Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Thérapie assistée par le chien’

Traumatisme structurant

25/05/2011

Mourir de dire, la honteLe non-partage des émotions installe dans l’âme du patient blessé une zone silencieuse qui parle sans cesse, un bas-parleur en quelque sorte, qui murmure au fond de soi un récit inavouable. Il est difficile de se taire mais il est possible de ne pas dire
Mourir de dire, la honte, Boris Cylrulnik, p 8.

Or, avec un  chien, il ne peut y avoir de représentation de la blessure, parce qu’avec un chien le discours n’agrippe pas, il glisse, il se dit, il dit. C’est bien le récit qui érige l’événement fondateur, celui qui engendre le sens (Temps et récit tome II, Paul Ricoeur). De plus, le patient blessé ne souffre pas de ce qu’il voit dans le regard du chien.
Depuis 1999, les enfants atteints de cancer passent une journée avec un chien au Centre mère-enfant (CME) du Centre hospitalier universitaire de Québec.  L’objectif du programme est d’utiliser les rapports privilégiés que les enfants entretiennent avec l’animal pour aider au processus thérapeutique (psychologique, physique et social). Mais quels sont-ils?
La zoothérapie, nouvelles avancées‘Il a été démontré que la zoothérapie joue un rôle bénéfique dans les dimensions physiques (repos, alimentation, exercices), sociales (socialisation, rapprochement de l’anxiété, verbalisation des craintes et des inquiétudes) ainsi que dans les capacités d’adaptation (acceptation de l’hospitalisation, capacité de surmonter certaines difficultés, réceptivité au traitement, autonomie, motivation) et l’estime de soi (sentiment de fierté, d’accomplissement, d’utilité et de confiance en soi), Pierre Verret La Magie d’un rêve in La zoothérapie, nouvelles avancées. Une représentation de soi dévalorisée altère l’un des deux pôles de l’intersubjectivité ce qui la modifie tout entière. Une curieuse passerelle s’installe entre le monde mental d’une personne qui ne sait pas être heureuse, une personne souffrante, une personne blessée et celui du chien qui tisse un lien avec cette personne. Le chien développe une maturité parce que la passerelle intersubjective lui laisse toute la place.
Le traumatisme déstructurant en effondrant la personne est devenu pour elle et par la présence du chien un traumatisme structurant. Aussi, est-il ‘temps d’en finir avec Harry Harlow’, dit Vinciane Despret, en p. 13 de ‘L’attachement’:

l'attachement-Claude BeataLa manière dont nous définissons nos rapports aux animaux, quand ces rapports se teintent d’affectivité nous tendons souvent à les inscrire dans les schèmes qui nous sont familiers, ceux de relations entre enfants et adultes. Nous n’avons pas élaboré dans notre culture un rapport spécifique et original à l’altérité, elle est généralement envisagée quand ce rapport est positivement connoté comme celui qui unit des parents à leurs enfants. En témoignent de nombreux propriétaires de chien tentant de situer leur compagnon dans les deux schèmes à notre disposition, l’enfant et l’ami, et percevant plus ou moins confusément l’inadéquation de chacun de ces schèmes à la relation telle qu’elle se développe.

Les bonnes méthodes ont-elles été utilisées ?

