Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Le chien social’

Gestion animalière dans la Couronne Sud de Montréal : un dossier qui n’a pas de chien

09/12/2011

Voici l’article que Sandraetlechien – Sophie Royer – Marie-Josée Méthot  – Lise Bourassa ont rédigé il y a quelques semaines et qui n’a pas trouvé pages d’opinion pour être publié

Dans le dossier de la gestion animalière, un virage politique s’impose. Les élus municipaux de la Couronne sud de Montréal sont en manque de solutions. Les citoyens veulent en savoir plus. Pendant ce temps, à quelques pas de nos maisons décorées pour les festivités de Noël, des animaux de compagnie sont mis à mort dans des conditions les plus exécrables qui soient.

L’équation est simple, elle provient d’une série d’annonces incohérentes alors que la Société de Contrôle D’animaux Domestiques St-Hubert inc.(S.C.D.D.) prévoit fermer ses portes au 31 décembre et qu’aucun soumissionnaire n’a pu remplir les exigences des différents appels d’offres municipaux. On assiste à une espèce de sauve-qui-peut généralisé du style ‘qui va prendre en charge les animaux dans ma ville’ des mairies précédemment sous contrat avec cette entreprise privée. Ce qui démontre si besoin est la cacophonie dans le dossier de la gestion animalière sur la rive sud de Montréal et …. dans la province au grand complet. Le Québec qui s’est depuis longtemps forgé une réputation de laxisme en matière de protection des animaux va rester la pire parmi toutes les provinces canadiennes en 2012.

La gestion animalière n’est pas l’affaire d’une municipalité isolée c’est un dossier conjoint et collaboratifPas une journée ne se passe sans que telle municipalité indique, dans un grand soulagement, avoir contracté avec la SPA Drummond ou autre organisme. Il est à se demander dans cette urgence quelle réflexion anime les administrateurs municipaux. Il aurait été logique de s’attendre suite au reportage du 21 avril dernier de l’émission « Enquête » à Radio-Canada et suite aux différentes saisies de chiens tout au long de l’été en particulier celle de l’Outaouais à ce que les élus prennent conscience de la situation qui prévaut sur leur territoire concernant la maltraitance, la cruauté et la négligence envers les animaux de compagnie et prennent des mesures qui s’imposent. Or, les municipalités de Ste-Julie, St-Amable et Varennes, entre autre, ont décidé donner le contrat de fourrière à la SPA Drummond sans analyser le fait que cette dernière ne pratiquerait pas la stérilisation des animaux vendus sous leur bannière à l’exception des animaux stérilisés au moment de l’abandon ou de leur capture pour errance. Ce qui va à l’encontre d’une gestion saine, éthique et responsable de la surpopulation animalière. De surcroit, deux  membres du Ca d’Anima Québec – organisme à but non lucratif qui veille à la sécurité et au bien-être des chiens et chats du Québec – ne font pas la stérilisation des animaux qui sont vendus ou mis en adoption sous leur bannière…. faute de moyens!

Tandis que 70 élus dans toute la province ont assisté à la journée de formation ‘Comment négocier le virage animalier de votre municipalité’ donnée le 28 octobre dernier par la caacQ, seuls 28 élus de la Montérégie étaient présents. Doit-on conclure que le dossier de la gestion animalière est, pour ceux qui n’y sont pas allés, un dossier de second ordre? N’en déplaise aux maires, le MAMROT (ministère des Affaires municipales des Régions et de l´Occupation du territoire) s’en est accaparé. Il serait temps. Les lois provinciales actuelles en matière de protection des animaux ont récemment été classées parmi les pires au pays par un sondage mené par l’Animal Legal Defense Fund, une organisation spécialisée dans les questions de droits des animaux. Comment passer du contrôle animalier à un service animalier responsable, tout en s’assurant de l’application des nouvelles recommandations de la loi P-42 qui est actuellement en voie de révision ? Plus de 1900 documents ont été déposés par la participation citoyenne pour que les amendements à la loi P-42 soient conformes aux attentes citoyennes ainsi qu’aux organismes voués au bien-être animalier.

Saisie de chiens maltraités - 2011Pendant ce temps,  la ville de Longueuil nous assure sans nous rassurer (la mairesse a toujours refusé la tenue d’une table ronde publique sur la question) qu’un vrai virage animalier avec un projet novateur naîtra sur son territoire (’d'ici 30 jours’) sans jamais préciser les tenants et aboutissants de ce projet et sans même ouvrir ce projet à l’ensemble des municipalités de la Couronne Sud en mal d’inspirations. Et ainsi passer à côté d’une belle occasion : devenir fer de lance d’un dossier aux multiples ramifications. Alors que les autres municipalités fuient la SCDD, Longueuil reconduit son contrat et se dit désolée de ne pouvoir exiger ‘certaines choses telles qu’organiser des cliniques d’adoption dans le hall d’entrée de l’hôtel de ville’ (sic!). En tant que payeur de contrat, ne serait-on en posture d’exiger que des normes minimales soient appliquées! Plusieurs citoyens ont décrié le fait que, sous sa forme actuelle, le contrat passé avec la SCDD ne permet pas de garantir des normes de soin adéquates pour les chiens et les chats. Il s’avère que le conseil de ville longueuillois serait dépendant du contrat passé avec cette entreprise privée par conséquent aux prises avec les exigences dudit contracteur. Or, tous les services offerts par l’adjudicataire devraient respecter les conditions de la Loi sur la protection sanitaire des animaux [L.L.Q. chapitre P-42] et de la Loi sur la santé des animaux [L.C. 1990, C.21]. Il est fort surprenant qu’aucun article de loi n’offre à une ville la possibilité de modifier un devis en le reconduisant vers de nouvelles exigences.

