Archive de la catégorie ‘Le chien et l’université’
24/01/2011
Avec Dominique Lestel – Origines animales de la culture – nous partageons l’idée que l’éloignement de l’animal des sciences sociales ne peut plus tenir devant l’avancée des découvertes ou face au penser ensemble l’homme et l’animal. En aucun cas il ne s’agit de sociobiologie ou d’annexion d’un champ de réflexion par un autre au profit d’une dérive du tout génétique mais bel et bien d’un travail conjoint, d’un apport méthodologique mutuel, d’ouverture dans une perspective non réductionniste.
Les sciences de l’animal se transforment en sciences sociales à partir du moment où l’animal-objet est éliminé, au profit de l’animal-sujet et de l’animal-chose et où l’ambiguité de cette distinction devient problématique. La phrase célèbre de Durkheim selon laquelle les faits sociaux sont des choses est fondatrice des sciences de l‘homme mais aussi des sciences de l’animal. De même que l’homme des sciences sociales est une construction par laquelle le sujet humain peut devenir le sujet d’une science nouvelle, de même l’animal des sciences de l’animal est une construction par laquelle le sujet animal peut devenir le sujet d’une science inédite en l’occurrence une zoologie culturelle pour les mêmes raisons qu’il existe une anthropologie culturelle. Cette transformation est très claire chez des ornithologues comme Amotz Zahavi ou chez les primatologues comme Frans de Waal, Richard Wrangham ou Shirley Strum. P 307-308
…..
Les sciences de l’animal peuvent ainsi prétendre occuper une place au sein des sciences sociales élargies aux organismes sociaux en général et ne peut plus seulement se restreindre à l’humain. Elles peuvent de surcroît en revendiquer l’une des premières places. Elles sont en effet dans une bonne position pour aborder l’une des questions centrales des sciences sociales, celle des relations de la phylogénèse des organismes, de l’histoire culturelle des populations et de l’histoire individuelle des sujets. Certaines sociétés animales sont constituées d’ethnies animales, mais ces peuples animaux ne sont pas nécessairement superposables aux ethnies humaines. Il ne s’agit pas pour autant de rejeter l’animal dans les limites d’une zoologie problématique, mais de développer une authentique ethnologie différentielle. P 309-310
Tags: Amotz Zahavi, animal machine, animal-chose, animal-sujet, anthropologie culturelle, behavioristes, cartésiens, cognitivistes, Durkheim, ethnologie différentielle, Frans de Waal, Jérémy Bentham, phylogénèse des organismes, Richard Wrangham, sciences animales, sciences sociales, Shirley Strum, sociobiologie, subjectivité, zoologie culturelle
Publié dans
En se promenant, Le chien et l’université | Aucun commentaire »
06/01/2011
Et les animaux sont peut-être moins déstabilisants lorsqu’il est question de jauger leurs valeurs thérapeutiques à l’aune des connaissances des sciences médicales, mais insidieusement, ils n’en sont pas moins interrogeants : « À trop vouloir limiter les animaux à de purs corps mécaniques, ne risque-t-on pas de reconnaître à cette machinerie des capacités telles que l’on est conduit à se demander si notre propre machine corporelle n’est pas à elle seule capable d’expliquer l’ensemble de nos actes, et donc à faire l’économie d’une âme chez l’homme ? » (Florence Burgat, 2006). L’anthropologie a ainsi été conduite à emprunter des théories, des concepts et des méthodes à de nombreuses disciplines « la biologie, à la sociologie, à l’histoire, aux sciences de l’environnement, à la linguistique, à la sémiologie et plus largement aux humanités, emprunts qu’elle a intégrés dans des proportions variables et selon des scénarios diversifiés » (Gilles Bibeau, 2001, L’anthropologie : une discipline carrefour?). Il serait temps d’aller voir du côté de l’animal « enfin évadé des enclos disciplinaires où il était parqué pour venir imposer sa présence muette dans des espaces théoriques à l’intérieur desquels il n’était qu’exceptionnellement convié » (Gérard Lenclud, Si un lion pouvait parler, 1998).
