Archive de la catégorie ‘Thérapie assistée par le chien’
13/03/2010
La thérapie assistée par le chien rencontre des difficultés similaires à toutes nouvelles pratiques médicales et alternatives qui cherchent à se faire connaître et reconnaître au Québec. On a recours aux animaux dans les espaces de santé, mais « When positive effects are reported, weaknesses in the methodologies used to obtain them raise doubts concerning their validity. Additionally, some of the more promising clinical observations that recur consistently throughout the AAI literature— e.g., the ability of animals to expedite the rapport-building process, enhance engagement, and facilitate retention in treatment—have not been investigated empirically »[1].
Les ‘evidence based medecine’ ne sont jamais suffisamment évidentes dans les études faites sur la thérapie assistée par le chien, car la société anthropocanine est rejetée stricto sensu. « L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais : c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé, ce qui mérite ce nom de profondeur qui veut dire avec précision ce qui m’échappe. Mais c’est aussi la poésie (…). Je ne sais de quoi de doux, de secret et de douloureux prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous »[2]. Plus fondamentalement le lien immémorial avec l’animal – le chien en l’occurrence – n’est pas considéré comme thérapeutique par le corps médical, car « la condition de l’existence d’un lien social n’est pas l’identité des acteurs, mais l’ajustement mutuel de leurs conduites et de leurs attentes»[3].
Ainsi on peut dire qu’il existe une culture propre aux chiens et aux humains en situation de soins – deux sociétés distinctes – dans un triplet de personnalités : l’une pour les chiens, l’autre pour les patients et enfin le dernier pour le corps médical. Le corps médical lorsque préparé et peut-être en désespoir de cause (les programmes de zoothérapie dûment implantés en centre hospitalier le sont, par exemple, dans des services de pédo-oncologie) s’ajuste à la triangulation entre; animal avec ses caractéristiques et son caractère, le patient avec son histoire et le zoothérapeute avec ses connaissances qui travaille en parfaite multidisciplinarité avec les équipes professionnelles médicales : psychiatre, infirmières, préposées aux bénéficiaires…
[1] Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J. Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine, july 2004
[2] Bataille, Georges, Théorie de la religion, Idées/Gallimard, 1948, p. 52-53
[3] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 289
‘evidence based medecine’, société anthropocanine, triangulation, pédo-oncologie
http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9decine_fond%C3%A9e_sur_les_faits
[1] Bataille, Georges,
Théorie de la religion, Idées/Gallimard, 1948, p. 52-53
[2] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 289
Tags: Bataille, Dominique, Georges, Guillo, Kruger, pédo-oncologie, Serpell, société anthropocanine, Trachtenberg, triangulation, ‘evidence based medecine’
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10/03/2010
Les 50 dernières années ont vu fleurir nombre d’études mesurant – prééminence des méthodes quantitatives – les effets de la thérapie assistée par l’animal. Dans l’histoire de la recherche sur les interactions avec l’animal à but thérapeutique et/ou éducatif, très peu d’études échappent au travail de codage, comptage, analyse multi variée, définition de corrélations, de liens significatifs. Pourquoi? Les enjeux en étaient de généralisation. Car les scientifiques des années 1960 et plus se méfiaient – à juste titre – de l’engouement populaire et médiatique autour de la zoothérapie et surtout ils voulaient éviter que ce soit l’inclinaison de tel médecin pour les animaux qui favorise la mise en place de projets thérapeutiques. Donc les recherches ont tourné autour de ‘l’animal peut-il être thérapeutique?’ avec une hypothèse à tester et un modèle de recherche défini. Les scientifiques tels que Alan Beck et Aaron H. Katcher en sont les plus grands protagonistes, eux qui trouvent que «les travaux inspirateurs de Levinson et des Corsons s’appuient sur des observations assez simples non issues de protocoles expérimentaux ». Ainsi, les deux chercheurs – et dans leur lignée plusieurs centaines d’autres – ont visé la constitution d’un champ scientifique autonome. Au fil des ans, on a mesuré, on a décrit sans s’enflammer des résultats, on a pesé, on a observé les signes (aspect grandement documenté) pour constater que la TAC avait des effets indirects mais des effets quand même sur la santé humaine.
