Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive de la catégorie ‘Histoires de chien’

Moi J’vends!

30/11/2009

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Quoi qu’on fasse les animaux demeurent les objets de nos représentations.
Vendre un chiot sur Internet est la preuve que le chien incarne aux yeux de l’homme l’esclave idéal, celui sur lequel il peut assouvir son désir d’omnipotence le plus entier. Cette évocation de l’usage vendant et exposant dont le chien fait l’objet permet d’appréhender les contours de sa condition dans notre société : un service qui réconforte notre narcissisme, en nous apportant (au mieux) un sentiment de plénitude, de puissance, de fusion avec l’univers et nous renvoie une image gratifiante de nous mêmes. Effectivement, le chien ne nous trouve-t-il pas toujours aimable?
Dès ses premiers pas, le chien dépend de la volonté de l’homme. Il est confiné à des rôles limités : être présent, contraint et subordonné aux exigences du maître ET faire le beau derrière les écrans d’ordinateur.
Entre sa naissance, son adoption et sa mort, il y a désormais Internet.

Chien dépendant d’humain souvent ignorant

25/11/2009

Élevés au contact de l’humain dès leur naissance ou très tôt dans leur jeune vie, les chiens deviennent bilingues (Desmond Morris. The animal contract : sharing the planet. Virgin, 1990) et aussi à l’aise avec les membres de leur espèce. Ils peuvent tout à fait assumer les deux types de relations. Ça pourrait être le meilleur des deux mondes.
Mais…
L’homme n’hésite pas à remodeler l’apparence de l’animal de compagnie. Photo d'art ou décanisation?Par nos sollicitations affectueuses constantes, les chiens s’attachent très profondément à l’humain. Ce dernier, par contre, n’hésite pas à les confiner dans des espaces qu’il contrôle, en les laissant des heures et des journées entières seuls, enfermés dans une pièce ou une cage à attendre, faisant, ainsi, preuve d’une tyrannie certaine. L’humain limite les possibilités d’expression canine spécifique. Les chiens doivent défendre le territoire mais ne doivent pas renifler l’entrejambe des invités qui se présentent à la porte d’entrée ni se comporter d’une façon que la bienséance humaine ne saurait tolérer. Incorporés contre leur gré à la société humaine, les chiens doivent répondre aux  formes de comportement, aux attentes et aux conditionnements de l’humain qui impose ses compétences, ses codes et ses décisions.
Toutes ces incohérences et bien d’autres rendent la lecture de la relation sociale impossible aux chiens. Pris dans un cul-de-sac, incapables de fuir, ils tentent en vain de s’adapter enfermés qu’ils sont dans des émotions, des affects, des projections et des interactions conventionnelles d’humain. Les plus atteints souffrent de dépression, la majorité s’effraie des stimuli qui, autrefois, étaient bien tolérés comme le tonnerre.
Bref, le chien dépend de la volonté d’humains…. souvent ignorants.

Pour aller plus loin:
Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, Atelier de l’Archer, 2000
Danten, Charles. Un vétérinaire en colère, LVB Éditeur, 1999, P 161.

Qu’est-ce que je fais?

19/11/2009

Sans titre

Réponse : le chien s’apaise.
Pas pour relaxer ou se la couler douce, mais pour survivre. Pour les espèces qui vivent en groupe, il est primordial d’être capable de communiquer avec ses semblables ET avec une autre espèce, en l’occurrence la bipède.
Les chiens utilisent ces signes d’apaisement comme système de communication avec les humains, tout simplement parce que c’est le seul langage qu’ils connaissent et qu’ils pensent que tout le monde le comprend. En ne prêtant pas attention aux signes d’apaisement que votre chien vous adresse, parfois même en le punissant pour les avoir utilisés, vous prenez le risque de perturber gravement votre chien. En effet, certains chiens peuvent renoncer à l’utilisation de ces codes, y compris avec leurs congénères. D’autres peuvent se sentir désemparés, voire frustrés au point de finir par développer des troubles du comportement tels que l’agressivité, la nervosité ou le stress…..

