Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Le chien et l’université’

Darwin et les chiens

26/11/2012

Article de  Jean-Louis de Montesquiou: Les chiens de Darwin

Darwin adorait les chiens. Il en a eu des quantités, de son plus jeune âge jusqu’à sa mort (sa dernière chienne, Polly, ne lui a survécu que quelques jours). Il les traitait avec beaucoup de sollicitude, et leur prêtait une grande attention. Si grande, en fait, qu’on peut considérer les chiens comme Les chiens de Darwin d'Emma Townshendles principaux contributeurs à sa théorie de l’évolution, avant même les passereaux des Galapagos, les cirripèdes ou encore les vers de terre. C’est ce que montre avec force détails Emma Townshend, éminente spécialiste de Darwin.
Dans un premier temps, les chiens ont permis à Darwin de démontrer, avec quantité de faits incontestables et connus de son lectorat à l’appui, comment, à partir d’un ancêtre commun, les espèces évoluent en se spécialisant. Pour les canidés, l’ancêtre commun serait le Canis Lupus ; en revanche, la puissance à l’œuvre dans leur cas ne serait pas la sélection naturelle, mais la sélection artificielle, opérée depuis quelques milliers d’années par les hommes – éleveurs de chiens. Avec pour résultat, non seulement une variation maximale (la plus importante parmi toutes les espèces de vertébrés), mais en plus une bonne documentation du processus, du moins depuis qu’est apparue en Angleterre la notion de pedigree. Darwin a pu démontrer que si en quelques millénaires – un clin d’œil dans l’histoire du monde –, voire en quelques dizaines de générations pour des races plus récentes, on avait pu produire des spécialisations aussi extrêmes et différentes que le chihuahua, le lévrier, ou le bouledogue, le même processus déroulé sur des centaines de millions d’années pouvait expliquer les variations de la vie sur Terre depuis un ancêtre commun présumé. Car la sélection artificielle, dictée par les intérêts fort différents des chasseurs, des bergers, des esseulés en quête de compagnie, ou des craintifs en quête de protection, opère de façon beaucoup plus rapide que la sélection naturelle, qui a tout son temps. À la base de l’évolution canine, écrit Darwin, « on trouve la capacité humaine à produire de la sélection par accumulation : la nature offre les variations successives, et l’homme les additionne en fonction de ses intérêts spécifiques ». En d’autres termes, la nature n’est rien d’autre qu’un « gigantesque et très habile éleveur ».

Le chien en première ligne

Mais le chien est venu, sur le tard, encore assister Darwin dans un combat bien plus difficile : la délicate démonstration que l’homme, quoique peut-être au bout de la chaîne de l’évolution, n’est pas pour autant séparé de celle-ci ni affranchi de ses lois. Et pour détruire le mythe de l’unicité de l’homme dans la création, c’est le chien que Darwin envoie en première ligne. Comment expliquer que l’homme serait le fruit d’un continuum étalé sur des millions d’années à un public encore persuadé que, comme l’avait calculé l’évêque Ussher, la terre n’était vieille que de 6000 ans (la création du monde s’étant produit dans la soirée du 22 octobre 4004 av. J.-C.) ? Comment convaincre ce même public, que même si l’homme pouvait garder le privilège d’avoir une âme (apparue à un moment ou à un autre du processus évolutif), il n’était pas pour autant un être à part ? Eh bien, il suffit pour Darwin de montrer, chiens à l’appui, que l’homme n’a aucunement l’exclusivité des sentiments moraux.