Pourtant elles sont nombreuses les municipalités au Canada à être innovantes dans le dossier de la gestion animalière. Ainsi Toronto où les animaleries ne pourront plus vendre de chiens ni de chats sur le territoire de la ville, sauf s’ils proviennent d’un refuge pour animaux. Depuis 11 ans, Calgary a mis en place des services animaliers, et Bill Bruce, reconnu pour son expertise dans toute l’Amérique du Nord, en est le responsable. La mission est de favoriser une communauté sécuritaire pour les personnes et les animaux de compagnie au moyen de l’élaboration d’une politique municipale qui reflète les valeurs de ladite communauté.

Pendant que la plus grosse chaine d´animaleries au Canada PJ´S Pets cesse la vente de chiots dans ses succursales pour faire la promotion de l’adoption des chiens de refuges, une animalerie qui selon toute vraisemblance vendra des chiots va s’ouvrir dans la ville de Mont-Saint Hilaire. Or, en cette période de l’année propice aux achats impulsifs pour des cadeaux joyeux de Noël, il est à craindre que le problème de surpopulation animale et de l´existence d´usines à chiots ne trouve une fois de plus d’issues favorables. Il est vrai qu’une Ville n’a pas le pouvoir juridique d’interdire une activité économique comme la vente d’animaux dans les commerces, reste qu’une ville a l’obligation de faire montre d’intelligence dans ses dossiers. Ainsi, Rosemont-La Petite-Patrie tente actuellement de passer un règlement l’interdisant. Gatineau lui emboîte le pas, bien en retard sur la ville de Richmond en Colombien Britannique qui l´interdit depuis 2010.  Des options il y en a! Des possibilités d’action encore plus!

Soyons congruents. La valse des annonces municipales ces dernières semaines fait juste état de la méconnaissance – pour ne pas dire plus – des élus dans le dossier du contrôle animalier. Oui, c’est Québec qui réglemente le commerce et le bien-être des animaux. Or, chaque ville peut faire des recommandations au gouvernement du Québec. Plusieurs citoyens se sont levés lors des périodes de questions des différents conseils de ville depuis plusieurs années (et plus intensivement depuis ce printemps) pour dire : des solutions viables économiquement et socialement existent qui ne sont pas excessives à mettre en place. Sans avoir jamais été entendus sinon pourquoi autant d’annonces dépourvues de vision politique! Les municipalités, le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral ont une responsabilité morale envers les citoyens puisqu’ils détiennent le pouvoir décisionnel.

Depuis la création du groupe de travail sur le bien-être des animaux de compagnie par le MAPAQ, un véritable réseau s’est mis en place au Québec pour assurer une approche concertée, indique le site web du MAPAQ, ça ne semble pas s’être arrêté à la Couronne sud de Montréal.
Les élus doivent maintenant agir et corriger la situation ensemble. La gestion animalière n’est pas l’affaire d’une municipalité isolée c’est un dossier conjoint et collaboratif, il faut asseoir autour d’une même table trois intervenants clés (au moins), les élus, les organismes collaborateurs (SPA, Caacq…) et les fournisseurs de soins et service (vétérinaires, éducateurs, propriétaires…). En effet, les municipalités du Québec sont organisées en MRC, entités administratives qui regroupent une dizaine de municipalités. De manière naturelle, ces municipalités devraient, au travers des MRC, partager des ressources (centre de traitement des déchets, par exemple). Il serait tout à fait envisageable que le service animalier soit mutualisé au niveau des MRC. Pourquoi personne ne semble vouloir aller dans ce sens ? Pour l’observateur, cela reste un mystère qui explique certainement que ça parte dans tous les sens.
Les municipalités de la rive sud ont-elles autant de difficultés à travailler ensemble?

Un chien et une personne âgée

05/12/2011

Le plan structurant du gouvernement du Québec pour répondre aux besoins de la personne âgée manque cruellement de poils.

