Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Le chien mythique’

Le grand chien noir

17/12/2012

Ce qui suit est une histoire racontée par Sri Swami Satchidananda.

Il y a très longtemps de cela, un homme faisait tous les jours, la même prière : ‘Dieu, j’aimerais  tant Vous voir en personne, afin de faire un festin mémoire en Votre compagnie’.
Parce qu’il insistait sans relâche, Dieu lui apparut un jour  et lui dit  ‘C’est d’accord, je viendrai.
-    Dieu je suis si heureux. Quand pouvez-Vous venir? Vous devez m’accorder un peu de temps afin que je puisse préparer un grand festin.
-    C’est bien, je viendrai vendredi.
Avant qu’Il ne s’en aille, l’Homme demanda ‘Puis-je inviter mes amis’
-     ‘Bien sûr’, répondit Dieu. Puis il disparut.
L’homme invita le village au complet et il se mit à préparer toutes sortes de mets succulents. Le vendredi, à l’heure convenue, une immense table fut mise. Tous étaient là, chacun apportant une guirlande et de l’eau pour laver les pieds de Dieu.
L’homme sachant que Dieu était ponctuel, s’inquiéta lorsqu’il entendit l’horloge sonner midi. ‘Que se passe-t-il? Dieu ne peut m’avoir trompé. Il ne peut être en retard. Les êtres humains peuvent être en retard, mais pas Dieu’.
Il était un peu désemparé mais il décida d’attendre une autre demi-heure par courtoisie. Dieu brillait toujours par son absence. Alors les invités commencèrent à s’agiter. ‘Comme tu es insensé d’avoir prétendu que Dieu allait venir! Nous avions raison d’en douter. Pourquoi Dieu voudrait-il venir dîner avec toi? Allons partons!’.
L’homme dit ‘Non attendez!’ et il entra dans la salle du banquet pour voir ce qui s’y passait.
le grand chien noir, Dieu, présence, reconnaissance, inspirationÀ son grand désarroi, il vit un grand chien noir sur la table, dévorant tout ce qui s’y trouvait. ‘Oh non! Dieu s’est  aperçu que le repas avait déjà été touché par un chien. C’est pour cette raison qu’Il n’est pas venu’. Il prit un grand bâton et commença à rouer la bête de coups. Le chien disparut en hurlant.
Alors l’homme sortit et dit : ‘Que puis-je faire maintenant? Ni Dieu ni vous ne pouvez toucher à ces mets. Car ils ont été souillés par un chien. Je sais que c’est pour cela que Dieu ne s’est pas présenté’. Il se sentit si misérable qu’il s’enferma et commença à prier. Finalement, Dieu lui apparut à nouveau mais son corps était couvert de blessures et de bandages.
-    ‘Qu’est-il arrivé? Demanda l’homme. Vous devez avoir eu un terrible accident.
-    Ce n’était pas un accident, rétorqua Dieu, c’était toi!
-    Pourquoi me blâmez-Vous?
-    Parce que je me suis présenté à l’heure convenue et je me suis mis à table. Alors tu es arrivé et tu as commencé à me battre. Tu m’as frappé avec un gourdin et tu m’as broyé les os.
-    Mais Vous n‘êtes pas venu!
-    Es-tu certain que personne n’a touché à la nourriture?
-    Bien sûr. Il y avait un chien noir sur la table.
-    Qui était-ce alors, sinon Moi? J’étais en grand appétit alors je me suis présenté sous la forme d’un chien’.

En ces temps de fêtes, rappelons-nous que tout être vivant contient une Présence. Si on ouvre les yeux du coeur, on apprendra pour quoi cette rencontre a lieu.

L’animal peuple l’imaginaire humain

03/12/2012

Dans la mythologie grecque, Cerbère est le chien gardant l'entrée des EnfersLa tête de Cerbère est celle d’un chien, cela est très important. Car Cerbère est le devenir de l’Homme pour Annick de Souzenelle. Il est comme la mesure juste avant d’entrer dans la déification.
Bref Cerbère-Homme : une seule et même réalité dans sa double polarité.
Dans l’univers des archétypes, la nature canine est à la fois psychopompe – elle est la messagère entre le monde du dessus et le monde de l’obscurité et chthonienne – elle appartient aux régions les plus sombres ou les plus reculées de la psyché, appelés le monde souterrain depuis une éternité.
Passez par le symbole comme outil d’expression du non-verbal pour appréhender le monde complexe de notre relation au chien permet d’exprimer quelque chose qui n’est pas intelligible rationnellement. C’est peut-être un détour compliqué, mais s’identifier par le biais des circuits symboliques c’est ce qui fait, aussi, que la société animale perdure dans la société humaine. L’animal est l’une des figures les plus utilisées dans le symbolisme, et cela a certainement à voir avec le sentiment de proximité qu’il induit.

