Archive de la catégorie ‘Le chien et l'éthologue’
09/01/2012
p. 378. Tout sur la psychologie du chien. Joel Dehasse partage :
Chiens et humains ont évolué ensemble depuis plus de 10 000 ans. L’évolution de la structure de la société a modifié la génétique humaine et celle du chien. L’homme a supprimé ses prédateurs, il a domestiqué ses anciennes proies, il a altéré le mode de vie de nombreuses espèces autour de lui, il a modifié les paysages et le climat de sa planète. L’homme occidental s’est distancié des processus de sélection naturelle, et il a fait de même pour les animaux domestiques, le chien inclus.
La culture coopère avec la génétique pour fabriquer le nouvel humain, le nouveau chien. L’homme est incapable désormais d’échapper à sa culture, à sa société et le chien est incapable d’échapper à l’homme. L’être humain est symbiotique d’une entité virtuelle (une croyance, une illusion) : la société occidentale. Le chien est emporté par cette même vague qui transforme l’être humain libre en une fourmi d’une fourmilière, en pion impersonnel. C’est de l’amensalisme de la part de la société qui empêche le développement de l’être, dans un système gagnant-perdant, l’homme étant le perdant. C’est aussi un esclavagisme, la société utilisant l’être à son profit afin de croître à ses dépens. L’homme fait de même avec le chien. Rares sont les humains qui permettent à leur chien de créer pleinement leur vie, de vivre intensément, de développer tous leurs potentiels, la plupart des chiens sont maltraités (passivement) par l’irrespect de leurs besoins éthologiques minimaux d’activité et d’interaction sociale.
La coévolution coopérative existe cependant chez quelques êtres. L’expérience est vécue ensemble dans le respect et l’enrichissement mutuels; cela nécessite de prendre conscience des messages engendrés par l’expérience. On y retrouve très peu de chiens de famille, mais bien certains chiens de travail, de sport, de danse (free style) ou encore quelques chiens d’assistance
.
Pour arriver à une coévolution coopérative, la question à se poser devrait être : ‘Qu’est-ce que je possède qui puisse améliorer la vie de mon chien et réciproquement, que possède-t-il pour améliorer la mienne?’. Dans le modèle d’autoresponsabilité, le chien nous apporte à chaque instant un miroir de conscience, s’il n’améliore pas nos capacités de survie biologique, ni notre apparent bien-être psychologique, il nous donne des messages de réalisation de soi et de développement spirituel.
Tags: 10 000 ans, amensalisme, animaux domestiques, besoins éthologique, chien, Coévolution coopérative, esclavagisme, évolution, génétique humaine, homme occidental, Joel dehasse, maltraitance, prédateurs, sélection naturelle, société, symbiotique, système gagnant-perdant
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23/10/2011
L’étude scientifique du comportement animal offre une panoplie d’outils, de concepts et d’approches qui permettent d’accéder à l’umwelt (=le monde) canin. Il serait scientifiquement enrichissant que les recherches sur la thérapie assistée par le chien (TAC) puissent prendre en compte cet umwelt dans les situations de soins. Pourquoi? Au moins pour saisir si le chien de TAC est exposé au stress, comment il le perçoit… La pathogénicité du stress ne réside pas tant dans la nature de l’agent mais dans sa durée. Et aussi pour mieux cerner la réalité des effets thérapeutiques des animaux sur les humains, pour mieux réfléchir à ce qui, dans cette communication et interaction, est une base pour construire une relation thérapeutique.
….. Il faut par contre être conscient que cette expérimentation – si elle doit avoir lieu – se fait aussi à partir de l’Umwelt humain.
Or, sans la volonté de nous échapper de notre propre Umwelt, il n’y a pas d’espoir d’apprendre plus sur l’umwelt du chien dans un milieu hospitalier. Or, pour accéder à l’Umwelt des espèces que nous exploitons, soit comme source de nourriture, de compagnonnage, de travail ou de recherche, il faut reconnaître que notre Umwelt- notre monde – n’est pas universel mais simplement un exemplaire parmi la variété étonnante d’umwelt animaux.