En appelant donc à la rescousse toutes ses expériences canines, directes ou indirectes, il montre que nous n’avons pas le monopole de la joie ni de la tristesse, de l’amour ni de la haine, de l’altruisme ni de la fidélité ; pas plus que celui de l’imagination, de la conceptualisation, du sens de l’humour ou de la superstition. Le chien qui dort aux côtés de son maître, jappant et agitant ses pattes : il rêve, c’est sûr, donc il se forme des images mentales. Le terre-neuve qui sauve un enfant de la noyade, le terrier qui pendant quatorze ans passe ses journées sur la tombe de son maître : comment nier qu’il ne s’agisse là d’un comportement moral ? Quant au toutou qui attend qu’on s’approche de lui pour repartir avec la balle qu’on vient de lui lancer, c’est évidemment un taquin, doté d’un sens de l’humour primaire mais réel. Darwin pousse même le bouchon un peu plus loin, jusque dans le domaine métaphysique : « le sentiment de dévotion religieuse est quelque chose de très complexe, composé d’amour, de soumission totale envers un mystérieux êtrLe Darwin-Foxe supérieur adoré ; un sentiment de dépendance, de crainte, de révérence de gratitude, d’espoir pour le futur, etc. » écrit-il avant de conclure : « On voit quelque chose d’approchant dans l’amour inconditionnel d’un chien pour son maître, et sa profonde soumission envers lui. » Bref, « les chiens possèdent quelque chose de très voisin de la conscience ».

L’humanité doit une fière chandelle à Darwin, et Darwin aux chiens. Ce n’est donc que justice si l’on a aussi donné son nom à une espèce rarissime, une branche à part sur l’arbre de l’évolution canine, intermédiaire entre le chien et le renard, qu’il avait lui-même identifiée dans une île au large du Chili : le Darwin-Fox.

Ce sont nos problèmes, pas les leurs

13/09/2011

Rats de laboratoireEn dépit de découvertes hyperperfectionnées, mais très limitées - l’espèce canis familiaris a ainsi fait avancer les connaissances sur la narcolepsie, les myopathies ou les dégénérescences de la rétine - les méthodes expérimentales sur les animaux demeurent des approximations de la réalité physiologique humaine et peut-être même des aberrations. Par ailleurs, il faudrait évaluer le nombre d’humains sauvés pour le nombre d’animaux expérimentés.  Il existe certes de grandes ressemblances fonctionnelles entre les hommes et les animaux – la génétique nous l’indique -mais il y a quelque chose de malsain dans les recherches sur les animaux qui semblent, entre autre, reposer sur un raisonnement bancal: parce que l’homme lui reconnait la faculté de souffrir comme lui, alors l’animal peut servir de modèle.
En fait, on pose des problèmes à  (cf. Georges Canguilhem) l’animal de laboratoire qu’il ne peut par définition pas résoudre, par ce que ‘ce sont les nôtres pas les siens’. Dans la situation expérimentale, l’animal est dans un environnement anormal qui lui est imposé. Il se trouve dans une situation de contrainte. Quel espace pour la spontanéité dans ces cas là? Quelle sorte de comportements peut-il bien en résulter? Pire quel sens tout cela a pour lui? Quel Umwlet?
Car le misérable choix qui est proposé entre, par exemple, un choc électrique pour obtenir un aliment et une absence de choc électrique mais qui prive l’animal de tout aliment, ne constitue pas un comportement c’est-à-dire un débat avec le milieu. C’est pourtant en prenant appui sur ce type d’études que l’on décide des normes techniques des systèmes de contention des animaux (animaux élevés pour la consommation, animLiberté et inquiétude de la vie animaleaux élevés pour leur fourrure, animaleries de laboratoire etc.) estimant que ces études rendent compte des comportements spécifiques. Aussi en conclut-on que l’animal a manifesté ‘sa préférence’, explique Florence Burgat, dans Liberté et inquiétude de la vie animale (p. 235-236).
Et il y a plus : le fantasme d’objectivité est impensable dans un tel dispositif expérimental. Dès lors qu’il y a un homme, de surcroit scientifique et un animal appelé à exécuter une action, il y a construction. Le dispositif scientifique mis en place pour tester  tel aspect induit inévitablement influence de l’homme et de l’animal, donc il y a production d’une nouvelle réalité. Elle se construit par la relation entre deux êtres actifs et qui s’activent mutuellement, dit Vinciane Despret philosophe et psychologue.

Les animaux, eux aussi, s’engagent dans l’expérience et dans la relation qui leur est proposée, même s’ils ne peuvent pas l’exprimer. A nous de trouver les dispositifs qui permettent d’entendre leurs réponses. Les animaux nous regardent jusqu’où peut-on aller dans l’expérimentation animale?