L’imaginaire a le pouvoir d’affecter l’homme.
Il ne s’agit pas là d’une série de vieilles images ou de vieux textes périmés ou allant de soi. Si la référence à l’animal est si nombreuse dans les textes mythiques c’est ce que c’est le fruit de processus liant des acteurs, des destinataires et des circonstances.  C’est une construction incessante, depuis la nuit des temps, des différents groupes humains qui ont élaboré, transmis, transformé… les figures ou le sens.
Or cela n’est possible que parce que l’animal est inséparable de l’homme et surtout parce qu’une puissante relation de généalogie les lie entre eux. Et dans ces cosmologies (dans toutes les cosmologies du monde), les animaux y sont perçus comme des sujets sociaux, dotés d’institutions et de comportements tout à fait symétriques à ceux des hommes.
La constellation du Grand Chien est l'une des plus anciennes constellations, du fait de la présence de Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel (après le Soleil)D’ailleurs, pourquoi a-t-on également donné le nom du Chien à la constellation qui se trouve voisine du soleil au moment ou celui-ci est au point le plus élevé de sa course ? Particularité que le langage courant confirme lorsqu’il qualifie de ‘caniculaires’ certains jours de cette époque de l’année. Il est très intéressant de noter la correspondance symbolique qui existe entre l’anatomie du ciel physique et celle de la terre nous laisse à penser que le chien est proche du dieu avec lequel l’Homme retrouve sa totalité

La référence aux profondeurs de l’imaginaire inclut le monde animal : l’autre-animal peuple l’imaginaire humaine.  La pensée des hommes est pleine de bêtes. Depuis la nuit des temps, nous sommes visités, envahis, traversés par les animaux ou par leurs fantômes.

C’est peut-être pour quoi faire appel à eux sous forme de contes ou en nature joue un rôle vital dans les blessures affectives, psychologiques…. Les blessures de la vie !

Pour aller plus loin
François Terrasson. La peur de la nature
Philippe Descola. La cosmologie moniste des Achuar de l’Amazonie équatorienne, dans Florence Burgat.  L’animal dans nos sociétés
Annick de Souzenelle .Symbolisme du corps humain
Christian Talin. Anthropologie de l’animal de compagnie

Canicule, le chien est dans le ciel

23/07/2012

Pourquoi a-t-on donné le nom du Chien à la constellation qui se trouve voisine du soleil au moment ou celui-ci est au point le plus élevé de sa course ? Particularité que le langage courant confirme lorsqu’il qualifie de ‘caniculaires’ certains jours de cette époque de l’année. La correspondance symbolique qui existe entre l’anatomie du ciel physique et celle de la terre nous laisse à penser que le chien est proche du dieu avec lequel l’Homme retrouve sa totalité.
La pensée des hommes est pleine de bêtes.

Depuis la nuit des temps, nous sommes visités, envahis, traversés par les animaux ou par leurs fantômes. D’une certaine manière comme dit Éric Baratay, dans Et l’homme créa l’animal, l’animal aide à l’accomplissement de l’histoire divine en servant Dieu, les saints (comme le chien de Roch), la foi de tous les jours.
Si l’on s’en tient au récit biblique, l’Animal fut crée avant l’homme….

Grand Chien,étoile la plus brillante du ciel, constellations, Ptolémée,Almageste

Le Grand Chien possédant l'étoile la plus brillante du ciel est naturellement l'une des constellations les plus anciennes. Elle faisait en tout cas partie des 48 constellations répertoriées par Ptolémée dans son Almageste.

Si l’homme s’entoure autant et de manière universelle d’un si grand nombre d’espèces animales, c’est  parce qu’elles lui permettraient de déployer plus pleinement non seulement sa pensée mais aussi ses affects. L’homme ne serait donc pas créé de rompre avec l’animal mais de faire alliance avec lui (voir Sandrine Willems L’animal à l’âme).

Nous empestons la mort sans même nous en apercevoir

30/04/2012

Sans offenser le genre humainVaches folles, oiseaux infectés, grande peur de la contagion interspécifique, gigantesque massacre de mammifères et de volatiles, parce qu’il faut bien veiller sur les hommes…. Et on ‘voudrait nous faire croire que ce ne sont pas les intérêts mercantiles et le dévergondage mondial du développement qui provoquent ces nouvelles plaies’ ? Élisabeth De Fontenay, ‘Sans offenser le genre humain’.
En considérant les animaux comme un simple outil de production on en est arrivé à l’animal-machine, qu’il est facile de liquider sans le moindre remord. L’abattage industriel a fait de la tuerie administrée un acte purement technique. L’abattage domestique a fait de la séparation de chats et de chiens un acte facile.  Les Québécois ont donné, vendu, fait euthanasier un chien à 261 000 reprises et un chat à 491 000 reprises.
NouAuberger Janick et Keating Peter. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009s avons rompu le contrat domestique et tacite qui nous unissait à ceux des animaux que nos lointains ancêtres avaient domestiqués. Pire c’est avec l’indifférence lâche et le soulagement honteux qu’on consent à encore plus d’abattage pour manger (’Les vaches n’ont pas de sentiments: l’auto-persuasion qui nous permet de manger de la viande‘).
Certes, nous sommes issus de civilisations qui pratiquaient des sacrifices : on offrait un animal qui devait être toujours parfaitement sain à un dieu ou aux dieux. On observait aussi les animaux comme on observe d’ailleurs les hommes, les astres et les phénomènes atmosphériques, pour y lire un signe envoyé par les dieux et en tirer des présages; enfin on lit dans les viscères de l’animal sacrifié (le foie souvent, cf. l’hépatoscopie) cherchant les particularités ou anomalies susceptibles d’annoncer heureux ou funestes événements, avancent Janick Auberger et Peter Keating dans ‘Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours’. Aujourd’hui, dans les massacres à l’échelle mondiale, il n’y a plus de divin que le dieu technique, le dieu argent, le dieu consommation. A-t-on jamais pensé à ces scènes d’extermination de ces ‘choses’, de ces ‘objets’, de ces ‘denrées’? Quelles sont les conséquences sur le plan symbolique pour une nation?

Si les lions pouvaient parler sous la direction B. CyrulnikDans les sociétés modernes, on tire du sens, ou le sentiment d’une possession exclusive du sens, à partir du non-sens supposé de l’animal. On ne reconnait pas de sens à l’animal  mais on lui prend sa vie. L’humain se nourrissant littéralement de cette vie et se nourrissant symboliquement du fait que cette vie n’a pas de sens.  Françoise Armengaud, ‘Au titre du sacrifice : l’exploitation économique, symbolique et idéologique des animaux in ‘Si les lions pouvaient parler’ Boris Cyrulnik.

Mais ce que nous faisons à tous ces êtres vivants doués de sensibilité et porteurs de monde il faut en effet savoir que c’est à nous-mêmes qu’en fin de compte nous le faisons. La biologie, la génétique, la théorie de l’évolution enseignent que continuité et parenté – avérées même si elles paraissent encore à certains intolérables – échoient désormais à tous les hôtes de la terre, termine Élisabeth de Fontenay.

Cultiver le jardin de l’Eden

21/11/2011

De l’immortalité des animauxRégner, cela veut dire (Gn 2, 15) que l’être humain doit cultiver et garder le jardin de l’Éden. Dieu n’a pas fait de l’homme l’exploiteur de la terre mais son protecteur, avance  Eugen Drewermann, De l’immortalité des animaux. En fait, au sein des Églises chrétiennes (catholique, orthodoxe, protestantes, anglicane) il y a eu – et il y a toujours – une minorité de fidèles et d’hommes de foi convaincus que la défense des animaux et de leurs droits est inscrite dans le message chrétien. En voici quelques-uns à méditer en cette semaine pascale…

Ainsi, le père jésuite Guillaume-Hyacinthe Bougeant (1690-1743) écrivait :Amusement philosophique sur le langage des bêtes

Si les Bêtes avaient une âme spirituelle, leur âme serait donc immortelle et libre; elles seraient capables de mériter ou de démériter, dignes de récompense ou de châtiment, il leur faudrait un Paradis et un Enfer, les Bêtes seraient donc une espèce d’Homme ou les Hommes une espèce de Bêtes, toutes conséquences insoutenables dans les principes de la Religion.

