Archive de la catégorie ‘Thérapie assistée par le chien’
27/07/2010
Les témoignages de personnes réconfortées par leur chien en période de détresse abondent. Besoin est-il de démontrer scientifiquement le penchant canin à l’empathie? Des études sérieuses existent.
Laissons la parole à Frans de Waal. L’Âge de l’empathie, LLL – Les liens qui libèrent – p 140-141
Quand la psychologue américaine Carolyn Zahn-Waxler voulut déterminer à quel âge les enfants commencent à réconforter des membres de leur famille ayant reçu l’instruction de sangloter ou de crier ‘aïe’. Il s’avère que les enfants le font déjà à 1 an bien avant que le langage n’interfère dans leurs réactions. Dans cette étude les chercheurs découvrirent incidemment que les animaux de la maison réagissaient de la même façon que les enfants. Paraissant aussi perturbés par cette détresse feinte, ils tournaient autour des membres de la famille et posaient la tête s
ur leurs genoux avec les signes d’une vive inquiétude. Mais peut-être que les animaux de compagnie réservent-ils ce comportement aux seuls humains –qui les nourrissent et leur donnent des ordres – à l’exclusion de leurs semblables? La réponse fut apportée par une étude conçue sur le modèle de celles portant sur les primates. Elle mesurait les suites des bagarres entre chiens. Des biologistes belges observèrent près de 2000 altercations spontanées chez des chiens qu’une société d’aliments pour animaux de compagnie lâchait tous les jours dans un pré. Après des manifestations d’agressivité, des chiens s’approchaient d’un combattant – en général le perdant – pour le lécher, lui donner des coups de museau, s’asseoir ou jouer avec lui. Leur initiative semblait calmer le groupe qui revenait à ses activités coutumières.
Que faut-il comprendre de ces recherches? Que le chien a dans sa biologie le penchant empathique développé. Le réconfort semble ainsi faire partie de la gamme canine d’émotions intra et inter-espèce. Mais dites voir, quand on a le souci compatissant de l’autre dans le corps, n’est-on pas dans une position physique de relation morale avec les autres?
Tags: calmer, Carolyn Zahn-Waxler, chiens, comportement, détresse, empathie, Frans de Waal, inquiétude, intra et inter-espèce, L’Âge de l’empathie, manifestations d’agressivité, réconfort, relation morale, souci compatissant
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15/07/2010
Tant que le statut de l’animal ne sera pas fixé, il n’y aura pas d’avancées zoothérapeutiques.
La multiplicité des cohabitations mettant en présence hommes et chiens génère un fait social associé à différents enjeux, dont l’enjeu thérapeutique, mais « l’enjeu épistémologique de telles recherches réside dans le statut analytique donné à l’animal. Il apparaît alors que les interactions proprement dites entre les hommes et les animaux – le chien n’est dans ce texte qu’un exemple parmi d’autres – sont un objet évité par les sciences sociales ». (Albert Piette, Entre l’homme et le chien).
Est-il envisageable que la frontière qui est longtemps apparue absolument infranchissable : la barrière nature/culture, soit entrain de tomber et d’ébranler un système de croyances judéo-chrétien qui entretient la coupure entre l’humain et la nature ? L’éthologie contemporaine rouvre certaines voies qui semblaient ensevelies à jamais. La thérapie assistée par le chien met de nouveau en contact dans une communication simple et bénéfique l’homme et les animaux. Darwin avançait vers les années 1850 qu’un comportement humain vis-à-vis des animaux lui semblait être une des dernières conquêtes morales. Gilles Picard et Marie-Amélie Vidal (L’animal spirituel, Éd. Montorgueil, 1994) affirment que parler de l’instinct animal opposé à
l’intelligence humaine n’a plus aucun sens. « Toutefois la nature n’est pas libre sur le plan épistémologique. Ses représentations, même à l’époque contemporaine, sont des catégories fondées sur l’aspect social. La frontière nature/culture est sans cesse contestée, et on fait appel à la nature pour accomplir un ‘travail’ politique et moral » (Margaret Lock, dans Anthropologie médicale, ancrages locaux, défis globaux).
