Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Réflexions anthropocanines’

Un homme peu sûr

30/01/2012

Burgat, Florence. L’animal dans nos sociétés. La documentation françaiseL’homme est tellement peu sûr de savoir ce qu’il est, qu’il presse l’animal de le lui ‘dire’ et cherche dans cette altérité de quoi déduire sa propre identité (p 16, L’animal dans nos sociétés). C’est ce qui pourrait expliquer la violence faite à l’encontre des animaux. La séparation de l’homme et de l’animal procède d’un interdit essentiel : la nature animale est ravalée parce que trop proche.
Alors, définir l’animal reste une ‘affaire d’hommes’. Mais, le problème c’est que la définition de l’homme n’a jamais su se passer de la référence à l’animal.

Qu’il s’agisse en effet de nommer l’humain ‘animal raisonnable ou l’animal politique’, l’humain c’est toujours l’animal c’est-à-dire étymologiquement le vivant ou encore ‘l’animé’ avec un quelque chose de plus. Ce quelque chose en plus nous l’appelons raison, logos, justice, âme, langage, conscience, liberté, parole, sens de la mort, sens de l’histoire, sens de l’éternité, sens du sens… De telle sorte que l’animal, lui, est virtuellement toujours représenté en manque. En manque de toutes ces bonnes choses : la justice, la raison, la parole etc. Comme s’il était une sorte d’humain avec quelque chose en moins. Inapte, diminué, inabouti. Moindre substance sur la carte de la création. Ou alors, simple étape, ébauche, jalon, maillon sur la grande chaîne de l’évolution.
1/ TSi les lions pouvaient parler sous la direction B. Cyrulnikelle serait la première ‘mauvais manière’ idéologique faite à l’animal : la méconnaissance du propre. Or toute méconnaissance du propre de l’animal se traduit par une dévalorisation impropre et finalement inique.
2/ La seconde mauvaise manière dont il y a à se plaindre c’est que par principe les animaux ne sont pas pris au sérieux.
3/ Troisième mauvaise manière : l’affirmation des vertus humaines se valorisent trop souvent sur le dos de l’animal.

Risquons sinon une définition du moins une vision de l’humanité : l’humanité cette vaste entreprise d’extraction de l’animalité.
Françoise Armengaud, ‘Si les lions pouvaient parler’, p. 876-877

Être vivant de compagnie

23/01/2012

L'animal est un être vivant, un être de compagnie et non pas un animal de compagnieNos compagnons ne sont pas des réceptacles passifs de sensations mais des sujets actifs, co-constructeurs de leurs propres perceptions. Les chiens ont un cerveau. Il est important par conséquent de prendre en compte le fait qu’ils ont un rapport subjectif et affectif au travail, aux situations quotidiennes, aux mesquineries…

Si les lions pouvaient parler sous la direction B. CyrulnikLes chiens  sont de performants révélateurs de ce que nous exprimons inconsciemment. Si l’homme parle verbalement pour son animal, celui-ci parle non verbalement pour l’humain. Et d’avoir à constamment décrypter le langage, verbal et non verbal, de cet humain, les chiens sont devenus des ‘êtres particulièrement tournés vers l’écoute’, ainsi que le remarque Marie-Christine Mouren-Siméoni, dans Si les lions pouvaient parler.
On dit souvent que la communication entre l’animal et l’homme est une compréhension symbiotique mutuelle. On oublie souvent de rajouter:  Si et seulement si la conception de l’humain se modifie alors l’animal apparaîtra sous un éclairage différent. Car le paradoxe de l’humain c’est que pour aimer l’altérité animale, il doit  la réduire à  ce qu’il peut lui-même concevoir: un chien, c’est un animal presqu’une chose, pas trop consciente… un chien c’est un chien.

