Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Jappons’

S’occuper de la cause animale ne veut pas dire abandonner la cause humanitaire

14/11/2011

La position de principe ‘soucions-nous d’abord de l’homme’ n’est qu’un alibi pour des gens qui ne se soucient de rien du tout.

Extrait de  Éthique animale de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, p.138:

Ceux qui citent volontiers les enfants du Tiers-Monde comme un prétexte pour ne pas se soucier des animaux ne font en général strictement rien ni pour les uns ni pour les autres. Ensuite, et là réside la faute logique, ce n’est pas par ce qu’il y a pire ailleurs que l’on doit rien faire ici. Ce n’est pas parce que des enfants meurent de faim que l’on ne doit rien faire pour la souffrance des poules pondeuses, dans la mesure où l’un n’empêche pas l’autre.
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer- Éthique animaleÀ celui qui demande comment pouvez-vous penser au bien-être des phoques quand la famine humaine ravage de régions entières?, il faut répondre : comment pouvez-vous acheter des manteaux de fourrure, un nouveau rouge à lèvres, offrir un toilettage à votre chien, jeter de la nourriture tous les jours, gaspiller autant d’argent, d’énergie et de temps quand la famine humaine ravage des régions entières? Celui qui pense sérieusement que la souffrance humaine est un prétexte valable pour ne pas s’occuper des animaux quand on peut le faire devrait cesser immédiatement de consacrer son énergie à autre chose, c’est-à-dire à toutes les activités égoïstes et insignifiantes qui font le quotidien du consommateur moyen. Il est par ailleurs intéressant de noter que les meilleurs défenseurs des animaux sont ceux dont l’humanitarisme est global et qui se préoccupent des animaux dans la continuité de l’homme et non contre lui, de Schweitzer à Gandhi et Salt, en passant par les fondateurs des associations de protection animale qui étaient aussi des acteurs de l’abolition de l’esclavage (William Wilberforce au Royaume-Uni, William Cullen Bryant aux États-Unis).

Souhaitons-leur à ces gens-là la Rencontre

01/10/2011

À la perte de repères des gens, à leur désorientation qui se manifeste par la violence, l’indifférence, le rejet, l’agression, à leur bouleversement de-ne-pas-être qui prend racine dans la fatigue, la dépression, le malaise, à la crise existentielle de celles et ceux pour qui marcher le nez en l’air est un accomplissement herculéen, souhaitons-leur la rencontre avec un chien.
Placer l'homme au centre de tout est une façon de rejeter tout le resteSouhaitons-leur ce merveilleux et sain travail sur soi, de se rencontrer dans le regard de son chien, non pas comme un ‘je pense donc je suis’ mais au contraire de faire l’expérience d’un par-delà moi, mon ego, myself. En somme, souhaitons-leur de se déterritorialiser, de s’extraire de leur corps là maintenant pour embrasser une altérité Autre, une autre Altérité, dans un monde riche et foisonnant.
Il serait vain de penser expliquer aux gens qui ne vivent pas avec un animal, qui les rejettent, les administrent, les violentent les bienfaits très égocentrés de leurs présence à nos côtés. C’est inutile ces gens-là sont trop encombrés de leurs histoires, pris dans leurs processus, pour s’ouvrir. Souhaitons-leur simplement la crise, celle qui débouche sur l’accomplissement. Celle qui touche, celle qui fait entrer en mouvement. Le chien permet la vie. Le chien touche. Parce que tourné vers le monde. La vie, écrit Hans Jonas (Évolution et liberté), est «prête à la rencontre» et donc «capable d’expérience». Le chien actualise quotidiennement la rencontre, la vie, la possibilité d’expériences. Donc favorise le regard, change le regard.

Voilà, la rencontre surgit quand on regarde autrement, quand on accepte d’être effleuré, quand l’autre en face n’est plus un intrus mais un partenaire d’évolution. La rencontre a lieu lorsque quelque chose offre l’expérience du vivant, de la vie, du chaos du toujours-en-construction. Souhaitons-leur à ces gens-là qui ne savent pas la joie de vivre avec un Autre différent, souhaitons-leur d’être conduits vers un ailleurs qui regorge de possibilités, d’être décentrés de leur petit-monde, de leur actualité. Souhaitons-leur à ces gens-là d’être touchés par la différence. Alors, leur moi tout-puissant sera déplacé, renversé… et renouvelé.

Souhaitons-leur à ces gens-là de (re)naître en vie.

Nous sommes une société violente et hostile à ce qui est différent

20/09/2011

un-chien-en-villeIl est crucial de s’interroger sur les statuts et les conditions des animaux dans la société contemporaine – et dans la ville de Longueuil en particulier. Leur situation est problématique et la manière dont ils sont traités et utilisés inacceptables.