Pour aller plus loin:

Vinciane Despret: Animal et humain, d’individu à individu

Samedi, Journée Mondiale des Animaux dans les Laboratoires

20/04/2011

Un rassemblement européen contre l’expérimentation animale, scientifiquement et éthiquement irrecevable se tiendra samedi à Paris (info).

Les émotions des animauxL’expérimentation animale c’est l’histoire d’une schizophrénie. Dès les débuts, la biologie et la physiologie ont montré qu’il existait de grandes ressemblances fonctionnelles entre l’homme et l’animal. Ensuite, Darwin a formulé que l’homme et l’animal sont liés par les origines. Ce qui veut dire que les hommes et les animaux ont les mêmes systèmes chimiques et neurobiologiques C’est le socle à partir duquel les scientifiques se sont adonnés à toutes sortes d’expériences. On a donc eu fréquemment recours aux animaux pour tester et développer des médicaments destinés à traiter les troubles mentaux, par ex, dont souffrent les humains. …. Or, si les animaux réagissent à ces médicaments comme les humains, il y a de fortes chances que leurs bases neurales soient les mêmes et qu’ils éprouvent les mêmes sentiments, non? (Voir Marc Bekoff. Les émotions des animaux. p 44-45)
Expérimentation animale-Science&VieDéduire de l’étude des animaux des enseignements transposables à l’homme : le recours à l’expérimentation animale tient tout entier dans cet axiome. En 1850, Claude Bernard, fondateur de la médecine expérimentale découvrait sur le chien la fonction glycogénique du foie, marquant ainsi le triomphe absolu de l’expérimentation animale. D’un côté on reconnait une identité commune sans laquelle il n’y aurait pas d’expérimentation. De l’autre et au même moment, on renie ce lien pour pouvoir faire des expérimentations, pour pouvoir se donner la bonne conscience de mener ces expérimentations.

Tel est le paradoxe absurde sur lequel repose l’expérimentation animale, paradoxe qui se pose avec d’autant plus d’acuité que la science repousse chaque jour les compétences des non-humains.

Non à l’éloignement de l’animal des sciences sociales

24/01/2011

Origines animales de la cultureAvec Dominique Lestel – Origines animales de la culture – nous partageons l’idée que l’éloignement de l’animal des sciences sociales ne peut plus tenir devant l’avancée des découvertes ou face au penser ensemble l’homme et l’animal. En aucun cas il ne s’agit de sociobiologie ou d’annexion d’un champ de réflexion par un autre au profit d’une dérive du tout génétique mais bel et bien d’un travail conjoint, d’un apport méthodologique mutuel, d’ouverture dans une perspective non réductionniste.

 
Shirley StrumLes sciences de l’animal se transforment en sciences sociales à partir du moment où l’animal-objet est éliminé, au profit de l’animal-sujet et de l’animal-chose et où l’ambiguité de cette distinction devient problématique. La phrase célèbre de Durkheim selon laquelle les faits sociaux sont des choses est fondatrice des sciences de l‘homme mais aussi des sciences de l’animal. De même que l’homme des sciences sociales est une construction par laquelle le sujet humain peut devenir le sujet d’une science nouvelle, de même l’animal des sciences de l’animal est une construction par laquelle le sujet animal peut devenir le sujet d’une science inédite en l’occurrence une zoologie culturelle pour les mêmes raisons qu’il existe une anthropologie culturelle. Cette transformation est très claire chez des ornithologues comme Amotz Zahavi ou chez les primatologues comme Frans de Waal, Richard Wrangham ou Shirley Strum. P 307-308
…..
Les sciences de l’animal peuvent ainsi prétendre occuper une place au sein des sciences sociales élargies aux organismes sociaux en général et ne peut plus seulement se restreindre à l’humain. Elles peuvent de surcroît en revendiquer l’une des premières places. Elles sont en effet dans une bonne position pour aborder l’une des questions centrales des sciences sociales, celle des relations de la phylogénèse des organismes, de l’histoire culturelle des populations et de l’histoire individuelle des sujets. Certaines sociétés animales sont constituées d’ethnies animales, mais ces peuples animaux ne sont pas nécessairement superposables aux ethnies humaines. Il ne s’agit pas pour autant de rejeter l’animal dans les limites d’une zoologie problématique, mais de développer une authentique ethnologie différentielle. P 309-310