L’animal à l’âmeOr,  le ’sentir’ est le fond commun de l’homme et de l’animal. Le premier aura accès au second par un ‘sentir commun’, c’est-à-dire par l’empathie ou la sympathie, respectivement ‘sentir du dedans’ et le ‘sentir avec’, exprime Sandrine Willems dans L’animal à l’âme (p 61).  La réalité est que l’empathie qui s’appuie sur des signes corporels échappant à la conscience fonctionne selon des cercles concentriques dans lesquels les apparences jouent un rôle essentiel. Plus on s’éloigne de ce qui nous ressemble pour aller vers ce qui est différent de nous (homme vers animal), plus la sécurité psychique est mise à l’épreuve. Et plus il faut s’y préparer afin que l’empathie n’en souffre pas trop.

L’empathie ne se réduit pas à prouver ce que l’autre ressent, encore faut-il le lui manifester. Ce qu’on éprouve est inséparable de ce qu’on montre. Dans ‘émouvoir’ il y a ‘mouvoir’  et dans  traiter chacun selon le statut qui lui correspond, il y a sens de la justice. L’exception humaine est précisément ce qui fonde notre responsabilité à l’égard de tous les êtres, vivants ou non, qui ont une valeur morale. Il est important et urgent d’éduquer les humains dès l’enfance au respect de ce qui a une valeur et une essence.  L’animal est un être vivant, un être de compagnie mais non pas un animal de compagnie.

Car aujourd’hui, c’est de l’homme dont souffre essentiellement l’être vivant (pour paraphraser Elisabeth de Fontenay).

Mon chien, un convertisseur d’humanité

05/01/2012

C’est Romain Rolland qui disait : ‘L’ami qui te comprend te crée’. Mon chien est-il mon ami? C’est quoi un ami? Mon chien me comprend-il? Mon chien, mon ami, qui me comprend me crée-t-il?
Il est assez évident – pour moi -  que mon chien est un acteur important de mon évolution. Il n’existe pas de voies plus difficiles et plus intransigeantes que celle qui mène à l’intériorité. Vivre avec un chien et investir véritablement la relation, c’est fondateur de mon humanité. Nulle espèce ne peut se prévaloir d’être aussi intimement, universellement et primitivement associée à nous que le chien (Dominique Guillo, Des chiens et des humains, p. 35).
Mon chien est-il mon ami, celui qui me comprend et me crée?En un sens il est un ami parfait, car il me force à creuser en dedans de moi-même, à agir en dehors-de-moi-même, à me trouver pour entrer dans son monde (umwelt). Pour le découvrir il faut avoir atteint la limite de l’absurde des explications égocentriques ou rationnelles pures et arrivée là accepter son échec. Avec un chien, il se passe une sorte de migration dans le sens de sortir de soi pour mieux entrer, re-entrer en soi. Entre les deux, il y a un voyage, un parcours (du combattant). Sortie et entrée sont évidemment complémentaires mais supposent que l’entrée est plus emplie de connaissances ou d’acquis que la sortie.
Pour éduquer un chien – Sapi – il m’est nécessaire de rompre avec mes habitudes, de remettre en question mes précédentes options, d’accepter de changer, de passer par des niveaux différents afin d’acquérir un autre type de vision et peut-être de connaissance. En acceptant de me libérer des attaches relevant de mon égoïsme, de la manie de rapporter tout à moi-même, de mes erreurs d’interprétations fruits de mes tendances anthropocentriques, il devient possible alors d’acquérir la liberté qui appartient à ma condition d’être humain. Le chien mieux que quiconque nous montre ô combien nous sommes des exilés, nous vivons en dehors de nous.
En fait, mon chien c’est l’ami que je n’aurais jamais eu, celui qui m’aide à enfanter ma vie. Cette éclosion à soi se fait dans le silence des mots. Je deviens vivante avec. Je me convertis, car convertir ça veut dire devenir vivante, c’est revenir en dedans.

La réciproque est-elle seulement vraie?