Il n’est pas bon que l’homme soit seul en ville. Or, c’est bel et bien la direction que les municipalités québécoises – donc Longueuil – nous obligent à prendre. Elles nous contraignent – nous propriétaires de chiens – par des textes intolérants et trop souvent incohérents (telle municipalité autorise, telle autre limitrophe interdit, sur quelle base? quelle logique?). Ainsi à Longueuil, ‘Il est apparu qu’il serait opportun de permettre la présence de chiens en laisse sous le contrôle de leur propriétaire dans différents espaces verts de la Ville‘….Quelle réflexion? Quels objectifs? Quelle planification? Ce n’est pas tant donner l’accès à des parcs ou créer des parcs à chiens pour soi-disant calmer l’ire citoyenne, il faut comprendre dans quelle orientation tout cela s’inscrit, sinon ça ressemble trop à de ‘la politique à la petite semaine’….

Il n’y a pas si longtemps, Longueuil entravait nos libertés de mouvement : un propriétaire de chien ne pouvait se déplacer à sa guise sur tout le territoire de Longueuil. Nouvelle réglementation à LongueuilLa municipalité vient d’alléger certains accès, pour ‘répondre aux besoins des propriétaires d’animaux de compagnie et les aider à assurer leur bien-être‘…. dit le pamphlet municipal. En quoi? Le chien doit être contrôlé, car il est un bien meuble. (plus d’infos). Remarquez Longueuil applique benoitement les règles administratives édictées en d’autres lieux (ça rappelle de très mauvais souvenirs historiques d’appliquer des règles venues d’ailleurs), ce qu’on peut leur reprocher, c’est l’absence de vision, lorsqu’une ville administre mécaniquement des dossiers, il manque un fondement essentiel à la démocratie.
Voilà le leitmotiv de Sandraetlechien, clamé en vain depuis des années aux différents conseils de ville
Il faut en effet faciliter la présence de l’animal dans la ville, permettre une cohabitation harmonieuse avec les autres usagers et accroître la responsabilité des maîtres, aussi la ville de Longueuil doit développer des initiatives originales pour intégrer les animaux de compagnie dans les services qu’elle rend à ses citoyens et ainsi développer une véritable approche citoyenne de l’animal de compagnie.

La présence animale en ville est, en terme municipal, l’un des sujets les moins bien maîtrisés qui donnent un sentiment d’insatisfaction aux administrés. L’absence de collaborateurs qualifiés dans la municipalité longueuilloise par exemple conduit à ce que les questions relatives au bien-être animal fassent l’objet non pas de polémiques mais d’interpellations vaines et stériles à des élus incapables d’apporter des solutions cohérentes. Il s’ensuit des contraintes importantes pour le propriétaire, des souffrances animales avec le nombre important d’abandons, des contraintes pour la société avec plus particulièrement les troubles de l’hygiène et aussi, les agressions par des chiens… et oui une activité commerciale très lucrative….
C’est l’absence de législation intelligente qui a engendré les maux que les animaux de compagnie connaissent actuellement. Même si une ville doit légiférer à l’intérieur de cadres précis, cela n’empêche pas minimalement une certaine intelligence du bien collectif et encore une fois l’élaboration d’une vision.
Anthropologie de l'animal de compagnieIl suffisait de presque rien, d’insérer un peu de nature dans la ville : espace vert et corps animal vivifient et ensauvagent la pierre et le béton. La communication se fait simple et naturelle des hommes aux animaux et par le biais des animaux, des hommes entre eux. Car, l’apprentissage de l’urbanité passe par l’éducation et non par le dressage (Christian Talin. p.73).
L’on entrevoit aussi du même coup les bouleversements qu’entrainerait une véritable prise en compte des intérêts des citoyens propriétaires d’animaux de compagnie, et l’on en vient à se demande si tous les efforts conceptuels qui sontBurgat, Florence. L’animal dans nos sociétés. La documentation française déployés pour maintenir les animaux hors de la communauté morale ne sont finalement pas les arguments d’une idéologie destinée à justifier une domination si ancienne, si multiforme et si lucrative qu’elle semble impossible à ébranler. (Florence Burgat)

Cette évocation permet d’appréhender les contours de la condition animale dans nos sociétés et la nature de ladite société : fondamentalement violente et hostile à ce qui est étranger.

Ce soir: Conseil de ville de Longueuil

Petites horreurs au quotidien

01/09/2011

Comment faire comprendre aux humains que Sapi parle et qu’il ne cherche – certes par une conduite pour le moment inadaptée – qu’un équilibre nouveau?

Chaque jour, à chaque interaction, l’univers de Sapi se reconstruit et du même coup le mien aussi.
Chaque jour, à chaque interaction, l’univers de Sapi se reconstruit et du même coup le mien aussiPour comprendre la vie de mon chien, il me faut savoir ce qui a du sens pour lui.
- Que perçoit Sapi? Que ces dernières semaines ont charrié leur lot de changements. Il a été chahuté émotionnellement. Que ces aventures ont un retentissement plus ou moins fort sur son équilibre psycho comportemental.
- Que voit-il? Qu’entend-il? Que sent-il? Qu’il doit ré-apprendre les bruits inconnus du voisinage, les odeurs environnantes nouvelles, les rythmes de vie quotidienne bousculés…
- Quel impact a-t-il sur le monde? Que dans son incessant va-et-vient entre son monde et le monde humain, Sapi doit s’adapter, cela peut s’exprimer à travers des conduites inattendues autant que gênantes parfois. Ainsi, Sapi a compris qu’en manifestant de façon bruyante et frappante – il jappe et lèche et saute – son affection et son désir de comprendre le monde dans lequel, désormais, il évolue, il avait un certain pouvoir. Or, ce rituel de salutation ne fait évidemment pas l’unanimité et surtout il n’est pas compris.