Au printemps dernier, le premier ministre lançait leur plan de services intégrés pour les aînés. Or, rien, rien sur la présence de l’animal de compagnie. Le chien est un très bon médiateurIl n’y a été nullement question de la présence de l’animal de compagnie, souvent le dernier lien avec la vie ou avec l’autre. D’ailleurs, plus souvent qu’autrement,  l’état de dépendance, l’accès à un logement social, l’entrée en maison de repos ou en institution de soins, … c’est le moment que l’on choisit pour couper brutalement ce lien chargé de valeurs affectives et émotionnelles. On constate les effets bénéfiques de la présence de l’animal sur les personnes âgées même si l’exposition est très limitée. Nombre d’observations et d’études ont pourtant montré l’importance du lien à l’animal de compagnie auprès de personnes solitaires, limitées dans leurs contacts sociaux. L’animal rassure par sa présence, structure les journées et entraîne des contacts sociaux, est un support d’activité motrice (décrispation des mains, sens du toucher…). Les soins à prodiguer (comme les promenades du chien ) obligent à avoir une vie régulière, organisée.

Le chien fait appel à la mémoire affective et sensorielle La thérapie assistée par l’animal peut avoir des effets bénéfiques sur les personnes âgées institutionnalisées, notamment celles souffrant d’un sentiment de solitude et le rôle du soignant devrait être central (Source: La zoothérapie au service de la personne âgée, Bachelor of Science HES-SO en soins infirmiers, Haute Ecole de Santé, Fribourg).
Par ailleurs, une étude récente (Miltiades & Shearer (2011) Attachment to Pet Dogs and Depression in Rural Older Adults, Anthrozoos, volume 24, number 2, pp. 147-154) démontre clairement qu’il existe un véritable lien entre l’attachement à son animal de compagnie, la capacité de prendre soin d’un animal et la dépression chez les personnes âgées.

Sans doute serait-il nécessaire et temps de faire comprendre aux milieux concernés (médecins, thérapeutes, politiciens, éducateurs …) ce qu’offre l’animal de compagnie dans l’épanouissement de la personne âgée.

Pour aller plus loin :
Les articles de Zoothérapie Québec
Une maison de retraite engage un chien visiteur à temps plein
Existe-t-il un lien entre l’attachement à son chien et le phénomène de dépression chez les personnes âgées en milieu rural ?

Nous sommes une société violente et hostile à ce qui est différent

20/09/2011

un-chien-en-villeIl est crucial de s’interroger sur les statuts et les conditions des animaux dans la société contemporaine – et dans la ville de Longueuil en particulier. Leur situation est problématique et la manière dont ils sont traités et utilisés inacceptables.

Il n’est pas bon que l’homme soit seul en ville. Or, c’est bel et bien la direction que les municipalités québécoises – donc Longueuil – nous obligent à prendre. Elles nous contraignent – nous propriétaires de chiens – par des textes intolérants et trop souvent incohérents (telle municipalité autorise, telle autre limitrophe interdit, sur quelle base? quelle logique?). Ainsi à Longueuil, ‘Il est apparu qu’il serait opportun de permettre la présence de chiens en laisse sous le contrôle de leur propriétaire dans différents espaces verts de la Ville‘….Quelle réflexion? Quels objectifs? Quelle planification? Ce n’est pas tant donner l’accès à des parcs ou créer des parcs à chiens pour soi-disant calmer l’ire citoyenne, il faut comprendre dans quelle orientation tout cela s’inscrit, sinon ça ressemble trop à de ‘la politique à la petite semaine’….

Il n’y a pas si longtemps, Longueuil entravait nos libertés de mouvement : un propriétaire de chien ne pouvait se déplacer à sa guise sur tout le territoire de Longueuil. Nouvelle réglementation à LongueuilLa municipalité vient d’alléger certains accès, pour ‘répondre aux besoins des propriétaires d’animaux de compagnie et les aider à assurer leur bien-être‘…. dit le pamphlet municipal. En quoi? Le chien doit être contrôlé, car il est un bien meuble. (plus d’infos). Remarquez Longueuil applique benoitement les règles administratives édictées en d’autres lieux (ça rappelle de très mauvais souvenirs historiques d’appliquer des règles venues d’ailleurs), ce qu’on peut leur reprocher, c’est l’absence de vision, lorsqu’une ville administre mécaniquement des dossiers, il manque un fondement essentiel à la démocratie.
Voilà le leitmotiv de Sandraetlechien, clamé en vain depuis des années aux différents conseils de ville
Il faut en effet faciliter la présence de l’animal dans la ville, permettre une cohabitation harmonieuse avec les autres usagers et accroître la responsabilité des maîtres, aussi la ville de Longueuil doit développer des initiatives originales pour intégrer les animaux de compagnie dans les services qu’elle rend à ses citoyens et ainsi développer une véritable approche citoyenne de l’animal de compagnie.