Cela ne sera pas facile, car l’humain doit réaliser qu’il est prisonnier de son monde, et qu’en en sortant, il peut faire de bien belles découvertes comme le fait que les chauve-souris, les dauphins, bélugas, et autres baleines font usage d’un sonar pour reconstruire une image sonore de leur environnement. (P. 257 sous la direction de Martine Lachance).
Ainsi, seulement, nous serons peut-être être en mesure d’apprécier à quel point le fondement même de la recherche en bien-être animal doit se tourner vers l’exploration des umwelt des animaux utilisés en zoothérapie. Et nous pourrons répondre à : Comment les sensibilités de l’animal et de l’humain s’adaptent-elles pour permettre l’adéquation la plus efficace possible entre eux et la nouvelle et surprenante niche écologique (celle d’un hôpital par ex.)?
L’humain pourra, ainsi, faire preuve de bien-traitance (moyen) pour tendre au bien-être (objectif) des animaux en zoothérapie.
Tags: GRIDA, pathogénicité, Umwelt zoothérapeutique
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11/10/2011
Joel Dehasse nous explique pour quoi , il est inutile de se transformer en maître autoritaire pour bien vivre avec son chien :
On a décidé que puisque le loup gris nordique vivait en hiérarchie, le chien, son descendant, vivait
lui aussi en hiérarchie. Or on a oublié que le chien n’est pas un loup. Pourtant, sur cette fausse croyance, on a décrété que le modèle hiérarchique était le seul valable et on a analysé tous les comportements et problèmes psychologiques du chien au travers cette vision. Ce modèle étant un dogme tautologique, on trouvera toujours à le confirmer et jamais à l’infirmer. Dès lors, depuis des années les chiens sont obligatoirement soumis à leur propriétaire qui doit jouer les dominants, le maître
Ce modèle a fait son temps. Il est temps d’en changer.
L’ancêtre de notre chien de famille – le chien indigène commensal – ne vit pas en meute hiérarchisée; il est même plus grégaire que social, il s’attache à un espace et aux (poubelles) des gens qui s’y trouvent.
Chez le chien sauvage commensal, les petits sont trop petits pour entrer en compétition avec les adultes; ils apprennent à respecter les adultes. Les adultes seraient stupides d’entrer en conflit avec leur progéniture (leur copie génétique). Les conflits surviennent quand deux chiens sont en compétition pour une ressource limité, surtout alimentaire, c’est le rapport de force et des motivations qui détermine le gagnant. Bien sûr si le chien perd tous conflits, il a intérêt à faire l’économie des combats avant que de mourir de ses blessures. Et le vainqueur de tous les conflits se voit attribuer une paix souveraine. Mais ces relations de respect mutuel ne signifient pas qu’une hiérarchie de dominance soit installée et doive être respectée.
Un chien de famille est différent d’un chien indigène. Il s’attache aux personnes plus qu’Aux lieus d’habitation. Vivant dans la maison, il interagit avec les membres de la famille et doit s’adapter aux structures familiales existantes. Cette adaptation se fait avec plus ou moins de bonheur.
J’émets l’hypothèse que c’est la structure familiale qui va décider de l’organisation sociale du chien. Le chien s’adapte à la grande majorité de ces organisations familiales. En France comme quasiment partout dans le monde, la structure de la société et de la famille étant très hiérarchisée, le chien est forcé d’être hiérarchisé. Étant donné que l’homme revendique le pouvoir de décision et d’autorité, le chien n’a plus qu’à se soumettre sans revendiquer d’autonomie. Il y a dès lors des conflits avec des chiens qui revendiquent un minimum d’autorité, de liberté et d’indépendance. La devise ‘Liberté, Égalité, Fraternité’ se résume pour le chien à ‘Dépendance, Soumission, Fraternité’; et la même fraternité est entrain d’être remplacée par des discours racistes à l’encontre de certains chiens.