Les rencontres de voisinage entre Sapi et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les humains des actions du canin.
Sapi doit sentir, tout, c’est important pour re-créer son environnement et y trouver des repères. Il communique avec sa petite queue, son nez, ses oreilles et dans la moindre de ses postures. L’humain n’y voit qu’une intrusion doublée d’une agression sonore. Or aboyer est pour lui pertinent : l’autre voisin fait peur tant qu’il reste debout là à le regarder; cet aboiement d’avertissement met les choses au clair… mais juste pour Sapi et pour moi…. L’aboiement fait beaucoup de bruit (en nombre de décibels), surtout dans les couloirs ou dans l’ascenseur et donc est désagréable.

Alors, il me faut m’adapter aux difficultés de mon chien. Le TTouch l’aide beaucoup et le click-bonbon fait des merveilles.

Alors, il me faut m’adapter aux difficultés des humains. Leur expliquer que Sapi se trouve, pour le moment, abruptement confronté à une rupture des repères de son quotidien, qu’il est bien éduqué et que … La patience et l’indulgence sont requis face à certains comportements gênants pour ne pas ajouter encore un peu plus à sa maladresse ou à son possible désarroi.

L’animalité, essai sur le statut de l’humainEt leur partager l’unique merveilleux de ma relation à mon chien par des morceaux de ce que je crois savoir de lui…. Que d’ailleurs Sapi leur démontre une fois la connexion établie. Et ils y gagnent de prendre mon chien au sérieux, leur regard change. Entrent-ils pour autant dans notre communauté hybride?

C’est dans cet interstice que l’on voit surgir l’immense gouffre qui sépare le monde en deux blocs (au moins); ceux qui vivent avec un chien et pour lesquels le centre du monde est décentré et ceux qui placent l’homme au centre du tout et qui rejettent dans la marge tout ce qui est différent, autre, dérangeant, méconnu, incompris et qui assènent des petites horreurs anthropocanines qui ne sont que l’expression d’une incommunicabilité radicale entre êtres vivants.

Un retour long, laborieux et finalement abrutissant

24/08/2011

Terminal 3Nous étions pourtant arrivés avec plusieurs heures d’avance, justement pour prévenir toutes complications administratives. Cela n’a servi à rien. Au Terminal 3 de l’aéroport Charles-de-Gaulle, les règles sont appliquées à la lettre…. Sauf qu’ils sont peu à les connaître! Les bagages étaient enregistrés depuis longtemps, les vérifications des documents de Sapi étaient effectuées, le poids de l’un et de l’autre a été contrôlé, les étiquettes de destination et d’identification apposées, les reçus ont été remis, bref il ne restait plus, une 1h30 avant le décollage, qu’à embarquer Sapi. Il entre dans sa cage, s’asseoit et regarde le début des grandes manœuvres. La cage a été sanglée : on lève, on bascule, on pousse, on secoue pour faire passer la courroie et surtout bien fermer la cage. Sapi ne bougeait pas. Il a fallu lever la cage et la poser sur le tapis roulant. Sapi ne bougeait pas. Le tapis roulant a eu du mal à démarrer, on a bousculé, poussé, secoué la cage. Sapi ne bougeait pas. Le tapis a roulé et la cage s’est éloignée lentement jusqu’à taper contre le rebord du sas d’entrée : la cage était trop haute. Et Sapi ne bougeait pas. Là les agents de bord et du personnel de terre ont réfléchi. Plusieurs minutes. Les scenarii se sont multipliés; comme faire passer la cage sur le côté avec le chien dedans! Mais on s’est rendu compte que c’était, disons, pas très cohérent. Lorsque la responsable de l’enregistrement d’Air Transat a eu l’idée d’essayer une autre entrée, un autre tapis roulant. Sapi a été transporté jusqu’à la rangée 1 qui devait être plus large, c’est certain la cage allait passer. On a soulevé la cage, posé sur un charriot, transporté Sapi plusieurs mètres devant et réessayé. Le tapis roulant n’était pas encore réchauffé, alors il a fallu attendre avant qu’on ne se rende compte que c’était le même type d’entrée, donc que la cage ne passerait pas. L’heure avançait.
Système de controle de bagage pour aeroportC’est alors qu’un chef est sorti de son bureau. On les reconnaît les chefs ils portent des uniformes : en l’occurrence une chemise rayée dans les tons orangées. Le chef sait. Il faut sortir le chien de sa cage et recommencer l’enregistrement. Les règles doivent être appliquées stricto sensu. Mais par quelqu’un d’autre. Un chef fait faire. Il a appelé une personne pour faire la besogne. Appel. Ligne occupée. Attente. Appel. La personne pour faire la besogne va arriver. L’heure avançait. La personne connaisseuse des tapis roulants, des cages, des chiens n’arrivait toujours pas. L’heure avançait. Il a fallu la rappeler. Puis, l’employé est arrivé souriant, bonasse, lent, pas méchant mais à l’évidence incapable de faire passer une cage sur un tapis roulant dans une entrée uniformisée, partir avec le chien dans les couloirs latéraux, rentrer le chien dans la cage qui aura été souverainement contrôlée et enfin préparer le chien pour l’embarquer dans la soute – si possible dans le bon avion. Alors, la personne pour faire la besogne a commencé de parlementer avec le chef.
Une cage aux dimensions de Sapi (aux normes IATA) est un bagage hors dimension. Par définition, ça ne passe pas par l’enregistrement usuel même si c’est aussi transporté en soute. À Montréal, on abandonne la cage dans un couloir. À Paris, on palabre. L’heure avançait, 1 heure avant le décollage, Sapi était toujours dans le Terminal 3 devant un parterre de badauds en attente de leur vol retardé et qui trouvait distrayant ces aventures anthropocanines.
Alors, je leur ai montré qu’en glissant la cage sur le côté, un des problèmes était résolu. Désormais, le tapis roulant était réchauffé, la cage est passée coucher. Les badauds ont poussé un soupir de soulagement. Puis, j’ai noué un morceau de sangle autour du collier de Sapi et j’ai demandé à suivre le chef, la personne pour faire la besogne, la responsable de l’enregistrement d’Air Transat dans les couloirs. Ils sont tous les trois entrés dans une pièce et m’ont fait signe d’attendre derrière la porte vitrée. Ils passaient au détecteur, ils ont retiré un à un leur clé, leurs papiers, leurs cartes magnétique…. L’heure avançait. Sapi était assis, sage, et m’a longuement regardé. Ils ont hurlé de derrière la porte pour que j’entre. Sapi est passé au travers du détecteur qui n’a pas sonné! La cage, le chef, la personne pour faire la besogne et la responsable de l’enregistrement d’Air Transat attendaient de l’autre côté. Je ne devais pas franchir le détecteur. Je leur ai tendu Sapi, ils l’ont poussé dans la cage, on était en dehors des hangars, le soleil tapait. À quoi diable ça sert de nous demander d’arriver des heures à l’avance pour ça!
bagage aéroport