La présence animale en ville est, en terme municipal, l’un des sujets les moins bien maîtrisés qui donnent un sentiment d’insatisfaction aux administrés. L’absence de collaborateurs qualifiés dans la municipalité longueuilloise par exemple conduit à ce que les questions relatives au bien-être animal fassent l’objet non pas de polémiques mais d’interpellations vaines et stériles à des élus incapables d’apporter des solutions cohérentes. Il s’ensuit des contraintes importantes pour le propriétaire, des souffrances animales avec le nombre important d’abandons, des contraintes pour la société avec plus particulièrement les troubles de l’hygiène et aussi, les agressions par des chiens… et oui une activité commerciale très lucrative….
C’est l’absence de législation intelligente qui a engendré les maux que les animaux de compagnie connaissent actuellement. Même si une ville doit légiférer à l’intérieur de cadres précis, cela n’empêche pas minimalement une certaine intelligence du bien collectif et encore une fois l’élaboration d’une vision.
Anthropologie de l'animal de compagnieIl suffisait de presque rien, d’insérer un peu de nature dans la ville : espace vert et corps animal vivifient et ensauvagent la pierre et le béton. La communication se fait simple et naturelle des hommes aux animaux et par le biais des animaux, des hommes entre eux. Car, l’apprentissage de l’urbanité passe par l’éducation et non par le dressage (Christian Talin. p.73).
L’on entrevoit aussi du même coup les bouleversements qu’entrainerait une véritable prise en compte des intérêts des citoyens propriétaires d’animaux de compagnie, et l’on en vient à se demande si tous les efforts conceptuels qui sontBurgat, Florence. L’animal dans nos sociétés. La documentation française déployés pour maintenir les animaux hors de la communauté morale ne sont finalement pas les arguments d’une idéologie destinée à justifier une domination si ancienne, si multiforme et si lucrative qu’elle semble impossible à ébranler. (Florence Burgat)

Cette évocation permet d’appréhender les contours de la condition animale dans nos sociétés et la nature de ladite société : fondamentalement violente et hostile à ce qui est étranger.

Ce soir: Conseil de ville de Longueuil

Petites horreurs au quotidien

01/09/2011

Comment faire comprendre aux humains que Sapi parle et qu’il ne cherche – certes par une conduite pour le moment inadaptée – qu’un équilibre nouveau?

Chaque jour, à chaque interaction, l’univers de Sapi se reconstruit et du même coup le mien aussi.
Chaque jour, à chaque interaction, l’univers de Sapi se reconstruit et du même coup le mien aussiPour comprendre la vie de mon chien, il me faut savoir ce qui a du sens pour lui.
- Que perçoit Sapi? Que ces dernières semaines ont charrié leur lot de changements. Il a été chahuté émotionnellement. Que ces aventures ont un retentissement plus ou moins fort sur son équilibre psycho comportemental.
- Que voit-il? Qu’entend-il? Que sent-il? Qu’il doit ré-apprendre les bruits inconnus du voisinage, les odeurs environnantes nouvelles, les rythmes de vie quotidienne bousculés…
- Quel impact a-t-il sur le monde? Que dans son incessant va-et-vient entre son monde et le monde humain, Sapi doit s’adapter, cela peut s’exprimer à travers des conduites inattendues autant que gênantes parfois. Ainsi, Sapi a compris qu’en manifestant de façon bruyante et frappante – il jappe et lèche et saute – son affection et son désir de comprendre le monde dans lequel, désormais, il évolue, il avait un certain pouvoir. Or, ce rituel de salutation ne fait évidemment pas l’unanimité et surtout il n’est pas compris.

Les rencontres de voisinage entre Sapi et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les humains des actions du canin.
Sapi doit sentir, tout, c’est important pour re-créer son environnement et y trouver des repères. Il communique avec sa petite queue, son nez, ses oreilles et dans la moindre de ses postures. L’humain n’y voit qu’une intrusion doublée d’une agression sonore. Or aboyer est pour lui pertinent : l’autre voisin fait peur tant qu’il reste debout là à le regarder; cet aboiement d’avertissement met les choses au clair… mais juste pour Sapi et pour moi…. L’aboiement fait beaucoup de bruit (en nombre de décibels), surtout dans les couloirs ou dans l’ascenseur et donc est désagréable.

Alors, il me faut m’adapter aux difficultés de mon chien. Le TTouch l’aide beaucoup et le click-bonbon fait des merveilles.

Alors, il me faut m’adapter aux difficultés des humains. Leur expliquer que Sapi se trouve, pour le moment, abruptement confronté à une rupture des repères de son quotidien, qu’il est bien éduqué et que … La patience et l’indulgence sont requis face à certains comportements gênants pour ne pas ajouter encore un peu plus à sa maladresse ou à son possible désarroi.

L’animalité, essai sur le statut de l’humainEt leur partager l’unique merveilleux de ma relation à mon chien par des morceaux de ce que je crois savoir de lui…. Que d’ailleurs Sapi leur démontre une fois la connexion établie. Et ils y gagnent de prendre mon chien au sérieux, leur regard change. Entrent-ils pour autant dans notre communauté hybride?

C’est dans cet interstice que l’on voit surgir l’immense gouffre qui sépare le monde en deux blocs (au moins); ceux qui vivent avec un chien et pour lesquels le centre du monde est décentré et ceux qui placent l’homme au centre du tout et qui rejettent dans la marge tout ce qui est différent, autre, dérangeant, méconnu, incompris et qui assènent des petites horreurs anthropocanines qui ne sont que l’expression d’une incommunicabilité radicale entre êtres vivants.

