Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Réflexions anthropocanines’

Nous empestons la mort sans même nous en apercevoir

30/04/2012

Sans offenser le genre humainVaches folles, oiseaux infectés, grande peur de la contagion interspécifique, gigantesque massacre de mammifères et de volatiles, parce qu’il faut bien veiller sur les hommes…. Et on ‘voudrait nous faire croire que ce ne sont pas les intérêts mercantiles et le dévergondage mondial du développement qui provoquent ces nouvelles plaies’ ? Élisabeth De Fontenay, ‘Sans offenser le genre humain’.
En considérant les animaux comme un simple outil de production on en est arrivé à l’animal-machine, qu’il est facile de liquider sans le moindre remord. L’abattage industriel a fait de la tuerie administrée un acte purement technique. L’abattage domestique a fait de la séparation de chats et de chiens un acte facile.  Les Québécois ont donné, vendu, fait euthanasier un chien à 261 000 reprises et un chat à 491 000 reprises.
NouAuberger Janick et Keating Peter. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009s avons rompu le contrat domestique et tacite qui nous unissait à ceux des animaux que nos lointains ancêtres avaient domestiqués. Pire c’est avec l’indifférence lâche et le soulagement honteux qu’on consent à encore plus d’abattage pour manger (’Les vaches n’ont pas de sentiments: l’auto-persuasion qui nous permet de manger de la viande‘).
Certes, nous sommes issus de civilisations qui pratiquaient des sacrifices : on offrait un animal qui devait être toujours parfaitement sain à un dieu ou aux dieux. On observait aussi les animaux comme on observe d’ailleurs les hommes, les astres et les phénomènes atmosphériques, pour y lire un signe envoyé par les dieux et en tirer des présages; enfin on lit dans les viscères de l’animal sacrifié (le foie souvent, cf. l’hépatoscopie) cherchant les particularités ou anomalies susceptibles d’annoncer heureux ou funestes événements, avancent Janick Auberger et Peter Keating dans ‘Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours’. Aujourd’hui, dans les massacres à l’échelle mondiale, il n’y a plus de divin que le dieu technique, le dieu argent, le dieu consommation. A-t-on jamais pensé à ces scènes d’extermination de ces ‘choses’, de ces ‘objets’, de ces ‘denrées’? Quelles sont les conséquences sur le plan symbolique pour une nation?

Si les lions pouvaient parler sous la direction B. CyrulnikDans les sociétés modernes, on tire du sens, ou le sentiment d’une possession exclusive du sens, à partir du non-sens supposé de l’animal. On ne reconnait pas de sens à l’animal  mais on lui prend sa vie. L’humain se nourrissant littéralement de cette vie et se nourrissant symboliquement du fait que cette vie n’a pas de sens.  Françoise Armengaud, ‘Au titre du sacrifice : l’exploitation économique, symbolique et idéologique des animaux in ‘Si les lions pouvaient parler’ Boris Cyrulnik.

Mais ce que nous faisons à tous ces êtres vivants doués de sensibilité et porteurs de monde il faut en effet savoir que c’est à nous-mêmes qu’en fin de compte nous le faisons. La biologie, la génétique, la théorie de l’évolution enseignent que continuité et parenté – avérées même si elles paraissent encore à certains intolérables – échoient désormais à tous les hôtes de la terre, termine Élisabeth de Fontenay.

Mon chien, les miens et moi: une tribu

19/03/2012

La psychologie et la psychiatrie évolutionnistes avancent une théorie bien intéressante pour expliquer pourquoi l’être humain a besoin de vivre avec des animaux (ou des animaux pour vivre), levant par là même tout ce qui peut encore subsister de mystère sur la présence des animaux à nos côtés.
Quelque chose de la mentalité tribale a dû subsister dans l'Homme moderne par la voie des adaptations phylogénétiques à la vie en tribuAinsi, vivre avec un animal, ne serait qu’une inscription (presque génétique) de plus dans notre évolution.  Nos lointains ancêtres au mode de vie tribal de chasseurs-cueilleurs -  qui a duré quelque trois millions d’années au moins – aurait laissé des traces sous forme de tendances, de ‘prédispositions phylogénétiques’, susceptibles d’expliquer l’existence de certaines attentes affectives que remplit le chien ou l’animal de compagnie.