Il ne restait plus que quelques minutes. Je suis sortie de ces couloirs toute seule. Je n’ai pas pu dire au revoir aux miens. Douane passée, la navette conduisant à l’avion partait, j’ai sauté dedans… juste à temps pour voir la cage hissée dans l’avion.
L’arrivée à Montréal n’a guère était plus reposante, les difficultés se sont poursuivies. Air Transat avait repoussé son vol de plusieurs heures, plusieurs avions ont atterri en même temps. Le flot humain devait passer la douane, moins d’une dizaine de bureaux était ouvert. Attente. Le douanier a tamponné mon passeport et m’a souhaité la bienvenue. Il ne savait pas où était mon chien. Je suis descendue dans l’espace bagages. C’est grand l’Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal quand on cherche une cage et un chien. J’ai demandé à une personne en uniforme qui ne parlait ni anglais ni français. C’était la rangée 10. J’ai couru. J’ai vu la cage toute seule dans un recoin, derrière une colonne de béton. Sapi ne bougeait pas. Il attendait. Bonheur de le voir. La cage était sanglée, je suis parvenue à le sortir pour me faire dire par les gens de la sécurité qu’il devait re-rentrer. J’ai cherché un chariot. Il n’y en avait pas qui pouvait contenir et la cage et la valise. Une cage aux dimensions de Sapi est un bagage hors dimension.
J’ai commencé de trainer les deux, Sapi hurlait, il ne voulait plus rester dans sa cage. Il n’en pouvait plus. J’ai trainé seule la cage, attendu en ligne avec les dizaines de voyageurs qui venaient d’atterrir et porté tant bien que mal mon bagage jusqu’au second passage douanier. Sapi hurlait. Là on m’a demandé de passer le contrôle douanier, cette fois avec Sapi. Je trainais ma cage jusqu’au bureau, je ne savais pas ce que je faisais là. Tous les papiers de Sapi étaient en règle. En fait, l’agence des services frontaliers du Canada prélèvent une taxe sur l’entrée des animaux de compagnie au Canada : 34, 18$.Or ce bureau là en particulier ne prenait pas l’interac. Il a fallu changer de bureau, traverser deux colonnes de foule de voyageurs transportant toute sorte de paquets, le tout escortée par un jeune douanier en formation qui prenait son rôle très au sérieux. Je me suis acquittée de mon dû et ai regagné le premier bureau, retraversé les deux colonnes de foule de voyageurs et trainé jusqu’à la sortie la cage de Sapi et mon bagage. Lorsqu’un douanier m’a proposé son aide.

Il a été le seul en plus de 2heures 30 de déplacements implacables à m’offrir ce soutien. Qu’il s’en voit ici remercier. Nous sommes sortis tous les trois par la grande porte des arrivées, lui poussant la cage de Sapi qui hurlait et moi portant la valise.
3 heures avaient passé depuis notre atterrissage.