Le chien au secours d’une médecine de l’ignorance

06/01/2011

Et les animaux sont peut-être moins déstabilisants lorsqu’il est question de jauger leurs valeurs thérapeutiques à l’aune des connaissances des sciences médicales, mais insidieusement, ils n’en sont pas moins interrogeants : «  À trop vouloir limiter les animaux à de purs corps mécaniques, ne risque-t-on pas de reconnaître à cette machinerie des capacités telles que l’on est conduit à se demander si notre propre machine corporelle n’est pas à elle seule capable d’expliquer l’ensemble de nos actes, et donc à faire l’économie d’une âme chez l’homme ? » (Florence Burgat, 2006). L’anthropologie a ainsi été conduite à emprunter des théories, des concepts et des méthodes à de nombreuses disciplines « la biologie, à la sociologie, à l’histoire, aux sciences de l’environnement, à la linguistique, à la sémiologie et plus largement aux humanités, emprunts qu’elle a intégrés dans des proportions variables et selon des scénarios diversifiés » (Gilles Bibeau, 2001, L’anthropologie : une discipline carrefour?). Il serait temps d’aller voir du côté de l’animal « enfin évadé des enclos disciplinaires où il était parqué pour venir imposer sa présence muette dans des espaces théoriques à l’intérieur desquels il n’était qu’exceptionnellement convié » (Gérard Lenclud, Si un lion pouvait parler, 1998).
Le corps médical n’en reviendrait-il pas, avec la thérapie assistée par le chien (TAC), au savoir hippocratique, dans le sens où « la médecine hippocratique n’est pas seulement une médecine ignorante de ce que la science lui permettra d’apprendre par la suite, c’est une médecine qui, de ce fait, ne pouvait faire autrement que de compter avec l’ignorance. Compter avec l’ignorance voulait alors dire être obligé de tenir compte du patient et de son discours car c’est lui seul qui pouvait renseigner la médecine de son état. La médecine hippocratique était une médecine déductive, basée sur l’observation et sur le patient » ? (Christian Morel, 2001).
Les animaux ne peuvent pas être considérés comme une panacée, ils ne peuvent pas guérir le cancer, l’hypertension artérielle ou l’incontinence urinaire. Cependant, ils induisent de petits effets qui, répétés fréquemment, peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie et atténuer les effets stressants des contrariétés de tous les jours. À l’instar de Michel Foucault, la TAC c’est un peu l’aménagement de la prévention. Mais c’est surtout « par l’intermédiaire des soins, formes variées d’attention à l’autre, il y aurait cette possibilité d’un travail effectué autour de l’individu, de son corps, de son histoire, de sa parole. Par ce travail s’exprime aussi bien la quête du sens […], que la quête des sens […] et les chemins de l’embodiment et d’une nature corporéisée. C’est un travail par lequel s’exprime aussi parfois la recherche d’un ultime ailleurs, un monde autre et surnaturel ouvrant au salut. Par le travail de connection, les soins se veulent ainsi la réunification des dimensions de l’être et, dans leur version moderne, du soi individuel» (Soins, corps, altérité, Volume 23, numéro 2, Anthropologie et Sociétés, 1999).
En ce sens, la TAC ne dépersonnalise pas le patient mais renforce la compréhension de l’Autre (patient) grâce à une décision médicale (pouvoir du médecin) basée sur des présomptions de bien-être pour le patient.

‘Données’ est le pluriel d’anecdote

07/10/2010

Face à un travail de recherches, les scientifiques considèrent toujours la fiabilité des données, la manière dont elles ont été rassemblées et comment elles sont finalement expliquées, interprétées et diffusées. Les anecdotes (ou les histoires) sont des données qui ont toujours leur place dans les descriptions des animaux. Certains scientifiques pourtant détestent ou ignorent les anecdotes sous prétexte que ‘ce ne sont là que des histoires rien de plus’. Ce ne sont pas des ‘données dures’; elles ne sont pas reproductibles et peuvent être trop entachées de parti pris et d’implication personnelle. Toutefois notre façon de théoriser l’évolution du comportement repose en grande partie sur des histoires. Les scientifiques qui y trouvent à redire sont peu nombreux.