Le corps médical n’en reviendrait-il pas, avec la thérapie assistée par le chien (TAC), au savoir hippocratique, dans le sens où « la médecine hippocratique n’est pas seulement une médecine ignorante de ce que la science lui permettra d’apprendre par la suite, c’est une médecine qui, de ce fait, ne pouvait faire autrement que de compter avec l’ignorance. Compter avec l’ignorance voulait alors dire être obligé de tenir compte du patient et de son discours car c’est lui seul qui pouvait renseigner la médecine de son état. La médecine hippocratique était une médecine déductive, basée sur l’observation et sur le patient » ? (Christian Morel, 2001).
Les animaux ne peuvent pas être considérés comme une panacée, ils ne peuvent pas guérir le cancer, l’hypertension artérielle ou l’incontinence urinaire. Cependant, ils induisent de petits effets qui, répétés fréquemment, peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie et atténuer les effets stressants des contrariétés de tous les jours. À l’instar de Michel Foucault, la TAC c’est un peu l’aménagement de la prévention. Mais c’est surtout « par l’intermédiaire des soins, formes variées d’attention à l’autre, il y aurait cette possibilité d’un travail effectué autour de l’individu, de son corps, de son histoire, de sa parole. Par ce travail s’exprime aussi bien la quête du sens […], que la quête des sens […] et les chemins de l’embodiment et d’une nature corporéisée. C’est un travail par lequel s’exprime aussi parfois la recherche d’un ultime ailleurs, un monde autre et surnaturel ouvrant au salut. Par le travail de connection, les soins se veulent ainsi la réunification des dimensions de l’être et, dans leur version moderne, du soi individuel» (Soins, corps, altérité, Volume 23, numéro 2, Anthropologie et Sociétés, 1999).
En ce sens, la TAC ne dépersonnalise pas le patient mais renforce la compréhension de l’Autre (patient) grâce à une décision médicale (pouvoir du médecin) basée sur des présomptions de bien-être pour le patient.
Tags: altérité, aménagement de la prévention, Anthropologie et sociétés, Christian Morel, corps, florence burgat, Gérard Lenclud, Gilles Bibeau, médecine hippocratique, michel foucault, numéro 2, panacée, savoir hippocratique, soins, Volume 23, ‘Et si un lion pouvait parler’
Publié dans
Le chien et l’université | Aucun commentaire »
07/10/2010
Face à un travail de recherches, les scientifiques considèrent toujours la fiabilité des données, la manière dont elles ont été rassemblées et comment elles sont finalement expliquées, interprétées et diffusées. Les anecdotes (ou les histoires) sont des données qui ont toujours leur place dans les descriptions des animaux. Certains scientifiques pourtant détestent ou ignorent les anecdotes sous prétexte que ‘ce ne sont là que des histoires rien de plus’. Ce ne sont pas des ‘données dures’; elles ne sont pas reproductibles et peuvent être trop entachées de parti pris et d’implication personnelle. Toutefois notre façon de théoriser l’évolution du comportement repose en grande partie sur des histoires. Les scientifiques qui y trouvent à redire sont peu nombreux.
Marc Bekoff. Les émotions des animaux, Manuels Payot, 2007, p. 220
On reproche souvent aux études sur la thérapie assistée par le chien (TAC) de ne pas présenter des panels de cas suffisants pour en extraire des données biomédicales irréprochables. Les intervenants de TAC voulant à tout prix utiliser des outils inadaptés et inadaptables ne pourront faire face à la puissante machine pharmaco-médicale. À moins….
Pourquoi ne pas envisager chacun des cas étudié sous cet angle de l’anecdote, après tout chaque chien est unique, chaque malade est unique, chaque intervenant est unique, chaque histoire est unique. L’accumulation de toutes ces anecdotes zoothérapeutiques – et ça commence à en faire depuis le temps – nous autorise à constituer une solide base de données sur la thérapie assistée par le chien et ainsi forger des outils susceptibles de faire avancer la recherche empirique et de susciter de nouvelles histoires. Et oui les contextes sont différents, les époques, les interventions… mais les émotions derrière chacune des activités, les résultats observés et quantifiés… ont une origine commune : la thérapie
assistée par le chien a des impacts notoires. Est-ce que cela sera seulement suffisant? Car la recherche scientifique se nourrit de théories largement acceptées, centrales et unificatrices, c’est demander beaucoup que d’ouvrir à d’autres démarches, mais Marc Bekoff (p. 220) le dit :
En réalité, les analyses systématiques des anecdotes peuvent déboucher sur des données reproductibles par le biais d’expériences imitant des situations anecdotiques.