Il y a des règlements qui visent à préserver le bien-être animal pendant le transport et les compagnies aériennes souscrivent toutes (ou presque) aux normes IATA.
Le problème c’est l’application humaine de ces règlements dans des environnements excessivement uniformisés donc pas adaptés au ‘hors norme’.
Il est à souligner que le billet de Sapi a coûté 500$.

Il manque l’essentiel à la loi (L.R.Q., c. P-42), quant à son dernier règlement: une copie à revoir

11/07/2011

Madame Madeleine Fortin
Sous-ministre adjointe
Direction générale de la santé animale et de l’inspection des aliments
200, chemin Sainte-Foy, 12e étage
Québec (Québec)
G1R 4X6

Le projet de règlement sur ‘sur la sécurité et le bien-être des chiens et des chats’ est décevant car il ne peut, en l’état, répondre aux trop nombreuses et variées situations touchant les chats et les chiens – est-ce là la définition de l’animal domestique au Québec?
Il est du devoir de l’État de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la cruauté infligée aux animaux et réduire les souffrances de ces derniers. Or, ce que nous apprennent les jurisprudences et les meilleures pratiques dans le monde, c’est que les outils juridiques de contrôle et les réponses techniques d’interdiction ne suffisent pas pour gérer correctement la présence animale en ville et auprès de citoyens. L’essentiel réside dans l’éducation, la responsabilisation, l’information et la sensibilisation.
C’est pourquoi, ce projet de règlement ne nous aide en rien à appréhender ce qui est en jeu aujourd’hui dans nos relations aux animaux domestiques. Ce projet ne modifie pas la Loi mais la complète… en fait bouche des trous. Les éléments ci-après auraient mérité d’être tenus pour essentiel aussi bien dans l’esprit de la Loi que dans son règlement.

Quid du bien-être

chien en villeCe projet vise à établir les normes relatives à la garde des chats et des chiens dans le but d’en assurer la sécurité et le bien-être. Or il appert plutôt être une réponse économico-sanitaire plutôt qu’un dossier fondamental de droit à la sécurité et au bien-être des animaux. Ce texte a omis avec une constance et une unanimité que nous ne pouvons qu’admirer,  de s’ intéresser à la relation entre les humains et les animaux, entre autre à sa dimension affective, en réduisant systématiquement nos liens avec les animaux à des rapports d’exploitation, d’encadrement technique… ; ce qui vous empêche de comprendre quelle est la place des animaux domestiques dans le lien social et surtout ce qui vous empêche d’offrir à ce projet de loi l’ampleur qu’il mérite. En effet, cela aurait nécessité un tout autre traitement.
Par ailleurs, ce texte ne peut être une réponse à la question des fourrières dans les villes du Québec et des méthodes d’euthanasie au vu de l’article 50. Qui fait l’injection?

Le droit des animaux: un droit de second ordre

La PROTECTION ANIMALE au Québec, il faut que ÇA CHANGEL’animal de compagnie est assimilé à une chose juridiquement inanimé puis animée bien meuble par nature et son propriétaire déclaré civilement responsable. L’un des problèmes actuels, en matière de cruauté animale, réside dans la définition même de l’animal domestique par conséquent de la jurisprudence y découlant. Les juges sensibles à la cause du bien-être animal et qui croient qu’il est temps de se doter d’une nouvelle jurisprudence devraient donner des sentences plus élevées. Or le monde n’est vraiment conscientisé à la législation en matière animale.  ‘Au lieu de nous concentrer sur les problématiques réelles, comme la façon dont les animaux sont maltraités, nous nous concentrons sur des problématiques mineures, comme ce qu’il advient de l’animal dans le cas d’un divorce. Ces questions sont intéressantes, mais elles n’ont rien à voir avec les milliers d’animaux maltraités. Il s’agit de l’expression d’un droit de propriété sur les animaux. Au lieu de regarder les intérêts de l’animal, nous nous concentrons encore sur notre possession de celui-ci’ (Voir le Journal du Barreau, Vol. 40 no 12).
Il nous faut une nouvelle définition de l’animal de compagnie adaptée à la réalité scientifique, sociale et politique….
Combien seront-ils pour faire appliquer ce règlement ? Combien en coûtera-t-il aux responsables d’infraction?

Différentes réalités

Un chien deux réalités radicalement différents.

Lorsque plusieurs chiens sont tenus à l’attache, ils développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux (phénomènes décrits par  Dr Arleigh Reynolds)

Lorsque plusieurs chiens sont tenus à l’attache, ils développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux (phénomènes décrits par Dr Arleigh Reynolds)

Cet article paraît relever du bien-être pour l’animal citadin, or il devient contre-productif pour l’association des Mushers du  Québec. Ils se disent déçus de l’article 27.
Les chiens de traîneau sont des chiens de meute qui sont tenus à l’attache, ainsi, disent-ils, les chiens développent des interactions positives avec leur environnement produisant des exercices physiques et mentaux comblant et améliorant leur bien-être.

