Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Le chien et l'Histoire’

Où sont les Tom Negro de ce monde ?

11/02/2013

La brutalité exercée sur les bêtes est inéluctablement appelée à se reverser un jour sur les hommes, s’habituer à violenter les animaux équivaut à se préparer à des actes criminels sur l’espèce humaine. C’est William Hogarth, peintre anglais, qui l’a affreusement démontré dès 1751. Le graveur, dessinateur et caricaturiste des mœurs (1697-1764) pensait que les comportements violents et imprévisibles infligés aux animaux se reversaient systématiquement sur les hommes…
De là sont nées les diverses sociétés de Prévention de la Cruauté à l’égard des Animaux, à leurs commencements le bien-être animal ne faisait pas partie de l’équation, ce qu’il convenait de circonvenir c’était la violence du peuple, comme l’œuvre de William Hogarth ‘Les quatre âges de la cruauté’ l’a illustrée. L’artiste s’en prend avec virulence aux brutalités de son temps ….
Chacune des gravures représente une étape dans la vie de Tom Negro. Dans la première, lors de son enfance dans l’un des quartiers les plus misérables de Londres, celui-ci s’amuse à martyriser un chien, plus loin des enfants torturent un oiseau, d’autres brutalisent des chats. Le spectacle se passe sur la place publique sous l’œil intéressé et amusé des badauds. Dans le 2e âge de la cruauté, Tom Negro, adulte, exerce le métier de cocher et brutalise un cheval tombé à terre. Il met en scène des adultes sadiques qui jouissent de leurs méfaits : mouton assommé à coup de masse…
Dans la troisième il est arrêté après avoir sauvagement assassiné sa maitresse. Dans la quatrième gravure, intitulée ‘la récompense de la cruauté’, le corps de Tom Negro loin de mériter la sépulture d’un bon chrétien, est dépecé pour une dissection dans un amphithéâtre : un chien, passant par là, dévore son cœur qui gît parmi ses entrailles.
Par leur très large diffusion, ces gravures, vendues 1 schilling, contribuèrent très largement à répandre l’idée selon laquelle la cruauté des enfants à l’égard des animaux prépare les actes criminels de l’âge adulte.

Cette série de gravures est à l’origine d’un puissant stéréotype qui ne cesse de hanter les militants de la protection animale :

d’ailleurs dans ses débuts, la RSPCA – Société Royale Pour la Prévention de la Cruauté à l’égard des Animaux – n’a pas encore pour objet la protection de l’animal. Le scandale auquel les militants entendent remédier n’est pas encore la souffrance de l’animal, mais bel et bien la cruauté dont font preuve ceux qui, après s’être exercés sur les bêtes, menacent de se tourner vers les hommes. Si les couches supérieures de l’establishment britannique sont convaincues de la nécessité d’œuvrer au plus vite, c’est bien parce qu’elles craignent que les classes laborieuses après s’être accoutumées au sang des bêtes puissent menacer un bon ordre social exempt de violence. L’un des mobiles de l’organisation des sociétés se dédiant à la prévention de la cruauté – en général et non seulement à l’égard des animaux – se fonde sur une peur sociale, ‘peur d’une révolution imminente d’une société de plus en plus dominée par une foule barbare et brutale, bref la peur de l’anarchie’ (voir Christophe Traïni, p 40-41)

Pour aller plus loin
Christian Talin. Anthropologie de l’animal de compagnie
Christophe Traïni. La cause animale, 1820-1980, essai de sociologie historique