11/04/2011

En zoothérapie, l’écueil principal sur lequel achoppe la reconnaissance de cette approche donc son institutionnalisation, c’est que les méthodes employées pour la validation de l’observation des effets de la relation homme/animal ne font pas l’unanimité.
Car ce qui est observé est complexe à interpréter. Pour plusieurs raisons dont ce blogue depuis plusieurs années vous abreuvent. D’abord d’évidents blocages idéologiques : reconnaître une quelconque activité thérapeutique d’un animal va à l’encontre des choix fondateurs de la sociologie, par exemple. Si elle n’affirmait pas cette différence, l’animal deviendrait un acteur sociologique avec tout ce que cela induit. Ensuite, le conflit entre chercheurs et praticiens paraît insurmontable : les uns  n’arrivent pas à reproduire les résultats des autres.
En fait, ‘Les praticiens ne sont pas assez rigoureux, ou parce qu’ils « croient » que cela va marcher, mais tout simplement parce que les chercheurs mettent en place des procédures expérimentales qui, en exigeant que « toutes choses soient égales par ailleurs », empêchent précisément les thérapeutes de construire de nouvelles réalités avec leurs patients’, dit Véronique Servais, Université de Liège.
Les bonnes méthodes sont-elles utilisées ? Oui, si la procédure consiste à reproduire rigoureusement des effets qui sont apparus plusieurs fois et provoqués par des personnes différentes. La reproductibilité permet de s’affranchir d’effets aléatoires ainsi que des erreurs de jugement ou des manipulations de la part des scientifiques. Et, non, car en thérapie assistée par animal nous n’avons pas à faire à des automates qui génèrent du matériel reproductible. En TAC on ne parle pas d’apparition mais d’un phénomène observé. Il est alors répertorié et classé dans une catégorie d’observable… mais voilà sur un patient ici, un patient là. En outre, tout dépend de ce que va faire le thérapeute du potentiel de changement apporté par…. l’animal.
Si on veut faire avec un animal comme s’il n’était pas là, on limite grandement le champ des possibles. On peut donc en conclure que les procédures expérimentales en elles-mêmes font disparaître les effets bénéfiques des animaux, mais que ceux-ci ne sont pas illusoires pour autant.

Les boîtes noires

18/03/2011

Le fondateur américain du Mouvement de Réforme pour les Animaux de la Ferme (FARM), Alex Herschaft, écrit:

Au milieu de notre style de vie lié aux hates technologies, parmi les monuments les plus remarquables de l’histoire, de l’art, de la religion et du commerce, il y a les ‘boîtes noires’. Ce sont les laboratoires de recherche biomédicale, les fermes productivistes et les abattoirs – des complexes sans visage où la société mène son sale boulot d’abus et de meurtre sur des êtres innoncets et sensibles. … Nous avons une idée assez précise de ce qui s’y passe mais nous ne voulons pas vraiment être confrontés à la réalité

C’est parce qu’on les considère non comme des fins mais comme Réflexions sur la condition faite aux animauxdes moyens…. Françoise Armengaud croit que ‘l’analyse reste à faire de cette tenace réduction de l’animalité à l’insignifiance et au dérisoire’, en introduction de son livre Réflexions sur la condition faite aux animaux.

Pour en savoir plus:

Animal Rights 2011 National Conference

Le chien outil de la mémoire autobiographique

07/03/2011

La mémoire autobiographique c’est la capacité des personnes souffrant de dépression de récupérer des informations personnelles concernant des événements autobiographiques (comme une rencontre) et des faits autobiographiques (un lieu de naissance ou le nom de collègues). Chez les dépressifs, les souvenirs positifs s’estompent et cette distanciation perdure même en rémission.  Or la mémoire autobiographique contribue à la construction de l’identité personnelle. …
La dépression nous éloigne de nous-mêmesEn 2000, Martin Conway de l’université de Leeds et Kit Pleydell-Pearce de l’université de Bristol (dans Les dossiers de la recherche, ‘La dépression nous rend spectateurs de nos souvenirs’ par Philippe Fossati, professeur à l’université ParisVI) ont postulé que le rappel d’un souvenir autobiographique passe par un processus actif de reconstruction. Les souvenirs ne sont pas stockés tel quels dans la mémoire à long terme mais recomposés au moment de l’évocation. Or, il est désormais bien documenté que la présence d’un chien dans une thérapie crée un environnement enrichi. Le chien est une combinaison de stimuli sociaux et inanimés qui va rassurer et apaiser le patient. Souvent, le patient souffre de ce qu’il voit de lui dans le regard des autres, or par son effet relaxant, le chien va également favoriser le contact et la conversation. Il y a plus : il est un véritable médiateur entre un patient très retiré et un thérapeute parfois désemparé.
Ainsi, le patient dépressif peut reconstruire en toute sécurité sa mémoire en se servant des infos disponibles pour recréer un souvenir qui intègre ces différentes parties de l’expérience initiale. La présence de l’animal aide à structurer l’interaction sur le plan spatial et temporel, en orientant l’attention et favorisant tout naturellement le développement d’une attention conjointe. (référence)
Ces processus de reconstruction de la mémoire sont très complexes et dépendent de l’état émotionnel des personnes, de leurs motivations lors du rappel du contexte d’évocation du souvenir. Or, il semble acquis que le chien  induit le calme chez le patient, ce calme qui permettrait la réminiscence?
Le chien est dans l’ici et maintenant. D’une manière générale, la présence d’un animal permet de construire de « nouvelles réalités ».