Chez les catholiques britanniques, l’illustre cardinal Newman (1801-1890), converti de l’anglicanisme, a été le premier prédicateur connu à comparer dans un sermon (prononcé le Vendredi Saint 1842, à Oxford) la souffrance et la mort du Christ sur la Croix avec celles que les hommes infligent aux animaux.

prière Albert SchweitzerC’est, évidemment, Albert Schweitzer qui prône un sentiment de responsabilité élargi à l’infini qui écrit, en 1973, une ‘Prière pour les animaux’.
Et tant d’autres: l’Abbé Plaquevent….

Le respect des animaux c’est une facette du respect des autres. Nicole Laurin dans Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours explique que la théologie doit s’efforcer de penser ‘l’émergence de l’esprit dans l’animalité, la nôtre et celle des autres vivants, ces derniers désormais reconnus comme sujets d’un devenir spirituel, autant dire humain’.

Pour aller plus loin :
La Bible relue par les animaux
Albert Schweitzer et l’éthique envers les animaux

Prières pour les animaux

Une nouvelle liturgie

26/09/2011

Aussi chaque année le 4 octobre, pour la fête de saint François d’Assise (ou le dimanche le plus proche, donc cette semaine), les églises anglicanes et la RSPCA en Angleterre lisent  A service for Animal Welfare, nouvelle liturgie destinée aux animaux rédigée par Andrew Linzey, prêtre anglican.
Theologie animale- Andrew LinzeyCe théologien internationalement connu pour ses écrits sur le christianisme et les animaux avoue que l’histoire de l’Église s’est très peu préoccupée du sort de l’animal. Dans son Animal rights, il défend de véritables droits des animaux –ce qui va à l’encontre de la position traditionnelle de l’Église.

Voici le numéro 1 de ses 5 articles de foi :

Premièrement, être pour Jésus c’est défendre les animaux en tant que créatures de Dieu, contre toutes les conceptions purement humanistes ou utilitaires qui en font des objets, des marchandises, des ressources à notre disposition. Je pense parfois que l’apport le plus important de l’Évangile à notre façon de penser le monde réside dans la simple assertion que nous ne sommes pas Dieu.

Les autres articles sont sur les cahiers antispécistes.

Il fait de la souffrance un critère de considération morale et regrette que les gens (les chrétiens aussi) adhèrent à l’opinion profane commune selon laquelle nous sommes les maîtres des animaux, leurs souverains et propriétaires… C’est une bien mauvaise lecture de l’Évangile, car dit-il ‘la domination promise à l’humanité est une domination par délégation, dans laquelle nous devons nous comporter face à la création en représentants de Dieu, mettant en œuvre non pas nos propres désirs égoïstes, mais la loi divine d’amour et de compassion’.
Une telle façon de penser révèle un appauvrissement spirituel fondamental.

Pour aller plus loin
http://www.dailymotion.com/video/x2pj1t_animal-rights-bill-rev-andrew-linze_animals

Et les posts de sandraetlechien.com: Bénissez mon chien mon père (partie 1 et partie 2)

La légende du chien d’or

30/06/2011

La légende du Chien d’Or a été édifiée sur un fait historique des plus émouvants. Quand vous irez à Québec, vous pourrez voir sur la façade de l’un des principaux monuments de la vieille cité de Champlain, rue Buade, une énorme plaque de marbre, sur laquelle est sculpté un chien rongeant un os, avec cette inscription:

Un chien qui ronge l'os, rue Buade
La figure du chien est dorée, et le tout, chien et inscription, frappent par leur aspect antique. Quel fait étrange a donc donné lieu à ce monument étrange, vieux de près de deux siècles et que l’on conserve soigneusement sur la façade de l’un de nos édifices publics?
Journal de l'Instruction PubliqueUne note publiée en mai 1860, dans le «Journal de l’Instruction Publique,» donne les quelques détails qui suivent sur cette mystérieuse affaire de meurtre, de vengeance, de vendetta, qu’avant de mourir, la victime avait pardonné au meurtrier… C’est la période des grandes guerres entre la France et l’Angleterre et des luttes gigantesques dans lesquelles se sont illustrés les héros canadiens. …
«Le Chien d’Or» est une légende historique de l’ancien régime, traduite par Pamphile Le May en 1884, et issue du parler anglais de William Kirby. La préface dit : Ce roman est un superbe hommage rendu aux ancêtres des Canadiens-Français, et d’autant plus précieux qu’il vient d’un homme appartenant par le sang et les croyances à une nation qui fut l’ennemie séculaire de notre race. Et les premières lignes de ce livre :
–«Voir Naples et mourir!»
C’était là, comte, un fier dicton que nous entendions souvent quand, nos voiles latines déployées, nous croisions dans les parages de la célèbre baie toute étincelante des feux du Vésuve. Nous étions alors convaincus de la justesse de cette orgueilleuse parole, comte, mais aujourd’hui je dis, moi: «Voir Québec et vivre à jamais!»
Le Chien d’Or a-t-il contribué à nous rendre par le récit et la description, la vie d’autrefois?… L’enseignement tient-il encore de nos jours: la vengeance mène à la tragédie?