Darwin et les chiens

26/11/2012

Article de  Jean-Louis de Montesquiou: Les chiens de Darwin

Darwin adorait les chiens. Il en a eu des quantités, de son plus jeune âge jusqu’à sa mort (sa dernière chienne, Polly, ne lui a survécu que quelques jours). Il les traitait avec beaucoup de sollicitude, et leur prêtait une grande attention. Si grande, en fait, qu’on peut considérer les chiens comme Les chiens de Darwin d'Emma Townshendles principaux contributeurs à sa théorie de l’évolution, avant même les passereaux des Galapagos, les cirripèdes ou encore les vers de terre. C’est ce que montre avec force détails Emma Townshend, éminente spécialiste de Darwin.
Dans un premier temps, les chiens ont permis à Darwin de démontrer, avec quantité de faits incontestables et connus de son lectorat à l’appui, comment, à partir d’un ancêtre commun, les espèces évoluent en se spécialisant. Pour les canidés, l’ancêtre commun serait le Canis Lupus ; en revanche, la puissance à l’œuvre dans leur cas ne serait pas la sélection naturelle, mais la sélection artificielle, opérée depuis quelques milliers d’années par les hommes – éleveurs de chiens. Avec pour résultat, non seulement une variation maximale (la plus importante parmi toutes les espèces de vertébrés), mais en plus une bonne documentation du processus, du moins depuis qu’est apparue en Angleterre la notion de pedigree. Darwin a pu démontrer que si en quelques millénaires – un clin d’œil dans l’histoire du monde –, voire en quelques dizaines de générations pour des races plus récentes, on avait pu produire des spécialisations aussi extrêmes et différentes que le chihuahua, le lévrier, ou le bouledogue, le même processus déroulé sur des centaines de millions d’années pouvait expliquer les variations de la vie sur Terre depuis un ancêtre commun présumé. Car la sélection artificielle, dictée par les intérêts fort différents des chasseurs, des bergers, des esseulés en quête de compagnie, ou des craintifs en quête de protection, opère de façon beaucoup plus rapide que la sélection naturelle, qui a tout son temps. À la base de l’évolution canine, écrit Darwin, « on trouve la capacité humaine à produire de la sélection par accumulation : la nature offre les variations successives, et l’homme les additionne en fonction de ses intérêts spécifiques ». En d’autres termes, la nature n’est rien d’autre qu’un « gigantesque et très habile éleveur ».

Le chien en première ligne

Mais le chien est venu, sur le tard, encore assister Darwin dans un combat bien plus difficile : la délicate démonstration que l’homme, quoique peut-être au bout de la chaîne de l’évolution, n’est pas pour autant séparé de celle-ci ni affranchi de ses lois. Et pour détruire le mythe de l’unicité de l’homme dans la création, c’est le chien que Darwin envoie en première ligne. Comment expliquer que l’homme serait le fruit d’un continuum étalé sur des millions d’années à un public encore persuadé que, comme l’avait calculé l’évêque Ussher, la terre n’était vieille que de 6000 ans (la création du monde s’étant produit dans la soirée du 22 octobre 4004 av. J.-C.) ? Comment convaincre ce même public, que même si l’homme pouvait garder le privilège d’avoir une âme (apparue à un moment ou à un autre du processus évolutif), il n’était pas pour autant un être à part ? Eh bien, il suffit pour Darwin de montrer, chiens à l’appui, que l’homme n’a aucunement l’exclusivité des sentiments moraux.

En appelant donc à la rescousse toutes ses expériences canines, directes ou indirectes, il montre que nous n’avons pas le monopole de la joie ni de la tristesse, de l’amour ni de la haine, de l’altruisme ni de la fidélité ; pas plus que celui de l’imagination, de la conceptualisation, du sens de l’humour ou de la superstition. Le chien qui dort aux côtés de son maître, jappant et agitant ses pattes : il rêve, c’est sûr, donc il se forme des images mentales. Le terre-neuve qui sauve un enfant de la noyade, le terrier qui pendant quatorze ans passe ses journées sur la tombe de son maître : comment nier qu’il ne s’agisse là d’un comportement moral ? Quant au toutou qui attend qu’on s’approche de lui pour repartir avec la balle qu’on vient de lui lancer, c’est évidemment un taquin, doté d’un sens de l’humour primaire mais réel. Darwin pousse même le bouchon un peu plus loin, jusque dans le domaine métaphysique : « le sentiment de dévotion religieuse est quelque chose de très complexe, composé d’amour, de soumission totale envers un mystérieux êtrLe Darwin-Foxe supérieur adoré ; un sentiment de dépendance, de crainte, de révérence de gratitude, d’espoir pour le futur, etc. » écrit-il avant de conclure : « On voit quelque chose d’approchant dans l’amour inconditionnel d’un chien pour son maître, et sa profonde soumission envers lui. » Bref, « les chiens possèdent quelque chose de très voisin de la conscience ».