Tags: Albert Piette, animal, Anthropologie médicale, Darwin, enjeu thérapeutique, épistémologique, éthologie, frontière nature/culture, L'animal spirituel, Picard et Vidal, statut
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12/07/2010
Le fait d’étudier le chien dans un environnement hospitalier médicalisé et technologisé nous aide à repenser la place de l’homme dans cet univers et plus largement dans la nature et dans la société. « Les animaux ne sont ni des machines, ni des humains. Avec leur chair nous avons fait du social en inventant la chasse. Avec leurs os, nous avons fabriqué nos premiers outils. En les peignant et en les sculptant, nous avons fait naître nos croyances originelles. En
les observant, nous avons compris notre place dans le monde. Le jour où l’on acceptera enfin qu’il existe une pensée sans parole chez les animaux, nous éprouverons un grand malaise à les avoir humiliés et considérés aussi longtemps comme des outils » (Boris Cyrulnik, La plus belle histoire des animaux).
Il y aurait plusieurs explications au fait que l’homme cherche tant à s’entourer d’animaux même dans un univers hospitalier : « la nostalgie de la nature et la montée de la sensibilité écologiste et surtout le recul des liens sociaux traditionnels, la fragilisation des liens professionnels, l’effacement des rôles familiaux qui font que les humains modernes attachent plus en plus de valeur à la fidélité d’un chien ou à la liberté d’un chat » (Jean-Pierre Digard). Il n’en reste pas moins que la présence d’un chien se pose comme un don pour les patients, car le chien n’a pas d’actes ou de désirs stratégiques, pas d’attentes en retour, pas de riposte même après une offense (les chiens de thérapie assistée par le chien (TAC) sont soigneusement sélectionnés). Les chiens de TAC semblent avoir une disposition immédiate à pardonner. Pour le patient et surtout le petit patient, le chien est un don non seulement parce qu’il semble exprimer de l’amour mais surtout parce qu’il permet, sur fond de cet attachement particulier, d’être oublié tout en étant là, « il instaure ainsi une sorte de régime de paix sans réciprocité, tout en maintenant un enjeu affectif particularisé » (Albert Piette, Entre l’homme et le chien, Socio-Anthropologie, N°11 Attirances).
Pour George Canguilhem « La santé n’est pas seulement la vie dans le silence des organes, c’est aussi la vie dans la discrétion des rapports sociaux », c’est à ce niveau essentiel que la biomédecine montre ses limites et doit faire appel à l’esprit animal. De fait, on accorde une place (à définir) à l’animal qui n’est plus celle de l’animal-machine. ‘Le chien, celui-ci possède comme nous un lobe préfrontal connecté à la mémoire, qui lui permet d’éprouver ce qu’il se représente. (Cyrulnik, Digard, Picq, 2000). À force de vouloir soigner et de « savoir soigner, c’est pouvoir guérir » (Didier Fassin, Entre politiques du vivant et politiques de la vie, pour une anthropologie de la santé. Anthropologie et sociétés, 24, 1 : 95-116 , 2000), le corps médical s’ouvre à des approches complémentaires, alternatives, autres.
Tags: cerveau, Cyrulnik, Digard, don, Entre l’homme et le chien, George Canguilhem, humains, Machines, mammifères, mémoire, montée de la sensibilité écologiste, pensée sans parole, Picq, place dans le monde, Socio-Anthropologie
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05/07/2010
Le programme de zoothérapie du CHUQ a permis « d’innover sur le plan de l’humanisation des soins en réservant un espace pour la zoothérapie pour les enfants traités en hématologie-oncologie pédiatrique L’enfant malade se recroqueville souvent sur sa douleur, ses angoisses, sa peur et sa détresse d’où l’importance et le sens accordé à la zoothérapie. La présence du chien, sa sensibilité au contact humain, ses besoins élémentaires donnent à l’enfant un sentiment de sécurité émotionnelle dans un monde instable où tout évolue en accéléré ». Plus on découvre les animaux en thérapie, plus on souligne la condition humaine. L’utilitarisme de la thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre sur ‘le care’, car « l’animal se retrouve maintenant exclusivement investi, voire surinvesti d’une valeur affective. Cette valeur est très élevée. C’est l’animal enfant dont le maître se considère comme le parent adoptif, l’animal compagnon de vie, l’animal ami, membre de la famille. On lui prête des sentiments, des raisonnements, une personnalité ; il est traité comme un alter ego » (1). En ce sens, cet Autre devant est un accompagnant sous forme de chien qui cherche à comprendre ce que ces patients ressentent, les devine, l’imagine au besoin, car on ne vit que dans le regard de l’autre.