Le nouveau Règlement Co-2008-523 sur le contrôle des animaux de Longueuil

26/08/2011

Suite aux présences répétées de sandraetlechien.com au Conseil de ville, Longueuil a entrepris ces derniers mois de revoir les différents aspects de la question du contrôle des animaux, notamment à ce qui a trait au contrat de fourrière animale ainsi qu’à l’implantation de nouveaux parcs canins sur le territoire. Mardi soir, le Conseil de la ville adoptait un nouveau règlement sur le contrôle des animaux. Rappelez-vous, sandraetlechien.com avait posé ses questions sur fond de réflexions suivantes:

- quelle politique animale pour Longueuil

- Pour une réflexion urbaine sur la présence de l’animal dans la ville de Longueuil

- Longueuil méprise ses écosystèmes… canins

- Repenser la politique municipale de l’animal

- L’Arrondissement de Greenfield Park n’aime pas les chiens

Il faut en effet faciliter la présence de l’animal dans la ville, permettre une cohabitation harmonieuse avec les autres usagers et accroître la responsabilité des maîtres, aussi la ville de Longueuil doit développer des initiatives originales pour intégrer les animaux de compagnie dans les services qu’elle rend à ses citoyens et ainsi développer une véritable approche citoyenne de l’animal de compagnie.

Le précédent Règlement Co-2008-523 sur le contrôle des animaux canalisait « l’animal de compagnie : animal qui vit habituellement auprès de l’homme pour l’aider ou le distraire, et dont l’espèce est, depuis longtemps, apprivoisée » – selon la définition de la ville de Longueuil -  dans des espaces très restreints et spécifiques et il lui était interdit de marcher sur la quasi-totalité du territoire Longueuillois. L’absence ne serait-ce d’attention envers les chiens rend la ville inhumaine.
Et restreignait considérablement ma liberté de circulation.

Le nouveau Règlement CO-2011-683 a été adopté car l’on restreignait auparavant la présence de chiens dans les parcs et les espaces verts de la ville. Il est apparu qu’il serait opportun de permettre la présence de chiens en laisse sous le contrôle de leur propriétaire dans différents espaces verts de la Ville à l’exception des aires de jeux, modules de jeux, pistes cyclables, terrains sportifs, patinoires et pente à glisser ainsi que dans les aires de conservation. La présence de chiens en laisse dans ces espaces ne semble pas plus complexe ou problématique que sur une rue achalandée parmi les piétons.
La présence des chiens dans les espaces verts est désormais acceptée 38.1: le fait que le chien se trouve aux endroits suivants constitue une nuisance: dans l’aire de conservation du parc Michel-Chartrand, du parc de la Cité et du Boisé du Tremblay ailleurs que dans les sentiers qui y sont aménagés

Une ville durable est une ville qui accueille le social, le végétal et l’animal…

Il manque l’essentiel à la loi (L.R.Q., c. P-42), quant à son dernier règlement: une copie à revoir

11/07/2011

Madame Madeleine Fortin
Sous-ministre adjointe
Direction générale de la santé animale et de l’inspection des aliments
200, chemin Sainte-Foy, 12e étage
Québec (Québec)
G1R 4X6

Le projet de règlement sur ‘sur la sécurité et le bien-être des chiens et des chats’ est décevant car il ne peut, en l’état, répondre aux trop nombreuses et variées situations touchant les chats et les chiens – est-ce là la définition de l’animal domestique au Québec?
Il est du devoir de l’État de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la cruauté infligée aux animaux et réduire les souffrances de ces derniers. Or, ce que nous apprennent les jurisprudences et les meilleures pratiques dans le monde, c’est que les outils juridiques de contrôle et les réponses techniques d’interdiction ne suffisent pas pour gérer correctement la présence animale en ville et auprès de citoyens. L’essentiel réside dans l’éducation, la responsabilisation, l’information et la sensibilisation.
C’est pourquoi, ce projet de règlement ne nous aide en rien à appréhender ce qui est en jeu aujourd’hui dans nos relations aux animaux domestiques. Ce projet ne modifie pas la Loi mais la complète… en fait bouche des trous. Les éléments ci-après auraient mérité d’être tenus pour essentiel aussi bien dans l’esprit de la Loi que dans son règlement.

Quid du bien-être

chien en villeCe projet vise à établir les normes relatives à la garde des chats et des chiens dans le but d’en assurer la sécurité et le bien-être. Or il appert plutôt être une réponse économico-sanitaire plutôt qu’un dossier fondamental de droit à la sécurité et au bien-être des animaux. Ce texte a omis avec une constance et une unanimité que nous ne pouvons qu’admirer,  de s’ intéresser à la relation entre les humains et les animaux, entre autre à sa dimension affective, en réduisant systématiquement nos liens avec les animaux à des rapports d’exploitation, d’encadrement technique… ; ce qui vous empêche de comprendre quelle est la place des animaux domestiques dans le lien social et surtout ce qui vous empêche d’offrir à ce projet de loi l’ampleur qu’il mérite. En effet, cela aurait nécessité un tout autre traitement.
Par ailleurs, ce texte ne peut être une réponse à la question des fourrières dans les villes du Québec et des méthodes d’euthanasie au vu de l’article 50. Qui fait l’injection?