Sous les mots de tous les jours: l’anthropomorphisme bêtifiant

14/12/2011

Selon l’organisme de protection des animaux à l’origine de la saisie, les conditions dans lesquelles se trouvaient les chiens étaient carrément «inhumaines», parmi les pires que leur équipe de secours ait été témoin. (article tiré de Canoe.ca Actualités:  Un projet de loi déposé cette semaine)

C’est assez particulier de faire référence à l’inhumanité des conditions de vie des chiens, lorsqu’on est incapable de leur prêter ne serait-ce que des droits! Et pourtant ce genre de glissement sémantique est fréquent dans les médias et surtout auprès des gens qui s’enragent de la soi-disant bestialité des humains qui font subir toutes sortes d’abus aux animaux. Ça crée des rapports contemporains des hommes aux animaux pour le moins boiteux !
Peut-être n’est-ce que le symptôme de l’inquiétude largement partagée au sujet de la vie, aussi bien celle des espèces animales que celle de l’espèce humaine. Ces trébuchements de mots – et Freud n’en a-t-il pas bâti dessus sa théorie – ne représentent-ils pas un questionnement contemporain sur le vivant, l’homme aussi bien que l’animal ?

Sur quelle conception de la vie doit-on fonder les rapports entre les êtres humains et les rapports entre les humains et les animaux ? Certainement pas en traitant d’inhumaines des conditions animales.

L’éthologie animale pose un regard sans concession sur ce qu’on avait pu considérer comme le privilège exclusif de l’être humain : la technologie, le langage, la moralité, la politique, la notion du temps et peut-être même la conscience de la mort. Ce qui ne suscite aucune polémique alors qu’on devrait en parler largement, on devrait en débattre quotidiennement, c’est un changement de fond qui s’est opéré dans les sciences animales et qui ont des répercussions phénoménales. à l’égal de la théorie darwinienne en son temps.

Que fait-on au lieu d’apporter des mots au débat? On écrit sans penser, ce qui met en lumière nos ignorances collectives:  les mots ont un poids et dans cet extrait journalistique on suppose que les chiens devraient être traités comme des êtres humains, là sous couvert de bons sentiments suinte l’anthropomorphisme.
Anthropologie de l'animal de compagnie

L’anthropomorphisme qui réduit l’animal à un ‘comme l’humain’. Un animal qui est refusé dans sa sensibilité. Il faut diaboliser cet anthropomorphisme qui réduit l’altérité radicale de l’animal qui en aucun cas ne devrait être un alter ego, ‘effet pernicieux de l’anthropomorphisme bêtifiant, toujours infantilisant, parfois délirant’ (Christian Talin . Anthropologie de l’animal de compagnie, p125).
Envisager un amour fusionnel avec l’animal au détriment de son monde spécifique c’est éminemment de la violence. Que ce soit pour le bien des animaux ou pour sauver les humains, cet anthropomorphisme des mots ne dit rien d’autre que notre peur de n’être pas l’espèce la plus évoluée.