Or, pour Dr Joël Dehasse, Vétérinaire comportementaliste diplômé, les preuves scientifiques ne sont pas suffisantes et ne s’accumulent pas. Le spécialiste européen (D-ECVBM-ca) dit :
Actuellement, il n’y a aucune étude vraiment scientifique sur le sujet – ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’effet – mais que la médecine scientifique ne s’y arrêtera pas. Publier des résultats positifs avec statistiques comme preuves est un bon début, mais certains scientifiques ont tendance à ne publier que leurs résultats positifs et pas leurs expériences avec résultats négatifs. Dès lors on ne prouve plus grand chose et, surtout, on ne peut pas généraliser les résultats d’une étude. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller de l’avant en zoothérapie, avec respect pour l’animal

Le Dr Dehasse sera présent samedi au Collège Maisonneuve, à Montréal.
Aujourd’hui, le monde scientifique se questionne sur la pertinence des méthodes quantitatives pour traiter de la TAC, car comme le précise Jérôme Michalon, ces études ont oublié une variable essentielle dans leurs études statistiques : l’influence des variables ‘relation’ et ‘perception’ vis-à-vis de l’animal. Celle-là même que le Dr Dehasse juge trop utilisée. Les méthodes quantitatives produisent des preuves de l’existence d’une relation mais elles ne montrent pas les mécanismes en œuvre dans la TAC. C’est un peu comme si on démontrait les effets d’un médicament sans savoir ce qui est actif pour le corps humain.
Or, c’est la nature de la relation entre l’humain et l’animal qui produit des effets. C’est la voie que semblent vouloir emprunter les nouvelles recherches qui induisent presqu’obligatoirement une approche multidisciplinaire : jusqu’à maintenant les recherches faites n’ont pas inclus les connaissances de l’anthropologie, peu les savoirs vétérinaires…
Sources :
Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer
Tags: Aaron H Katcher, Aikiou, Alan Beck, and C. Gauthier, approche multidisciplinaire, Beck&Katcher, Bruxelles, Dehasse, effets de la thérapie assistée par l’animal, fondation-apsommer, J., L. Langlade, methodes quantitatives, Michalon, Pipolino®, recherche sur les interactions avec l’animal, savoirs vétérinaires
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02/03/2010
En 2008, Sarah M. Schlote a mené une vaste enquête d’un océan à l’autre afin d’avoir un portrait de la situation de la zoothérapie au Canada. Pour son sondage, Sarah a spécifiquement interrogé 131 professionnel(le)s en relation d’aide, santé mentale, éducation et services sociaux (par ex : conseillers, psychothérapeutes, psychologues, travailleurs sociaux, éducateurs, coach de vie, guérisseurs, etc.) travaillant avec un partenaire animal dans le cadre d’interventions thérapeutiques visant la croissance personnelle. L’étude ne visait pas la zoothérapie telle que pratiquée dans d’autres domaines professionnels, ni les activités assistées par l’animal ou l’équitation thérapeutique.
Voici les points saillants.
• 91% des personnes interrogées ont – de 10 ans d’expérience en zoothérapie.
• 66% ont entre 0-5 ans d’expérience.
• 64% avaient une éducation universitaire
• 69% avaient des études en relations d’aide (voulant dire, 30% avaient des études ou des professions non pertinents,telles l’ingénierie, le journalisme, l’hôtellerie… N’importe qui peut s’improviser zoothérapeute…)
• Il n’y a pas ou peu de communication ou de collaboration entre les programmes de formation/certification
• Il n’y a pas de norme standardisée au niveau des pré-requis académiques pour suivre une formation en zoothérapie
• Personne ne s’entend sur la terminologie à se donner : il y a plus de 60 termes différents en anglais et plus de 30 en français pour dire zoothérapie…
…..Et on continue à en inventer d’autres…
• Il y a un manque de consensus au niveau des définitions. Par ex. : On n’est pas d’accord sur les différences entre : zoothérapeute et intervenant en zoothérapie, ni sur la distinction entre la thérapie/le coaching/l’apprentissage assisté par le cheval…
L’objectif de l’étude était de mieux comprendre les enjeux actuels afin d’inspirer des solutions. Pour faire évoluer le domaine, deux avenues sont non seulement souhaitées mais souhaitables :
1/ l’établissement de normes (61%)
2/ La création d’une association professionnelle nationale indépendante (65%).