Pour en savoir plus:
http://www.turidrugaas.com

L’homme en rupture sauvage

08/10/2009

L’homme occidental du 21e siècle est en rupture sauvage. Souvent, trop souvent, il s’interdit d’accueillir le chien comme membre d’une autre espèce. De là son arrogance et son divorce d’avec la vie.
L’être humain n’existe que parce qu’il est en relation avec d’autres congénères. Il trouverait à se compléter s’il était en relation avec d’autres espèces. Le chien appartient à une autre espèce. La science ne sait d’ailleurs toujours pas quelle hypothèse retenir quant à son origine. Qu’importe, le doyen des animaux de compagnie n’en reste pas moins un animal carnivore captif d’une autre groupe que le sien et rejeté dans sa différence par ceux qui s’y intéressent.
Cette négation prend non seulement la forme de l’anthropomorphisme, cette violence faite aux chiens de les humaniser pour les rendre disponible aux besoins humains. Le chien est entré sous nos toits. Fait-il pour autant partie de la famille… humaine ? Non, le chien n’est pas un être humain. Comme l’homme n’apprend pas l’autre race, il camoufle la sienne et le chien se trouve confronté à des situations auxquelles il ne peut trouver de réponses adaptées. Par méconnaissance, inconscience et plus sournoisement par exclusion de ce qui n’entre pas dans ce qui peut être contrôlé par lui-même, l’homme n’accepte pas ce fait : son plus fidèle ami appartient à un autre monde. C’est ce qui a fait dire à l’anthropologue Claude Levi-Strauss, dont on fêtait en 2008 le centième anniversaire de naissance, qu’en « s’arrogeant le droit de séparer radicalement humanité et animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, l’homme occidental a ouvert un cycle maudit »[1] dans lequel il a oublié d’entrer en relation avec la part différente de l’autre différent. Il a renoncé à lui-même en se plaçant en haut de l’échelle de l’évolution. Cet être vivant s’est exclu lui-même du règne de la nature. L’homme s’est trompé pendant des siècles, il s’est voilé la face.
Sa malfaisance à traiter les animaux comme des sous-humains, des objets ou des choses (un propriétaire dispose d’une chose) n’a plus sa raison d’être. Il suffirait au seigneur absolu de la création d’accueillir la différence interspécifique. Et la rencontre fabuleuse avec Canis familiaris aurait lieu. Être compagnon de route d’un autre que soi, un autrui différent et unique, c’est paver la voie à un vrai humanisme. En observant son chien, en développant avec lui une relation privilégiée de compréhension mutuelle, on intègre la partie animale de son humanité. On ne parle pas de communauté hybride mais bel et bien d’humanisation franche de l’homme au contact d’un individu aux besoins, comportements, instincts naturels et canins. Dans un rapprochement respectueux de l’animalité de son chien, Je suis ce que je suis car IL est ce qu’il est.
L’homme a nié ceux de l’espèce canine en les dominant, en les asservissant, en les folklorisant. Cet « humanisme totalement coupé de la nature, perverti et destructeur » disait Claude Levi-Strauss, docteur honoris causa de l’Université de Montréal et de l’Université Laval, a duré. Désormais, il se sent seul. Bien lui en prend s’il pouvait avoir l’audace d’accepter recevoir l’attention altruiste et la mansuétude patiente du chien pour apprendre à retrouver sa place dans la nature et dans la société.