Comme le chien ne vit pas spontanément en hiérarchie de dominance, il est inutile de se transformer en maître autoritaire pour bien vivre avec lui. Et ce n’est donc pas le manque d’autorité du propriétaire qui est la source des problèmes d’obéissance; c’est une question de technique et de motivation, rien d’autre.
P 386-387
Tags: devise ‘Liberté, dogme tautologique, Égalité, fausse croyance, Fraternité’, hiérarchie, le chien indigène commensal, le loup gris nordique, loup gris nordique, maître autoritaire, meute, modèle hiérarchique, organisation sociale du chien, Soumission, structure familiale, ‘Dépendance
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07/02/2011
Partage de cet extrait issu du livre ‘La raison des plus forts’, sous la direction de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utri
a
Dalida Bovet évoque les différentes formes de raisonnement rencontrées chez les animaux. Sa synthèse a la mérite d’ordonner les observations scientifiques selon le type de rationalité auxquelles elles correspondent, ce qui témoigne de la diversité des manières d’être de la raison, loin de la vision appauvrie que beaucoup s’en font lorsqu’ils la réduisent à la seule idée de rationalité intersubjective. Elle recense:
- Le raisonnement inductif: construction d’une propriété générale à partir de cas particuliers, la catégorisation en constitue l’exemple typique
- Ex: le pigeon qui distingue entre autres des photos représentants diverses figures humaines de celles représentant objets, plantes ou animaux ou….. qui distingue des peintures de différentes écoles!
- Ex: la carpe capable de distinguer différents compositeurs musicaux
- Le raisonnement par analogie: qui explique une situation inconnue par une situation connue, le concept identique/différent étant ici le plus couramment étudié
Ex: le singe-écureuil a pu correctement faire correspondre des paires d’objets à des symboles signifiant ‘identique’ et ‘différent’
- Le raisonnement déductif: de type transitif fondé sur les relations d’inclusion, telle que: si A contient B et B contient C alors A contient C
Ex: le poisson Astatotilapia burtoni détermine le rang social de ses adversaires en observant un affrontement entre deux congénères et choisir d’affronter le perdant pour augmenter ses chances de l’emporter
- Le raisonnement social: faisant référence aux inférences faites dans des situations d’interactions sociales
- Ex: le coq capable de dissimulation lorsqu’il informe par des cris les poules de la présence de nourriture, ce qui lui permet de les courtiser
- Le raisonnement causal: distinguer la cause de l’effet
- Le raisonnement spatial et temporel
Ex: le chien qui choisit entre deux chemins qu’on lui a fait pratiquer préalablement, le plus court pour accéder à une source de nourriture
- Ex: le corbeau à qui l’on montre une scène anormale car physiquement impossible (un oeuf qui flotte dans les airs), son regard s’attarde plus longuement que celui des jeunes enfants ou des chimpanzés
- Le raisonnement mathématique et la compétence numérique
Chacun de ces modes de raisonnement a été mis en évidence chez une ou plusieurs espèces animales. Les capacités cognitives des différentes espèces animales sont bien entendu très variables suivant les espèces et les domaines de raisonnement… comme pour l’homme et il serait absurde de subordonner l’accès à la raison à la capacité à pouvoir tenir tout type de raisonnement.
La rationalité animale ne peut se voir disqualifiée par le simple fait qu’elle ne recouvrerait pas exactement TOUTE l’étendue de la raison humaine. Et pourtant c’est ce qui se passe actuellement : la raison reste le propre de l’homme.
Dans nos quotidiens, on dénie aux animaux toute capacité déductive, toute pensée, toute possibilité même d’émettre une pensée. Ne serait-ce qu’au niveau du droit, par ex. ils restent des objets….. Ou on peut les abattre par centaine, parce que devenus vieux et inutiles (ref).
*mentaphobie est l’attitude de dénégation de l’existence d’une pensée animale. Donald Griffin a inventé le terme pour désigner la pratique purement idéologique consistant à censurer toute interprétation du comportement animal pour le priver de la possibilité d’avoir une conscience propre.