Tags: association professionnelle nationale indépendante, coach de vie, conseillers, éducateurs, guérisseurs, intervenant en zoothérapie, psychologues, psychothérapeutes, Sarah M. Schlote, sondage, travailleurs sociaux, zoothérapeute, zoothérapie
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18/02/2010
En 1997, Dr David T. Allen, mettait en doute les bienfaits de la thérapie assistée par le chien (TAC) suite à son analyse d’études qui ont servi à populariser la TAC. Pour l’épidémiologiste américain il y a de sérieuses lacunes scientifiques dans les recherches réalisées :
Ayant passé en revue plus de 1000 études, je n’ai pas trouvé une seule étude [étude de type II] qui décrit les gains en comparaison des pertes sur l’état de santé général de la société, en relation avec l’interaction entre les humains et les animaux. En d’autres mots, je n’ai pas trouvé un seul article [étude de type II] qui compare la magnitude des effets des cas cités avec un groupe témoin ou avec le public en général. Sur l’échelle des critères de validité scientifique, ces études [étude de type I] sont à ranger sur l’échelon le plus bas. Les rapports qui vantent les mérites de la relation des êtres humains avec les animaux sont fondés sur des études descriptives et sur l’opinion des experts, et les études de ce genre [étude de type I] sont les moins valides de toutes. (Charles Danten)
Somme toute cela n’a pas d’importance, car on ne peut pas parler des animaux sans connaître la façon dont les gens vivent ensemble. Nonobstant les règles de la science qui sont sujettes à caution – vous savez avec leurs « bons objets indifférents répondant ‘machinalement’ à des causes permettant d’établir des lois », p. 38, Vinciane Despret et Jocelyne Porcher, Être bête, chez Actes Sud - l’important dans la TAC, ce n’est pas que ça marche c’est la diversité des contextes possibles, des manières dont les humains et les animaux se conduisent dans un environnement spécifique pour un moment donné. Aussi conclure que tous les animaux procurent tout le temps partout auprès de tout le monde des bienfaits c’est se leurrer et surtout ce n’est pas adapté aux canons de la science. C’est là que les fameuses anecdotes sont importantes, en fait un animal est différent selon les contextes, parce que les humains sont différents dans ces mêmes contextes.
Ce qui fait sens comme le disaient Vinciane Despret et Jocelyne Porcher, ce qui compte ce sont « les petites différences locales, contextualisées, vivantes, articulées» (p.29), et surtout la compétence de tel animal à tel moment auprès de telle personne.
La personnalité c’est ce qui fait qu’un animal ne ressemble à aucun autre… « La personnalité n’existe que dans le champ des relations qui la favorisent tout autant qu’elle en ouvre les possibilités », p 32.
Tags: Dr David T. Allen, Être bête, étude, Journal of the American Veterinary Medical Association, lautjournal, personnalité, sérieuses lacunes scientifiques, Thérapie assistée par le chien, Vinciane Despret et Jocelyne Porcher, zoothérapie
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11/02/2010
L’histoire de la zoothérapie ou de la thérapie assistée par le chien (TAC) est faite de jeux de circonstances…. Bref l’animal s’est trouvé là ou il ne fallait pas, face à qui il n’aurait pas dû être, dans un lieu qu’il n’aurait pas du fréquenter. Pour des effets totalement imprévisiblement positifs.
De beaux accidents…. En 1960, Boris Levinson attendait dans son cabinet new-yorkais son jeune patient qui s’est présenté plus tôt au rendez-vous. Le chien du célèbre psychologue américain, Jingles, était bien content d’accueillir cette visite. Levinson, qui n’avait évidemment pas prévu cela, a laissé faire. Pensez-vous, Jingles était déjà entrain de lécher le visage du jeune patient.