Le droit des animaux: un droit de second ordre

La PROTECTION ANIMALE au Québec, il faut que ÇA CHANGEL’animal de compagnie est assimilé à une chose juridiquement inanimé puis animée bien meuble par nature et son propriétaire déclaré civilement responsable. L’un des problèmes actuels, en matière de cruauté animale, réside dans la définition même de l’animal domestique par conséquent de la jurisprudence y découlant. Les juges sensibles à la cause du bien-être animal et qui croient qu’il est temps de se doter d’une nouvelle jurisprudence devraient donner des sentences plus élevées. Or le monde n’est vraiment conscientisé à la législation en matière animale.  ‘Au lieu de nous concentrer sur les problématiques réelles, comme la façon dont les animaux sont maltraités, nous nous concentrons sur des problématiques mineures, comme ce qu’il advient de l’animal dans le cas d’un divorce. Ces questions sont intéressantes, mais elles n’ont rien à voir avec les milliers d’animaux maltraités. Il s’agit de l’expression d’un droit de propriété sur les animaux. Au lieu de regarder les intérêts de l’animal, nous nous concentrons encore sur notre possession de celui-ci’ (Voir le Journal du Barreau, Vol. 40 no 12).
Il nous faut une nouvelle définition de l’animal de compagnie adaptée à la réalité scientifique, sociale et politique….
Combien seront-ils pour faire appliquer ce règlement ? Combien en coûtera-t-il aux responsables d’infraction?

Différentes réalités

Un chien deux réalités radicalement différents.

Lorsque plusieurs chiens sont tenus à l’attache, ils développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux (phénomènes décrits par  Dr Arleigh Reynolds)

Lorsque plusieurs chiens sont tenus à l’attache, ils développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux (phénomènes décrits par Dr Arleigh Reynolds)

Cet article paraît relever du bien-être pour l’animal citadin, or il devient contre-productif pour l’association des Mushers du  Québec. Ils se disent déçus de l’article 27.
Les chiens de traîneau sont des chiens de meute qui sont tenus à l’attache, ainsi, disent-ils, les chiens développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux comblant et améliorant leur bien-être.

Alors que le statut de l’animal familier ne cesse d’évoluer dans la société, cela ne se reflète pas dans les textes réglementaires locaux. Pour exemple, le règlement CO-2008-523 sur le contrôle des animaux de la ville de Longueuil permet d’apprécier l’absence de réflexion quant à la place des animaux de compagnie en ville: « Constitue une nuisance le fait qu’un chien se trouve dans une place publique, un parc, un terrain de jeux, une piste cyclable sauf pour la traverser, un marché public, un espace de verdure, sur le terrain d’une école, dans un édifice public, une bibliothèque, une piscine, un aréna, un centre hospitalier, un édifice gouvernemental ou municipal ou tout autre endroit du même genre ». Où le chien peut-il aller?
Là où ce règlement aurait pu trouver grâce à nos yeux, c’est en son article 19 intitulé ‘parc’ si et seulement s’il avait été inscrit comme une obligation à faire respecter par toutes les municipalités, au moins on aurait pu y voir l’expression d’un intérêt réel pour le bien-être animal. Très rapidement, le texte embraie sur le fait que les parcs municipaux ne sont pas visés par cet article… Ça aurait pourtant représenté l’expression d’une compréhension des besoins fondamentaux des animaux.

Établir un nouveau contrat social animal

Il y a plusieurs aspects tels que mentionnés que ce projet de règlement et encore moins la Loi aborderont et c’est très problématique car l’évolution des modes de vie modifie prodigieusement le rapport que nous entretenons à l’animal. L’animal domestique est membre à part entière d’une famille. Il revêt différentes formes : l’animal sportif du musher, le chien thérapeute du CLSC…. C’est une évolution indéniable, incontournable qui prend de plus en plus d’ampleur.

Pour un nouveau contrat social animalLa Loi aura encore du retard… Alors que les animaux sont omniprésents dans l’espace urbain, la question de la place que l’on entend leur offrir n’a pas encore été véritablement posée. L’animal n’est pas seulement un mobilier dans nos vies mais un rappel existentiel et fondamental de notre appartenance à LA communauté du vivant à laquelle nous appartenons de plein droit et de plein devoir.

Sandraetlechien ne relèvera pas les points abordés par d’autres et vous invite à lire :

http://www.respect-animal.ca/pdf/analyse-reglement-mapaq-chien-chat-fr-v01.pdf
http://petluck.ca/tag/mapaq?lang=fr
http://sandraetlechien.com/2010/2796/
Quebec named best province to be an animal abuser

AnimEscale le dernier rempart contre la violence faite aux animaux

20/05/2011

La raison d’être essentielle d’AnimEscale est résumée dans cette tranche de vie. Alors que Nicole Messier, sa fondatrice, arrive auprès d’une femme et de son enfant victimes de violence conjugale pour prendre soin du chien, la petite fille regarde droit dans les yeux Nicole, ‘mes poissons sont mes amis, je leur dis tout et ne me dis pas que ce n’est que des poissons, tu me promets que tu en prendras soin’. Le père venant de jeter à terre l’aquarium.

valeurs-animescaleDepuis le 14 février 2008, la mission AnimEscale accueille les animaux domestiques des personnes qui séjournent en centre d’hébergement pour victimes de violence conjugale. Nicole est restée 1 an avec son abuseur parce qu’à l’époque ‘je ne savais pas quoi faire pour mes animaux, j’avais peur’, dit-elle. Lorsqu’enfin sortie du cercle de l’enfer, elle a eu l’idée de créer ce centre d’accueil. En 24 jours, 31 animaux étaient déposés dans son établissement situé dans la région de Lanaudière.