Pour aller plus loin:
La mentaphobie tue les animaux par David Chauvet
Tags: Astatotilapia burtoni, carpe, catégorisation, chien, chiens de traîneaux, compétence numérique, coq, corbeau, Dalida Bovet, David Chauvet, Donald Griffin, droits des animaux, Enrique Utria, Howling Dog Tours, La Raison des plus forts, massacre, mentaphobie, perroquet gris du Gabon, Pierre Jouventin, pigeon, propriété, raisonnement causal, raisonnement déductif, raisonnement inductif, raisonnement mathématique, raisonnement par analogie, raisonnement social, singe-écureuil, Whistler
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11/01/2011
Pour comprendre ce qui se passe entre l’homme et l’animal nous sommes constamment gênés par l’inadéquation et la pauvreté de la langue pour en parler. Comprendre ces phénomènes encore mal perçus et encore plus mal conceptualisés requiert l’invention d’une langue ad hoc avec son vocabulaire, ses expressions et sa syntaxe.
Dominique Lestel. L’animal singulier, p 23-24
L’être humain a le devoir de comprendre le comportement des espèces animales. Cette connaissance est essentielle pour éviter que les animaux qu’il prend pour compagnons (ou dont il se nourrit) ne souffrent inutilement, que ce soit pour une satisfaction affective, esthétique, intellectuelle ou bien à des fins simplement récréatives ou alimentaires. ….. L’éthologie est une science de l’observation, de l’étude du comportement dans toutes ses manifestations et à tous les niveaux, de la cellule à l’organisme entier et aux sociétés animales, des causes qui le déterminent et de ses fonctions (Campan et Scapini dans Ethologie: Approche systémique du comportement). Elle n’a jamais été une technique d’intervention sur le sujet, ce qui d’ailleurs ruinerait toute tentative d’observation.
(référence) 
En dépit des travaux des psychologues et d’éthologistes, le comportement de l’animal familier demeure énigmatique et mystérieux à beaucoup d’entre nous, non-spécialistes du monde animal.
Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, p 8
Se demander:
‘Quelles sont, de leur point de vue, les bonnes raisons de faire des choses en apparence aussi extravagantes ? ouvre une toute autre histoire qui donne raison aux animaux. ‘Comment depuis la perspective de l’animal, peut-on traduire la situation ? Qu’est-ce qui importe pour lui quand il agit de cette manière ?’ Ces questions indiquent le véritable sens du changement : la perspective ouvre l’interprétation non seulement à ce que la situation signifie pour un animal, mais surtout à ce qui compte pour lui.
Vincianne Despret ‘Pourquoi les perroquets ne parlent pas aux philosophes’, Dossier Sciences Humaines ‘Les animaux et nous’, juin 2008
Il semble qu’un vent souffle sur les études en éthologie, en sciences sociales, sur la manière d’interroger depuis la perspective animale qui laisse apercevoir un renouveau dans les relations hommes-animaux. Vincianne Despret dit que ‘ce renouveau traduit l’extension du souci que nous éprouvons à l’égard de certains d’entre eux et qui témoigne, aussi, du sentiment de proximité inédite entre des espèces qu’une longue tradition de hiérarchisation avait pensées comme irrémédiablement séparées’.
Certaines espèces dit-elle avec justesse….. Le chien reste le grand incompris, comme une indéchiffrable énigme de l’évolution anthropocanine.