Marc Bekoff. Les émotions des animaux, Manuels Payot, 2007, p. 220

On reproche souvent aux études sur la thérapie assistée par le chien (TAC) de ne pas présenter des panels de cas suffisants pour en extraire des données biomédicales irréprochables. Les intervenants de TAC voulant à tout prix utiliser des outils inadaptés et inadaptables ne pourront faire face à la puissante machine pharmaco-médicale. À moins….
Pourquoi ne pas envisager chacun des cas étudié sous cet angle de l’anecdote, après tout chaque chien est unique, chaque malade est unique, chaque intervenant est unique, chaque histoire est unique. L’accumulation de toutes ces anecdotes zoothérapeutiques – et ça commence à en faire depuis le temps – nous autorise à constituer une solide base de données sur la thérapie assistée par le chien et ainsi forger des outils susceptibles de faire avancer la recherche empirique et de susciter de nouvelles histoires. Et oui les contextes sont différents, les époques, les interventions… mais les émotions derrière chacune des activités, les résultats observés et quantifiés… ont une origine commune : la thérapie émotions des animauxassistée par le chien a des impacts notoires. Est-ce que cela sera seulement suffisant? Car la recherche scientifique se nourrit de théories largement acceptées, centrales et unificatrices, c’est demander beaucoup que d’ouvrir à d’autres démarches, mais Marc Bekoff (p. 220) le dit :

En réalité, les analyses systématiques des anecdotes peuvent déboucher sur des données reproductibles par le biais d’expériences imitant des situations anecdotiques.

En ce sens, c’est à la recherche en thérapie assistée par le chien de siphonner dans les anecdotes, actuellement disponibles, les données reproductibles et de les reproduite, alors il y aura reconnaissance et entrée dans le monde biomédical.

Impensable anthropologie anthropocanine

17/09/2010

anthropologie-que-sais-jeMÉTHODOLOGIE
La contribution de l’anthropologie repose sur une méthodologie privilégiée : l’enquête de longue durée sur le terrain, l’observation participante, la communication directe avec des sujets sociaux qui ont eux-mêmes leur interprétation du monde. Elle repose ensuite sur  sa fécondité épistémologique fondée sur une histoire, qui est aussi celle de ses concepts et de ses hypothèses théoriques. p .5-6

La description minutieuse des comportements humains dans leur contexte historique et culturel, d’une part, la comparaison avec d’autres formes dans le temps et dans l’espace, d’autre part, fondent la capacité d’analyse propre à l’anthropologie. P 20

QU’EST-CE QUE L’ANTHROPOLOGIE ?
Discipline carrefour (p. 7)
Étonnement systématique pour interroger les faits sociaux. P . 16
Envisager une condition humaine en perpétuelle redéfinition. P 20
Perpétuel mouvement de transformation. P 76
L’anthropologie a pour but ultime d’expliquer la variabilité des faits humains, et l’étude cette variabilité inclut forcément aussi celle des ressemblances et des universaux. P. 107

INFORMATEUR
Inciter un informateur à formuler une explication à partir d’indices divers comme des pratiques rituelles, des comportements quotidiens, des rapprochements symboliques proposés par des proverbes, des aphorismes, des prières, des étymologies, ce n’est pas ‘recueillir’ c’est créer une représentation qui ne préexistait sans doute pas comme telle. P 81

COLLECTE DE DONNÉES
L’anthropologue sait depuis Durkheim que le travail de collecte de données doit être subordonnée à la construction théorique de son objet de rechercher.  P82

HOMME PLURIEL-RELATION
L’anthropologie a démontré l’intime solidarité du corps individuel et de la relation sociale, l’impossibilité de penser la maladie et la mort en termes purement individuels. Cette impossibilité est aussi celle de penser l’homme seul : l’homme ne se pense qu’au pluriel. P 14 cereales.lapin.org