D’une séance à l’autre, l’enfant extrêmement introverti a fini par s’ouvrir à une relation avec le professionnel de la santé. 15 ans plus tard, le couple Corson faisait des recherches sur les comportements des chiens quand ceux-ci se sont mis à aboyer attirant les patients psychiatrisés de l’enceinte hospitalière. Les patients voulaient caresser les chiens et les voir. Dès lors, les chercheurs proposèrent de tester la Pet-Facilited psychotherapy (PFP) aux patients. À la même époque mais dans un autre état américain, un oiseau se blesse au Lima Hospital (institution qui traite des criminels malades psychiatriques). Recueilli par les patients, ils le soignent. C’était bien la première fois que les patients s’intéressaient à quelque chose. C’est le début de 8 années de recherches menées par David Lee.
Voilà à quoi ressemblent au XXe siècle les débuts de la TAC. Des travaux repris avec force d’enthousiasme par les médias, ce qui fera dire à la communauté scientifique que çà manquait un peu d’objectivité et de quantifiable toutes ces ‘histoires’ (des anecdotes déjà!). De 1960 à nos jours, la recherche sera sérieuse, standartisée et mesurable, on veut des objectifs, des méthodes, des résultats, des discussions.
Tout çà pour aboutir à la conclusion que ce qui est fondamentalement thérapeutique dans la TAC c’est…. la relation.
Pour aller plus loin : Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer
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08/02/2010
Nous nous questionnons cette semaine sur le type de chien partenaire de zoothérapie. Dans son projet de TAC, Christophe pense que pour inclure un berger allemand :
Il est capital que le chien soit convaincu que celui qui sera sa référence soit quelqu’un de sûr, de juste, de cohérent, de loyal, de régulier…une fois cela instauré grâce au comportement adéquat que le maitre se doit d’appliquer face à son chien, il (le chien) aura alors une confiance aveugle envers lui. Dans notre projet, il sera capital que le chien garde une référence, une personne ressource pour lui, et il s’agira d’un des thérapeutes référent du projet.
Le but n’est pas d’obtenir cela par rapport à tous les patients avec lequel le chien va devoir travailler, non, l’important est que sa personne de référence ne soit jamais bien loin. Ce chien a des capacités d’adaptation extraordinaires et il essayera toujours de faire le maximum pour faire plaisir à son maitre, si cela signifie obéir à d’autres personnes, il le fera sans problème mais dans sa tête, son but ultime sera de rendre tout ce qu’il est capable de rendre pour son maitre.
Sur une affiche à l’entrée du club canin que je fréquente, il est indiqué: » Beaucoup de chiens travaillent par plaisir, le berger allemand ne travaille que dans le but de plaire à son maître »
Réaction du Dr. Joel Dehasse, Vétérinaire comportementaliste diplômé, Spécialiste européen (D-ECVBM-ca), peut-on faire de la thérapie assistée par le chien avec un Berger Allemand ? :
Oui, pourquoi pas ? Et il serait temps qu’on en fasse avec des amstaffs, par exemple, pour changer l’image publique/médiatisée de la race. Quelles sont les conditions requises pour un chien d’animation / de soins ?
Est-ce une question de race ?
→ ‘Dans l’imposante littéraire sur les races de chiens, on ne trouve pas la moindre trace d’une comparaison véritablement scientifique des différences comportementales entre les races’, indique Alexandra Horowitz, p 57, Dans la peau d’un chien, Flammarion, 2009)
Josée Brunelle de la Corporation des zoothérapeutes témoigne également:
Pour moi le chien ou l’animal doit être choisi selon son caractère, ses capacités et ses limites plus que par la race en premier. Il doit être choisi selon le patient ou client et les objectifs à atteindre. L’évaluation de l’animal devrait plus nous guider que seulement la race. Pour moi c’est un peu comme se demander si un médecin chinois est meilleur qu’un médecin italien!
Tags: Alexandra Horowitz, amstaffs, berger allemand, Dans la peau d'un chien Flammarion, différences comportementales, Joel dehasse, race, vétérinaire comportementaliste, zoothérapie
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06/02/2010
Cette semaine nous nous interrogeons sur le type de chien partenaire en zoothérapie. Voici la réponse d’Emmanuelle Fournier Chouinard, Psychologue, intervenante/ enseignante en zoothérapie:
La réponse est fonction… du besoin! Tenter d’apporter une réponse adaptée au besoin des gens, ou mieux, tenter de faciliter le développement de la capacité de l’Autre à reconnaître et prendre soin de ses besoins! Voilà l’essence de la psychothérapie. Pour ce faire, le partenaire-chien est des plus aidants.