L’homme et la femme, programmés chasseurs-cueilleurs, désirent retrouver une ambiance tribale: la présence d’animaux de compagnie les aide en ce sens. Une famille et son chien reconstituent une tribu; un être humain et son chien forment une ‘tribu à deux’. Le chien recrée le lien tribal. Quel propriétaire de chien n’est pas ému par l’accueil joyeux que son animal lui fait à son retour au foyer, parfois après une absence pourtant fort courte : le chien réagit à chaque fois comme si son compagnon humain revenait dans le clan tribal après une longue et lointaine expédition. Peu d’humains sont reçus ainsi à leur retour par les membres de leur famille …
Étant carnivores et prédateurs, les chiens (et les chats) correspondent aux tendances de chasseurs inscrites dans le psychisme humain. Pour le Chien, le groupe humain auquel il est attaché est effectivement sa meute, sa ‘tribu’, comportant un leader auquel il obéit. La nature de la relation du chien envers son maître ‘leader de la meute’ pourrait être perçue par l’Homme et lui être renvoyée (inversée: suiveur fidèle), de façon partiellement imaginaire, partiellement objective. Le compagnonnage qui s’est très tôt installé entre l’ancêtre du Chien et l’Homme chasseur-cueilleur a dû être facilité par cette prédisposition com¬mune à vivre en ‘tribu’, et à se comporter en prédateurs sociaux.

Pour aller plus loin: Why Do People Have Pets ? Today’s Reasons are reasons for All Times.
Article par Philippe Bernard et Albert Demaret

Les animaux ont contribué à l’amélioration de notre vie émotionnelle

27/02/2012

Made for Each Other: The Biology of the Human-Animal Bond L’évolution de l’homme moderne a été, dans une large mesure, propulsée par ses interactions historiques avec les animaux et les liens émotionnels qui se sont alors formés. Aussi, si les humains ont eu une vision anthropomorphique des animaux, c’est bien parce que ces deux espèces se ressemblent. Et les points qu’ils ont en commun sont évidents notamment avec le loup/chien. Un grand nombre de biologistes, d’archéologues et d’anthropologues estiment que l’une des raisons pour lesquelles nous sommes si différents des primates, est que les loups nous ont beaucoup appris sur nos affinités avec eux et notre comportement de chasseur. Du reste, leur métamorphose en chien a commencé bien plus tôt que ce l’on suppose généralement. Du moins si l’on suit les conclusions de Meg Daley Olmert. Elle décrit une coévolution agréable, au cours de laquelle nous étions devenus si proches des loups de plus en plus apprivoisés que nous pouvions allaiter les louveteaux. Les sécrétions d’ocytocine des loups et des humains lors de nos rencontres intimes rendaient chaque espèce plus douce et bienveillante à l’égard de l’autre.

Meg Daley Olmert croit aussi que les loups-chiens, qui gardaient le territoire des hommes, nous ont rendus plus intelligents en tant qu’espèce. Enfin, elle formule l’hypothèse selon laquelle nous ne souffririons plus d’insomnies et d’agitations nocturnes; le fonctionnement de notre cerveau s’est amélioré grâce à un sommeil long et profond. L’ocytocine nous a permis de réaliser d’autres exploits.

Si l’on poursuit dans cette logique, on peut dire que la relation entretenue entre les deux espèces étaient vivantes, elle repose sur une transformation complexe des acteurs et non pas uniquement sur l’échange mécanique de messages, d’objets ou de sentiments. Cette transformation correspond à un apprentissage compris comme un processus relationnel.

La thérapie assistée par l’animal s’éclaire à la lecture ce qui précède!

Pour aller plus loin:

Les animaux nous rendent-ils plus humains?

Un homme peu sûr

30/01/2012

Burgat, Florence. L’animal dans nos sociétés. La documentation françaiseL’homme est tellement peu sûr de savoir ce qu’il est, qu’il presse l’animal de le lui ‘dire’ et cherche dans cette altérité de quoi déduire sa propre identité (p 16, L’animal dans nos sociétés). C’est ce qui pourrait expliquer la violence faite à l’encontre des animaux. La séparation de l’homme et de l’animal procède d’un interdit essentiel : la nature animale est ravalée parce que trop proche.
Alors, définir l’animal reste une ‘affaire d’hommes’. Mais, le problème c’est que la définition de l’homme n’a jamais su se passer de la référence à l’animal.

Qu’il s’agisse en effet de nommer l’humain ‘animal raisonnable ou l’animal politique’, l’humain c’est toujours l’animal c’est-à-dire étymologiquement le vivant ou encore ‘l’animé’ avec un quelque chose de plus. Ce quelque chose en plus nous l’appelons raison, logos, justice, âme, langage, conscience, liberté, parole, sens de la mort, sens de l’histoire, sens de l’éternité, sens du sens… De telle sorte que l’animal, lui, est virtuellement toujours représenté en manque. En manque de toutes ces bonnes choses : la justice, la raison, la parole etc. Comme s’il était une sorte d’humain avec quelque chose en moins. Inapte, diminué, inabouti. Moindre substance sur la carte de la création. Ou alors, simple étape, ébauche, jalon, maillon sur la grande chaîne de l’évolution.
1/ TSi les lions pouvaient parler sous la direction B. Cyrulnikelle serait la première ‘mauvais manière’ idéologique faite à l’animal : la méconnaissance du propre. Or toute méconnaissance du propre de l’animal se traduit par une dévalorisation impropre et finalement inique.
2/ La seconde mauvaise manière dont il y a à se plaindre c’est que par principe les animaux ne sont pas pris au sérieux.
3/ Troisième mauvaise manière : l’affirmation des vertus humaines se valorisent trop souvent sur le dos de l’animal.

Risquons sinon une définition du moins une vision de l’humanité : l’humanité cette vaste entreprise d’extraction de l’animalité.
Françoise Armengaud, ‘Si les lions pouvaient parler’, p. 876-877

Être vivant de compagnie

23/01/2012

L'animal est un être vivant, un être de compagnie et non pas un animal de compagnieNos compagnons ne sont pas des réceptacles passifs de sensations mais des sujets actifs, co-constructeurs de leurs propres perceptions. Les chiens ont un cerveau. Il est important par conséquent de prendre en compte le fait qu’ils ont un rapport subjectif et affectif au travail, aux situations quotidiennes, aux mesquineries…

Si les lions pouvaient parler sous la direction B. CyrulnikLes chiens  sont de performants révélateurs de ce que nous exprimons inconsciemment. Si l’homme parle verbalement pour son animal, celui-ci parle non verbalement pour l’humain. Et d’avoir à constamment décrypter le langage, verbal et non verbal, de cet humain, les chiens sont devenus des ‘êtres particulièrement tournés vers l’écoute’, ainsi que le remarque Marie-Christine Mouren-Siméoni, dans Si les lions pouvaient parler.
On dit souvent que la communication entre l’animal et l’homme est une compréhension symbiotique mutuelle. On oublie souvent de rajouter:  Si et seulement si la conception de l’humain se modifie alors l’animal apparaîtra sous un éclairage différent. Car le paradoxe de l’humain c’est que pour aimer l’altérité animale, il doit  la réduire à  ce qu’il peut lui-même concevoir: un chien, c’est un animal presqu’une chose, pas trop consciente… un chien c’est un chien.

L’animal à l’âmeOr,  le ’sentir’ est le fond commun de l’homme et de l’animal. Le premier aura accès au second par un ‘sentir commun’, c’est-à-dire par l’empathie ou la sympathie, respectivement ‘sentir du dedans’ et le ‘sentir avec’, exprime Sandrine Willems dans L’animal à l’âme (p 61).  La réalité est que l’empathie qui s’appuie sur des signes corporels échappant à la conscience fonctionne selon des cercles concentriques dans lesquels les apparences jouent un rôle essentiel. Plus on s’éloigne de ce qui nous ressemble pour aller vers ce qui est différent de nous (homme vers animal), plus la sécurité psychique est mise à l’épreuve. Et plus il faut s’y préparer afin que l’empathie n’en souffre pas trop.

L’empathie ne se réduit pas à prouver ce que l’autre ressent, encore faut-il le lui manifester. Ce qu’on éprouve est inséparable de ce qu’on montre. Dans ‘émouvoir’ il y a ‘mouvoir’  et dans  traiter chacun selon le statut qui lui correspond, il y a sens de la justice. L’exception humaine est précisément ce qui fonde notre responsabilité à l’égard de tous les êtres, vivants ou non, qui ont une valeur morale. Il est important et urgent d’éduquer les humains dès l’enfance au respect de ce qui a une valeur et une essence.  L’animal est un être vivant, un être de compagnie mais non pas un animal de compagnie.

Car aujourd’hui, c’est de l’homme dont souffre essentiellement l’être vivant (pour paraphraser Elisabeth de Fontenay).

Mon chien, un convertisseur d’humanité

05/01/2012

C’est Romain Rolland qui disait : ‘L’ami qui te comprend te crée’. Mon chien est-il mon ami? C’est quoi un ami? Mon chien me comprend-il? Mon chien, mon ami, qui me comprend me crée-t-il?
Il est assez évident – pour moi -  que mon chien est un acteur important de mon évolution. Il n’existe pas de voies plus difficiles et plus intransigeantes que celle qui mène à l’intériorité. Vivre avec un chien et investir véritablement la relation, c’est fondateur de mon humanité. Nulle espèce ne peut se prévaloir d’être aussi intimement, universellement et primitivement associée à nous que le chien (Dominique Guillo, Des chiens et des humains, p. 35).
Mon chien est-il mon ami, celui qui me comprend et me crée?En un sens il est un ami parfait, car il me force à creuser en dedans de moi-même, à agir en dehors-de-moi-même, à me trouver pour entrer dans son monde (umwelt). Pour le découvrir il faut avoir atteint la limite de l’absurde des explications égocentriques ou rationnelles pures et arrivée là accepter son échec. Avec un chien, il se passe une sorte de migration dans le sens de sortir de soi pour mieux entrer, re-entrer en soi. Entre les deux, il y a un voyage, un parcours (du combattant). Sortie et entrée sont évidemment complémentaires mais supposent que l’entrée est plus emplie de connaissances ou d’acquis que la sortie.
Pour éduquer un chien – Sapi – il m’est nécessaire de rompre avec mes habitudes, de remettre en question mes précédentes options, d’accepter de changer, de passer par des niveaux différents afin d’acquérir un autre type de vision et peut-être de connaissance. En acceptant de me libérer des attaches relevant de mon égoïsme, de la manie de rapporter tout à moi-même, de mes erreurs d’interprétations fruits de mes tendances anthropocentriques, il devient possible alors d’acquérir la liberté qui appartient à ma condition d’être humain. Le chien mieux que quiconque nous montre ô combien nous sommes des exilés, nous vivons en dehors de nous.
En fait, mon chien c’est l’ami que je n’aurais jamais eu, celui qui m’aide à enfanter ma vie. Cette éclosion à soi se fait dans le silence des mots. Je deviens vivante avec. Je me convertis, car convertir ça veut dire devenir vivante, c’est revenir en dedans.

La réciproque est-elle seulement vraie?

Sous les mots de tous les jours: l’anthropomorphisme bêtifiant

14/12/2011

Selon l’organisme de protection des animaux à l’origine de la saisie, les conditions dans lesquelles se trouvaient les chiens étaient carrément «inhumaines», parmi les pires que leur équipe de secours ait été témoin. (article tiré de Canoe.ca Actualités:  Un projet de loi déposé cette semaine)

C’est assez particulier de faire référence à l’inhumanité des conditions de vie des chiens, lorsqu’on est incapable de leur prêter ne serait-ce que des droits! Et pourtant ce genre de glissement sémantique est fréquent dans les médias et surtout auprès des gens qui s’enragent de la soi-disant bestialité des humains qui font subir toutes sortes d’abus aux animaux. Ça crée des rapports contemporains des hommes aux animaux pour le moins boiteux !
Peut-être n’est-ce que le symptôme de l’inquiétude largement partagée au sujet de la vie, aussi bien celle des espèces animales que celle de l’espèce humaine. Ces trébuchements de mots – et Freud n’en a-t-il pas bâti dessus sa théorie – ne représentent-ils pas un questionnement contemporain sur le vivant, l’homme aussi bien que l’animal ?

Sur quelle conception de la vie doit-on fonder les rapports entre les êtres humains et les rapports entre les humains et les animaux ? Certainement pas en traitant d’inhumaines des conditions animales.

L’éthologie animale pose un regard sans concession sur ce qu’on avait pu considérer comme le privilège exclusif de l’être humain : la technologie, le langage, la moralité, la politique, la notion du temps et peut-être même la conscience de la mort. Ce qui ne suscite aucune polémique alors qu’on devrait en parler largement, on devrait en débattre quotidiennement, c’est un changement de fond qui s’est opéré dans les sciences animales et qui ont des répercussions phénoménales. à l’égal de la théorie darwinienne en son temps.

Que fait-on au lieu d’apporter des mots au débat? On écrit sans penser, ce qui met en lumière nos ignorances collectives:  les mots ont un poids et dans cet extrait journalistique on suppose que les chiens devraient être traités comme des êtres humains, là sous couvert de bons sentiments suinte l’anthropomorphisme.
Anthropologie de l'animal de compagnie

L’anthropomorphisme qui réduit l’animal à un ‘comme l’humain’. Un animal qui est refusé dans sa sensibilité. Il faut diaboliser cet anthropomorphisme qui réduit l’altérité radicale de l’animal qui en aucun cas ne devrait être un alter ego, ‘effet pernicieux de l’anthropomorphisme bêtifiant, toujours infantilisant, parfois délirant’ (Christian Talin . Anthropologie de l’animal de compagnie, p125).
Envisager un amour fusionnel avec l’animal au détriment de son monde spécifique c’est éminemment de la violence. Que ce soit pour le bien des animaux ou pour sauver les humains, cet anthropomorphisme des mots ne dit rien d’autre que notre peur de n’être pas l’espèce la plus évoluée.

Visage dis-moi…

07/11/2011

Les émotions des animauxLes visages sont extrêmement importants pour évaluer les sentiments des animaux. Charles Darwin et ses successeurs ont souligné le rôle crucial des expressions faciales dans notre compréhension des émotions d’autrui. Les visages sont déterminants pour deviner ce que les autres ressentent et pour prévoir ce qu’ils vont faire.  Il n’y a pas de communication plus directe pour un animal que de plonger ses yeux dans ceux de l’autre, dit Marc Bekoff, en page 108. Une étude récente (Staring fear in the face) sur la peur chez les hommes vient confirmer l’importance du contact visuel dans l’identification des émotions. Les yeux sont essentiels pour constater qu’un autre humain a peur : ce sont eux que l’on regarde pour savoir si un visage reflète l’effroi … ou la souffrance!
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer- Éthique animaleAinsi, on peut déduire qu’autrui souffre en observant ce qui apparaît comme des conséquences de la souffrance : il se tord, il se débat, il hurle, écrit en page 52, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer.
Est-il surprenant de constater que les mammifères ont beaucoup d’expressions faciales en commun. Quand nous parlons du visage, nous parlons surtout des yeux. Ce sont des organes superbement complexes qui ouvrent une fenêtre sur le monde émotionnel d’un individu. Les yeux, chez les humains comme chez d’autres espèces reflètent les sentiments : la joie écarquille et le désespoir les creuse.
On est le regard/visage de l’autre si on a naturellement la capacité Tel visage de maitre, tel visage...de lire les émotions. Or, le chien parvient à décrypter sur le visage de son maître ses moindres intentions, serait-il plausible que le chien apprend le sens de son maître, soit apte à saisir la présence qui parle et passe outre la constitution de l’acteur que chacun se crée pour aller à l’essentiel : par-delà les préjugés et les présavoirs, le chien nous lit.