RÔLE DE L’ANTHROPOLOGUE
Le rôle des anthropologues n’est pas de découvrir des groupes inconnus ni de combler des lacunes de l’atlas culturel mondial, mais plutôt de proposer une analyse critique des modes d’expressions culturels dans le contexte historique qui leur donne leur sens. P 122

NOUVEAUX TERRAINS
Qu’ils soient paisibles (tourisme, world music, mouvements culturels et artistiques) ou pénibles (bidonvilles, camps de réfugiés, gangs, immigration clandestine, drogue, prostitution), les nouveaux terrains de l’anthropologie sont de nature historique et changent sous nos yeux. P 19

→ Mais le relation anthropocanine ne fait pas partie des nouveaux terrains qui seraient dignes d’intérêt… Au Québec du moins. La coupure nature/surnature n’a pas été consommée.

 Pour en savoir plus:
Marc Augé, Jean-Paul Colleyn, L’anthropologie, Que Sais-je ? No 3705

L’oubli de la nature

17/05/2010

L’union entre nature et culture nous permet d’appartenir au monde. En oubliant la nature dans ses pratiques, les sciences humaines ont exclu derechef une partie de la compréhension de l’homme : celle capable de s’émouvoir devant le spectacle de la vie.
L’anthropologie s’est intéressée très tôt à la place symbolique et pragmatique qu’occupaient les animaux dans certaines communautés humaines. Il en est ressorti que l’animal est un élément non négligeable dans de nombreuses cultures. Mais, elle s’est longuement cantonnée à le faire par défaut, un chapitre parfois même seulement un paragraphe dans un gros livre. L’animal n’était qu’une représentation de la culture de l’homme. L’anthropologie n’a jamais pu concevoir que l’animal et l’homme partagent une aire commune dans une société hybride.faire sa marque en sciences humaines
Depuis quelques décennies , la diffusion de travaux concernant les relations anthropozoologiques connait une vraie croissance en Europe et aux USA. Les indices de l’existence d’une question animale sont évidents : le nombre de chiens et de chats vivant dans les foyers occidentaux, le poids économique du marché de l’animal de compagnie, le poids des associations de protection et de défense des animaux domestiques, la prise en compte du bien être animal dans les pratiques d’élevage…. Les rapports anthropozoologiques ne sont pas objet légitime et central pour les approches sociologiques qui n’y voient pas d’enjeu social et une question légitime dans le champ intellectuel. L’absence de l’anthropologie dans ces réflexions est déplorable. Pour Catherine Remy, docteur en sociologie, Chargée de recherche au Centre de Sociologie de l’Innovation, Paris, cela serait dû au fait qu’une « discipline s’affirme et se positionne à travers la délimitation d’un champ de recherches qui définit un ensemble d’objets d’études légitimes. En même temps, il est bien connu aussi qu’une discipline se renouvelle en interrogeant cette délimitation et en proposant de nouvelles perspectives qui agrandissent, déplacent ou bien retraduisent ce champ. Il me semble qu’aujourd’hui la question des relations homme-animal pose ce type d’interrogation à la sociologie, et plus généralement aux sciences humaines ».
faire sa marque en sciences humainesIl est grand temps que l’anthropologie saute dans le bateau des relations anthropocanines-anthropo-animales et qu’elle commence à considérer sérieusement les pratiques, les imaginaires et les débats qui engagent actuellement l’animal dans les sociétés européennes et nord-américaines. C’est sa place. Il est temps de renouveler la base de ses outils épistémologiques pour penser la relation animale au risque de se déstabiliser.
Car, l’oubli de la nature donc de l’animal comme espace de recherches à part entière dans  les sciences humaines a contribué à faire de l’homme un être inabouti.