Divergences et malhonnêteté intellectuelles

14/02/2011

Cela fait plusieurs années que des enquêtes, des recherches, des écrits et des rapports sont colligés sur la thérapie assistée par les animaux.  Qu’il existe des divergences quant aux résultats et à la manière de les interpréter, somme toute tant mieux, cela permet aux chercheurs de poursuivre leurs études, de les approfondir, d’envisager de nouveaux outils, mais de là à conclure avec l’article paru dans le magazine Cerveau et Psycho n° 42 de Novembre/Décembre 2010, rédigé par Scott Lilienfeld et Hal Arkowitz – tous deux professeurs en psychologie,  que la thérapie assistée par animaux n’a pas d’efficacité avérée, c’est de la malhonnêteté intellectuelle.

Il est sain que la paternité des effets constatés soit interrogée. Il est primordial de savoir où est l’influence. Est-elle directe de l’animal ? Mais comment? De quelles façons ? Quel est le levier? Ou bien, l’influence est-elle mécanique ? Circonstanciée? Psychotemporale?
La raison des plus forts sous la direction de Pierre JouventinCe que toutes les recherches permettent de pointer, c’est d’abord une hésitation concernant le rôle de l’animal. Et pour cause tant que l’homme se fera ‘l’unique exception d’un règne constitué de corps vides de pensée’ (p. 43, La raison des plus forts) il est fort probable que les médias nous abreuvent encore et encore de rapports de recherches ineptes et incongrus. Car, il est non seulement contre-productif et anti-scientifique de conclure catégoriquement sur des résultats concernant des articles de revue que ‘d’autres résultats ne peuvent permettre d’éliminer la possibilité qu’il s’agisse seulement d’améliorations passagères de l’humeur, mais en aucun cas d’une amélioration des symptômes’, que cela jette le discrédit sur des recherches qui, elles, tentent de démasquer quels sont les effets de l’animal dans une relation thérapeutique. Car, il semblerait produire des effets. Mais est-ce vraiment lui ? Est-ce lui ou la relation? Est-ce lui, la relation ou un autre effet, une variable cachée, laquelle?  L’animal est-il une cause des effets qui influencent le changement de l’être humain en sa présence, ou simplement un symptôme ?
Un point névralgique de toutes ces études ressort : se peut-il que les méthodes et les outils biomédicaux employés pour saisir ce qui se passe ne permettent justement de rien saisir, car comprendre une autre espèce requiert d’acquérir au préalable des connaissances sur sa biologie, son éthologie et son écologie, mais aussi sur sa cognition et sa psychologie.  Il est essentiel d’insister sur le fait qu’une méthodologie visiocentrique est sans aucun doute trop restrictive étant donné ce que nous savons du monde sensoriel des animaux (p 164, La raison des plus forts).

Aussi, est-il honteux que les auteurs se permettent d’écrire ‘ Pourquoi nous préoccupons-nous de cette thérapie assistée par animaux ? Après tout, si les enfants apprécient et que les parents sont prêts à payer, pourquoi nous en préoccuper ? Parce qu’une thérapie inutile est un détournement des fonds qui pourraient servir à rechercher des traitements vraiment efficaces’.

Ils devraient chercher de nouvelles méthodes de validation des acquis.