Alors que le statut de l’animal familier ne cesse d’évoluer dans la société, cela ne se reflète pas dans les textes réglementaires locaux. Pour exemple, le règlement CO-2008-523 sur le contrôle des animaux de la ville de Longueuil permet d’apprécier l’absence de réflexion quant à la place des animaux de compagnie en ville: « Constitue une nuisance le fait qu’un chien se trouve dans une place publique, un parc, un terrain de jeux, une piste cyclable sauf pour la traverser, un marché public, un espace de verdure, sur le terrain d’une école, dans un édifice public, une bibliothèque, une piscine, un aréna, un centre hospitalier, un édifice gouvernemental ou municipal ou tout autre endroit du même genre ». Où le chien peut-il aller?
Là où ce règlement aurait pu trouver grâce à nos yeux, c’est en son article 19 intitulé ‘parc’ si et seulement s’il avait été inscrit comme une obligation à faire respecter par toutes les municipalités, au moins on aurait pu y voir l’expression d’un intérêt réel pour le bien-être animal. Très rapidement, le texte embraie sur le fait que les parcs municipaux ne sont pas visés par cet article… Ça aurait pourtant représenté l’expression d’une compréhension des besoins fondamentaux des animaux.

Établir un nouveau contrat social animal

Il y a plusieurs aspects tels que mentionnés que ce projet de règlement et encore moins la Loi aborderont et c’est très problématique car l’évolution des modes de vie modifie prodigieusement le rapport que nous entretenons à l’animal. L’animal domestique est membre à part entière d’une famille. Il revêt différentes formes : l’animal sportif du musher, le chien thérapeute du CLSC…. C’est une évolution indéniable, incontournable qui prend de plus en plus d’ampleur.

Pour un nouveau contrat social animalLa Loi aura encore du retard… Alors que les animaux sont omniprésents dans l’espace urbain, la question de la place que l’on entend leur offrir n’a pas encore été véritablement posée. L’animal n’est pas seulement un mobilier dans nos vies mais un rappel existentiel et fondamental de notre appartenance à LA communauté du vivant à laquelle nous appartenons de plein droit et de plein devoir.

Sandraetlechien ne relèvera pas les points abordés par d’autres et vous invite à lire :

http://www.respect-animal.ca/pdf/analyse-reglement-mapaq-chien-chat-fr-v01.pdf
http://petluck.ca/tag/mapaq?lang=fr
http://sandraetlechien.com/2010/2796/
Quebec named best province to be an animal abuser

Prendre position

07/07/2011

Et l'homme créa l'animalL’hésitation sur la ou les natures des animaux vient du fait qu’on ne peut accéder à leurs mondes intérieurs, que notre regard extérieur ne collecte que des gestes bruts jamais expliqués par les bêtes et que nous ne pouvons qu’interpréter à l’aide d’une idée, d’une croyance, d’une théorie. De cette interprétation dépend ce que nous croyons savoir.
Éric Baratay (p. 137-138)

Jamais le face à face de l’homme comme espèce avec l’animal ne pourra dénouer la question de son essence. Les raisons sont idéologiques seulement idéologiques de penser l’existence d’un pont entre les deux espèces, d’un savoir-vivre ensemble. Or l’idéologie ça s’apprend, un saut évolutif dans le vivant est toujours possible. En nos âmes et consciences prenons position, indignons-nous! De manière intelligente et ciblés : adressons-nous au politique qui peut légiférer et cessons de diffuser des horreurs dans les médias sociaux, il sera toujours temps de mobiliser la communauté lorsqu’un influenceur ce sera montré intéressé.
L’homme en tant qu’espèce peut bien, comme chaque espèce, présenter des caractéristiques uniques, mais il n’y a aucune raison d’en imposer aux autres espèces. Il me semble que l’humain ne peut consister que dans le doute sur l’humain. Ce doute de conscience est fantastique car porteur de changement. Et si nous rêvions d’un monde où les espèces se côtoient en équilibre.
Cet abîme de l’animalité – le fameux qui suis-je? En effet qu’est-ce qui me distingue de l’animal?– peut être formateur d’une nouvelle construction de l’être-au-monde de l’homme. Penser l’animal sert souvent à mesurer la différence entre lui et nous et à nous définir. En conséquence, ce qui est attribué à l’animal est fonction de la proximité tolérée avec l’Homme et de ce qui est réservé à celui-ci. L’animal n’est pas pensé pour ce qu’il est ou pourrait être. Sa spécificité est niée au profit d’une analyse par défaut : on lui donne peu si on le veut éloigné de l’homme, on lui donne plus si on le croit proche. L’animalité n’est pas une réalité mais une catégorie, une condition accordée qui sert à dessiner l’humanité, toujours par comparaison, souvent en antithèse. (cf. Éric Baratay)

Il est fort peu probable que l’ego trouve l’assurance qu’il cherche en affirmant qu’il est un homme parmi les succès de l’évolution. Car désormais la science nous a appris que c’était faux.