Ça prend du temps à recouvrer la force physique, psychique, spirituelle après une relation violente, aussi Nicole garde les animaux jusqu’à 3 mois. Chaque animal est vu par des experts et spécialistes (chien, lapin, chat, reptile…) et grâce à l’engagement de 5 cliniques vétérinaires, les soins sont prodigués.

Chaque jour elle prend des photos de ses protégés et les partagent avec avec les enfants – surtout les enfants – en leur disant/montrant que leur animal va bien. Une fois par mois, les familles qui en ressentent le besoin rencontrent leur animal, c’est la PausANImale. La rencontre permet à l’enfant de savoir que ce point d’attache existe encore. Cependant, Nicole est extrêmement précautionneuse : la PausANImale se déroule dans des endroits confortables et sécuritaires, s’assurant ainsi d’échapper au rayon d’action de l’abuseur.

Lorsque toutes les options de proximité (famille, amis, gardienne…) pour la garde pour l’animal se sont avérées vaines, alors les services de police ou les intervenant(e)s d’un des nombreux centres d’hébergement mettent en contact les victimes de violence qui séjournent en centre d’hébergement et AnimEscale.

150 demandes/an sont adressées, et peu importe où la victime habite, Nicole ne veut ‘jamais avoir à dire non’. Aussi a-t-elle monté un réseau d’une vingtaine de familles d’accueil réparties dans toute la province. Devenir famille d’accueil pour la Mission AnimEscale n’est pas une mince tâche vu le contexte particulier dans lequel vivaient/vivent les familles qui confient leurs animaux.

Pour un nouveau départ, AnimEscale est un concept d’entraide et de soutien unique. Là il s’agit de lui re-donner un nouveau départ : aggrandir le bâtiment d’accueil !

 

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L’animal reste le grand oublié du communiqué de presse de l’administration Tremblay

13/05/2011

protection et contrôle des animaux domestiques

Montréal ne tolère peut-être pas la cruauté envers les animaux, mais dans le communiqué que l’administration Tremblay a diffusé aujourd’hui, rien ne permet de croire qu’elle prend les moyens de conjuguer le respect des autres et de l’espace public avec le plaisir de vivre en compagnie d’un chien, d’un animal en ville.

Comment peut-on sérieusement apposer dans la même phrase ‘respect et dignité’ et contrôle animalier? Montréal pense avoir résolu techniquement les problèmes des nuisances et les conséquences des comportements aberrants du système en adoptant ces quelques points coercitifs ou en donnant des amendes aux propriétaires inciviques. Il semble qu’aucun élu n’ait poussé plus loin la réflexion, à savoir quelle pourrait être l’intégration des animaux de compagnie dans la ville.

Dans le communiqué de presse diffusé aujourd’hui, on peut trouver les verbes: limiter – Rendre obligatoire – Uniformiser – Interdire – Faire assumer par – Augmenter le montant des amendes. Plus loin, on parle de campagne de responsabilisation citoyenne qui a pour unique but de faire passer l’amère, l’insipide, le néant de cette série de mesures.
Il n’y a rien d’original. Forcément l’administration du maire Tremblay a dû réfléchir vite pour faire barrage à la  manifestation actuellement en cours. Or, s’il y avait eu minimalement ouverture vers une concertation publique, l’administration se serait rendue compte qu’ailleurs dans le monde, les collectivités locales offrent des services spécifiques et une fonction de responsable des affaires animales (Dog Welfare Officer), par exemple et que la qualité de vie des gens – propriétaires et non propriétaires – a été complètement modifiée et améliorée lorsqu’a été adoptée une politique municipale de l’animal. Sans aller si loin, au risque de se faire cataloguer de néocolonialiste, ce que réfléchissent les élus de Verdun semblent prometteur.
Ce que nous apprennent les jurisprudences et les meilleures pratiques dans le monde, c’est que les outils juridiques de contrôle et les réponses techniques d’interdiction ne suffisent pas pour gérer correctement la présence animale en ville. Il importe de bien connaître les animaux et de comprendre le sens qu’ils prennent pour les citoyens et pour la société. Et c’est ce que nous apprennent également, les jurisprudences et les meilleures pratiques dans le monde : inclure l’animal dans la ville apporte de nombreux bienfaits et diminue les désagréments quand la solution est pensée en multidisciplinarité.
Aussi, serait-il très édifiant de savoir sur quelles meilleures pratiques s’est basée l’administration Tremblay pour rédiger ces quelques lignes? Car ce qu’on y apprend n’invite guère à penser une meilleure qualité de la vie urbaine.