Ainsi, la TAC permet de renouer la nature et la culture au cœur du soin. L’animal n’est plus ce miroir « tantôt menaçant, tantôt rassurant, dans lequel Homo culturalis, dans sa version occidentale tout au moins, se mirait et se trouvait unique en son genre, délivré de ses origines, libéré de son corps, soustrait à la nature » (2).
La TAC n’a pas répondu à toutes les exigences spécifiques de la biomédecine, les médecins semblent lucides sur l’incertitude qui entoure cette approche thérapeutique très confrontante surtout pour leurs rôles et responsabilités au vue de la foi des patients. L’homme ne trône plus en solitaire dans son règne, son laboratoire, son unité de soins… Désormais l’animal entre dans l’antique interdit et les équipes médicales valorisent la notion de « communauté hybride » pour désigner l’association interspécifique entre les hommes et les animaux, fondé « sur des intérêts réciproques et des échanges mutuels » (Dominique Lestel, Animal singulier).
Bibliographie:
(1) Nicole Laurin, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours
(2) Gérard Lenclud, Et si un lion pouvait parler
Tags: alter ego, animal ami, animal compagnon de vie, Animal singulier, approche thérapeutique, Biomedecine, chuq, Dominique Lestel, Et si un lion pouvait parler, Gérard Lenclud, Homo culturalis, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours, membre de la famille, Nicole Laurin, parent adoptif, terrain, Utilitarisme, valeur affective
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28/06/2010
La biomédicine n’est qu’une des formes du savoir médical, il en existe d’autres, différentes et peut-être que la thérapie assistée par le chien/animal permet d’ouvrir la biomédecine sur des savoirs engendrant des relations médecin-patient plus complexes, possiblement plus naturelles. Du fait que, la force des hypothèses biomédicales et leurs applications découlent de nombreuses sources - l’efficacité de beaucoup de ces pratiques, le réseau étendu
d’institutions qui s’y abreuvent, les investissements économiques et politiques dans ce modèle particulier et le fait que les médecins tiennent la critique quant aux autres pratiques envisageables (Gordon, 1988) - sur quelles bases s’appuient les médecins pour approuver des activités de TAC dans leurs unités de travail?
C’est essentiellement par une démarche d’essai-erreur que le soignant apprend à reconstituer les limites de son rôle professionnel par rapport aux malades et des décisions qu’il doit prendre. Et dans ce sens, la TAC est une ‘personal knowledge’ (Del Vecchio Good M et Good Byron(1), composée d’éléments subjectifs, ce qui permet de construire une certaine forme de connaissance, de réalité qui prend forme et place, dans le cadre du rapport interpersonnel et institutionnel fortement organisé.
Les intervenants de TAC ont voulu user des outils de la biomédecine pour rendre compte des bienfaits de cette approche. Il en résulte que :
If current trends are any indication, animal-assisted intervention (AAI) programs are likely to continue to proliferate in the absence of convincing efficacy data. The field appears to be driven forward by the ardent faith of its numerous practitioners who believe that these interventions work, and are happy to grasp at any evidence, however weak, to support their own convictions. In this respect, the development of AAIs resembles the early careers of many other now-respected treatments for disorders of adolescent mental health; treatments that have since been validated by large numbers of high-quality, clinical trials. If AAIs are going to succeed in moving away from the fringes of clinical practice and into the mainstream, they will need to follow a similar path. For the field to progress as an empirically-supported treatment for many of the populations that it is currently attempting to serve, rigorous efficacy and effectiveness research conducted by individuals trained in clinical research and program evaluation is needed. In the absence of such research, the scientific and medical communities will continue to assume little or no long-term beneficial impact of these interventions.
Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J.
Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine
(1) Del Vecchio Good M et Good Byron
‘Learning medicine, the construction of medical knowledge at Harvard Medical School’ in Knowledge, power and practice. The anthropology of everyday life, Lindenbaum & Lock, Berkeley, p 81-107
Tags: biomédicine, Del Vecchio Good M et Good Byron, démarche d’essai-erreur, hypothèses biomédicales, relations médecin-patient, rôle professionnel, savoir médical, thérapie assistée par le chien/animal
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08/06/2010
Il est désormais temps de s’intéresser à la signification de la relation anthropozoologique observable sur le terrain en situation thérapeutique. L’animal être de conscience – le chien évidemment – est en interaction, un être de sens, un être de liens. L’animal est sujet qui offre à l’homme un miroir plus ou moins déformant, donc plus ou moins acceptable. Les expériences de TAC sont productrices d’existence, elles sont « le lieu de création de liens multiples et non univoques entre les théories et les pratiques qui en constituent d’abord
les outils et ensuite les conséquences » (‘Naissance d’une théorie éthologique’ Vinciane Despret, p.29). Autre point, il est illusoire de croire que dans la triade thérapeutique les uns n’influencent pas les autres, les uns sont éléments de l’expérience de l’autre, une des variables. À trop vouloir quantifier ce qui prouve l’efficience de la TAC on passe à côté des relations particulières qui se sont nouées à un moment particulier dans un environnement particulier. Parce qu’il ne faut pas se leurrer chacun des intervenants – le chien compris – est « pris à l’intérieur d’une hypothèse plus fondamentale que l’hypothèse à laquelle il travaille » (p.31)
Il semblerait qu’à ce jour les recherches de TAC à travers les questions qu’elles posent et les réponses qu’elles apportent racontent « nos croyances, nos utopies et la manière dont nous construisons ce qui nous définit et nous constitue par rapport à l’animalité » (ibid, p.34). Ainsi le contexte de justification permet de comprendre comment on en arrive à l’interprétation. C’est ainsi que Franklin et al. proposent une méthodologie destinée à mieux appréhender la relation humain/animal, pour notamment comprendre ses liens avec des bénéfices pour la santé humaine. Ils décrivent ainsi un programme de recherche, décliné en 4 types de collecte de données :
(1) l’observation directe et régulière des interactions humain/animal dans des contextes ordinaires (création d’éthogrammes)
(2) l’observation et l’analyse d’enregistrements vidéos, tournés à partir de caméras placées dans les lieux domestiques
(3) conduite d’entretiens des acteurs humains
(4) l’analyse des carnets et/ou journaux tenus par les humains à propos de leur relation avec l’animal.
Ce programme prend pour unité d’observation la relation ordinaire entre les humains et les animaux ; le but étant d’expliquer comment la signification de celle-ci peut être un élément bénéfique pour la santé.
Pour aller plus loin
Franklin, A., M. Emmison, D. Haraway and M. Travers (2007). « Investigating the therapeutic benefits of companion animals: Problems
and challenges. » Qualitative sociology review III Animals & people(1 Special issue – People and Animals. On the problem of intersubjectivity in interactions of humans and animals): Pp 42-58. P 46.
Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer
Tags: animal, animalité, conscience, éthogramme, éthogrammes, existence, Franklin et al, Liens, méthodologie, qualitative sociology review, relation anthropozoologique, sens, situation thérapeutique, TAC, théories, triade thérapeutique
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07/06/2010
Article paru dans le quotidien français – La Voix du Nord - le jeudi 27.05.2010
Certains handicapés avaient avant une peur bleue des chiens. Maintenant, ils leur parlent!