L'animal dans nos sociétésPour aller plus loin :
‘L’introuvable propre de l’homme’, Pierre Guenancia in L’Animal dans nos sociétés, La Documentation française, 2004

Une incessante histoire … encore … encore… jusqu’à nos jours … encore

13/06/2011

Depuis l’aube de l’humanité, le débat fait rage. Avec les époques viennent de nouveaux penseurs qui ne réinventent pas la réflexion, à la limite ils la poursuivent, parfois l’enrichissent, mais toujours la promotion de l’animal se fait submerger par la doctrine dominante et la reconnaissance animale tombe et encore et encore…. remettre l’ouvrage… le travail de re-sensibilisation re-commence.
Déjà dans la Grèce Antique, la promotion de l’animal est reçue comme une déstabilisation sociale, l’homme ayant besoin de lui pour vivre ce qui explique, jusqu’à nos jours encore, la réticence à réviser son portrait d’être raisonnable et instinctif, ce qui bien entendu justifie son traitement – en fait son absence de traitement – dans la législation, dans l’administration… et parfois même dans le domestique, le quotidien.
Il a toujours existé des courants philosophiques qui – de fait – sont restés minoritaires – qui insistaient sur la parenté des âmes et des facultés, au regard des comportements des uns et des autres, et qui prônaient respect, fraternité et refus de tuer les animaux. Soit dit en passant c’est l’un des traits majeurs de la civilisation occidentale sur celle d’Orient que de refouler impitoyablement les animaux en dehors de la conscience, de l’intelligence, de la sensibilité….
L’animal dans la spirale des besoins humainsIl y a toujours eu – et encore au 21e siècle –, une majorité qui considère que les ressemblances des actes extérieurs ne prouvent rien et soutient que l’homme possède une âme raisonnable, qu’il existe une différence de nature interdisant toute déférence vis-à-vis des bêtes. ‘Ce débat est introduit dans le monde romain, à partir du Ier siècle avec J.C, mais la christianisation le réduit peu à peu. L’opposition à la métempsychose et au végétarisme, prônée par les sectes païennes, conduit l’Église à assimiler au paganisme puis à l’hérésie les idées favorables aux animaux et à les combattre. À l’inverse, elle utilise certaines philosophies grecques notamment celles de Platon et d’Aristote pour interpréter la Bible qui est en réalité très vague sur les différences entre l’homme et l’animal, pour bâtir une synthèse entre la foi et la raison, pour imposeAnthropologie de l'animal de compagnier la thèse d’une rupture entre l’homme et l’animal’, expliquer Éric Baratay, p 35-36.
Il y a eu des moments dans l’histoire où une synergie de décloisonnement entre l’homme et l’animal s’est accompagnée d’un mouvement d’idées à dominance sociale et politique qui visait l’égalité. On pense au 18e siècle qui aboutit à la révolution française, à l’abolition de l’esclavage. Bref, notre rapport à l’autre fut-il animal, est toujours lié à l’histoire des idées et de la sensibilité (p 10 et p 41 Christian Talin).
Le 21e siècle occidental est dominé par le consumérisme, la pollution, l’individualisme, l’égoïsme…. Vous en déduirez la position de la société vis-à-vis des animaux.

Se rencontrer soi avec un chien

08/06/2011

Vivre avec un chien et s’en occuper comporte des actes concrets et nécessaires qui forcent à chercher des moyens pour mieux participer au monde, à la société, aux interactions avec les proches. Pourquoi? Parce qu’il faut apprendre à décrypter le comportement du chien pour mieux être avec, donc s’ex-centrer de son égo, de son environnement d’humain trop humain pour élargir son champ d’apprentissages, en ce sens cConsolation par le chienheminer avec un chien ouvre toutes grandes béantes les angoisses humaines, celles liées à toute sorte d’enjeux celles qu’on cherche si subtilement, si férocement à dissimuler. Il n’y a pas de consolation par le chien, il y a éveil à sa condition humaine par le chien.
Le chien a un rôle d’entraineur de la vie psychique. La relation qui lie (lit) un chien et un homme vient du partage du mystère d’exister comme être vivant, dit Pierre Schultz.
Tout à fait.
Je souffre de ce que je vois de moi dans le regard des autres, dit Boris Cyrulnik p 35,  Mourir de dire, la honteMourir de dire, la honte.
Je souffre.
Dans le regard de mon chien, je souffre moins. C’est bien le récit qui érige l’événement fondateur, celui qui engendre le sens (Paul Ricoeur, Temps et récit tome II).
En racontant, en se racontant, en décidant de cheminer avec un chien on accepte de rencontre une altérité autre, émotive, différente qui bouscule. Ça permet d’appréhender l’existence humaine et animale dans tout son mystère, sans comprendre, ni même toujours être capable de voir cette immensité, c’est partir à la découverte d’une partie du monde parfois connu (l’humain) souvent nouveau (le canin) et c’est re-découvrir son monde. Peut-être que cette relation place l’homme devant des problèmes trop lourds. Si l’on est investi dans la relation anthropocanine, il faut toucher cette lourdeur qui éjecte les récidives.

Après le fracas d’un trauma, c’est le fait d’être seul qui ouvre les vannes de la récidive : c’est l’abandon, l’absence de soutien après la violence vécue, l’isolement affectif et relationnel qui sont les plus forts déterminants de la reproduction de la violence (B. Cyrulnik.  p 110).

Se rencontrer soi avec un chienAvec un animal, il n’y a pas de récidive.
Dans animal on entend anima, c’est-à-dire le souffle créateur, qu’on l’appelle ou non l’âme, l’élan vital présent à la première seconde et qui nous quitte à la dernière.

