à l’intérieur d’une hypothèse plus fondamentale que l’hypothèse à laquelle il travaille » (p.31)
Il semblerait qu’à ce jour les recherches de TAC à travers les questions qu’elles posent et les réponses qu’elles apportent racontent « nos croyances, nos utopies et la manière dont nous construisons ce qui nous définit et nous constitue par rapport à l’animalité » (ibid, p.34). Ainsi le contexte de justification permet de comprendre comment on en arrive à l’interprétation. C’est ainsi que Franklin et al. proposent une méthodologie destinée à mieux appréhender la relation humain/animal, pour notamment comprendre ses liens avec des bénéfices pour la santé humaine. Ils décrivent ainsi un programme de recherche, décliné en 4 types de collecte de données :
(1) l’observation directe et régulière des interactions humain/animal dans des contextes ordinaires (création d’éthogrammes)
(2) l’observation et l’analyse d’enregistrements vidéos, tournés à partir de caméras placées dans les lieux domestiques
(3) conduite d’entretiens des acteurs humains
(4) l’analyse des carnets et/ou journaux tenus par les humains à propos de leur relation avec l’animal.
Ce programme prend pour unité d’observation la relation ordinaire entre les humains et les animaux ; le but étant d’expliquer comment la signification de celle-ci peut être un élément bénéfique pour la santé.
Pour aller plus loin
Franklin, A., M. Emmison, D. Haraway and M. Travers (2007). « Investigating the therapeutic benefits of companion animals: Problems
and challenges. » Qualitative sociology review III Animals & people(1 Special issue – People and Animals. On the problem of intersubjectivity in interactions of humans and animals): Pp 42-58. P 46.
Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer
Tags: animal, animalité, conscience, éthogramme, éthogrammes, existence, Franklin et al, Liens, méthodologie, qualitative sociology review, relation anthropozoologique, sens, situation thérapeutique, TAC, théories, triade thérapeutique
Publié dans
Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »