Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Le chien social’

Le nouveau Règlement Co-2008-523 sur le contrôle des animaux de Longueuil

26/08/2011

Suite aux présences répétées de sandraetlechien.com au Conseil de ville, Longueuil a entrepris ces derniers mois de revoir les différents aspects de la question du contrôle des animaux, notamment à ce qui a trait au contrat de fourrière animale ainsi qu’à l’implantation de nouveaux parcs canins sur le territoire. Mardi soir, le Conseil de la ville adoptait un nouveau règlement sur le contrôle des animaux. Rappelez-vous, sandraetlechien.com avait posé ses questions sur fond de réflexions suivantes:

- quelle politique animale pour Longueuil

- Pour une réflexion urbaine sur la présence de l’animal dans la ville de Longueuil

- Longueuil méprise ses écosystèmes… canins

- Repenser la politique municipale de l’animal

- L’Arrondissement de Greenfield Park n’aime pas les chiens

Il faut en effet faciliter la présence de l’animal dans la ville, permettre une cohabitation harmonieuse avec les autres usagers et accroître la responsabilité des maîtres, aussi la ville de Longueuil doit développer des initiatives originales pour intégrer les animaux de compagnie dans les services qu’elle rend à ses citoyens et ainsi développer une véritable approche citoyenne de l’animal de compagnie.

Le précédent Règlement Co-2008-523 sur le contrôle des animaux canalisait « l’animal de compagnie : animal qui vit habituellement auprès de l’homme pour l’aider ou le distraire, et dont l’espèce est, depuis longtemps, apprivoisée » – selon la définition de la ville de Longueuil -  dans des espaces très restreints et spécifiques et il lui était interdit de marcher sur la quasi-totalité du territoire Longueuillois. L’absence ne serait-ce d’attention envers les chiens rend la ville inhumaine.
Et restreignait considérablement ma liberté de circulation.

Le nouveau Règlement CO-2011-683 a été adopté car l’on restreignait auparavant la présence de chiens dans les parcs et les espaces verts de la ville. Il est apparu qu’il serait opportun de permettre la présence de chiens en laisse sous le contrôle de leur propriétaire dans différents espaces verts de la Ville à l’exception des aires de jeux, modules de jeux, pistes cyclables, terrains sportifs, patinoires et pente à glisser ainsi que dans les aires de conservation. La présence de chiens en laisse dans ces espaces ne semble pas plus complexe ou problématique que sur une rue achalandée parmi les piétons.
La présence des chiens dans les espaces verts est désormais acceptée 38.1: le fait que le chien se trouve aux endroits suivants constitue une nuisance: dans l’aire de conservation du parc Michel-Chartrand, du parc de la Cité et du Boisé du Tremblay ailleurs que dans les sentiers qui y sont aménagés

Une ville durable est une ville qui accueille le social, le végétal et l’animal…

Il manque l’essentiel à la loi (L.R.Q., c. P-42), quant à son dernier règlement: une copie à revoir

11/07/2011

Madame Madeleine Fortin
Sous-ministre adjointe
Direction générale de la santé animale et de l’inspection des aliments
200, chemin Sainte-Foy, 12e étage
Québec (Québec)
G1R 4X6

Le projet de règlement sur ‘sur la sécurité et le bien-être des chiens et des chats’ est décevant car il ne peut, en l’état, répondre aux trop nombreuses et variées situations touchant les chats et les chiens – est-ce là la définition de l’animal domestique au Québec?
Il est du devoir de l’État de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la cruauté infligée aux animaux et réduire les souffrances de ces derniers. Or, ce que nous apprennent les jurisprudences et les meilleures pratiques dans le monde, c’est que les outils juridiques de contrôle et les réponses techniques d’interdiction ne suffisent pas pour gérer correctement la présence animale en ville et auprès de citoyens. L’essentiel réside dans l’éducation, la responsabilisation, l’information et la sensibilisation.
C’est pourquoi, ce projet de règlement ne nous aide en rien à appréhender ce qui est en jeu aujourd’hui dans nos relations aux animaux domestiques. Ce projet ne modifie pas la Loi mais la complète… en fait bouche des trous. Les éléments ci-après auraient mérité d’être tenus pour essentiel aussi bien dans l’esprit de la Loi que dans son règlement.

Quid du bien-être

chien en villeCe projet vise à établir les normes relatives à la garde des chats et des chiens dans le but d’en assurer la sécurité et le bien-être. Or il appert plutôt être une réponse économico-sanitaire plutôt qu’un dossier fondamental de droit à la sécurité et au bien-être des animaux. Ce texte a omis avec une constance et une unanimité que nous ne pouvons qu’admirer,  de s’ intéresser à la relation entre les humains et les animaux, entre autre à sa dimension affective, en réduisant systématiquement nos liens avec les animaux à des rapports d’exploitation, d’encadrement technique… ; ce qui vous empêche de comprendre quelle est la place des animaux domestiques dans le lien social et surtout ce qui vous empêche d’offrir à ce projet de loi l’ampleur qu’il mérite. En effet, cela aurait nécessité un tout autre traitement.
Par ailleurs, ce texte ne peut être une réponse à la question des fourrières dans les villes du Québec et des méthodes d’euthanasie au vu de l’article 50. Qui fait l’injection?

Le droit des animaux: un droit de second ordre

La PROTECTION ANIMALE au Québec, il faut que ÇA CHANGEL’animal de compagnie est assimilé à une chose juridiquement inanimé puis animée bien meuble par nature et son propriétaire déclaré civilement responsable. L’un des problèmes actuels, en matière de cruauté animale, réside dans la définition même de l’animal domestique par conséquent de la jurisprudence y découlant. Les juges sensibles à la cause du bien-être animal et qui croient qu’il est temps de se doter d’une nouvelle jurisprudence devraient donner des sentences plus élevées. Or le monde n’est vraiment conscientisé à la législation en matière animale.  ‘Au lieu de nous concentrer sur les problématiques réelles, comme la façon dont les animaux sont maltraités, nous nous concentrons sur des problématiques mineures, comme ce qu’il advient de l’animal dans le cas d’un divorce. Ces questions sont intéressantes, mais elles n’ont rien à voir avec les milliers d’animaux maltraités. Il s’agit de l’expression d’un droit de propriété sur les animaux. Au lieu de regarder les intérêts de l’animal, nous nous concentrons encore sur notre possession de celui-ci’ (Voir le Journal du Barreau, Vol. 40 no 12).
Il nous faut une nouvelle définition de l’animal de compagnie adaptée à la réalité scientifique, sociale et politique….
Combien seront-ils pour faire appliquer ce règlement ? Combien en coûtera-t-il aux responsables d’infraction?

Différentes réalités

Un chien deux réalités radicalement différents.

Lorsque plusieurs chiens sont tenus à l’attache, ils développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux (phénomènes décrits par  Dr Arleigh Reynolds)

Lorsque plusieurs chiens sont tenus à l’attache, ils développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux (phénomènes décrits par Dr Arleigh Reynolds)

Cet article paraît relever du bien-être pour l’animal citadin, or il devient contre-productif pour l’association des Mushers du  Québec. Ils se disent déçus de l’article 27.
Les chiens de traîneau sont des chiens de meute qui sont tenus à l’attache, ainsi, disent-ils, les chiens développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux comblant et améliorant leur bien-être.

Alors que le statut de l’animal familier ne cesse d’évoluer dans la société, cela ne se reflète pas dans les textes réglementaires locaux. Pour exemple, le règlement CO-2008-523 sur le contrôle des animaux de la ville de Longueuil permet d’apprécier l’absence de réflexion quant à la place des animaux de compagnie en ville: « Constitue une nuisance le fait qu’un chien se trouve dans une place publique, un parc, un terrain de jeux, une piste cyclable sauf pour la traverser, un marché public, un espace de verdure, sur le terrain d’une école, dans un édifice public, une bibliothèque, une piscine, un aréna, un centre hospitalier, un édifice gouvernemental ou municipal ou tout autre endroit du même genre ». Où le chien peut-il aller?
Là où ce règlement aurait pu trouver grâce à nos yeux, c’est en son article 19 intitulé ‘parc’ si et seulement s’il avait été inscrit comme une obligation à faire respecter par toutes les municipalités, au moins on aurait pu y voir l’expression d’un intérêt réel pour le bien-être animal. Très rapidement, le texte embraie sur le fait que les parcs municipaux ne sont pas visés par cet article… Ça aurait pourtant représenté l’expression d’une compréhension des besoins fondamentaux des animaux.

Établir un nouveau contrat social animal

Il y a plusieurs aspects tels que mentionnés que ce projet de règlement et encore moins la Loi aborderont et c’est très problématique car l’évolution des modes de vie modifie prodigieusement le rapport que nous entretenons à l’animal. L’animal domestique est membre à part entière d’une famille. Il revêt différentes formes : l’animal sportif du musher, le chien thérapeute du CLSC…. C’est une évolution indéniable, incontournable qui prend de plus en plus d’ampleur.

Pour un nouveau contrat social animalLa Loi aura encore du retard… Alors que les animaux sont omniprésents dans l’espace urbain, la question de la place que l’on entend leur offrir n’a pas encore été véritablement posée. L’animal n’est pas seulement un mobilier dans nos vies mais un rappel existentiel et fondamental de notre appartenance à LA communauté du vivant à laquelle nous appartenons de plein droit et de plein devoir.

Sandraetlechien ne relèvera pas les points abordés par d’autres et vous invite à lire :

http://www.respect-animal.ca/pdf/analyse-reglement-mapaq-chien-chat-fr-v01.pdf
http://petluck.ca/tag/mapaq?lang=fr
http://sandraetlechien.com/2010/2796/
Quebec named best province to be an animal abuser

AnimEscale le dernier rempart contre la violence faite aux animaux

20/05/2011

La raison d’être essentielle d’AnimEscale est résumée dans cette tranche de vie. Alors que Nicole Messier, sa fondatrice, arrive auprès d’une femme et de son enfant victimes de violence conjugale pour prendre soin du chien, la petite fille regarde droit dans les yeux Nicole, ‘mes poissons sont mes amis, je leur dis tout et ne me dis pas que ce n’est que des poissons, tu me promets que tu en prendras soin’. Le père venant de jeter à terre l’aquarium.

valeurs-animescaleDepuis le 14 février 2008, la mission AnimEscale accueille les animaux domestiques des personnes qui séjournent en centre d’hébergement pour victimes de violence conjugale. Nicole est restée 1 an avec son abuseur parce qu’à l’époque ‘je ne savais pas quoi faire pour mes animaux, j’avais peur’, dit-elle. Lorsqu’enfin sortie du cercle de l’enfer, elle a eu l’idée de créer ce centre d’accueil. En 24 jours, 31 animaux étaient déposés dans son établissement situé dans la région de Lanaudière.

Ça prend du temps à recouvrer la force physique, psychique, spirituelle après une relation violente, aussi Nicole garde les animaux jusqu’à 3 mois. Chaque animal est vu par des experts et spécialistes (chien, lapin, chat, reptile…) et grâce à l’engagement de 5 cliniques vétérinaires, les soins sont prodigués.

Chaque jour elle prend des photos de ses protégés et les partagent avec avec les enfants – surtout les enfants – en leur disant/montrant que leur animal va bien. Une fois par mois, les familles qui en ressentent le besoin rencontrent leur animal, c’est la PausANImale. La rencontre permet à l’enfant de savoir que ce point d’attache existe encore. Cependant, Nicole est extrêmement précautionneuse : la PausANImale se déroule dans des endroits confortables et sécuritaires, s’assurant ainsi d’échapper au rayon d’action de l’abuseur.

Lorsque toutes les options de proximité (famille, amis, gardienne…) pour la garde pour l’animal se sont avérées vaines, alors les services de police ou les intervenant(e)s d’un des nombreux centres d’hébergement mettent en contact les victimes de violence qui séjournent en centre d’hébergement et AnimEscale.

150 demandes/an sont adressées, et peu importe où la victime habite, Nicole ne veut ‘jamais avoir à dire non’. Aussi a-t-elle monté un réseau d’une vingtaine de familles d’accueil réparties dans toute la province. Devenir famille d’accueil pour la Mission AnimEscale n’est pas une mince tâche vu le contexte particulier dans lequel vivaient/vivent les familles qui confient leurs animaux.

Pour un nouveau départ, AnimEscale est un concept d’entraide et de soutien unique. Là il s’agit de lui re-donner un nouveau départ : aggrandir le bâtiment d’accueil !

 

Si ce projet vous touche: Faites un don

L’animal reste le grand oublié du communiqué de presse de l’administration Tremblay

13/05/2011

protection et contrôle des animaux domestiques

Montréal ne tolère peut-être pas la cruauté envers les animaux, mais dans le communiqué que l’administration Tremblay a diffusé aujourd’hui, rien ne permet de croire qu’elle prend les moyens de conjuguer le respect des autres et de l’espace public avec le plaisir de vivre en compagnie d’un chien, d’un animal en ville.

Comment peut-on sérieusement apposer dans la même phrase ‘respect et dignité’ et contrôle animalier? Montréal pense avoir résolu techniquement les problèmes des nuisances et les conséquences des comportements aberrants du système en adoptant ces quelques points coercitifs ou en donnant des amendes aux propriétaires inciviques. Il semble qu’aucun élu n’ait poussé plus loin la réflexion, à savoir quelle pourrait être l’intégration des animaux de compagnie dans la ville.

Dans le communiqué de presse diffusé aujourd’hui, on peut trouver les verbes: limiter – Rendre obligatoire – Uniformiser – Interdire – Faire assumer par – Augmenter le montant des amendes. Plus loin, on parle de campagne de responsabilisation citoyenne qui a pour unique but de faire passer l’amère, l’insipide, le néant de cette série de mesures.
Il n’y a rien d’original. Forcément l’administration du maire Tremblay a dû réfléchir vite pour faire barrage à la  manifestation actuellement en cours. Or, s’il y avait eu minimalement ouverture vers une concertation publique, l’administration se serait rendue compte qu’ailleurs dans le monde, les collectivités locales offrent des services spécifiques et une fonction de responsable des affaires animales (Dog Welfare Officer), par exemple et que la qualité de vie des gens – propriétaires et non propriétaires – a été complètement modifiée et améliorée lorsqu’a été adoptée une politique municipale de l’animal. Sans aller si loin, au risque de se faire cataloguer de néocolonialiste, ce que réfléchissent les élus de Verdun semblent prometteur.
Ce que nous apprennent les jurisprudences et les meilleures pratiques dans le monde, c’est que les outils juridiques de contrôle et les réponses techniques d’interdiction ne suffisent pas pour gérer correctement la présence animale en ville. Il importe de bien connaître les animaux et de comprendre le sens qu’ils prennent pour les citoyens et pour la société. Et c’est ce que nous apprennent également, les jurisprudences et les meilleures pratiques dans le monde : inclure l’animal dans la ville apporte de nombreux bienfaits et diminue les désagréments quand la solution est pensée en multidisciplinarité.
Aussi, serait-il très édifiant de savoir sur quelles meilleures pratiques s’est basée l’administration Tremblay pour rédiger ces quelques lignes? Car ce qu’on y apprend n’invite guère à penser une meilleure qualité de la vie urbaine.

Le seul voile d’espoir réside dans la création de ce comité composé d’experts et de représentants, encore là voir qui y siégera…Sandraetlechien.com avait fait cette proposition à l’administration St-Hilaire-Longueuil, il y a 2 ans …. Réunir autour de la table en totale multidisciplinarité des professionnels, des représentants, des membres, des… avec pour mandat d’offrir à la grande ville de Longueuil des recommandations sur comment insérer l’animal de compagnie dans la vie urbaine.

 4 pattesL’animal reste le grand oublié de ce communiqué de presse et d’une grande majorité des politiques urbaines au Québec.

L’homme domestique pour dominer

05/04/2011

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardJean-Pierre Digard – p 109-100

Selon la thèse généralement admise au nom du bon sens mais en réalité jamais démontrée, les hommes auraient domestiqué les animaux par nécessité pour subvenir à leurs besoins en viande, lait, travail… Or cette thèse me parait erronée. L’homme n’a pas domestiqué, ne domestique pas les animaux d’abord pour les utiliser. Pour que l’homme ait domestiqué les animaux afin de les utiliser, il aurait fallu qu’il sût d’emblée ce qu’il pouvait tirer d’eux, ce qui était impossible.
Si l’homme n’a pas domestiqué les animaux dans le but de les utiliser, quel a été le moteur de la domestication? En fait, ce moteur tient à la nature même de l’homme : l’homme a domestiqué, domestique encore aujourd’hui les animaux avant tout pour satisfaire son besoin intellectuel de connaissance et sa compulsion, mégalomaniaque, de domination et d’appropriation du monde et des êtres vivants. Son zèle dominateur ne s’explique pas autrement que par la recherche de la domestication pour elle-même et pour l’image qu’elle lui renvoie d’un pouvoir sur la vie et les êtres. L’action domesticatoire répond à une logique de pouvoir et de séduction sur l’animal; elle est action sur l’animal avant d’être action pour l’homme. Ce ne signifie pas, bien entendu, que l’homme n’utilise pas les animaux qu’il a domestiqués. Cela signifie simplement qu’il n’existe pas de correspondance systématique, immédiate, entre la domestication des animaux et leur exploitation : l’homme doit domestiquer les animaux pour les utiliser mais il n’est pas nécessaire qu’il penser les utiliser pour les domestiquer.
L’exploitation des animaux domestiques ne correspond pas non plus à une nécessité économique. En Europe, les animaux ont surtout été utilisés dans la seconde moitié du 19e siècle et dans le premier tiers du 20e siècle, à une époque où précisément les progrès techniques et industriels auraient permis de limiter leur emploi. Il faut comprendre par là que l’homme se plaît à exercer sur ses animaux domestiques une action qui dépasse de beaucoup ce qui serait nécessaire pour les élever correctement, et même qu’il lui arrive d’agir sur eux sans véritable nécessité.

Déficit de maternage

21/03/2011

maternage...Les animaux de compagnie remplissent une fonction cathartique, de libération des affects refoulés dans le subconscient… Les hommes et les femmes de ce début de XXIe siècle sont-ils à ce point privés d’autorité et de maternage par la société qu’ils en sont réduits à exercer ces rôles sur des animaux?  L’accession des animaux de compagnie à un statut familial représentant l’une des caractéristiques dominantes du système domesticatoire actuel, c’est probablement dans l’évolution de la famille que l’on peut trouver la réponse à cette question. En dépit de ses avatars, la famille constitue toujours la cellule de base de la société, l’unité de consommation et le lieu privilégié de l’éducation des enfants et continue d’être perçue comme une ‘valeur refuge’…. Or l’effacement des pères coïncide avec la montée en puissance du phénomène animal de compagnie … Les femmes ayant perdu en amour maternel ce qu’elles ont gagné en pouvoir… cette évolution semble avoir creusé chez certaines femmes un déficit de maternage qu’elles tentent  plus ou moins inconsciemment de combler non seulement en s’occupant d’animaux familiers, mais en s’en occupant comme s’il s’agissait  d’enfants. Fait significatif : on a pu établir des liens entre mouvement féministe et mouvement protectionniste des animaux au 19e siècle.

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardEn réalité, beaucoup plus que la transformation de tel ou tel rôle, ce qui frappe dans la famille française, c’est l’effacement des différences entre les rôles parentaux, entre les sexes, entre les aînés et les cadets, entre les classes sociales. L’indifférenciation et la confusion, en un mot la labilité, qui règnent à l’intérieur de nombreuses familles font la litière de l’animal familier fusionnel et abusif, en lequel pères fragilisés, mères cumulantes et enfants flottants trouvent un délégué narcissique et un substitut cathartique d’enfant, de conjoint, de parent. Au sein et autour de la ‘famille incertaine’ l’animal de compagnie représente le seul élément stable, toujours présent quand on a besoin de lui, le seul être sur lequel l’homme moderne croit garder à peu près prise.

Jean-Pierre Digard. Les Français et leurs animaux. P 139-141 -143

Communauté morale

14/03/2011

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardCe qui est en cause dans la question de la place des animaux, c’est, si l’on y réfléchit bien, la question de leur nature, ou si l’on préfère de leur position (notamment phylogénétique) par rapport à la nôtre : les hommes et les animaux sont-ils plutôt semblables ou plutôt différents? explique Jean-Pierre Digard (Les Français et leurs animaux, p 101)
De ce qui est répondu, découlent  les modalités du vivre ensemble. D’un côté les recherches éthologiques nous disent que les ressemblances sont nombreuses, que nous posséderions en commun avec eux -les animaux – des éléments constitutifs de notre propre identité, par conséquent qu’entre eux et nous,  nous formerions une communauté de vivants. L'origine des espèces-Charles_DarwinDepuis la publication de L’Origine des espèces(1859), il y a de bonnes raisons de penser que cette communauté est plus étroite qu’on n’était disposé à l’admettre jusque-là.
Les êtres humains forment une communauté de vivants avec les autres animaux: formons-nous également une communauté morale ? (Jean-Yves Goffi, ‘Les relations entre l’homme et l’animal’)
Il y a en gros 4 manières historiquement parlant de concevoir la relation aux animaux donc de leur accorder des caractéristiques propres qui fait que l’homme se doit – moralement  – de les considérer comme des êtres vivants et d’avoir à leur égard des rapports moraux. Une première tradition est attentive au statut de créature de l’animal. Pour une seconde, c’est sa capacité à souffrir qui le distingue des simples choses. Pour la troisième, c’est la présence d’intérêts. La dernière discerne en lui quelque chose comme une subjectivité (J-Y Goffi).
Pour beaucoup de défenseurs des droits des animaux dont Tom Regan la subjectivité est une valeur suffisante pour rendre aux animaux leurs droits à jamais reconnus. Cette subjectivité, c’est celle d’un être qui est le sujet d’une vie ; en gros un être qui vit et ce qu’il vit lui importe. Beaucoup d’animaux franchissent ce seuil. Ils ont donc des droits, lesquels ne sont ni négociables, ni échangeables et justifient qu’on s’interdise, à leur égard, toutes sortes de traitements.
Mais si on leur accorde des droits, quid des devoirs ? des obligations ? des responsabilités ? Ne serait-il pas plus agissant de préférer à la notion des droits de l’animal celle de devoirs de l’homme envers les animaux ?

Pour aller plus loin
Jean-Yves Goffi, ‘Les relations entre l’homme et l’animal’, Université de tous les savoirs, La Philosophie et l’éthique, Volume 11 Odile Jacob, 2002, p 104-108

Le chien, la maison et l’intime

26/02/2011

Crise de l’intimité, nous vivons une époque de l’oubli de l’intime, catégorie essentielle fondatrice de toute société, dit Marc-Alain Ouaknin, dans Zeugma. Or le chien ne nous renvoie-t-il pas à l’intime ? L’engagement envers son animal implique l’acceptation – volontaire et heureuse – d’un autre, intrinsèquement étranger. Ainsi cette relation si elle est bien vécue offre-t-elle des outils pour penser et panser notre intime.
La maison du chien est aussi la demeure partagéeDans ce compagnonnage interspécifique millénaire, le chien a appris à lire le monde humain et ses signes, d’une certaine manière il a atteint à la compréhension c’est-à-dire celle du ‘prendre avec’. Il y a urgence de trouver de nouvelles voies, un nouveau lexique pour parler de notre relation au chien, de cette inquiétude contemporaine concernant la vie et les relations interspécifiques.
C’était autour du foyer social, en présence du chien, que se transmettaient les incantations religieuses, les formules médicinales, l’orientation des étoiles, les secrets de la chasse et de la pêche, les racines mythologiques du groupe et les rêveries de l’imagination…
Avant…
Aujourd’hui, le chien invite à revoir la maison et la manière dont on en parle. En ce sens, c’est à une écologie interspécifique que le chien nous interpelle. L’écologie c’est être-là dans la demeure du monde. Le lien qui unit l’homme à son lieu d’être, sa maison, c’est aussi son chien, une espèce différente. Les murs de cette maison de l’homme retentissent des mots pour le chien, l’homme construit une demeure avec la parole, pour la parole et « seule cette parole peut sauver le monde de son effondrement», Marc-Alain Ouaknin, (p 447).

En changeant de discours, sera-t-il possible de faire avancer la réflexion et l’action concernant ce qu’on nomme la société anthropocanine? Parce que

Zeugma, Marc-Alain OuakninL’éthique de la responsabilité pour le futur implique la liberté de continuer non pas à maîtriser mais à se maîtriser. Non pas à augmenter la puissance, mais à la limiter. Non pas à emplir le monde mais à mettre des limites et à renoncer. L’homme doit se maîtriser et s’autolimiter

et laisser la place à d’autres que soi
et laisser la parole à d’autres que soi.