Drôle de rôles

03/06/2011

Consolation par le chienAlors que Pierre Schultz y voit une consolation et préfère citer en p. 143, Jean Rostand avec son ‘Ne pas ajouter à la démence du réel,  la niaiserie d’une explication’, il n’en reste pas moins qu’il est important de comprendre quel rôle joue le chien dans notre vie.
Le chien réconforte le narcissisme des humains, il agit comme un baume, donne cette impression de plénitude. Il est un accessoire (le mot est juste) de puissance de l’homme, comment? Le chien est un être serviable, gentil, dépendant, ‘La relation au chien n’illustre-t-elle pas l’instinct d’obtenir de rallier des courtisans? Est-il si agréable et si nécessaire d’avoir des courtisans qu’il faille se consoler de leur absence avec des substituts animaux? Cette question est-elle inepte?, se questionne Pierre Schultz, médecin avec une formation en psychiatrie, en psychopharmacologie et en neurosciences cliniques… Le chien procure cette sensation de fusion avec l’univers, ‘L’affection de l’homme pour le chien participe-t-elle à la croyance à un monde meilleur, à l’idée d’un monde perfectible, ou aux regrets quant au passé?, demande-t-il en p.145. Comme image gratifiante que nous renvoient les yeux de l’animal, ce dernier nous trouve toujours aimable- tel est le service éminent qu’il nous rend. Éminent?…
Un psychiatre, le professeur Guyotat, a inventorié les positions que notre psychisme peut assigner à l’animal. Il distingue l’animal comme représentant tantôt une partie du moi tantôt la totalité du moi – image de reconnaissance, unifiante pour un individu ou un groupe. L’animal phobique grâce à la projection opérée sur lui, rend possible le maintien de certaines relations avec telle ou telle personne de l’entourage. L’animal comme objet narcissique  vient combler la solitude ou la frustration. L’animal comme objet symbiotique, c’est l’objet avec lequel on n’a pas de limites. Tout ce qui est vécu par l’animal passe dans l’homme et inversement. L’animal exprime l’homme et parfois des troubles d’origine psychosomatique nécessitant une intervention médicale. Fétiche ou souffre-douleur, l’animal peut être enfin l’objet transactionnel ou transitionnel. Il fonctionne alors dans un groupe comme un bien d’échange et surtout comme un objet à tout faire : à caresser, à torturer, à suralimenter, à interpeller… (extrait tiré de Françoise Armengaud, ‘˝ L’urbanimalisation˝ et les droits de l’animal’ in Universalia, Encyclopaedia Universalis, 1978, p.440-441).

Or voilà les constats ci-dessous sont intéressants, poussent à la réflexion sauf…. Qu’ils sont emprunts d’anthropomorphisme. ‘L’animal n’est plus et ne devrait jamais plus être un alter ego, effet pernicieux de l’anthropomorphisme bêtifiant, toujours infantilisant, parfois délirant’ dit Christian Talin dans son Anthropologie de l'animal de compagnieAnthropologie de l’animal de compagnie. Incidemment, ces concepts théoriques regardent l’amour fusionnel avec l’animal de compagnie en faisant fi de l’environnement de l’animal, de son monde spécifique. En offrant des avenues théoriques de même, on entre en pleine violence, celle de déterritorialiser l’animal et de le forcer à venir hanter un autre territoire : le nôtre.  Il est bon de devoir donner sens à ce qui se passe pour rendre le monde un peu plus intelligible mais pas au détriment d’êtres conscients ! En réduisant l’animal à du déjà-connu. ‘L’animal est un être aux aguets. L’irréductible altérité animale relève de la sensibilité et d’un agencement. Le nivelage forcené de l’anthropomorphisme nie l’autre-animal’, poursuit le philosophe.

Il y a bien d’autres Anthropomorphismemanières de chercher les intentions.  Véronique Servais utilise l‘empathie: ‘ L’empathie en revanche implique un changement de perspective : percevoir les choses du point de vue d’autrui. L’empathie suppose une réorganisation de la perception et la découverte d’un nouveau point de vue. Pour ce qui concerne les animaux, l’empathie repose sur une bonne connaissance de leur histoire naturelle, de leur système perceptif, de leur répertoire comportemental et de leur système de communication. Il faut tout cela pour commencer à voir l’animal évoluer dans son monde, forcément différent du nôtre. L’anthropomorphisme c’est ramener le différent à du connu. S’il y avait de l’empathie dans ces interprétations, une réelle volonté de comprendre le sens des comportements des animaux ‘de leur point de vue’

 Je me porte en faux avec l’affirmation de  Pierre Schultz et je crois profondément que ‘La consolation par le chien’ nous enjoint d’appréhender l’existence dans son mystère et son immensité, au-delà de toute réponse donnée par la science, la philosophie ou la religion, même si la diversité des choses pourrait être telle que nous ne connaissions jamais qu’une infime partie du monde, de notre environnement proche et de nous-même; alors faisons en sorte d’au moins tenter de comprendre la relation particulière qui nous lit particulièrement à ce chien en particulier dans cette situation particulière dans cette espace-temps donné.


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