Le plus beau cadeau de Noël: jouez avec son chien

20/12/2010

Les jouets ne sont pas nécessaires pour jouer…  

Dans la peau d'un chienDès les premiers mois et tout au long de sa vie, le chien découvre le monde tel un enfant. D’ailleurs les jeux qui amusent les tout-petits fonctionnent aussi auprès de nos compagnons à poils. Jouez à cache-cache derrière une couverture, votre chien appréciera. Amusez-vous à imiter votre chien : sautez sur le lit, jappez, battez l’air. Évaluez les capacités de votre compagnon et aidez-le à les développer. S’il semble connaître les mots ‘balade’ et ‘Balle’, compliquez légèrement l’exercice en précisant votre pensée : ‘balade au parc’ et ‘balle bleue’… quel que soit son âge, jouez avec lui comme si vous étiez un chien. Mettez au point un signal de jeu (tapez dans les mais par terre, haletez devant votre chien, éloignez-vous de lui en courant et en lui jetant des coups d’œil) et commencez à jouer. Servez-vous de vos mains comme lui de sa bouche pour le saisir par la tête, les pattes, la queue ou le ventre. Occupez-lui les mâchoires avec un jouet ou préparez-vous à vous faire pince-mordiller.

 Dans la peau d’un chien. Alexandra Horowitz, p. 270-271

Le chien en zoothérapie agit-il moralement?

01/12/2010

Nous avons encore beaucoup à apprendre sur l’importance de la coopération et sur son rapport avec la justice dans le monde animal. Effectivement, il a fallu attendre ces 10 dernières années pour qu’un propos sur la moralité des animaux ne soit pas systématiquement reçu par un froncement de sourcils sceptique et un rire méprisant. La tradition a fait de la moralité l’apanage de l’homme, jusqu’à y voir la définition même de notre humanité. Certains scientifiques continuent de rejeter avec véhémence l’idée que nous pourrions partager cette qualité avec d’autres êtres. Pourtant, de plus en plus de biologistes, de neuroscientifiques, de philosophes et d’éthologues commencent à penser que la moralité serait une stratégie largement adaptative ayant évolué chez bon nombre d’espèces. Je ne dis pas que le comportement moral des animaux est le même que le nôtre. Je pense plutôt que ce qu’on appelle ‘moralité’ est un phénomène biologique très diversifié, nécessaire à toute vie en société. Les composants de base de la moralité – la coopération, l’empathie, l’équité, la justice et la confiance – sont un héritage de nos ancêtres, au même titre que les émotions.

Sous sa forme la plus élémentaire, la moralité peut apparaître comme un comportement prosocial : un comportement dont l’objectif est d’augmenter le bien-être des autres. La moralité est un phénomène intrinsèquement social : elle se manifeste dans les interactions entre les individus comme une sorte de toile ou de tissu qui maintient la tapisserie compliquée des rapports sociaux. Avec le temps, le mot ‘moralité’ en est venu à désigner simplement le fait de connaître la différence entre le bien et le mal, entre être bon et être mauvais.  Chez les animaux, la moralité renvoie à une gamme extrêmement variée de comportements sociaux. Il s’agit d’un ensemble de règles édictant la manière d’agir au sein d’une communauté, assimilé par chacun de ses membres. Le comportement moral comprend la coopération, la réciprocité, l’empathie et l’assistance. Mais il ne se limite pas à ces divers éléments. La moralité possède à la fois les composants émotionnels ou affectifs et des composants cognitifs.
Marc Bekoff . Les émotions des animaux, p. 167-168-169

Le comportement moral comprend la coopération, la réciprocité, l’empathie et l’assistance

Le comportement moral comprend la coopération, la réciprocité, l’empathie et l’assistance

Il reste certe encore beaucoup de recherches à faire sur la manière dont les animaux respectent la moralité et en définissent les règles.

Mais,si la moralité est une stratégie adaptative, le chien qui demeure auprès des hommes depuis des millénaires et désormais qui oeuvre conjointement à un intervenant en thérapie assistée par l’animal, fait-il montre de moralité ? Fait-il montre d’un comportement dont l’objectif est d’augmenter le bien-être des autres?