Pas sans mon animal de compagnie

08/11/2010

La violence conjugale est un processus évolutif au cours duquel un partenaire exerce, dans le cadre d’une relation privilégiée, une domination qui peut s’exprimer par des agressions physiques, psychologiques, sexuelles, économiques  ou spirituelles envers un être humain et….  on l’oublie souvent aussi envers l’animal domestique de la victime.
pourquoi les gens ont-ils la même tête que leur chienCette autre forme de violence, celle que l’homme commet à l’encontre de l’animal de compagnie de sa femme, est un symptôme d’un mal profond. Dans ‘Animal Abuse and Family Violence:  Researching the Interrelationships of Abusive Power’ (2005), Amy Fitzgerald a démontré que la menace de faire mal à l’animal était une tactique que les hommes violents utilisent pour instaurer leur supériorité et leur contrôle sur leur femme. L’animal devient un outil de puissance et d’intimidation. Inversement, Amy Fitzgerald a   a démontré l’influence qu’avait un chien ou un chat dans la vie d’une femme en proie aux violences conjugales.  L’animal de compagnie apaise la souffrance psychologique vécue par les femmes violentées. Il est le support pour passer ‘au travers’, il est affectueux, doux, attentif et confesseur… Tout ce qu’elles ne trouvent pas à la maison.
Au Québec, selon l’institut national de santé publique, 17 321 infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal ont été rapportées à la police en 2008. Ces crimes ont fait 14 242 victimes féminines (82 %) et 3079 victimes masculines (18 %).
Combien d’entre elles avaient des animaux de compagnie? Car il importe de savoir que cet attachement très fort, ce ‘plan de survie’ comme l’appelle Amy Fitzgerald peut être aussi leur perte. Des études ont montré qu’un certain nombre de femmes subissant des violences conjugales hésitent à quitter le domicile conjugal notamment quand elles savent que leur animal va faire l’objet de sévices ou de représailles.
Chiens battus = femmes battues = créer des structures qui accueillent aussi les animaux.

Pour aller plus loin
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-France_Hirigoyen
Marie-France Hirigoyen, Femmes sous emprise, Paris, Oh! Editions, 2005
Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, Paris, Syros, 1998

Machine à gérer des émotions

20/10/2010

Kididog de VtechLe Kididog de la marque Vtech est un petit chien mécanique dont la tête est un petit écran, ce qui lui permet d’exprimer certaines expressions. Les expressions sont la clé pour attendrir les enfants, ajouté à cela le fait qu’il soit un produit issu de la technologie. AIBO est le chien robot commercialisé par Sony, qui peut se déplacer, voir l’environnement et reconnaître des commandes vocales. Autonome, il peut apprendre et mûrir sous la conduite de son propriétaire, de stimuli provenant de l’environnement ou grâce à d’autres robots.Aibo de Sony

N’est-il pas exact de dire que ces robots renvoient à l’archétype historiquement puissant : considérer l’animal comme un outil, si le chien robot est cassé, on le jette. Il est facile de considérer simplement comme une machine des robots animalisés, mais n’ouvre-t-on insidieusement les portes à appliquer ce même raisonnement avec cette fois des êtres vivants ? Comment ces artefacts jouent sur la représentation qu’on se fait de l’animal ? Sur le statut particulier qu’on lui confère? Comment finalement, cela engendre certains (parmi les plus violents) de nos comportements sur les animaux?
Il ne s’agit pas de rejeter ces machines mais de se comporter différemment avec elles, or ce n’est résolument pas l’objectif de l’industrie qui veut donner à vivre le presque comme-si c’était un vrai. Et c’est là qu’on peut dire avec David Thoreau :

Les hommes sont devenus les instruments de leurs instruments
(Walden ou la vie dans les bois, p. 35)

La fin de l’année approchant, pourquoi ne pas s’interroger sur le besoin qu’a l’humain de s’entourer de ces amitiés artificielles (Dominique Lestel, Les amis de mes amis) et se demander : comme l’animal est un miroir, quelle image de soi renvoie ces machines génératrices d’émotions?

Pour des achats responsables:

Guide annuel Jouets 2010 de Protégez-vous


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