Tags: animal familier, Campan et Scapini, comportement, comportementaliste, Dominique Lestel. L’animal singulier, espèces animales, Ethologie: Approche systémique du comportement, éthologistes, être humain, évolution anthropocanine, michel chanton, monde animal, psychologues, Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie
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02/08/2010
Tant que l’homme et les animaux sont regardés comme des créations indépendantes, un sérieux obstacle s’oppose à notre désir naturel de pousser aussi loin que possible notre recherche des causes de l’expression. Cette conception peut expliquer tout et n’importe quoi; et elle s’est révélée pernicieuse autant pour l’étude de l’expression que pour toute autre branche de l’histoire naturelle. Certaines expressions de l’homme, par exemple lorsque les cheveux se hérissent sous l’influence d’une terreur extrême ou que les dents se découvrent par l’effet d’une colère furieuse, ne sont guère compréhensibles sauf si l’on se convainc que l’homme a connu jadis un état bien inférieur et semblable à l’animalité. Le fait que certaines expressions soient communes à des espèces distinctes quoiqu’apparentées, comme les mouvements des mêmes muscles faciaux pendant le rire chez l’homme et chez divers singes, devient un peu plus compréhensible si nous croyons qu’ils descendent d’un ancêtre commun. Celui qui admet d’une façon générale que la structure corporelle et les habitudes de tous les animaux ont évolué graduellement considérera l’ensemble de la question de l’expression sous un jour nouveau et plein d’intérêt. Charles Darwin, Expression des émotions chez l’homme et les animaux, Rivages Poche, p 20-21
À quelques siècles de distance, deux conclusions similaires. Ce n’est qu’en étudiant la proximité spatiale et la continuité temporelle entre l’homme et les animaux/chiens que nous découvrirons ces communautés hybrides et qu’il sera ainsi plus facile d’appréhender la thérapie assistée par le chien.
Une communauté hybride homme/animal est une association d‘hommes et d’animaux dans une culture donnée qui c
onstitue un espace de vie pour les uns et pour les autres, dans lequel sont partagés des intérêts, des affects et du sens. Il ne s’agit pas d’associations générales mais d’associations particulières….. S’il s’agit d’associations polyspécifiques, il s’agit avant tout d’agencements chargés de sens et d’émotions entre des individus qui appartiennent à des espèces différentes, et l’individualité des protagonistes compte plus que les espèces impliquées… .
Dominique Lestel. L’animal singulier, Seuil, p 19-20
Tags: ancêtre commun, animalité, charles darwin, créations indépendantes, Dominique Lestel, expression, Expression des émotions chez l’homme et les animaux, L’animal singulier
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08/07/2010
‘C’est clair. Un animal ca ne ment pas! Son regard nous en dit long’. Le regard joue un rôle très important dans la régulation de l’interaction sociale. Le regard est une forme de contact et il offre la possibilité de créer une sphère de communication intime sans trop de complication relationnelle.
Le regard mutuel, mais aussi le fait de regarder et d’être regardé, sont des éléments importants de la communication interespèces, explique Véronique Servais de l’Université de Liège. La socialisation de l’homme s’appuie largement sur la vision. L’attachement en est la première manifestation. 
L’attachement est communément observé chez pratiquement tous les mammifères or les loups ne regardent pas dans les yeux. Est-ce à dire que les chiens ne nous regardent pas? En fait, ils regardent le visage et ‘entre eux, ils se regardent au niveau du milieu de la figure – à la hauteur d’yeux’ dit Alexandra Horowitz. ‘Alors que la menace d’agression empêche les loups, les singes et les chimpanzés d’échanger des regards, chez le chien, l’information récoltée dans nos yeux vaut la peine d’encourir un reste de cette peur ancestrale’, ‘Dans la peau d’un chien’ p 147.
Le chien nous regarde dans les yeux c’est ainsi que s’est forgée avec succès cette capacité de développer des interactions sociales et même ce petit plus que la psychologie anglo-saxonne a unifié sous le concept de théorie de l’esprit ou ‘je sais que tu penses que je pense que tu sais’. François Vital-Durand – Inserm U 846 .
Les chiens nous regardent même si dans leur nature lointaine, ils préféreraient détourner le regard… Aussi le forcer à nous regarder juste pour avoir le plaisir de lui voir les iris peut être considéré comme une agression pour le chien… à méditer lorsqu’on le force à nous regarder quand nous nous adressons à lui… comme s’il s’agissait d’un être humain…. À méditer quand le patient souhaite ce contact visuel direct, qui renvoie aux échanges intimes et chaleureux d’une conversation humaine caractéristique… à méditer car nous avons tendance à vouloir appliquer dans nos rapports cette obligation de regard droit dans les yeux avec les chiens.
