Traumatisme structurant
25/05/2011
Le non-partage des émotions installe dans l’âme du patient blessé une zone silencieuse qui parle sans cesse, un bas-parleur en quelque sorte, qui murmure au fond de soi un récit inavouable. Il est difficile de se taire mais il est possible de ne pas dire
Mourir de dire, la honte, Boris Cylrulnik, p 8.
Or, avec un chien, il ne peut y avoir de représentation de la blessure, parce qu’avec un chien le discours n’agrippe pas, il glisse, il se dit, il dit. C’est bien le récit qui érige l’événement fondateur, celui qui engendre le sens (Temps et récit tome II, Paul Ricoeur). De plus, le patient blessé ne souffre pas de ce qu’il voit dans le regard du chien.
Depuis 1999, les enfants atteints de cancer passent une journée avec un chien au Centre mère-enfant (CME) du Centre hospitalier universitaire de Québec. L’objectif du programme est d’utiliser les rapports privilégiés que les enfants entretiennent avec l’animal pour aider au processus thérapeutique (psychologique, physique et social). Mais quels sont-ils?
‘Il a été démontré que la zoothérapie joue un rôle bénéfique dans les dimensions physiques (repos, alimentation, exercices), sociales (socialisation, rapprochement de l’anxiété, verbalisation des craintes et des inquiétudes) ainsi que dans les capacités d’adaptation (acceptation de l’hospitalisation, capacité de surmonter certaines difficultés, réceptivité au traitement, autonomie, motivation) et l’estime de soi (sentiment de fierté, d’accomplissement, d’utilité et de confiance en soi), Pierre Verret La Magie d’un rêve in La zoothérapie, nouvelles avancées. Une représentation de soi dévalorisée altère l’un des deux pôles de l’intersubjectivité ce qui la modifie tout entière. Une curieuse passerelle s’installe entre le monde mental d’une personne qui ne sait pas être heureuse, une personne souffrante, une personne blessée et celui du chien qui tisse un lien avec cette personne. Le chien développe une maturité parce que la passerelle intersubjective lui laisse toute la place.
Le traumatisme déstructurant en effondrant la personne est devenu pour elle et par la présence du chien un traumatisme structurant. Aussi, est-il ‘temps d’en finir avec Harry Harlow’, dit Vinciane Despret, en p. 13 de ‘L’attachement’:
La manière dont nous définissons nos rapports aux animaux, quand ces rapports se teintent d’affectivité nous tendons souvent à les inscrire dans les schèmes qui nous sont familiers, ceux de relations entre enfants et adultes. Nous n’avons pas élaboré dans notre culture un rapport spécifique et original à l’altérité, elle est généralement envisagée quand ce rapport est positivement connoté comme celui qui unit des parents à leurs enfants. En témoignent de nombreux propriétaires de chien tentant de situer leur compagnon dans les deux schèmes à notre disposition, l’enfant et l’ami, et percevant plus ou moins confusément l’inadéquation de chacun de ces schèmes à la relation telle qu’elle se développe.

Le non-partage des émotions installe dans l’âme du patient blessé une zone silencieuse qui parle sans cesse, un bas-parleur en quelque sorte, qui murmure au fond de soi un récit inavouable. Il est difficile de se taire mais il est possible de ne pas dire
des moyens…. Françoise Armengaud croit que ‘l’analyse reste à faire de cette tenace réduction de l’animalité à l’insignifiance et au dérisoire’, en introduction de son livre Réflexions sur la condition faite aux animaux.
En 2000, Martin Conway de
Ce que toutes les recherches permettent de pointer, c’est d’abord une hésitation concernant le rôle de l’animal. Et pour cause tant que l’homme se fera ‘l’unique exception d’un règne constitué de corps vides de pensée’ (p. 43, La raison des plus forts) il est fort probable que les médias nous abreuvent encore et encore de rapports de recherches ineptes et incongrus. Car, il est non seulement contre-productif et anti-scientifique de conclure catégoriquement sur des résultats concernant des articles de revue que ‘d’autres résultats ne peuvent permettre d’éliminer la possibilité qu’il s’agisse seulement d’améliorations passagères de l’humeur, mais en aucun cas d’une amélioration des symptômes’, que cela jette le discrédit sur des recherches qui, elles, tentent de démasquer quels sont les effets de l’animal dans une relation thérapeutique. Car, il semblerait produire des effets. Mais est-ce vraiment lui ? Est-ce lui ou la relation? Est-ce lui, la relation ou un autre effet, une variable cachée, laquelle? L’animal est-il une cause des effets qui influencent le changement de l’être humain en sa présence, ou simplement un symptôme ?
Dès les premiers mois et tout au long de sa vie, le chien découvre le monde tel un enfant. D’ailleurs les jeux qui amusent les tout-petits fonctionnent aussi auprès de nos compagnons à poils. Jouez à cache-cache derrière une couverture, votre chien appréciera. Amusez-vous à imiter votre chien : sautez sur le lit, jappez, battez l’air. Évaluez les capacités de votre compagnon et aidez-le à les développer. S’il semble connaître les mots ‘balade’ et ‘Balle’, compliquez légèrement l’exercice en précisant votre pensée : ‘balade au parc’ et ‘balle bleue’… quel que soit son âge, jouez avec lui comme si vous étiez un chien. Mettez au point un signal de jeu (tapez dans les mais par terre, haletez devant votre chien, éloignez-vous de lui en courant et en lui jetant des coups d’œil) et commencez à jouer. Servez-vous de vos mains comme lui de sa bouche pour le saisir par la tête, les pattes, la queue ou le ventre. Occupez-lui les mâchoires avec un jouet ou préparez-vous à vous faire pince-mordiller.
L’honnêteté scientifique nous oblige néanmoins à mentionner que les résultats de ces travaux sont extrêmement variables, et leurs méthodologies pas toujours très rigoureuses. On peut toutefois, et en dépit de l’incertitude quant à la « réalité » des effets thérapeutiques des animaux sur les humains, réfléchir à « ce qui », dans la communication et l’interaction avec des animaux non humains, pourra être une base pour construire une relation thérapeutique.
6– La présence d’un animal permet au patient d’évoluer sur base de modalités de communication où il est aussi compétent (et parfois plus) que le thérapeute. En effet, tout le monde se met au niveau de fonctionnement de la communication non verbale (comportement, émotion). C’est la base de l’interaction avec un animal. Ici le patient n’est pas déficient, et la relation reste significative pour chacun.
Concernant la sélection et la formation des animaux ainsi que leur encadrement, c’est la sélection qui offre les meilleurs outils (individus). Il faut comprendre que les chiens sont dûment sélectionnés pour que persistent des traits infantiles chez l’adulte.
Ceci est peu considéré dans les comptes-rendus de recherches. Autre point, les infirmières, comme ‘pros de la relation de soin’, ont été les premières à mettre en place des initiatives de soin incluant les animaux. Comme femmes, elles ont beaucoup fait pour faire entrer la thérapie assistée par l’animal dans les établissements. Et elles se sont beaucoup battues pour faire reconnaitre l’apport de l’animal. Est-ce une simple coïncidence? Certains articles suggèrent même que les infirmières devraient avoir plus de place dans la décision et la conduite de ce type d’initiative.