En ce sens, c’est à la recherche en thérapie assistée par le chien de siphonner dans les anecdotes, actuellement disponibles, les données reproductibles et de les reproduite, alors il y aura reconnaissance et entrée dans le monde biomédical.
Tags: analyses systématiques, anecdote, données, données biomédicales, fiabilité des données, Les émotions des animaux, Marc Bekoff, recherches, scientifiques, théories, Thérapie assistée par le chien
Publié dans
Le chien et l’université, Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
17/09/2010
MÉTHODOLOGIE
La contribution de l’anthropologie repose sur une méthodologie privilégiée : l’enquête de longue durée sur le terrain, l’observation participante, la communication directe avec des sujets sociaux qui ont eux-mêmes leur interprétation du monde. Elle repose ensuite sur sa fécondité épistémologique fondée sur une histoire, qui est aussi celle de ses concepts et de ses hypothèses théoriques. p .5-6
La description minutieuse des comportements humains dans leur contexte historique et culturel, d’une part, la comparaison avec d’autres formes dans le temps et dans l’espace, d’autre part, fondent la capacité d’analyse propre à l’anthropologie. P 20
QU’EST-CE QUE L’ANTHROPOLOGIE ?
Discipline carrefour (p. 7)
Étonnement systématique pour interroger les faits sociaux. P . 16
Envisager une condition humaine en perpétuelle redéfinition. P 20
Perpétuel mouvement de transformation. P 76
L’anthropologie a pour but ultime d’expliquer la variabilité des faits humains, et l’étude cette variabilité inclut forcément aussi celle des ressemblances et des universaux. P. 107
INFORMATEUR
Inciter un informateur à formuler une explication à partir d’indices divers comme des pratiques rituelles, des comportements quotidiens, des rapprochements symboliques proposés par des proverbes, des aphorismes, des prières, des étymologies, ce n’est pas ‘recueillir’ c’est créer une représentation qui ne préexistait sans doute pas comme telle. P 81
COLLECTE DE DONNÉES
L’anthropologue sait depuis Durkheim que le travail de collecte de données doit être subordonnée à la construction théorique de son objet de rechercher. P82
HOMME PLURIEL-RELATION
L’anthropologie a démontré l’intime solidarité du corps individuel et de la relation sociale, l’impossibilité de penser la maladie et la mort en termes purement individuels. Cette impossibilité est aussi celle de penser l’homme seul : l’homme ne se pense qu’au pluriel. P 14 
RÔLE DE L’ANTHROPOLOGUE
Le rôle des anthropologues n’est pas de découvrir des groupes inconnus ni de combler des lacunes de l’atlas culturel mondial, mais plutôt de proposer une analyse critique des modes d’expressions culturels dans le contexte historique qui leur donne leur sens. P 122
NOUVEAUX TERRAINS
Qu’ils soient paisibles (tourisme, world music, mouvements culturels et artistiques) ou pénibles (bidonvilles, camps de réfugiés, gangs, immigration clandestine, drogue, prostitution), les nouveaux terrains de l’anthropologie sont de nature historique et changent sous nos yeux. P 19
→ Mais le relation anthropocanine ne fait pas partie des nouveaux terrains qui seraient dignes d’intérêt… Au Québec du moins. La coupure nature/surnature n’a pas été consommée.
Pour en savoir plus:
Marc Augé, Jean-Paul Colleyn, L’anthropologie, Que Sais-je ? No 3705
Tags: Jean-Paul Colleyn, L’anthropologie, Marc Augé, Que Sais-je
Publié dans
Le chien et l’université | Aucun commentaire »
17/05/2010
L’union entre nature et culture nous permet d’appartenir au monde. En oubliant la nature dans ses pratiques, les sciences humaines ont exclu derechef une partie de la compréhension de l’homme : celle capable de s’émouvoir devant le spectacle de la vie.
L’anthropologie s’est intéressée très tôt à la place symbolique et pragmatique qu’occupaient les animaux dans certaines communautés humaines. Il en est ressorti que l’animal est un élément non négligeable dans de nombreuses cultures. Mais, elle s’est longuement cantonnée à le faire par défaut, un chapitre parfois même seulement un paragraphe dans un gros livre. L’animal n’était qu’une représentation de la culture de l’homme. L’anthropologie n’a jamais pu concevoir que l’animal et l’homme partagent une aire commune dans une société hybride.