Toutefois ‘quand un chien s’est habitué à vous voir, il se met à vous observer, sa vision particulière semble lui permettre de remarquer, chez vous, des choses que vous-même ne voyez pas. Très vite, vous aurez l’impression qu’il lit à même votre âme’, dit A. Horowitz en p.138. L’essentiel de ce regard dirigé vers le visage humain est qu’il emprunt d’attention : le chien décide quoi et qui regarder et observe les multiples stimuli du visage humain (les mimiques qui sont souvent aussi inconscientes).
Une mine d’informations utiles : savoir se concentrer sur l’essentiel.
Tags: Alexandra Horowitz, attachement, attention, Claude Beata, communication interespèces, communication intime, contact, contact visuel direct, interaction sociale, L’Attachement et le regard, mammifères, regard, régulation, véronique servais, Zoopsychiatrie, ‘Dans la peau d’un chien’
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10/04/2010
Joel Dehasse, vétérinaire comportementaliste diplômé, Spécialiste européen (D-ECVBM-ca) confiait : « de nombreux chiens n’aiment pas les activités de zoothérapie auxquelles ils sont forcés de participer. Il faut veiller à respecter les animaux sans les transformer en médicament à usage humain ».
Cette sollicitude fait écho aux problématiques soulevées par Fabienne Delfour, Dre ès Ethologie Cognitive, lors du Congrès international ‘L’enfant avec handicap et l’animal’, en 2008 :
Les Thérapies Assistées par l’Animal (T.A.A.) se caractérisent par leur diversité, tant au niveau des effets thérapeutiques attendus que des conditions de leur réalisation. Cependant si nous souhaitons analyser l’efficience de ces pratiques d’un point de vue scientifique, il est nécessaire de trouver un/des cadre(s) conceptuel(s) pertinent(s) pour comprendre ce qui se passe pour le patient et pour l’animal. La triade patient-thérapeute-animal constitue le socle de ces thérapies. Les bénéfices thérapeutiques sont souvent examinés et rapportés dans la littérature concernée. Malheureusement, les conséquences de ces usages et les implications pour l’animal sont encore trop peu analysées. Il serait bon de se préoccuper de l’état de bien-être de l’animal non seulement au cours des séances mais aussi sur le long-terme. Des éléments de réflexion sont proposés pour comprendre les processus impliqués et essayer de construire une approche plus respectueuse de l’ensemble des acteurs.
Les T.A.A œuvrent en faveur d’un mieux-être du patient. Cependant, dans la triade « patient – thérapeute – animal » il semble que la prise en compte du bien-être animal soit malheureusement négligée. Ce bien-être est double, en effet l’animal doit « bien se porter » (sphère physique) et « bien se sentir » (sphère mentale ou psychologique).
Tags: Animaux et Compagnies, bien-être, Fabienne Delfour, Joel dehasse, mieux-être, sphère mentale ou psychologique, sphère physique, thérapies assistées par l'animal, triade « patient - thérapeute – animal », vétérinaire comportementaliste diplômé, ‘L’enfant avec handicap et l’animal’
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20/03/2010
Il est toujours surprenant et fâchant de constater ô combien les propriétaires d’animaux de compagnie en savent plus sur leur animal que n’importe quelle étude empirique ne pourra jamais le démontrer et qu’il y a un gouffre entre ces deux savoirs, un Rubicon infranchissable. Fâchant car ce que s’évertuent à dire les humains qui vivent au quotidien avec un animal et qui témoignent de leur présence et de leur conscience et de leurs droits, c’est que l’étude de l’intelligence animale ne peut être abordée sous un angle intellectuel. Comme disait le philosophe Dominique Lestel, auteur du livre ‘Les origines animales de la culture’ , « les intelligences de l’animal (comme celles de la plupart des humains d’ailleurs) sont plutôt pratiques et concrètes ». (Pour plus de détails: http://fredericjoignot.blogspirit.com/archive/2010/01/26/le-philosophe-domini.html)
Le maître de conférences à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm insiste : « Les travaux les plus intéressants sur ce qu’on pourrait appeler ‘la pensée animale’ sont d’ailleurs faits par des éthologues de terrain qui acquièrent une longue familiarité avec les animaux qu’ils observent, et qui finissent par en faire l’ethnologie plus que l’éthologie stricto sensu ». En gros c’est ce que font les propriétaires d’animaux de compagnie sans avoir un PhD dans la poche. Ces années de cohabitation ne sont pas valables aux yeux de la science qui préfère mesurer, peser, reproduire de manière mécanique. Ce que dit le terrain de la quotidienneté c’est qu’il y a une mine de renseignements d’une incroyable richesse et d’une très grande profondeur dans la relation humain-poilu au jour le jour. Au lieu de pourchasser des variables dans les recherches et autres analyses statistiques multivariées, les scientifiques devraient certainement descendre sur le terrain, là où un « certain nombre de nos distinctions culturelles les plus fortes deviennent en effet vite obsolètes ».