[1] Levi-Strauss, Claude. Anthropologie structurale deux, Plon, 1973, p. 49-55

On peut devenir chien

04/10/2009

Il y en a qui ont un rêve, d’autres rêvent qu’ils sont un chien… Olivier Sacks, dans ‘L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau‘ (Ed. Seuil, Collection Points, 1990) le détaille parfaitement bien dans son 18e chapitre.
Et qu’est-ce que çà fait d’être un chien?
Être chien c’est être nez DSC00056c’est évoluer dans un univers olfactif incroyablement riche de nuances, de senteurs, de perspectives évocatrices. C’est comme si le monde se sculptait en fonction des parfums. C’est difficile pour un spécialiste du visuel de concevoir ce monde-là, mais imaginons: le chien ne touche pas le monde avec ses yeux il le ressent avec sa truffe, tout prend soudain une profonde signification, là ou il voit une banale chaise, son piff lui dit: c’est la chaise de la madame d’à-côté, le soir, elle remue dessus dans son tablier sur lequel elle a essuyé ses mains après avoir retourné le ragout de viande, la chaise sent aussi le chat, ce foutu niaiseux qui me nargue chaque jour par la fenêtre, en plus le chat de la dame d’à-côté aime se frotter contre ses genoux qui sont collés sur les pieds de la chaise, alors tout çà, çà donne qu’il y a des poils de chat qui s’y déposent, çà pue le chat cette chaise! En plus, la chaise a des relents de cirage quelle idée d’y appliquer ces produits qui font briller, pis c’est le monsieur de la dame d’à-côté qui a appliqué cet onguent croyant bien faire il avait les mains sales d’avoir travaillé dans l’établi à peaufiner les pièges à rats qui empestent le nuisible. Mais le nec plus ultra, c’est que sur cette chaise, la chienne de la soeur de la dame d’à-côté a posé sa délicate odeur, une sensation de plaisir, une odeur de sainteté.
Le chien renifle tout avec son nez qui sont ses yeux comme les yeux d’homme sont son outil pour percevoir le monde, bien piètre moyen qu’il a là… Et si l’homme entrait dans la peau d’un chien, les odeurs deviendraient multidimensionnelles et représentaient ‘davantage qu’un monde de simple plaisir ou déplaisir, ce serait toute une esthétique, tout un jugement, toute une signification nouvelle’ qui l’environnerait. ‘Un monde concret d’une spécificité irrésistible, un monde d’une immédiateté, d’une signification immédiate écrasante’.
Au cours de l’évolution, voilà le deal qui s’est produit: pendant que l‘homme développait sa vision, le chien développait son odorat, échange de bons procédés pour une société anthropocanine distincte.
Bah voilà, çà donne raison à Freud cette histoire-là : en se redressant sur ses pattes, l’homme perd l’usage de sa protubérance nasale; désormais il ne peut plus renifler le derrière de ses congénères!

Un phénomène de société qui a du mordant

15/09/2009

Sans titre

La législation actuelle mondiale sur les chiens jugés dangereux reflète le traitement de la question canine plus largement: on veut contrôler ce qu’on ne peut/veut canaliser (référons-nous aux règlements municipaux qui veulent contrôler les animaux de compagnie considérés comme des nuisances) ou ce dont on ne sait pas quoi faire (les règlements de la Sepaq en sont un exemple).
En fait, l’agression canine est loin d’être un phénomène simple qui se réduirait à ‘un chien me saute dessus’. C’est bien plus complexe et ça induit une interaction entre plusieurs acteurs: le chien, l’humain et la relation entre les deux espèces. En plus, il y a différents types d’agressions qui ont toutes différentes significations pour le chien mais une seule pour l’humain: ‘un chien me saute dessus’. Il y a plusieurs types de morsures dans la tête d’un chien qui n’obéissent pas à la même logique ni aux mêmes mobiles. Il s’agirait comme humain d’en saisir les sources et les significations. Donc d’apprendre le langage corporel et comportemental du chien….. et du maître.
Il n’y a pas de réponse simple comme la législation semble vouloir nous le faire croire à la question des chiens dits dangereux. Des chiens naturellement dangereux ça existe, des races génétiquement dangereuses ça existe aussi, des types de dressage déclenchant l’agressivité du chien et le rendant ‘plus méchant’, ça existe aussi.
Malheureusement on tire trop vite des conclusions comme pour régler un problème de société (car ça en est un) sans se poser de questions plus globales sur la relation homme-chien. Car, certains types de chiens ne se retrouveront pas dans certaines classes sociales et n’y trouveront pas les mêmes usages. C’est une donnée sociologique importante quand on regarde les cas d’agressions canin-humain.
Dans les années 1990, les pitbulls et les rottweilers représentaient la moitié des chiens ayant occasionné des blessures mortelles aux USA, suivis de près par les malamutes, les huskies et …. oui, les danois et les saint-bernard. Mais si on regarde plus largement les statistiques en ce qui concerne les comportements dits agressifs, on retrouve : bull terrier, berger allemand, chiens de troupeau, terrier, labrador, caniche, cocker spaniel, rottweiler[1].
Des chiens peuvent être plus dangereux que d’autres tout en étant moins agressifs!
Tous ces chiffres dépendent aussi de la manière dont l’humain interprète ce que c’est que pour lui une agression, et dans ce registre là, les appréciations sont fort divergentes d’une culture à l’autre, d’un vétérinaire à l’autre. Bref, la compilation de ces chiffres récoltés est sujette à variation.Sans titre

Aussi, gardons-nous bien de généraliser tout en regardant globalement cette question mordante qui mérite un traitement qui a du chien!

 


[1] Budiansky, Stephen. The truth about dog, Londres


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