Ils étaient douze, venus des maisons de Sin-le-Noble et Roubaix de l’AFEJI, association qui lutte contre les handicaps et les exclusions par l’éducation, l’insertion sociale et professionnelle, à participer au canicross de l’ASLA. …
L’année dernière, pour la première fois, un groupe de personnes handicapées intellectuelles avait participé à cette manifestation sportive. L’expérience fut si bénéfique qu’elle a été renouvelée et, en lien avec l’association Passeurs Ailes, présidée par Marie Masson, qui intervient dans le cadre d’actions ou de thérapies assistées par les animaux, douze personnes se sont inscrites à la course. Avec leurs neuf compagnons à quatre pattes, des huskies, les sportifs ont participé, pour trois d’entre eux en courant et pour les neuf autres en marchant.
Au sein de l’association, Marie Masson a en charge les activités associant des animaux tandis que sa vice-présidente, Régine Balavoine, se charge de la thérapie assistée. Marie s’est donc chargée de rassembler les chiens, trouvés dans sa propre famille et chez des proches. « Pour cette course, lors des entraînements, chacun a effectué les 5 km à son rythme et l’intervention de Benoît Delaplace (entraîneur de l’ASLA) a permis d’estimer les capacités de chacun. » On prétend souvent que la présence d’animaux aux côtés de la personne handicapée est des plus bénéfiques, Régine le confirme : « Parmi les personnes présentes, certaines avaient une peur bleue des chiens. Aujourd’hui ce sont presque les plus acharnés. Ils leur parlent et, parfois, disent des choses qu’ils ne diraient pas à leurs éducateurs. » Au regard de ces résultats, on comprend que l’expérience engagée l’année dernière se soit répétée et on ne doute pas que l’année prochaine, un nouveau groupe participera au canicross du dimanche de Pentecôte.
Tags: association Passeurs Ailes, canicross, france, handicapés, La Voix du Nord
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04/06/2010
Nous avons constaté que la question de la différence entre l’homme et l’animal est une question sur laquelle de très nombreux philosophes, psychologues, anthropologues, sociologues se sont penchés. Visiblement cette question les intéresse. Par ailleurs, de toute évidence, les réponses qu’ils ont apportées sont différentes de celle qu’on obtiendrait si on interrogeait d’autres personnes, qui ont d’autres rapports aux animaux, et ce contraste nous intéresse. Or, si cette question mobilise les universitaires, nous ne pouvons pas être sûres qu’elles puissent avoir un intérêt pour les éleveurs, ni que ce soit une question pertinente. Alors, selon vous, en tant qu’éleveur, comment devrions-nous la construire et la poser pour qu’elle ait une chance d’intéresser ceux auxquels nous la posons et qu’elle ait une chance de recevoir des réponses intéressantes ? (p. 26)
Vincianne Despret et Jocelyne Porcher ont inversé la méthodologie de leur enquête-terrain en demandant à leur public-cible, en l’occurrence des éleveurs de vaches et de cochons, ce qui serait intéressant de savoir sur la relation qui les unit à leurs bêtes. D’ou le titre de l’ouvrage: Être bête. Actes Sud.
Serait-il absurde d’emprunter cette approche de travail pour la thérapie assistée par le chien et de remplacer dans la phrase ci-dessus, éleveurs par médecins? Ainsi selon les praticiens, et selon les contextes, la question changerait, évoluerait, se modulerait donc serait plus près de la réalité.
Serait-il absurde d’emprunter cette approche de travail pour la thérapie assistée par le chien et de remplacer dans la phrase précitée, éleveurs par patients? Ainsi selon les bénéficiaires qui sont différents selon chaque établissement, et dans chaque établissement, qui sont particuliers aux différents contextes, les humains et les canins seraient différents.
… rendant la TAC unique. Unique, la posture intellectuelle de travail : demander aux gens (médecins et patients) de penser avec les chercheurs de TAC.