Visage dis-moi…

07/11/2011

Les émotions des animauxLes visages sont extrêmement importants pour évaluer les sentiments des animaux. Charles Darwin et ses successeurs ont souligné le rôle crucial des expressions faciales dans notre compréhension des émotions d’autrui. Les visages sont déterminants pour deviner ce que les autres ressentent et pour prévoir ce qu’ils vont faire.  Il n’y a pas de communication plus directe pour un animal que de plonger ses yeux dans ceux de l’autre, dit Marc Bekoff, en page 108. Une étude récente (Staring fear in the face) sur la peur chez les hommes vient confirmer l’importance du contact visuel dans l’identification des émotions. Les yeux sont essentiels pour constater qu’un autre humain a peur : ce sont eux que l’on regarde pour savoir si un visage reflète l’effroi … ou la souffrance!
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer- Éthique animaleAinsi, on peut déduire qu’autrui souffre en observant ce qui apparaît comme des conséquences de la souffrance : il se tord, il se débat, il hurle, écrit en page 52, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer.
Est-il surprenant de constater que les mammifères ont beaucoup d’expressions faciales en commun. Quand nous parlons du visage, nous parlons surtout des yeux. Ce sont des organes superbement complexes qui ouvrent une fenêtre sur le monde émotionnel d’un individu. Les yeux, chez les humains comme chez d’autres espèces reflètent les sentiments : la joie écarquille et le désespoir les creuse.
On est le regard/visage de l’autre si on a naturellement la capacité Tel visage de maitre, tel visage...de lire les émotions. Or, le chien parvient à décrypter sur le visage de son maître ses moindres intentions, serait-il plausible que le chien apprend le sens de son maître, soit apte à saisir la présence qui parle et passe outre la constitution de l’acteur que chacun se crée pour aller à l’essentiel : par-delà les préjugés et les présavoirs, le chien nous lit.

C’est quoi la différence entre un animal et un humain?

29/09/2011

fragments de vie-Germaine TillionDe toute cette période (après 2nde guerre mondiale – camps de concentration), je n’ai gardé que le souvenir d’une fatigue écrasante et d’un désespoir morne. Non que j’ai le moins du monde, et à aucun moment, minimisé l’importance de la victoire que nous avions remportée en 1945 sur la plus scélérate des entreprises humaines, mais pour atteindre cette victoire, il avait fallu à quelques-uns d’entre nous une telle dépense d’énergie qu’il ne leur en restait plus pour avoir envie de poursuivre l’entreprise vitale. …

Grande originalité zoologique – l’être humain détient l’extraordinaire aptitude de pouvoir dissiper des forces et des énergies supérieures à celles qu’il possède, à la condition de les concentrer sur un but situé au-delà de lui-même. S’il atteint ce but, il devra alors, dans cette situation dépouillée, affronter l’énorme dépense que représente nécessairement la transposition dans le réel d’un idéal pour lequel tout a été sacrifié, dissipé…. Il est assez normal que l’animal humain succombe alors: Résistants de tous les pays, méfiez-vous de votre victoire.

Fragments de vie (p252-253) – Germaine Tillion

Prendre position

07/07/2011

Et l'homme créa l'animalL’hésitation sur la ou les natures des animaux vient du fait qu’on ne peut accéder à leurs mondes intérieurs, que notre regard extérieur ne collecte que des gestes bruts jamais expliqués par les bêtes et que nous ne pouvons qu’interpréter à l’aide d’une idée, d’une croyance, d’une théorie. De cette interprétation dépend ce que nous croyons savoir.
Éric Baratay (p. 137-138)

Jamais le face à face de l’homme comme espèce avec l’animal ne pourra dénouer la question de son essence. Les raisons sont idéologiques seulement idéologiques de penser l’existence d’un pont entre les deux espèces, d’un savoir-vivre ensemble. Or l’idéologie ça s’apprend, un saut évolutif dans le vivant est toujours possible. En nos âmes et consciences prenons position, indignons-nous! De manière intelligente et ciblés : adressons-nous au politique qui peut légiférer et cessons de diffuser des horreurs dans les médias sociaux, il sera toujours temps de mobiliser la communauté lorsqu’un influenceur ce sera montré intéressé.
L’homme en tant qu’espèce peut bien, comme chaque espèce, présenter des caractéristiques uniques, mais il n’y a aucune raison d’en imposer aux autres espèces. Il me semble que l’humain ne peut consister que dans le doute sur l’humain. Ce doute de conscience est fantastique car porteur de changement. Et si nous rêvions d’un monde où les espèces se côtoient en équilibre.
Cet abîme de l’animalité – le fameux qui suis-je? En effet qu’est-ce qui me distingue de l’animal?– peut être formateur d’une nouvelle construction de l’être-au-monde de l’homme. Penser l’animal sert souvent à mesurer la différence entre lui et nous et à nous définir. En conséquence, ce qui est attribué à l’animal est fonction de la proximité tolérée avec l’Homme et de ce qui est réservé à celui-ci. L’animal n’est pas pensé pour ce qu’il est ou pourrait être. Sa spécificité est niée au profit d’une analyse par défaut : on lui donne peu si on le veut éloigné de l’homme, on lui donne plus si on le croit proche. L’animalité n’est pas une réalité mais une catégorie, une condition accordée qui sert à dessiner l’humanité, toujours par comparaison, souvent en antithèse. (cf. Éric Baratay)