Comment la relation à l’animal peut-elle devenir thérapeutique ?

16/11/2010

Du site http://zootherapie.asso.fr/?page_id=157L’honnêteté scientifique nous oblige néanmoins à mentionner que les résultats de ces travaux sont extrêmement variables, et leurs méthodologies pas toujours très rigoureuses. On peut toutefois, et en dépit de l’incertitude quant à la « réalité » des effets thérapeutiques des animaux sur les humains, réfléchir à « ce qui », dans la communication et l’interaction avec des animaux non humains, pourra être une base pour construire une relation thérapeutique.
Dans l’entretien thérapeutique, ou dans un lieu de vie thérapeutique, l’animal peut jouer un rôle à quantité de niveaux. Je ne citerai ici que les plus élémentaires.
1– Interagir avec un animal apporte au patient la satisfaction de besoins émotionnels fondamentaux comme le toucher et l’intimité d’une relation « enveloppante », dans une relation qui est sans danger sur le plan des complications émotionnelles.
2– Présent (ou parfois seulement évoqué) dans une salle de thérapie, l’animal favorise le développement d’une relation thérapeutique, comme dans les études des époux Corson et de Levinson. Plusieurs facteurs jouent ici : un animal paisible va rassurer et apaiser le patient (effet relaxant) ; il va également favoriser le contact et la conversation (facilitation sociale), mais il y a plus : il est un véritable médiateur entre un patient très retiré, voire hostile, et un thérapeute parfois désemparé.Du site www.rachelzootherapie.ch/4538.html
3– L’animal apporte aussi une aide au thérapeute, ce qui est moins souvent reconnu. Il lui permet, dans les moments de tension ou de difficulté, de ne pas mettre trop de pression sur le patient. En se tournant vers l’animal, le thérapeute se détend, patiente, se remet à l’écoute et se recalibre pour revenir ensuite vers le patient avec un esprit plus ouvert.
4– La présence d’un animal aide à structurer l’interaction thérapeute-patient sur le plan spatial et temporel, en orientant l’attention et favorisant tout naturellement le développement d’une attention conjointe.
5– La présence d’un animal favorise la concentration en temporisant l’interaction et diminuant les parasites : centré sur un animal, sur l’observation de son comportement, de ses expressions, etc., un échange qui n’est pas trop saturé en élément verbaux va comporter moins d’informations à traiter et prêtera moins à la distraction et à l’hyperactivité.
Du site www.agatea.org/Page_activites.html6– La présence d’un animal permet au patient d’évoluer sur base de modalités de communication où il est aussi compétent (et parfois plus) que le thérapeute. En effet, tout le monde se met au niveau de fonctionnement de la communication non verbale (comportement, émotion). C’est la base de l’interaction avec un animal. Ici le patient n’est pas déficient, et la relation reste significative pour chacun.
7– La présence d’un animal va permettre de travailler à partir des relations « élémentaires » (la peur, la confiance, la réciprocité, etc.) et de construire de sens à partir de cela. Les possibilités de construction de sens, à partir des réactions de l’animal aux comportements du patient à son égard par exemple, sont infinies.
8– Enfin, l’animal introduit de l’humour et de la souplesse dans des interactions parfois rigides et sérieuse.
D’une manière générale, la présence d’un animal permet, en favorisant la créativité du thérapeute, de construire de « nouvelles réalités » pour le patient, par exemple des réalités où son déficit de langage n’est pas un obstacle au développement de relations gratifiantes.