Tags: Actes Sud, animal, différence, enquête-terrain, Être bête, Homme, Vinciane Despret et Jocelyne Porcher méthodologie
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28/05/2010
À force de vouloir soigner et de « savoir soigner, c’est pouvoir guérir » (Didier Fassin, Entre politiques du vivant et politiques de la vie, pour une anthropologie de la santé. Anthropologie et sociétés, 24, 1 : 95-116) et s’ouvrir à des approches complémentaires, alternatives, autres, on ne peut passer à côté d’une des plus grandes découvertes récentes qui fut sans doute de
Constater que le cerveau chez les mammifères et d’autres espèces est en constante évolution. Si bien que nous devons reconnaître aujourd’hui que si les animaux changent, nous devons aussi changer notre
perception d’eux ! À cet effet, on s’est rendu compte, entre autre chose, que plusieurs animaux pouvaient se représenter mentalement des images ou des concepts, c’est-à-dire faire appel à un symbole hors de la réalité du moment présent. En ce qui concerne le chien, celui-ci possède comme nous un lobe préfrontal connecté à la mémoire, qui lui permet d’éprouver ce qu’il se représente.
Cyrulnik, Digard, Picq. La plus belle histoire des animaux, Points-Seuil, p.344
Sandraetlechien.com n’a de cesse de soumettre à votre réflexion la relation thérapeutique à l’animal (au chien en particulier). Recherches, statistiques, comptes-rendus de colloque, lectures, ils sont nombreux les scientifiques à envisager la relation avec l’animal autrement que comme instrumentale. Il est un point essentiel:
est thérapeutique ce qui engendre des apprentissages (des changements) permettant à la personne de mieux surmonter les problèmes (quels qu’ils soient) que lui pose l’existence. Si la présence de l’animal, pour gratifiante qu’elle soit, n’entraîne aucun changement dans la manière dont la personne gère ses difficultés, on ne peut parler de thérapie (*)
Dans l’entretien thérapeutique, ou dans un lieu de vie thérapeutique, l’animal peut jouer un rôle à quantité de niveaux : il est celui qui apporte un potentiel de changement important dans une relation thérapeutique. Il ouvre de nouvelles perspectives sur la base de modalités de communication différentes.
Sources :
(*) Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer
Tags: Anthropologie et sociétés, apprentissages, changements, chien, communication, Cyrulnik, Digard, Fassin, guérir, La plus belle histoire des animaux, mammifères, perception, Picq, Points-Seuil, relation, relation thérapeutique, soigner, Thérapeutique
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22/05/2010
Avec les animaux, on se trouve au niveau des structures élémentaires des relations : peur, approche, retrait, confiance, stress, détente… Grâce à cette simplicité de l’interaction, je peux aussi voir l’effet que mon comportement a sur l’animal, ce qui est à la base du lien social. Ces structures élémentaires de la relation qui sont mises en oeuvre dans les relations avec les animaux se trouvent bien sûr aussi dans les relations avec les êtres humains.
Mais elles sont là obscurcies par le langage, et par une quantité d’autres informations qui ne sont pas nécessairement significatives sur le plan de la relation, d’ailleurs. 
Il y a une autre dimension de l’interaction sociale qui est simplifiée dans les interactions avec les animaux : c’est la structure temporelle et spatiale de l’interaction. Celle-ci est en réalité assez complexe. Une simple conversation par exemple exige de la part de tous les participants une collaboration étroite pour maintenir l’organisation spatiale, les tours de paroles, la gestion de l’attention et de l’engagement. Or il se peut que certaines personnes éprouvent des difficultés à s’insérer dans une interaction comme une conversation, en raison de sa structure temporelle et spatiale trop compliquée. Avec un animal, c’est beaucoup plus simple. On peut être déficient sur le plan de l’organisation d’une conversation humaine et être capable de développer une interaction bien structurée avec un animal. En favorisant l’attention et la concentration, l’animal peut aussi aider à structurer une interaction. Il est sensible mais peu exigeant quant au respect des normes sociales humaines.
Pour aller plus loin
« La relation homme/animal : limites et possibilités d’application de ses effets positifs dans le traitement des maladies psychiques » – Véronique Servais
Smith, Sharon L., 1983 – Interactions between pet dog and familiy members : an ethological study. In New perspectives on our lives with companion animals, A.H. Katcher et A.M. Beck (Eds.) University of Pennsylvania Press: Philadelphie, 29-36
Tags: animal, comportement, conversation, langage, lien social, relations, simplicité, structures élémentaires, véronique servais
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