Il est fort peu probable que l’ego trouve l’assurance qu’il cherche en affirmant qu’il est un homme parmi les succès de l’évolution. Car désormais la science nous a appris que c’était faux.

L'animal dans nos sociétésPour aller plus loin :
‘L’introuvable propre de l’homme’, Pierre Guenancia in L’Animal dans nos sociétés, La Documentation française, 2004

Une incessante histoire … encore … encore… jusqu’à nos jours … encore

13/06/2011

Depuis l’aube de l’humanité, le débat fait rage. Avec les époques viennent de nouveaux penseurs qui ne réinventent pas la réflexion, à la limite ils la poursuivent, parfois l’enrichissent, mais toujours la promotion de l’animal se fait submerger par la doctrine dominante et la reconnaissance animale tombe et encore et encore…. remettre l’ouvrage… le travail de re-sensibilisation re-commence.
Déjà dans la Grèce Antique, la promotion de l’animal est reçue comme une déstabilisation sociale, l’homme ayant besoin de lui pour vivre ce qui explique, jusqu’à nos jours encore, la réticence à réviser son portrait d’être raisonnable et instinctif, ce qui bien entendu justifie son traitement – en fait son absence de traitement – dans la législation, dans l’administration… et parfois même dans le domestique, le quotidien.
Il a toujours existé des courants philosophiques qui – de fait – sont restés minoritaires – qui insistaient sur la parenté des âmes et des facultés, au regard des comportements des uns et des autres, et qui prônaient respect, fraternité et refus de tuer les animaux. Soit dit en passant c’est l’un des traits majeurs de la civilisation occidentale sur celle d’Orient que de refouler impitoyablement les animaux en dehors de la conscience, de l’intelligence, de la sensibilité….
L’animal dans la spirale des besoins humainsIl y a toujours eu – et encore au 21e siècle –, une majorité qui considère que les ressemblances des actes extérieurs ne prouvent rien et soutient que l’homme possède une âme raisonnable, qu’il existe une différence de nature interdisant toute déférence vis-à-vis des bêtes. ‘Ce débat est introduit dans le monde romain, à partir du Ier siècle avec J.C, mais la christianisation le réduit peu à peu. L’opposition à la métempsychose et au végétarisme, prônée par les sectes païennes, conduit l’Église à assimiler au paganisme puis à l’hérésie les idées favorables aux animaux et à les combattre. À l’inverse, elle utilise certaines philosophies grecques notamment celles de Platon et d’Aristote pour interpréter la Bible qui est en réalité très vague sur les différences entre l’homme et l’animal, pour bâtir une synthèse entre la foi et la raison, pour imposeAnthropologie de l'animal de compagnier la thèse d’une rupture entre l’homme et l’animal’, expliquer Éric Baratay, p 35-36.
Il y a eu des moments dans l’histoire où une synergie de décloisonnement entre l’homme et l’animal s’est accompagnée d’un mouvement d’idées à dominance sociale et politique qui visait l’égalité. On pense au 18e siècle qui aboutit à la révolution française, à l’abolition de l’esclavage. Bref, notre rapport à l’autre fut-il animal, est toujours lié à l’histoire des idées et de la sensibilité (p 10 et p 41 Christian Talin).
Le 21e siècle occidental est dominé par le consumérisme, la pollution, l’individualisme, l’égoïsme…. Vous en déduirez la position de la société vis-à-vis des animaux.