L’humanité doit une fière chandelle à Darwin, et Darwin aux chiens. Ce n’est donc que justice si l’on a aussi donné son nom à une espèce rarissime, une branche à part sur l’arbre de l’évolution canine, intermédiaire entre le chien et le renard, qu’il avait lui-même identifiée dans une île au large du Chili : le Darwin-Fox.

Les procès faits aux animaux

30/07/2012

Durant tout le moyen-âge, entre le XIII et le XVII siècle, se sont tenus des procès avec comme principal prévenu l’animal!

Les procès organisés contre les animaux ont été nombreux. Il n’y a là rien de ridicule ou d’absurde de penser que les autorités faisaient arrêter un animal, l’incarcéreraient, instruisaient son procès, entendaient des témoins à charge et à décharge. Le magistrat proclamait l’homicide, et le bourreau exécutait publiquement la sentence. L’animal était ainsi traité comme n’importe quel criminel humain. Aucun aspect de la procédure n’était omis, car il fallait que les procès d’animaux offrent le spectacle de l’exercice parfait de la bonne justice, accompagnée de tous ses rituels, dans le moindre détail.

La justice civile n’était pas la seule concernée par les procès d’animaux. La justice religieuse aussi.
On peut rire de certaines sentences, comme en 1120 des mulots et chenilles qui sont excommuniés par l’Évêque de Laon ou en 1451 le cas des sangsues excommuniées par l’Évêque de Lausanne, parce qu’elles détruisaient les poissons. Plus généralement, la sentence était fatale: en 1266, un pourceau brûlé à Fontenay, près de Paris, pour avoir dévoré un enfant.

Bref l’idée sous-jacente est que les animaux doivent être entendus. Ils sont presque l’égal de l’homme. Car les bêtes et les hommes sont considérés comme les créatures de Dieu! Donc ils portent une responsabilité morale donc peuvent être conduits devant les tribunaux.

FACULTÉ DE MÉDECINE DE CRÉTEIL, vétérinaire, thèse, procèes animaux, personnalité juridique des animaux,Moyen-Äge

A la fin du procès, l’accusé était exécuté en place publique aux yeux de tous pour servir de leçon. C’était cathartique ou se voulait comme tel: faire réfléchir. Avec l’industrialisation et la poussée de la science, l’animal devient un objet et n’a naturellement plus le droit d’ester en justice. Nous ne sommes plus au Moyen Age!…. Toutefois, cela avait du bon en comparaison des traitements expéditifs dont certains animaux font désormais  l’objet.

Pour aller plus loin:

Les animaux dans les procès du Moyen Âge à nos jours
Procès d’animaux au Moyen Âge

L’attelage canin? C’est le moyen de transport du pauvre

20/02/2012

Il n’y a pas si longtemps, au Québec, les chiens étaient employés pour la traction de petites carrioles. Ils tiraient toutes sortes de cargaisons: transport du petit bois, des bidons de lait, des courriers postaux  etc. L’armée les employait pour le transport des munitions et des vivres. Toutes les races étaient employées, pourvu que les individus soient costauds. En pratique, comme les races les plus musclées (molosses) étaient les plus chères à l’entretien, on voyait davantage de corniauds. Bien souvent, les chiens portaient une muselière pour ne pas importuner les passants et les chiens alentour.

Cette photo date de 1929 et a été prise près de la ville de QuébecIl faut bien reconnaître que ces attelages canins sont l’apanage du pauvre. Dès que le statut du propriétaire le permettait, ânes, mulets, chevaux et bœufs prenaient le relais.