Ainsi au lieu de s’acharner à prouver la réalité thérapeutique de la présence d’un chien par exemple, on pourrait s’interroger et approfondir les significations de ladite réalité. Là se niche la problématique de la « grandeur » d’une pratique de soin : elle ne se situe pas au même endroit pour tout le monde. Pour certains, l’utilisation de l’animal a de la valeur à partir du moment où elle est bénéfique à au moins une personne ; alors que pour d’autres, tant qu’elle n’est pas instituée, standardisée, et légitimée, elle perd toute valeur et est renvoyée à l’anecdotique. (Ref : Jérôme Michalon).
Tags: Champs/Flammarion, citoyens propriétaires de chiens, Dominique Lestel, Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, jerome michalon, Les origines animales de la culture’, RUBICON
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25/01/2010
Pour comprendre ce que le chien saisit de son environnement et comment il appréhende le monde, rien de mieux que d’emprunter la voix du biologiste allemand Jakob von Uexküll. Le scientifique dit qu’il faut se pencher sur ce qui fait sens chez l’animal. Examiner l’environnement subjectif et la vision du monde canine c’est examiner son Umwelt. Au début du XXè siècle, cela révolutionne l’étude scientifique des animaux.
Deux aspects sont fondamentaux dans cette démarche. D’abord qu’est-ce que le chien perçoit (par les yeux, les oreilles, le nez, la langue…). Ensuite quel impact le chien a-t-il sur le monde? Sur son monde? « Ces deux composantes – perception et action – définissent l’essentiel de l’univers pour tout être vivant. Chaque animal possède son propre Umwelt, que von Uexküll décrivait comme une bulle de savon dans laquelle chaque individu est pris » (1).
Soit dit en passant, il en va de même pour l’être humain qui se recroqueville dans son cocon ne laissant passer que quelques informations qu’il trouve essentielles et importantes, bref qui ont du sens. Cela veut dire que l’humain comme le chien ne perçoivent qu’une partie de l’univers, donc qu’ils créent une partie de leur univers avec des objets, des sensations, des habitudes… qui sont significatifs. Et que la partie de l’univers qui est spécifique pour l’humain n’aura peut-être –sûrement– absolument aucune espèce d’intérêt pour le chien. Ce qui engendre quelques dérapages car « les rencontres entre les chiens et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les hommes des gestes et des actions de leurs compagnons » (2).
L’Umwelt humaine et l’Umwelt canine se rencontrent pour créer une Umwelt anthropocanine. Il serait particulièrement intéressant et certainement riche d’enseignements si on pouvait repérer les éléments importants de l’univers d’un chien dans un univers médicalisé. Repérer les éléments pivots de l’univers chez un chien et chez un humain c’est devenir un peu l’objet de son étude.
C’est devenir anthropologue en terre inconnue.
1/Horowitz, Alexandra. Dans la peau d’un chien. Flammarion. 2009, p. 27
2/ Op. Cit. p.31
Tags: Alexandra, anthropocanine, appréhende le monde, biologiste allemand, bulle de savon, chien impact percevoir, dans la peau d’un chien, Flammarion, Horowitz, Jakob von Uexküll, Umwelt, XXè siècle
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