Mais de quels besoins parle-t-on? Celui de chacun des trois acteurs de la triade thérapeutique au coeur de la pratique en zoothérapie: le client, l’animal-partenaire et l’intervenant. Nébuleux!? J’illustre:
Madame Beaulieu est anxieuse + +. En relation, il s’avère qu’elle se laisse aisément envahir. En psychothérapie avec le chien, littéralement «marcher dessus» (ex., se fait sauter dessus, embarquer sur les genoux, gratter avec les griffes). Au quotidien, incapable d’être «gardienne de ses frontières», elle tolère, tolère et tolère encore jusqu’à ce que «boom», sans crier gare, elle craque…. Grr! M… J’vais t’en… Bip! Puis, elle se sent coupable, «méchante», «pas fine»… Image que les autres peuvent d’ailleurs lui renvoyer dans ces moments.
Ici, Madame Beaulieu a potentiellement besoin (entre autres choses) d’un espace sécuritaire, d’une zone de confort («la tanière ou le nid intérieur») où elle saura se sentir assez en sécurité pour baisser la garde et s’apaiser. Comment faire lorsqu’on est susceptible d’être à tout moment envahi? On peut apprendre à devenir «gardienne de ses frontières: savoir les protéger, savoir inviter l’Autre à y entrer, mais aussi savoir signifier à l’Autre dans sortir». Pour ce faire, le contexte sécurisé de la psychothérapie assistée par l’animal pourra lui permettre de développer, de manière expérientielle, de nouvelles compétences dans la relation à l’Autre.
Dans cette situation (que je simplifie pour les besoins de la cause)…
1/ La cliente a besoin d’un envahissement «gérable et sécuritaire» donc d’un envahisseur qui se prête au jeu, mais qui envahit bel et bien. Qu’on ne fasse pas juste en parler. Qu’on le vive dans toute la plénitude de l’expérience!
2/ La thérapeute a besoin d’un partenaire avec qui elle partage un lien de confiance et une bonne communication; un partenaire qui a la maturité affective et l’équilibre pour tolérer le contact avec une personne «malhabile relationnellement» et, ici, un partenaire énergique qui aime suffisamment les gens pour aller vers eux… Et les envahir s’ils n’ont pas de frontière!!!
3/ Le chien-partenaire, lui, a besoin de comprendre ce qui se passe (ce que l’on attend de lui), de se sentir en sécurité (à travers ex., autonomie propre et maturité, travail en liberté, confiance/ communication avec la thérapeute), d’avoir de l’espace physique mais surtout psychologique pour être ce qu’il est, pour être lui… Il a aussi besoin de trouver le tout assez intéressant et renforçant/valorisant pour garder sa motivation.
Dans l’exemple, contrairement à ce que l’on peut croire, le chien «rigidifié» par une éducation contrôlée dont le mode d’interaction avec les humains est dicté par toutes sortes de codes appris depuis le tout jeune âge, à la… «On s’assoit lorsque quelqu’un arrive.», «On attend la commande pour venir se faire flatter et recevoir le biscuit.», «On a à peine besoin d’un faible «couchhhh» murmuré pour s’aplatir aussitôt au sol comme une crêpe sans bouger.» (Je caricature pour faire image). Ce chien là donc ne sera pas le partenaire rêvé pour Madame Beaulieu et sa thérapeute, dans un contexte de psychothérapie où l’un des objectifs est de développer l’affirmation de soi («gardienne de ses frontières»)!!
Je lui préfèrerais sans hésiter le p’tit Dooky, envahissant… Un peu stressé, oui, mais capable de tolérer grâce à notre alliance une heure d’intervention et surtout (c’est important) d’y trouver son compte. Comment m’assurer de cela? De plusieurs façons… Mais une mesure efficace: le temps de réponse au tintement du harnais de travail (strictement utilisé pour «aller travailler en zoothérapie»). Si le chien se cache en le voyant poindre: Pas bon!! Si le chien se rue sur vous… Et vous saute dessus joyeusement: Bon signe!!.