En Europe, l’habitude d’atteler des chiens semble avoir pris naissance à la fin de la Révolution, essentiellement dans la moitié Nord de la France. L’essor fut tel, que la préfecture de Paris dut l’interdire en 1824 pour des raisons de sécurité et d’encombrement. En fait, ‘C’est l’aversion à l’égard de la visibilité publique du sang et des corps meurtris des bêtes qui incite les premiers militants de la cause animale, en Europe, à proscrire des pratiques longtemps tenues pour banales. Les campagnes conduites contre l’usage des attelages de chiens constituent une autre preuve éloquente. Les griefs adressées à la pratique doivent encore bien peu à la sympathie réservée à un animal familier. En fait, les premiers détracteurs de l’usage de chiens comme bêtes de trait s’insurgent avant tout contre le spectacle répugnant auquel ils peuvent donner lieu (p 24, Christophe Traïni, La cause animale, 1820-1980, essai de sociologie historique).
C’est pourquoi, en 1850, la loi Grammont visant à la protection animale aboutit à l’interdiction de cette pratique.

En Amérique du Nord, on peut parler avec certitude d’attelage de chiens dès le X° siècleEn Amérique du Nord, on peut parler avec certitude d’attelage de chiens dès le X° siècle car la civilisation de Thulé établie dès cette époque autour de la Baie d’Hudson utilisait le traîneau à chiens depuis leurs origines.

Parallèlement, la ruée vers l’or au Klondike c’est en partie fait sur le dos des chiens qui travaillaient sans relâche à assurer les transports de bois, de courrier, de vivres, d’hommes et d’or. Ils faisaient tous les travaux que les chevaux exécutaient au Sud.

Puis progressivement, de chiens de travail on est passé à chiens d’attelages de course. C’est ainsi que les premières courses d’attelage virent le jour, avec des paris importants mis en jeux. D’ailleurs, le Québécois Emile St. Godard (1905-1948) remporte la médaille d’or des Jeux olympiques de Lake Placid en 1932, lors d’une démonstration d’attelages de chien. À ce jour, il demeure le seul coureur d’attelages de chiens à être intronisé au Temple de la renommée des sports du Canada et du Manitoba.

les festivités du Carnaval de Québec comptent une course en traîneaux à chiensOu plus proche de nous, les festivités du Carnaval de Québec comptent des activités puisées dans le mode de vie folklorique québécois, comme la course en canot et la course en traîneaux à chiens. Ainsi, en 1940, par un bel après-midi ensoleillé, tout près du Château Frontenac, un meneur de chiens exerce son attelage à la course.

Pour aller plus loin:
Les origines du service postal par traineau à chiens
Les chiens de trait
Origines du traineau à chiens
Histoire du plus grand carnaval d’hiver au monde

Exploitation industrielle des animaux et totalitarisme

16/01/2012

Les nazis n’étaient pas zoophiles. La loi du Reich sur la protection des animaux du 24 novembre 1933, même si de prime abord semble globale – car elle ne se limite pas à certaines espèces animales, comme les animaux vertébrés par exemple ou de manière plus exclusive, les animaux domestiques, elle vaut au contraire pour tous les animaux – il ne faut pas oublier les objectifs recherchés. La protection de l’animal sous le nazisme n’est en vérité qu’un artifice de propagande préparé par Goebbels pour donner un visage humain à Hitler  et à sa solution finale.
Saviez-vous que l’on recrutait souvent les ouvriers de la Solution finale dans les abattoirs ? Et qu’Henry Ford a accepté de recevoir la plus haute décoration nazie en 1938 avec les félicitations personnelles de Hitler? Pour quoi? Parce que sa chaîne d’assemblage a été pensée et créée sur le modèle des abattoirs de Chicago dont l’efficacité faisait forte impression au tyran. Ainsi donc, le fordisme aurait eu une influence non négligeable sur la manière dont les nazis ont pensé la solution finale. Quel rapport avec la loi sus-mentionnée? ‘C’est depuis Chicago que les Nazis ont appris à transformer les corps’ note Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Éthique animale, p.42-43.
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer- Éthique animalePensez à ce parallèle : l’exploitation industrielle des animaux et le totalitarisme. ‘Il y a un lien entre l’attitude inconsciente à l’égard des actions honteuses dans les États totalitaires et l’indifférence envers les cruautés perpétrées sur les animaux, présente même dans les États libres. Les deux phénomènes s’alimentent de l’Adhésion tacite des masses à tout ce qui se passe normalement’, explique Max Horkheimer.
Ça va encore plus loin : l’indignation face à une cruauté commise est proportionnelle à la ressemblance entre la victime et le spectateur. Ainsi, les antisémites peuvent-ils torturer les juifs car ils ne les voient plus du tout comme des hommes. ‘L’assertion courante selon laquelle les Sauvages, les Noirs, les Japonais ressemblent à des animaux, par exemple à des singes, est la clé même des pogromes’. La classe dominante définit l’humain à son image (cf. Theodor Adorno).
Il y a lieu de réfléchir à la société que nous avons et à la manière dont nous traitons nos animaux d’élevage, nos animaux domestique (combien d’abandons/an) …