Pour en savoir plus
« Relations anthropozoologiques. Nouvelles approches & jeunes chercheurs (2010) », Journée d’étude, Calenda

Le chien : élément du milieu de la personne avec autisme

10/05/2010

L’empathie pour et la compréhension des animaux pourrait être un pattern général dans l’autisme.
Les caractéristiques de la personne avec autisme l’empêchent de tirer profit de toutes les interactions naturelles et stimulations qui se présentent quotidiennement dans son environnement. Elle comprend mal les conventions sociales. Le 6eme sens, le ‘sens social’ qui fait référence à l’empathie, à la perspective sociale, à la capacité de comprendre que les autres ont des émotions, des convictions, des désirs et des connaissances n’est pas développé. Souvent isolée, cette personne manifeste peu d’intérêt envers les gens autour, initie rarement les contacts, ne répond pas aux tentatives des autres qui tentent d’entrer en relation.
Le neurologue Oliver Sacks estime que lorsqu’un autiste vit avec un chien, l’animal peut remplir la fonction de décrypteur d’âme humaine. Le neurologue va même plus loin en disant que certains autistes vivent avec des chiens qui leur fournissent une sorte d’assistance perceptuelle centrée sur les perceptions sociales : ces animaux leur permettent parfois de ‘lire’ l’esprit et les intentions de leurs visiteurs beaucoup mieux qu’ils ne pourraient le faire eux-mêmes (Oliver Sacks, p. 381 Un anthropologue sur Mars).
’L’autiste ne sait pas associer un froncement de sourcil à l’inquiétude, ni interpréter une intonation montante comme un signe de peur ou d’angoisse : le chien lui est sensible à l’état d’esprit que traduisent ces éléments’, avance Alexandra Horowitz (p. 158. Dans la peau d’un chien). Le chien communiquerait ses intentions à un niveau que les personnes avec autisme trouvent facile à comprendre. En effet, les humains et les chiens ne communiquent pas de la même façon car ils utilisent deux canaux différents: le visuel non verbal et le verbal-auditif (Watzlawick, Jackson & Beavin, 1967).

Le 16 mai prochain, un colloque multidisciplinaire se penchera sur les résultats et les réflexions d’années de recherches de 4 professionnels du milieu – Ouvert à tous !

Le 16 mai prochain, un colloque multidisciplinaire se penchera sur les résultats et les réflexions d’années de recherches de 4 professionnels du milieu – Ouvert à tous !

Le cœur du déficit de communication pourrait être dans la combinaison d’informations verbales et non verbales. Ainsi, la communication avec les chiens serait plus simple en l’absence d’informations verbales. (pour l’article complet)

L’AUTISME
La classification internationale des maladies (CIM10) définit l’autisme comme un trouble du développement caractérisé par des perturbations dans les domaines des interactions sociales et de la communication, et par des comportements, intérêts et activités au caractère restreint et répétitif.
Source: Recommandations sur le dépistage et le diagnostic précoce, Fédération française de psychiatrie.

Pour en savoir plus :
http://sandraetlechien.com/pdf/article_zootherapie_sandrafriedrich.pdf
Charte canadienne des droits pour les personnes ayant l’autisme
http://www.mira.ca/fr/r-amp-d/10/autisme_101.html

Panorama d’une socio-anthropologie des relations humain/animal….mais pas au Québec

05/05/2010

Il s’en passe des congrès, des journées de réflexion et des colloques…. de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis quelques années un nouvel objet dans le paysage des sciences sociales françaises émerge : les relations anthropozoologiques. Ca veut dire comprendre ce qui relie humains et animaux dans l’ici et le maintenant, ainsi que les différentes modalités d’un « faire société » qui dépasserait les barrières de l’espèce.relations anthropozoologiques
… À croire qu’au Québec, la relation homme/animal n’est pas un sujet à conceptualiser, n’est peut-être pas une réalité à penser… Ou plus insidieusement, est-ce parce que ces travaux sont marqués par de nombreux métissages conceptuels et épistémologiques ? Ou plus encore, sur la multitude de terrains potentiels, il y a de nombreuses difficultés à trouver des ressources conceptuelles sur les relations anthropozoologiques….alors forcément, là où certaines réflexions classiques y voient un ‘frein’ d’autres dessinent l’esquisse d’un nouvel objet de recherche et partent à la conquête d’un nouveau continent.
C’est une ritournelle désormais bien connue.
Les journées d’étude consacrées aux relations anthropozoologiques se dérouleront les 17 et 18 mai 2010 à l’université de Genève. Relations anthropozoologiques. Nouvelles approches & jeunes chercheurs (2010)


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