Depuis quelques décennies , la diffusion de travaux concernant les relations anthropozoologiques connait une vraie croissance en Europe et aux USA. Les indices de l’existence d’une question animale sont évidents : le nombre de chiens et de chats vivant dans les foyers occidentaux, le poids économique du marché de l’animal de compagnie, le poids des associations de protection et de défense des animaux domestiques, la prise en compte du bien être animal dans les pratiques d’élevage…. Les rapports anthropozoologiques ne sont pas objet légitime et central pour les approches sociologiques qui n’y voient pas d’enjeu social et une question légitime dans le champ intellectuel. L’absence de l’anthropologie dans ces réflexions est déplorable. Pour Catherine Remy, docteur en sociologie, Chargée de recherche au Centre de Sociologie de l’Innovation, Paris, cela serait dû au fait qu’une « discipline s’affirme et se positionne à travers la délimitation d’un champ de recherches qui définit un ensemble d’objets d’études légitimes. En même temps, il est bien connu aussi qu’une discipline se renouvelle en interrogeant cette délimitation et en proposant de nouvelles perspectives qui agrandissent, déplacent ou bien retraduisent ce champ. Il me semble qu’aujourd’hui la question des relations homme-animal pose ce type d’interrogation à la sociologie, et plus généralement aux sciences humaines ».
Il est grand temps que l’anthropologie saute dans le bateau des relations anthropocanines-anthropo-animales et qu’elle commence à considérer sérieusement les pratiques, les imaginaires et les débats qui engagent actuellement l’animal dans les sociétés européennes et nord-américaines. C’est sa place. Il est temps de renouveler la base de ses outils épistémologiques pour penser la relation animale au risque de se déstabiliser.
Car, l’oubli de la nature donc de l’animal comme espace de recherches à part entière dans les sciences humaines a contribué à faire de l’homme un être inabouti.
Pour en savoir plus
« Relations anthropozoologiques. Nouvelles approches & jeunes chercheurs (2010) », Journée d’étude, Calenda
Tags: animaux, anthropocanines, anthropologie, calenda, Catherine REMY, Centre de Sociologie de l’Innovation, espace de recherches, nature, Paris, populations occidentales, rapports, Relations anthropozoologiques, relations homme-animal, sciences humaines, sociologie, Travaux
Publié dans
Jappons, Le chien et l’université | Aucun commentaire »
05/05/2010
Il s’en passe des congrès, des journées de réflexion et des colloques…. de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis quelques années un nouvel objet dans le paysage des sciences sociales françaises émerge : les relations anthropozoologiques. Ca veut dire comprendre ce qui relie humains et animaux dans l’ici et le maintenant, ainsi que les différentes modalités d’un « faire société » qui dépasserait les barrières de l’espèce.
… À croire qu’au Québec, la relation homme/animal n’est pas un sujet à conceptualiser, n’est peut-être pas une réalité à penser… Ou plus insidieusement, est-ce parce que ces travaux sont marqués par de nombreux métissages conceptuels et épistémologiques ? Ou plus encore, sur la multitude de terrains potentiels, il y a de nombreuses difficultés à trouver des ressources conceptuelles sur les relations anthropozoologiques….alors forcément, là où certaines réflexions classiques y voient un ‘frein’ d’autres dessinent l’esquisse d’un nouvel objet de recherche et partent à la conquête d’un nouveau continent.
C’est une ritournelle désormais bien connue.
Les journées d’étude consacrées aux relations anthropozoologiques se dérouleront les 17 et 18 mai 2010 à l’université de Genève. Relations anthropozoologiques. Nouvelles approches & jeunes chercheurs (2010)
Tags: champ de recherches, culture, Docteur, populations occidentales, question animale, Relations anthropozoologiques, relations humain / animal, socio-anthropologique, sociologie
Publié dans
Le chien et l’université | Aucun commentaire »
13/02/2010
Alors que les sciences sociales ne se sont pas du tout impliquées, ni même intéressées, aux recherches sur la thérapie assistée par le chien (TAC) depuis les années 1960, une convergence se produit au hasard du passage de l’an 2000. L’anthropologue Francine Saillant développe (certes, depuis un petit bout de temps) une réflexion intense autour de l’anthropologie du soin. Pour la professeure titulaire au Département d’anthropologie de l’Université Laval, les soins sont un ensemble de questions.