D’autres articles
Le projet fou des nazis : créer des chiens surdoués pour faire la guerre

La protection de l’animal sous le nazisme

Les cathares et les animaux

26/12/2011

La prohibition du meurtre est commune à toutes les familles chrétiennes.

La croix du Languedoc fut un symbole de ralliement cathare

La croix du Languedoc fut un symbole de ralliement cathare

Mais les cathares sont allés plus loin.  Eux, qui se considèrent comme étant les seuls héritiers du véritable message du Christ et qui reviennent donc au christianisme primitif et intérieur, prônent une absolue pureté des mœurs, croient en la réincarnation, attribuent aux animaux l’intelligence et la faculté de connaître et les incluent dans le commandement absolu de ne pas tuer.  Les cathares sont végétaliens. Ils se retenaient de consommer la chair des animaux, car ces derniers possédaient une âme céleste.

Ainsi, dès la fin du XIIe siècle dans le Midi de la France, « manger de la viande » et se convertir au catholicisme sont synonymes.  Jacques Fournier, un prédicateur cathare, interrogé par l’inquisition aurait dit : «Les esprit déchus sont les esprits humains et ceux des animaux ; ces derniers sont doués d’intelligence et de connaissance ; c’est pourquoi c’est un péché de les tuer». Dans l’Épître aux Romains (14.21), on peut lire : «Il est bon de ne pas manger de viande.»

Les Cathares face à l'InquisitionBien entendu, l’église catholique a réagi en les déclarant hérétiques et en les persécutant. Par vagues, elle les massacre. Quelques-uns parviennent à s’échapper et se dissimuler dans des villages sous des vêtements de paysans. Alors, l’Église les pourchasse et les reconnait en leur tendant un piège : on demande aux suspects d’égorger un poulet. Les cathares se découvrent en refusant. Cette répression féroce, véritable croisade intérieure, entraîna la disparition complète au XIVe siècle.
Pour les cathares, l’abstinence n’est pas privation. Chez les chrétiens, l’abstention de viande s’est perpétuée mais seulement le vendredi.  Si ce n’est pas suffisant pour témoigner d’une compassion sincère envers les animaux, en revanche, ça l’est pour montrer qu’il y a une ambiguïté dans notre façon de les considérer. (cf. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Éthique animale)….

À bas la statue ou les révoltes du chien marron

16/10/2011

Brown-dog-statueEn 1907, les ‘Brown Dog Riots’, les émeutes du chien marron, défraient la chronique londonienne. Un an auparavant, dans le quartier ouvrir de Battersea, bastion des socialistes, la World League against Vivisection prend l’initiative d’ériger une statue à la mémoire de l’une des nombreuses victimes de la vivisection. L’épitaphe interpelle directement les passants et les invite à se révolter contre les abominations qui caractérisent la pratique :

En mémoire du chien terrier brun mis à mort dans les laboratoires de l’Université College en février 1903m, après avoir enduré la vivisection pendant plus de deux mois et être passé dans les mains d’un vivisecteur à l’autre. En mémoire également des 232 chiens vivisectés au même endroit durant l’année 1902. Hommes et femmes d’Angleterre, combien de temps ces choses vont-elles durer?