Je souhaite, à travers ces quelques lignes avoir réussi à traduire l’idée suivante: Il n’y pas une bête, une race, un type, un format de chien-partenaire pour la zoothérapie. Il y a de la cohérence en fonction des besoins et objectifs, il y a du respect de l’idée selon laquelle chacun doit y trouver son compte –animal inclusivement– et il y a de la réflexion et du «gros bon sens».
Attention aux dictats et au «prêt-à-assister-bien-éduqué»!! La Complexité de la Nature animale (humaine et non-humaine) ne se laisse pas cadrer dans quelques leçons de socialisation et d’éducation. Non plus que la Force de cette même Nature ne se laisse museler et harnacher par quelques sessions de dressage. Fort heureusement! Seuls la curiosité et l’intérêt mutuel ainsi que l’engagement réel seront garant d’une Alliance humain-animal porteuse de bénéfices en zoothérapie!
Emmanuelle Fournier Chouinard
Psychologue, intervenante/ enseignante en zoothérapie
duloupberger@hotmail.com
(418) 815-4296
Pour en savoir plus:
Travail de maîtrise d’Émmanuelle: Effet d’une thérapie de type cognitivo-comportemental assistée par l’animal sur les interactions sociales de personnes ayant une déficience intellectuelle légère ou moyenne
Tags: Alliance humain-animal, besoins, Emmanuelle Fournier Chouinard, enseignante en zoothérapie, espace sécuritaire, gardienne de ses frontières, intervenante, psychologue, psychothérapie assistée par l'animal, triade thérapeutique, zone de confort, zoothérapie
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05/02/2010
Peut-on faire de la thérapie assistée par le chien (TAC) avec un berger allemand ? Toutes les lignées de chiens sont-elles adaptables à la TAC ? Un pitbull engendrera-t-il les mêmes élans d’affection qu’un bichon maltais ? Un Bouledogue américain aura-t-il le même effet de stimulation psychophysiologique qu’un Cavalier King Charles Spaniel ? 
La représentation sociale qu’on (faudra déterminer qui est ‘on’) se fait d’un Rottweiler lui barre-t-elle immédiatement la route des hôpitaux…
Jean-Pierre Digard de l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative explique que le phénomène ‘pitbull’ - et plus largement des chiens dits dangereux - est une construction sociale datée et circonstanciée qui a engendré des réponses aussi insensées que globalisantes de la part des municipalités en instaurant des ‘lois racistes’.
N’en serait-il pas de même dans le milieu zoothérapeutique ? Pourquoi exclure des chiens à la gueule carrée, à la musculature imposante… Soyons congruents : tout dépend des clientèles, on n’installera pas un Saint-Bernard sur les genoux d’une ainée toute frêle….
L’animal engage une relation sans a priori, sans jugement de valeurs, toutefois les peurs et les projections que l’humain plaquent sur le poilu sont stigmatisantes … pour le poilu.
Tags: berger allemand, bichon maltais, Bouledogue américain, Cavalier King Charles Spaniel, club canin, élans d’affection, Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative, Jean-Pierre Digard, milieu zoothérapeutique, pitbull, relation sans a priori, représentation, rottweiler, sans jugement de valeurs, stimulation psychophysiologique
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04/02/2010
Suite à notre post d’il y a deux jours concernant le choix d’un berger allemand dans un projet de zoothérapie à Namur-Belgique. Christophe, infirmier chef de service dans un hôpital neuropsychiatrique, poursuit son explication.
Les deux craintes principales par rapport à ce chien sont les suivantes:
- Il supporte très mal la solitude mais si notre projet se construit comme nous le souhaitons, il sera intégré à part entière dans le fonctionnement communautaire et ce sera donc une chose à laquelle il ne sera pas confronté
- Sa loyauté et sa fidélité sans limites envers son maitre ne seraient elles pas un obstacle à son ouverture et à sa réceptivité envers tous les autres intervenants?
Par rapport à cela, il est clair que ce chien aura un guide officiel, une référence…un maitre, et celui ci sera un des thérapeutes. Cette source de repères est vitale pour ce chien. Ensuite, concernant tous les autres intervenants dans le projet, je pense sérieusement qu’il se comportera envers eux comme il le ferait au sein d’une famille nombreuse sans que cela ne lui pose de problème majeur.