L’anthropologie des soins serait une excellente entrée pour saisir les mécanismes de la thérapie assistée par le chien (TAC), notamment l’importance de la relation dans le processus thérapeutique. En fait, c’est l’importance de la signification de la relation qui compte. Car c’est bel et bien la manière dont les patients se représentent le chien qui induit un effet thérapeutique. C’est le souvenir d’un chien marquant qui ancre la relation dans le soin. L’anthropologie du soin ne dit rien d’autre quand elle parle de travail de connexion entre soignants et soignés en quête d’unité. Francine Saillant et Éric Gagnon le précisent : « par l’intermédiaire des soins, formes variées d’attention à l’autre qui interviennent dans diverses pratiques thérapeutiques, il y aurait cette possibilité d’un travail effectué autour de l’individu, de son corps, de son histoire, de sa parole. Par ce travail, s’exprime aussi bien la quête du sens, que la quête des sens ». Il faudrait aussi aborder la question de la stimulation des sens et de la quête de l’essence de la relation, car ce qu’il faut tenter de déterminer c’est : « en quoi le thérapeute est attaché à son patient, en quoi le patient est attaché au thérapeute, en quoi le patient est attaché à l’animal, en quoi le thérapeute est attaché à l’animal, en quoi l’animal est attaché au thérapeute, et en quoi l’animal est attaché au patient » (Cf. Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier).
Voilà sur quoi repose la relation thérapeutique et pour appréhender cet objet d’études, la multidisciplinarité est de mise et non plus une vulgaire prière qu’on ne veut surtout pas voire exaucée.
Tags: Adrienne & Pierre Sommer, and C. Gauthier, animal, Anthropologie et société, Département d'anthropologie de l'Université Laval, Éric Gagnon, Érudit, Francine Saillant, J., L. Langlade, l’anthropologie du soin, Michalon, patient, soin, thérapeute
Publié dans
Le chien et l’université | Aucun commentaire »
25/01/2010
Pour comprendre ce que le chien saisit de son environnement et comment il appréhende le monde, rien de mieux que d’emprunter la voix du biologiste allemand Jakob von Uexküll. Le scientifique dit qu’il faut se pencher sur ce qui fait sens chez l’animal. Examiner l’environnement subjectif et la vision du monde canine c’est examiner son Umwelt. Au début du XXè siècle, cela révolutionne l’étude scientifique des animaux.
Deux aspects sont fondamentaux dans cette démarche. D’abord qu’est-ce que le chien perçoit (par les yeux, les oreilles, le nez, la langue…). Ensuite quel impact le chien a-t-il sur le monde? Sur son monde? « Ces deux composantes – perception et action – définissent l’essentiel de l’univers pour tout être vivant. Chaque animal possède son propre Umwelt, que von Uexküll décrivait comme une bulle de savon dans laquelle chaque individu est pris » (1).
Soit dit en passant, il en va de même pour l’être humain qui se recroqueville dans son cocon ne laissant passer que quelques informations qu’il trouve essentielles et importantes, bref qui ont du sens. Cela veut dire que l’humain comme le chien ne perçoivent qu’une partie de l’univers, donc qu’ils créent une partie de leur univers avec des objets, des sensations, des habitudes… qui sont significatifs. Et que la partie de l’univers qui est spécifique pour l’humain n’aura peut-être –sûrement– absolument aucune espèce d’intérêt pour le chien. Ce qui engendre quelques dérapages car « les rencontres entre les chiens et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les hommes des gestes et des actions de leurs compagnons » (2).
L’Umwelt humaine et l’Umwelt canine se rencontrent pour créer une Umwelt anthropocanine. Il serait particulièrement intéressant et certainement riche d’enseignements si on pouvait repérer les éléments importants de l’univers d’un chien dans un univers médicalisé. Repérer les éléments pivots de l’univers chez un chien et chez un humain c’est devenir un peu l’objet de son étude.
C’est devenir anthropologue en terre inconnue.