Au regard des scientifiques et des médecins londoniens, un tel monument, à l’instar des innombrables pamphlets antivivisectionnistes les décrivant comme d’effroyables bourreaux, constitue un intolérable outrage ;à leurs professions tout entières. En novembre 1907, un groupe d’étudiants en médecine équipés de marteaux entreprennent d’abattre la statue. Les forces de police, aidée par les habitants des maisons populaires environnantes, les empêchent de commettre leur méfait, qui se soldera par l’arrestation de 10 d’entre eux et à plusieurs condamnations à des amendes. Le lendemain, une centaine d’étudiants défilent pour protester contre le sort réservé à leurs camarades en brandissant des panneaux à l’effigie du chien marron. La Cause animaleEn décembre 1907, les organisations étudiantes profitent du match de rugby entre les étudiants d’Oxford et de Cambridge pour mobiliser le plus grand nombre possible d’entre eux en vue d’une expédition visant à jeter la statue dans la Tamise. Lorsqu’ils parviennent à Battersea, les manifestants se heurtent à des ouvriers qui les contraignent à se diriger vers le centre-ville où le cortège dégénère en affrontements avec la police. Dans les semaines qui suivent, de nombreux incidents et échauffourées impliquent les étudiants en médecine. Ces derniers s’appliquent notamment à perturber les meetings des suffragettes qui revendiquent alors le droit de vote pour les femmes . Pour les étudiants et de plus en plus pour le public, antivivisection et droits de la femme font désormais partie d’un seul et même mouvement.

À quel combat fait appel la lutte contre la vivisection de nos jours?

Tiré de l’excellent ouvrage de Christophe Traïni, La Cause animale, p 152-153

Chiens de guerre et paix

07/10/2011

Il n’y a pas de voix humaine qui puisse égaler celle des chiens dans l’expression de la douleur universelle. Aucune musique, pas même la plus pure, ne parvient à exprimer la douleur du monde aussi bien que la voix des chiens
Jean Rolin - Kaputt

Les prouesses de nos chiens de guerre

— Regardez-les donc.... Pas un qui bronche. Ils défilent en bon ordre, comme de vrais soldats. » La scène se passait à Asnières, il y a quelques semaines. Un nouveau détachement de chiens de guerre partait ce jour-là pour le front. Tous les passants admirèrent la belle tenue de ces vingt-neuf « poilus » à quatre pattes, merveilleusement dressés par les organisateurs du chenil de la « Réunion des amateurs du chien de défense et de police ».