Voilà en quelques lignes certains atouts du berger allemand que nous pourrions mettre en lumière au service de nos patients, je me limite car il y en a beaucoup d’autres mais bon, sur ce coup là j’ai un peu peur de perdre mon objectivité tant mon respect, mon amour et mon admiration pour ce chien sont immenses.
Nous ne pensons toutefois pas travailler exclusivement avec le berger allemand, nous commencerions avec deux chiens, un berger allemand et un labrador. Cela permettrait d’avoir un panel de réponses assez large afin de répondre aux besoins de nos patients pour débuter ce projet.
Tags: Belgique, berger allemand, craintes principales, fidélité, fonctionnement communautaire, guide officiel, hôpital neuropsychiatrique, infirmier chef de service, intervenants, labrador, loyauté, maitre, Namur, ouverture, patients, projet de zoothérapie, réceptivité, référence, repères, solitude, thérapeutes
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02/02/2010
Il y a plusieurs écoles de pensées toutefois lorsqu’il est question du choix du chien en thérapie assistée par le chien (TAC), on obtient une relative unanimité : pas de chien loup, pas de chien que la majorité populaire qualifie de ‘dangereux’, ‘agressif’ and co. Nous reviendrons sur ces appellations généralisantes et ostracisantes dans un autre billet, toutefois nous avons demandé à Christophe, infirmier chef de service dans un hôpital neuropsychiatrique de Namur en Belgique de nous expliquer le choix de son magnifique berger Allemand – Gordon pour son petit nom – pour le projet de zoothérapie qui est entrain de se monter dans cet établissement.
Pour ce qui est du choix du berger allemand dans la zoothérapie, je peux tout à fait comprendre que ce ne soit pas à lui que l’on pense prioritairement. En effet, sa morphologie et son expression pourraient laisser croire que son approche est plus compliquée que par exemple celle d’un labrador dégageant naturellement plus un sentiment de bonhomie naturelle.
Je ne contredirai pas cette vision car oui, son approche est plus difficile en tous cas différente. Et c’est ce que nous recherchons dans certains types de prises en charge:
- pour certains patients difficiles, trop surs d’eux, agités, ne manifestant pas un respect naturel à l’autre…pour cela, le berger allemand est plus « cadrant », il offre une réponse différente. Le patient sera également amené à surpasser ses craintes, à passer au delà de l’image dégagée par le chien pour découvrir les richesses d’une relation
- pour d’autres patients en manque de confiance envers eux mêmes et vis à vis du monde extérieur à l’hôpital, il permet d’amener une certaine assurance à la personne, de lui conférer un sentiment de sécurité supplémentaire
- pour ce qui est de l’aspect relationnel, il demande un investissement plus important du patient afin de développer la relation de confiance, c’est un chien fier, il ne demande pas de surenchère dans les rapports de force mais il réclame de la justesse et de la régularité
- Une fois cette relation installée, il ne demandera qu’à travailler pour faire plaisir à ceux qui s’en occupent, c’est sa récompense à lui, son unique raison de vivre sera ceux qui constitueront « sa famille ».

Une fois la relation installée, Gordon ne demandera qu'à travailler pour faire plaisir à ceux qui s'en occupent, c'est sa récompense à lui
Sa tendresse, sa loyauté et sa fidélité seront infinies. Son courage, sa tolérance, sa capacité à remettre 100 fois le couvert sans rechigner à l’ouvrage et sa propension à ne pas garder de rancune lorsqu’une chose ne se passe pas trop bien sont des atouts supplémentaires.
- Au niveau de l’évolution dans le progrès des exercices mis en place dans le cadre des ateliers de zoothérapie, c’est également un chien qui a des capacités d’apprentissage hors normes. Ces progrès pourraient également donner naissance à des projets tels que par exemple : passer des tests de sociabilité officiels, voire même un brevet ou l’autre. Dans l’accomplissement et la réussite de ces objectifs, le patient bénéficierait d’un retour important sur l’estime de lui même et sur sa confiance en ses capacités de mener des projets à terme.
Tags: berger allemand, capacités d'apprentissage, famille, hôpital neuropsychiatrique, labrador, Namur en Belgique, patient, relation de confiance, tests de sociabilité officiels, travail
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