C’est quoi la différence entre un animal et un humain?

29/09/2011

fragments de vie-Germaine TillionDe toute cette période (après 2nde guerre mondiale – camps de concentration), je n’ai gardé que le souvenir d’une fatigue écrasante et d’un désespoir morne. Non que j’ai le moins du monde, et à aucun moment, minimisé l’importance de la victoire que nous avions remportée en 1945 sur la plus scélérate des entreprises humaines, mais pour atteindre cette victoire, il avait fallu à quelques-uns d’entre nous une telle dépense d’énergie qu’il ne leur en restait plus pour avoir envie de poursuivre l’entreprise vitale. …

Grande originalité zoologique – l’être humain détient l’extraordinaire aptitude de pouvoir dissiper des forces et des énergies supérieures à celles qu’il possède, à la condition de les concentrer sur un but situé au-delà de lui-même. S’il atteint ce but, il devra alors, dans cette situation dépouillée, affronter l’énorme dépense que représente nécessairement la transposition dans le réel d’un idéal pour lequel tout a été sacrifié, dissipé…. Il est assez normal que l’animal humain succombe alors: Résistants de tous les pays, méfiez-vous de votre victoire.

Fragments de vie (p252-253) – Germaine Tillion

Prendre position

07/07/2011

Et l'homme créa l'animalL’hésitation sur la ou les natures des animaux vient du fait qu’on ne peut accéder à leurs mondes intérieurs, que notre regard extérieur ne collecte que des gestes bruts jamais expliqués par les bêtes et que nous ne pouvons qu’interpréter à l’aide d’une idée, d’une croyance, d’une théorie. De cette interprétation dépend ce que nous croyons savoir.
Éric Baratay (p. 137-138)

Jamais le face à face de l’homme comme espèce avec l’animal ne pourra dénouer la question de son essence. Les raisons sont idéologiques seulement idéologiques de penser l’existence d’un pont entre les deux espèces, d’un savoir-vivre ensemble. Or l’idéologie ça s’apprend, un saut évolutif dans le vivant est toujours possible. En nos âmes et consciences prenons position, indignons-nous! De manière intelligente et ciblés : adressons-nous au politique qui peut légiférer et cessons de diffuser des horreurs dans les médias sociaux, il sera toujours temps de mobiliser la communauté lorsqu’un influenceur ce sera montré intéressé.
L’homme en tant qu’espèce peut bien, comme chaque espèce, présenter des caractéristiques uniques, mais il n’y a aucune raison d’en imposer aux autres espèces. Il me semble que l’humain ne peut consister que dans le doute sur l’humain. Ce doute de conscience est fantastique car porteur de changement. Et si nous rêvions d’un monde où les espèces se côtoient en équilibre.
Cet abîme de l’animalité – le fameux qui suis-je? En effet qu’est-ce qui me distingue de l’animal?– peut être formateur d’une nouvelle construction de l’être-au-monde de l’homme. Penser l’animal sert souvent à mesurer la différence entre lui et nous et à nous définir. En conséquence, ce qui est attribué à l’animal est fonction de la proximité tolérée avec l’Homme et de ce qui est réservé à celui-ci. L’animal n’est pas pensé pour ce qu’il est ou pourrait être. Sa spécificité est niée au profit d’une analyse par défaut : on lui donne peu si on le veut éloigné de l’homme, on lui donne plus si on le croit proche. L’animalité n’est pas une réalité mais une catégorie, une condition accordée qui sert à dessiner l’humanité, toujours par comparaison, souvent en antithèse. (cf. Éric Baratay)

Il est fort peu probable que l’ego trouve l’assurance qu’il cherche en affirmant qu’il est un homme parmi les succès de l’évolution. Car désormais la science nous a appris que c’était faux.

L'animal dans nos sociétésPour aller plus loin :
‘L’introuvable propre de l’homme’, Pierre Guenancia in L’Animal dans nos sociétés, La Documentation française, 2004


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