Depuis sa domestication, le chien aide l’homme dans toutes ses activités. Au fil du temps, il est devenu bien plus que cela : un chien héros dont les exploits ont permis de sauver des vies humaines ou de liquider des camps ennemis. Chiens d’avalanches et de pistage de personnes égarées, chiens de décombres ou de sauvetage en mer, chiens de guerre, ils ont fait, ils font, ils feront équipe avec l’homme dans de courageuses et aussi de meurtrières missions. Chiens traqueurs d’ennemis, retrouveurs de fugitifs, déchiqueteurs de chevaux, exécuteurs de sentence… Henri VIII d’Angleterre avait plus de 500 dogues dans son armée….
Carnets de guerreUtilisation contre les chars par les Russes de chiens bardés d’explosifs et préalablement affamés est attestée. Les Carnets de guerre de Vassili Grossman le décrivent : ‘des chiens qu’on a dressé à cela se jettent avec des bouteilles contre les tanks, ils flambent’. L’explosif était fixé sur leur dos par une tige munie d’un détonateur qui faisait exploser la charge au premier contact avec le dessus du véhicule visé. Stalingrad 1942, Grossman croit même observer chez les chiens des réflexes patriotiques ou du moins une sorte de 6e sens leur permettant de distinguer les avions amicaux des avions hostiles : ‘quand ce sont les nôtres qui volent…. Ils ne font pas attention du tout. Mais si ce sont des avions allemands, ils se mettent immédiatement à aboyer, à hurler, et ils vont se cacher. Même s’ils volent très haut’, relate Jean Rolin, p 93 dans Un chien mort après lui.
Les guérilleros du Sentier Lumineux au Pérou ont exécuté par pendaison des chiens errants qu’ils accusaient de trotskisme. Pour Dominique Lestel, dans ses Origines animales de la culture,  ‘Nous avons trop tendance à sous-estimer l’histoire complexe des relations de l’homme et de l’animal dans nos tentatives pour penser les différences et les similitudes de l’un et de l’autre. Les éthologues ou les spécialistes de psychologie comparée ont trop tendance à considérer qu’ils peuvent conceptualiser l’animal sans s’intéresser aux traditions culturelles à travers lesquelles nous sont parvenues les figures de l’animalité’.
Et parmi ces traditions, une est peu reluisante : la guerre……
……………………… et la paix.
Un chien mort apres lui de Jean RolinAprès le premier conflit mondial, des chiens guides d’aveugles sont apparus en Allemagne. Ces animaux étaient chargés de guider les blessés qui avaient perdu la vue. Chaque année de nouveaux chiens étaient formés, ils étaient déjà plus d’un millier en 1932. Cette initiative a été suivie ensuite par de nombreux pays, de la Suisse à l’Angleterre. En France, il a fallu attendre l’initiative de Paul Corteville (L’homme qui rendait la vue aux aveugles) qui se mit en tête de dresser un berger allemand pour un ami atteint de cécité. M. Corteville mit au point une méthode de dressage et fonda le Club des chiens-guides d’aveugles des Flandres. C’est grâce à lui que le chien-guide a été institutionnalisé en France. (réf.)
Le chien accompagne l’homme dans son pire et son meilleur…. Actuellement, un médecin américain dresse des chiens pour soigner les GI victimes de stress post-traumatique. Aux Etats-Unis, le Dr Joan Esnayra a créé le Psychiatric service dogs society pour promouvoir la compagnie de chiens spécialement dressés auprès de malades. Le Dr Esnayra estime que plus de 10.000 patients en Amérique du Nord pourraient bénéficier de l’aide de ces chiens, en particulier les GI souffrant de stress post-traumatique (article).
Autre temps autres mœurs.

Chiens de trait, une longue histoire

26/04/2011

D’un travail attelé au sport attelé, longue histoire d’une relation qui a débuté sous des auspices violents….
Il n’y a pas que les chevaux qui ont tiré des carrioles, des fiacres et des cabriolets. Les chiens aussi – surtout, les chiens– ont été utilisés pour des déplacements, pour transporter des marchandises. Au 18 e et 19e siècle, on parlait à ces époques de charges considérables à tracter, de longs parcours à effectuer et… de coups émis par les humains qui devaient faire avancer les chiens par ailleurs déjà très sollicités. Des coups et des hurlements, c’est d’ailleurs cette violence déployée aux yeux de tous qui, par ailleurs, a été à la fondation des sociétés protectrices des animaux.
Chiens de traitLa seconde moitié du 18e siècle est marquée par le développement – qui devient considérable au 19e siècle – de l’utilisation des animaux domestiques (aussi bien en ville que dans les campagnes) pour le trait. Ce sont notamment les chevaux mais aussi les chiens plus économiques que les équidés. Le transport animal connaît un fort développement concurrencé par la navigation fluviale et le portage humain, la moitié du trafic des marchandises alors se fait par traction animale. Du fait de la raréfaction des cas de rage, de l’essor des élevages, l’usage du chien se répand.
À la ville comme à la campagne, les chiens sont attelés aux charrettes. Belle économie pour un propriétaire : un employé, un cheval ou un mulet coûtent trop cher! Les chiens transportent les produits des maraîchers, accompagnent déjà les enfants à l’école, servent au transport des personnes âgées ou deviennent… taxi : taxis de gare en Sologne (France).
Dans les débuts de la colonie au Québec, prospecteurs, trappeurs, colons utilisent des chiens pour le transport des gens, des bagages, des matériaux de construction. Sur la Côte-Nord, on estime qu’en 1875 chaque famille possédait un attelage d’environ quatre chiens. Le courrier y était transporté par chien postier!
L’animal dans la spirale des besoins humainsMais ces chiens sont maniés par une population qui n’en a pas l’habitude, qui n’a pas souvent la patience, qui reporte sur eux la violence qu’elle vit souvent dans les rapports sociaux, explique Éric Baratay (p. 42 de l’ouvrage ci-contre). L’animal était traité comme un sous-prolétaire sur lequel se construit l’essor économique
la société des animauxDu fait de la généralisation de ces pratiques insanes et de la réaction du public face aux manières brutales des conducteurs, du fait de la révolution industrielle, de l’abolition de l’esclavage, de l’industrialisation… les mœurs changent au cours de ces siècles. L’homme devient plus sensible à la douleur de l’animal, il ne peut plus tolérer le spectacle atroce des conducteurs battre et tuer les animaux en public.