Se rencontrer soi avec un chien

08/06/2011

Vivre avec un chien et s’en occuper comporte des actes concrets et nécessaires qui forcent à chercher des moyens pour mieux participer au monde, à la société, aux interactions avec les proches. Pourquoi? Parce qu’il faut apprendre à décrypter le comportement du chien pour mieux être avec, donc s’ex-centrer de son égo, de son environnement d’humain trop humain pour élargir son champ d’apprentissages, en ce sens cConsolation par le chienheminer avec un chien ouvre toutes grandes béantes les angoisses humaines, celles liées à toute sorte d’enjeux celles qu’on cherche si subtilement, si férocement à dissimuler. Il n’y a pas de consolation par le chien, il y a éveil à sa condition humaine par le chien.
Le chien a un rôle d’entraineur de la vie psychique. La relation qui lie (lit) un chien et un homme vient du partage du mystère d’exister comme être vivant, dit Pierre Schultz.
Tout à fait.
Je souffre de ce que je vois de moi dans le regard des autres, dit Boris Cyrulnik p 35,  Mourir de dire, la honteMourir de dire, la honte.
Je souffre.
Dans le regard de mon chien, je souffre moins. C’est bien le récit qui érige l’événement fondateur, celui qui engendre le sens (Paul Ricoeur, Temps et récit tome II).
En racontant, en se racontant, en décidant de cheminer avec un chien on accepte de rencontre une altérité autre, émotive, différente qui bouscule. Ça permet d’appréhender l’existence humaine et animale dans tout son mystère, sans comprendre, ni même toujours être capable de voir cette immensité, c’est partir à la découverte d’une partie du monde parfois connu (l’humain) souvent nouveau (le canin) et c’est re-découvrir son monde. Peut-être que cette relation place l’homme devant des problèmes trop lourds. Si l’on est investi dans la relation anthropocanine, il faut toucher cette lourdeur qui éjecte les récidives.

Après le fracas d’un trauma, c’est le fait d’être seul qui ouvre les vannes de la récidive : c’est l’abandon, l’absence de soutien après la violence vécue, l’isolement affectif et relationnel qui sont les plus forts déterminants de la reproduction de la violence (B. Cyrulnik.  p 110).

Se rencontrer soi avec un chienAvec un animal, il n’y a pas de récidive.
Dans animal on entend anima, c’est-à-dire le souffle créateur, qu’on l’appelle ou non l’âme, l’élan vital présent à la première seconde et qui nous quitte à la dernière.