Pour aller plus loin:

Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française
Livre électronique ‘Le chien d’or’

Nous sommes une société du sacrifice

20/06/2011

Réflexions sur la condition faite aux animauxL’animal a toujours été au cœur des relations entre le monde des dieux et celui des hommes. Il est l’intermédiaire indispensable dont on ne peut toujours pas se passer. Françoise Armengaud, Réflexions sur la condition faite aux animaux, est catégorique, de nos jours, il y a permanence d’un élément sacrificiel hors rituel : celui de l’abattage industriel des animaux. Pour elle, la notion de sacrifice est centrale dans la société de nos jours.
Quand on parle de sacrifice, on se reporte naturellement à l’époque de l’Antiquité Païenne, où l’animal était sacralisé car sacrifier aux dieux. Parfois on brûlait tout l’animal et cela s’appelait un holocauste, du grec, holos, ‘entièrement’; kaiein, ‘brûler’.  Cette ritualisation de l’abattage avait placé l’animal dans un contexte religieux et donnait à l’acte la gravité de l’exception. Cela permettait de tirer du sens de l’animal. Dans ces sociétés, on tirait de l’animal le sens qui résidait en lui – ou plutôt qui était censé résider en lui, car projeté sur lui. On reconnaissait à l’animal du sens et on le lui prenait avec sa vie. Ainsi, on se nourrissait littéralement de cette vie et on se nourrissait Si les lions pouvaient parlersymboliquement du fait que cette vie avait un sens. Bref mangé tout entier, on assimilait l’animal sur tous les plans (voir Françoise Armengaud in Si les lions pouvaient parler, p. 876-877).
Ensuite, le christianisme lui remplaça le sacrifice par une messe ce qui renvoya l’animal dans le monde profane et désacralisa son abattage. L’animal devint une masse de viande dont l’abattage ne nécessitait plus ni rituels ni sacrificateurs professionnels, une créature n’ayant plus aucun lien avec Dieu et vouée seulement à servir l’être humain. (p.39 Des animaux de l’antiquité à nos jours)
À partir de là, l’animal n’ayant plus de sens, on pouvait lui prendre sa vie sans crier gare ou faire quelques simagrées ritualisées : on lui prenait sa vie, on ne doAuberger Janick et Keating Peter. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009nnait pas sens à ce qu’on prenait mais on s’en nourrissait, bref on se nourrissait du non-sens! C’est pourquoi aujourd’hui il est si facile d’abattre à la chaîne des milliards d’animaux chaque année.
C’est pourquoi aujourd’hui encore au sein même de l’Occident persiste des pratiques de sacrifice désacralisées car vide de sens. C’est le principe prédateur par excellence : la vie animale nourrit et soutient ma vie. Au moins ça a le mérite d’être clair : aujourd’hui on pratique le meurtre à grande échelle.

Sacrifice annuel du Grand Chien Blanc

28/01/2011

Les 6 nations iroquoises considèrent que leur plus grande cérémonie est celle qui a lieu pour le nouvel an. Durant cette cérémonie, il faut sacrifier un chien blanc à Hawenniyo, le dieu favorable aux indiens. Ce sacrifice qui a lieu en février (parfois en mars), purge le peuple du mal. Il est aussi marqué par des interprétations de rêve. Horatio Hale est peut-être celui qui a tenté d’en savoir plus sur cette fête, il indique que ce sacrifice est de loin la plus sainte des fêtes de la théologie iroquoise. Car chez les Iroquois, le chien est un messager intercesseur, il portait les prières des hommes au ciel.