Ainsi, sont venues les lois (La loi Grammont (1850) en France) interdisant de telle pratique. Le 10 décembre 1852, le gouvernement du Québec ordonna que l’on cesse d’atteler les chiens que ce soit pour l’amusement des enfants ou pour le transport des marchandises. Cette loi demeura en vigueur pendant 70 ans et il fallut attendre jusqu’en 1922 pour que l’on autorise à nouveau les attelages de chiens pour les démonstrations, les parades et les carnavals…
Et désormais les sports attelés….

Pour aller plus loin :
Les chiens de trait
La randonnée en traineau à chiens dans les parcs nationaux du Québec

Sacrifice annuel du Grand Chien Blanc

28/01/2011

Les 6 nations iroquoises considèrent que leur plus grande cérémonie est celle qui a lieu pour le nouvel an. Durant cette cérémonie, il faut sacrifier un chien blanc à Hawenniyo, le dieu favorable aux indiens. Ce sacrifice qui a lieu en février (parfois en mars), purge le peuple du mal. Il est aussi marqué par des interprétations de rêve. Horatio Hale est peut-être celui qui a tenté d’en savoir plus sur cette fête, il indique que ce sacrifice est de loin la plus sainte des fêtes de la théologie iroquoise. Car chez les Iroquois, le chien est un messager intercesseur, il portait les prières des hommes au ciel.

Chien blanc porteur de mythologieReste que l’association des chiens blancs avec le sacré chez les peuples amérindiens - entre autre - est assez répandue.

Ainsi, dans la mythologie abénaquise, Mool-sem est le chien blanc de Gluskab qui pouvait se contracter ou s’agrandir. En gros, il y a Tabal-dak, l’être créateur, qui a crée les humains et a aussi donné vie àet Gluskab et Malsumis nés de la poussière sur sa main. Gluskab et Malsumis ont tous les deux le pouvoir de faire un monde meilleur, mais seulement Gluskab l’essaie en compagnie de son chien blanc.

Dans la mythologie chrétienne, les Dominique sont des chiens du Seigneur et Seigneurs chiens. Dominique contient implicitement « Domini canes » : chiens de Dieu. Par ailleurs, la mère enceinte de Saint Bernard de Clairvaux rêva d’un chien blanc au dos roussâtre. On lui prédit qu’il serait un grand prédicateur qui aboierait contre les hérétiques. (ref)

Il y a un trait commun, peut-être, entre toutes ces croyances et commémorations annuelles. D’abord, c’est un rite funéraire, on sacrifie l’animal qui est le plus près de l’homme, l’animal est blanc, l’homme ne serait-il lui aussi blanc? Celui même qui exploite par sa supériorité technique au lieu d’aider l’homme rouge [l’Amérindien] pour le réduire au rang des colonisés. N’y aurait-il pas un parallèle à faire: le symbole du meurtre de l’envahisseur blanc : on tue le Père Blanc qui est venu apporter la ‘bonne nouvelle’ justement celle qui descend du Ciel?

Pour aller plus loin :
Le père, approche anthropologique” Rémi SAVARD – Anthropologue, professeur retraité de l’enseignement, Université de Montréal
(1969)


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