Sources :
 Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer

Soulageante néoténie

23/10/2010

Tantôt déifié, tantôt diabolisé, l’animal a connu le meilleur et le pire et a incarné surtout l’idée que nous nous en faisions. Dès lors, en biomédecine, l’animal devient un outil thérapeutique avec la thérapie assistée par l’animal.
Avant de faire entrer un animal quel qu’il soit dans une enceinte de soins, il faut remplir des exigences très strictes de contrôle pour éviter l’entrée nouvelle d’agents pathogènes externes, afin de protéger l’homme plus vulnérable que l’animal dans le combat de la vie. Le contrôle prend la forme de la rédaction d’un protocole, préalable à l’introduction des animaux dans un établissement de santé. On y retrouvera les règles et procédures qu’on entend suivre au moment où l’animal sera présent. On s’assurera évidemment que toutes les personnes concernées par les activités en prennent connaissance et qu’elles s’y conforment en tout temps.
Site_vetopsy.frConcernant la sélection et la formation des animaux ainsi que leur encadrement, c’est la sélection qui offre les meilleurs outils (individus). Il faut comprendre que les chiens sont dûment sélectionnés pour que persistent des traits infantiles chez l’adulte. Jean-Pierre Digard parle de « néoténie domesticatoire ». Les adultes humains, et qui plus est des enfants en souffrance, sont aussi influencés par ces caractéristiques. Ils s’y projettent. On peut penser que les animaux domestiques ayant des traits néoténiques vont provoquer une réponse de protection, de sécurité, de jeu, de transfert, de bien-être, etc. chez l’enfant.
D’une certaine manière en prenant soin d’un plus petit que soi, qui ressemble à soi, on s’auto-inflige le soulagement.

Une différence de genre

10/10/2010

Un horizon de recherche zoothérapeutique très stimulant est de documenter comment, dans une situation à vocation thérapeutique, un animal peut devenir un être signifiant. Et cette réflexion ne peut faire l’impasse sur le type de relation mis en place par les hommes et par les femmes avec l’animal. Des études semblent indiquées qu’il y existe une approche distincte, une différence de genre.

It is clear to me that gender differences result from the interaction of factors that operate at multiple levels, and it is unlikely that any single factor can account for the array of differences in human–animal relationships that have been documented over different behaviors and cultures. (1)

Attendu qu’on assiste à l’épuisement progressif de recherches sur des données quantifiables, reproductibles en zoothérapie pour se tourner vers la création de variable « perception de l’animal, » il importe voir comment l’homme et la femme abordent cette relation avec l’animal.

While women were more humanistic and moralistic about animals, they were also more negativistic. And while women expressed more concern for the welfare of individual animals, men were more concerned with species preservation and habitat conservation.
Most investigations of attitudes toward the use of animals have found that women are more sympathetic than men towards animal welfare and are less supportive of animal research. These differences transcend national boundaries. (1)

gender differences in human-animal interactionCeci est peu considéré dans les comptes-rendus de recherches. Autre point, les infirmières, comme ‘pros de la relation de soin’, ont été les premières à mettre en place des initiatives de soin incluant les animaux. Comme femmes, elles ont beaucoup fait pour faire entrer la thérapie assistée par l’animal dans les établissements. Et elles se sont beaucoup battues pour faire reconnaitre l’apport de l’animal. Est-ce une simple coïncidence? Certains articles suggèrent même que les infirmières devraient avoir plus de place dans la décision et la conduite de ce type d’initiative.

Bref, les animaux en eux-mêmes n’ont pas d’effet thérapeutique en soi sur les patients. Tout dépend de l’interprétation que se fait le thérapeute du potentiel de changement apporté par l’animal dans la relation. Tout dépend de comment les différents acteurs deviennent des figures d’attachement les uns pour les autres. Tout dépend de la manière dont en tant que femme et en tant qu’homme on aborde la relation à l’animal.

En quoi le thérapeute est attaché à son patient, en quoi le patient est attaché au thérapeute, en quoi le patient est attaché à l’animal, en quoi le thérapeute est attaché à l’animal, en quoi l’animal est attaché au thérapeute, et en quoi l’animal est attaché au patient.(2)

En quoi le thérapeute est homme ou femme, en quoi le patient est une patiente….. La relation thérapeutique est un objet d’études passionnant si et seulement si on garde en ligne de mire les relations de genre qui sont porteuses d’informations éclairantes.

Pour aller plus loin:

(1) Harold A. Herzog, Gender Differences in Human–Animal Interactions: A Review, Western Carolina University, Cullowhee, USA, ANTHROZOÖS Vol. 20, Issue 1, 2007

(2) Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer


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