Drôle de rôles

03/06/2011

Consolation par le chienAlors que Pierre Schultz y voit une consolation et préfère citer en p. 143, Jean Rostand avec son ‘Ne pas ajouter à la démence du réel,  la niaiserie d’une explication’, il n’en reste pas moins qu’il est important de comprendre quel rôle joue le chien dans notre vie.
Le chien réconforte le narcissisme des humains, il agit comme un baume, donne cette impression de plénitude. Il est un accessoire (le mot est juste) de puissance de l’homme, comment? Le chien est un être serviable, gentil, dépendant, ‘La relation au chien n’illustre-t-elle pas l’instinct d’obtenir de rallier des courtisans? Est-il si agréable et si nécessaire d’avoir des courtisans qu’il faille se consoler de leur absence avec des substituts animaux? Cette question est-elle inepte?, se questionne Pierre Schultz, médecin avec une formation en psychiatrie, en psychopharmacologie et en neurosciences cliniques… Le chien procure cette sensation de fusion avec l’univers, ‘L’affection de l’homme pour le chien participe-t-elle à la croyance à un monde meilleur, à l’idée d’un monde perfectible, ou aux regrets quant au passé?, demande-t-il en p.145. Comme image gratifiante que nous renvoient les yeux de l’animal, ce dernier nous trouve toujours aimable- tel est le service éminent qu’il nous rend. Éminent?…
Un psychiatre, le professeur Guyotat, a inventorié les positions que notre psychisme peut assigner à l’animal. Il distingue l’animal comme représentant tantôt une partie du moi tantôt la totalité du moi – image de reconnaissance, unifiante pour un individu ou un groupe. L’animal phobique grâce à la projection opérée sur lui, rend possible le maintien de certaines relations avec telle ou telle personne de l’entourage. L’animal comme objet narcissique  vient combler la solitude ou la frustration. L’animal comme objet symbiotique, c’est l’objet avec lequel on n’a pas de limites. Tout ce qui est vécu par l’animal passe dans l’homme et inversement. L’animal exprime l’homme et parfois des troubles d’origine psychosomatique nécessitant une intervention médicale. Fétiche ou souffre-douleur, l’animal peut être enfin l’objet transactionnel ou transitionnel. Il fonctionne alors dans un groupe comme un bien d’échange et surtout comme un objet à tout faire : à caresser, à torturer, à suralimenter, à interpeller… (extrait tiré de Françoise Armengaud, ‘˝ L’urbanimalisation˝ et les droits de l’animal’ in Universalia, Encyclopaedia Universalis, 1978, p.440-441).

Or voilà les constats ci-dessous sont intéressants, poussent à la réflexion sauf…. Qu’ils sont emprunts d’anthropomorphisme. ‘L’animal n’est plus et ne devrait jamais plus être un alter ego, effet pernicieux de l’anthropomorphisme bêtifiant, toujours infantilisant, parfois délirant’ dit Christian Talin dans son Anthropologie de l'animal de compagnieAnthropologie de l’animal de compagnie. Incidemment, ces concepts théoriques regardent l’amour fusionnel avec l’animal de compagnie en faisant fi de l’environnement de l’animal, de son monde spécifique. En offrant des avenues théoriques de même, on entre en pleine violence, celle de déterritorialiser l’animal et de le forcer à venir hanter un autre territoire : le nôtre.  Il est bon de devoir donner sens à ce qui se passe pour rendre le monde un peu plus intelligible mais pas au détriment d’êtres conscients ! En réduisant l’animal à du déjà-connu. ‘L’animal est un être aux aguets. L’irréductible altérité animale relève de la sensibilité et d’un agencement. Le nivelage forcené de l’anthropomorphisme nie l’autre-animal’, poursuit le philosophe.

Il y a bien d’autres Anthropomorphismemanières de chercher les intentions.  Véronique Servais utilise l‘empathie: ‘ L’empathie en revanche implique un changement de perspective : percevoir les choses du point de vue d’autrui. L’empathie suppose une réorganisation de la perception et la découverte d’un nouveau point de vue. Pour ce qui concerne les animaux, l’empathie repose sur une bonne connaissance de leur histoire naturelle, de leur système perceptif, de leur répertoire comportemental et de leur système de communication. Il faut tout cela pour commencer à voir l’animal évoluer dans son monde, forcément différent du nôtre. L’anthropomorphisme c’est ramener le différent à du connu. S’il y avait de l’empathie dans ces interprétations, une réelle volonté de comprendre le sens des comportements des animaux ‘de leur point de vue’

 Je me porte en faux avec l’affirmation de  Pierre Schultz et je crois profondément que ‘La consolation par le chien’ nous enjoint d’appréhender l’existence dans son mystère et son immensité, au-delà de toute réponse donnée par la science, la philosophie ou la religion, même si la diversité des choses pourrait être telle que nous ne connaissions jamais qu’une infime partie du monde, de notre environnement proche et de nous-même; alors faisons en sorte d’au moins tenter de comprendre la relation particulière qui nous lit particulièrement à ce chien en particulier dans cette situation particulière dans cette espace-temps donné.


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