1/Horowitz, Alexandra. Dans la peau d’un chien. Flammarion. 2009, p. 27
2/ Op. Cit. p.31
Tags: Alexandra, anthropocanine, appréhende le monde, biologiste allemand, bulle de savon, chien impact percevoir, dans la peau d’un chien, Flammarion, Horowitz, Jakob von Uexküll, Umwelt, XXè siècle
Publié dans
Histoires de chien, Le chien et l'éthologue, Le chien et l’université | Aucun commentaire »
04/01/2010
Pour comprendre ce qui se passe entre l’homme et l’animal nous sommes constamment gênés par l’inadéquation et la pauvreté de la langue pour en parler. Aussi les singes – les chiens aussi, mais les études auprès des singes sont documentées depuis plus longtemps – ont décidé d’utiliser notre langage pour entrer en relation. Ils démontent aux gens de science ce que tout propriétaire d’animal sait, à savoir qu’une association particulière et unique se crée entre un homme donné et un animal, dans laquelle se partagent non seulement des intérêts bien compris, mais également des affects et du sens.
L’une des aventures scientifiques homme/animal les plus étonnantes du XXe siècle commence en 1966 avec Washoe, une très jeune chimpanzée femelle, qui apprend le langage des signes : l’ASL (
American Sign Language) auprès d’Alan et Beatrix Gardner. À 4 ans, Washoe a un vocabulaire qui dépasse les 140 mots. C’est le début de recherches passionnantes et ininterrompues auprès de primates – citons Koko, le jeune gorille… – qui mettent en évidence la merveilleuse complicité interspécifique.
On sait que le chien qui peut apprendre au moins 300 mots/codes différents, pourtant les expériences scientifiques mettant en relief ces capacités canines sont encore peu nombreuses. Il est essentiel de défricher ces espaces pour mettre en évidence ces communautés hybrides. Pourquoi ? Parce que ces études signifient que les animaux ne répondent pas de manière instinctive et stéréotypée et robotisée aux présences, requêtes, commandements humains …. Leur réponse comporte visiblement une bonne part de pensée rationnelle. Dominique Lestel indique :
Le chimpanzé devient une personne à la suite de ses relations avec l’humain, mais cette transformation ne peut se faire que parce que l’animal concerné est déjà un sujet autonome faible.(L’animal singulier, p. 57)
Tags: 140 mots, 300 mots/codes, Alan et Beatrix Gardner, American Sign Language, ASL, association particulière, aventures scientifiques, chiens, chimpanzée, Dominique Lestel, Koko, langue, primates, relation, singes, sujet autonome faible, Washoe
Publié dans
Le chien et l’université | Aucun commentaire »
26/10/2009
Le chien a envahi en nombre les foyers québécois, 21 % des foyers vivent avec un chien (ou plus), ce qui représente 940 000 citoyens canins (référence). Dans le monde, ce ne sont pas moins d’un milliard de chiens et de chats qui sont entrés dans les maisons. Ce qui induit de les nourrir, de leur faire faire de l’activité, de leur installer un espace, de les éduquer, de les soigner, d’être en relation d’une quelconque manière, d’en prendre soin, de dépenser des fortunes, d’être en partage etc. Pourquoi l’homme s’occupe d’une autre espèce ? Qu’est-ce que ça lui procure ? Pourquoi le fait-il ? Pourquoi est-ce un phénomène si répandu, qui dure? C’est un terrain passionnant de compréhension de l’humain en interaction avec un Autre et d’apprentissages pour les anthropologues.
« Il serait tout de même paradoxal que les anthropologues « disciplinaires » ne contribuent pas, pour leur part, à la réalisation de ce projet en mettant en évidence ce que les hommes, au-delà des différences de culture, partagent et qui n’est pas forcément trivial ni, malgré ce qu’on en croit à tort, toujours déjà su »[1]. Or, il est encore possible, aujourd’hui, pour certains anthropologues d’ignorer méthodiquement les enquêtes menées dans les domaines de la neurophysiologie, de la biologie du développement, de la psychologie expérimentale ou de l’éthologie cognitive. Au déni du projet anthropologique qui est de découvrir ce que les hommes ont en commun et en propre.
[1] Gérard Lenclud, « Et si un lion pouvait parler… »,
Terrain, no-34 –
Les animaux pensent-ils ? (mars 2000), [En ligne], mis en ligne le 09 mars 2007. URL : http://terrain.revues.org/index934.html. Consulté le 29 décembre 2008.
Tags: animal de compagnie, animaux de compagnie, anthropologie, espèce, projet anthropologique
Publié dans
Le chien et l’université | Aucun commentaire »