Le seul voile d’espoir réside dans la création de ce comité composé d’experts et de représentants, encore là voir qui y siégera…Sandraetlechien.com avait fait cette proposition à l’administration St-Hilaire-Longueuil, il y a 2 ans …. Réunir autour de la table en totale multidisciplinarité des professionnels, des représentants, des membres, des… avec pour mandat d’offrir à la grande ville de Longueuil des recommandations sur comment insérer l’animal de compagnie dans la vie urbaine.

 4 pattesL’animal reste le grand oublié de ce communiqué de presse et d’une grande majorité des politiques urbaines au Québec.

L’homme domestique pour dominer

05/04/2011

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardJean-Pierre Digard – p 109-100

Selon la thèse généralement admise au nom du bon sens mais en réalité jamais démontrée, les hommes auraient domestiqué les animaux par nécessité pour subvenir à leurs besoins en viande, lait, travail… Or cette thèse me parait erronée. L’homme n’a pas domestiqué, ne domestique pas les animaux d’abord pour les utiliser. Pour que l’homme ait domestiqué les animaux afin de les utiliser, il aurait fallu qu’il sût d’emblée ce qu’il pouvait tirer d’eux, ce qui était impossible.
Si l’homme n’a pas domestiqué les animaux dans le but de les utiliser, quel a été le moteur de la domestication? En fait, ce moteur tient à la nature même de l’homme : l’homme a domestiqué, domestique encore aujourd’hui les animaux avant tout pour satisfaire son besoin intellectuel de connaissance et sa compulsion, mégalomaniaque, de domination et d’appropriation du monde et des êtres vivants. Son zèle dominateur ne s’explique pas autrement que par la recherche de la domestication pour elle-même et pour l’image qu’elle lui renvoie d’un pouvoir sur la vie et les êtres. L’action domesticatoire répond à une logique de pouvoir et de séduction sur l’animal; elle est action sur l’animal avant d’être action pour l’homme. Ce ne signifie pas, bien entendu, que l’homme n’utilise pas les animaux qu’il a domestiqués. Cela signifie simplement qu’il n’existe pas de correspondance systématique, immédiate, entre la domestication des animaux et leur exploitation : l’homme doit domestiquer les animaux pour les utiliser mais il n’est pas nécessaire qu’il penser les utiliser pour les domestiquer.
L’exploitation des animaux domestiques ne correspond pas non plus à une nécessité économique. En Europe, les animaux ont surtout été utilisés dans la seconde moitié du 19e siècle et dans le premier tiers du 20e siècle, à une époque où précisément les progrès techniques et industriels auraient permis de limiter leur emploi. Il faut comprendre par là que l’homme se plaît à exercer sur ses animaux domestiques une action qui dépasse de beaucoup ce qui serait nécessaire pour les élever correctement, et même qu’il lui arrive d’agir sur eux sans véritable nécessité.

Déficit de maternage

21/03/2011

maternage...Les animaux de compagnie remplissent une fonction cathartique, de libération des affects refoulés dans le subconscient… Les hommes et les femmes de ce début de XXIe siècle sont-ils à ce point privés d’autorité et de maternage par la société qu’ils en sont réduits à exercer ces rôles sur des animaux?  L’accession des animaux de compagnie à un statut familial représentant l’une des caractéristiques dominantes du système domesticatoire actuel, c’est probablement dans l’évolution de la famille que l’on peut trouver la réponse à cette question. En dépit de ses avatars, la famille constitue toujours la cellule de base de la société, l’unité de consommation et le lieu privilégié de l’éducation des enfants et continue d’être perçue comme une ‘valeur refuge’…. Or l’effacement des pères coïncide avec la montée en puissance du phénomène animal de compagnie … Les femmes ayant perdu en amour maternel ce qu’elles ont gagné en pouvoir… cette évolution semble avoir creusé chez certaines femmes un déficit de maternage qu’elles tentent  plus ou moins inconsciemment de combler non seulement en s’occupant d’animaux familiers, mais en s’en occupant comme s’il s’agissait  d’enfants. Fait significatif : on a pu établir des liens entre mouvement féministe et mouvement protectionniste des animaux au 19e siècle.

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardEn réalité, beaucoup plus que la transformation de tel ou tel rôle, ce qui frappe dans la famille française, c’est l’effacement des différences entre les rôles parentaux, entre les sexes, entre les aînés et les cadets, entre les classes sociales. L’indifférenciation et la confusion, en un mot la labilité, qui règnent à l’intérieur de nombreuses familles font la litière de l’animal familier fusionnel et abusif, en lequel pères fragilisés, mères cumulantes et enfants flottants trouvent un délégué narcissique et un substitut cathartique d’enfant, de conjoint, de parent. Au sein et autour de la ‘famille incertaine’ l’animal de compagnie représente le seul élément stable, toujours présent quand on a besoin de lui, le seul être sur lequel l’homme moderne croit garder à peu près prise.

Jean-Pierre Digard. Les Français et leurs animaux. P 139-141 -143


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