Chien blanc porteur de mythologieReste que l’association des chiens blancs avec le sacré chez les peuples amérindiens - entre autre - est assez répandue.

Ainsi, dans la mythologie abénaquise, Mool-sem est le chien blanc de Gluskab qui pouvait se contracter ou s’agrandir. En gros, il y a Tabal-dak, l’être créateur, qui a crée les humains et a aussi donné vie àet Gluskab et Malsumis nés de la poussière sur sa main. Gluskab et Malsumis ont tous les deux le pouvoir de faire un monde meilleur, mais seulement Gluskab l’essaie en compagnie de son chien blanc.

Dans la mythologie chrétienne, les Dominique sont des chiens du Seigneur et Seigneurs chiens. Dominique contient implicitement « Domini canes » : chiens de Dieu. Par ailleurs, la mère enceinte de Saint Bernard de Clairvaux rêva d’un chien blanc au dos roussâtre. On lui prédit qu’il serait un grand prédicateur qui aboierait contre les hérétiques. (ref)

Il y a un trait commun, peut-être, entre toutes ces croyances et commémorations annuelles. D’abord, c’est un rite funéraire, on sacrifie l’animal qui est le plus près de l’homme, l’animal est blanc, l’homme ne serait-il lui aussi blanc? Celui même qui exploite par sa supériorité technique au lieu d’aider l’homme rouge [l’Amérindien] pour le réduire au rang des colonisés. N’y aurait-il pas un parallèle à faire: le symbole du meurtre de l’envahisseur blanc : on tue le Père Blanc qui est venu apporter la ‘bonne nouvelle’ justement celle qui descend du Ciel?

Pour aller plus loin :
Le père, approche anthropologique” Rémi SAVARD – Anthropologue, professeur retraité de l’enseignement, Université de Montréal
(1969)

Un lévrier, saint de surcroit, soignait les enfants

22/11/2010

L’histoire de saint Guinefort, basée sur des faits réels, est le récit d’un chien qui, dans l’exercice de ses devoirs donc dans sa fidélité, a été tué par son maître. C’est, aussi et surtout, l’histoire d’un chien – de lignée lévrier – auquel les femmes ont rendu un culte parce qu’il guérissait les enfants malades. Ce culte a perduré jusqu’à nos jours malgré les interdictions répétées de l’Église de vénérer un chien.
lévrierTout commence vers 1250. Un seigneur et sa famille vivaient dans un château à une quarantaine de kilomètres au nord de Lyon. Un lévrier nommé, Guinefort, vivait à leur côté et était le favori du seigneur. Un jour que le seigneur, sa femme et la nourrice de leur nouveau-né s’étaient absentés, un serpent s’introduit dans la chambre du nourrisson. Guinefort s’interposa tout de suite à l’attaque du serpent contre l’enfant. Le combat qui les opposa fut et violent et sanglant. Dans leur lutte, le berceau se renversa et du sang se répandit partout dans la chambre. Guinefort vainquit le serpent et attendit le retour de son maître auprès de l’enfant tombé à terre et couvert de sang. En entrant dans la chambre, le seigneur, le chevalier de Villars, crut que son lévrier avait tué son fils ne voyant pas la dépouille du serpent. Pris d’un accès de rage, il passa le pauvre Guinefort au fil de son épée. C’est alors seulement qu’il découvrit le cadavre du serpent et qu’il comprit la loyauté de son chien. Plein de remord, il enterra alors Guinefort et planta un arbre à côté de sa tombe.Guinefort était un saint inscrit au synxaire de Constantinople
C’est alors qu’intervient le dominicain Etienne de Bourbon. inquisiteur de son état, qui ne supporte absolument pas ce culte et ce pèlerinage qui s’étaient créés autour du tombeau de Guinefort. Il fait exhumer le chien mort, couper le bois sacré, fait brûler les ossements du chien. Rien n’y fait, Saint Guinefort était déjà très vénéré. Cette vénération a transcendé les siècles et est resté vivante dans le patrimoine culturel de la ville de Châtillon sur Chalaronne. On doit à l’historien Jean-Claude Schmitt d’en avoir fait une enquête complète.

Guinefort, chien guérisseur d’enfants depuis le xiiie siècle, serait-il l’ancêtre de la zoothérapie moderne?

Pour aller plus loin :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guinefort
http://www.facebook.com/pages/Saint-Guinefort-le-Saint-levrier/29919364227
http://www.animal-respect-catholique.org/saints.htm


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