Archive de la catégorie ‘Histoires de chien’
25/06/2010
Parce que l’Homme ne peut se comprendre lui-même sans accepter sa parenté avec l’animal, dans une recherche parfois vertigineuse de la limite (Claude Beata, président de l’Association ZooPsy), il est un domaine de la relation à l’animal qui exprime toute la dangerosité du lien d’attachement : le hoarding.
Le magazine Animal publiait dans son édition de mai dernier un article intitulé ’L’animal hoarding, une maladie méconnue’. L’animal hoarding c’est l’amassement compulsif d’animaux, ça peut paraître très surprenant d’accumuler des animaux vivants et de les cloitrer dans des espaces restreints. Il n’est pas rare, quand les associations de protection des animaux parviennent à intervenir, de découvrir des dizaines de dizaines d’animaux entassés dans des cages ou attachés, sans aucune qualité de vie, squelettiques, malades, faméliques et souffrants. Vu leur grand nombre, les propriétaires ne sont plus capables de les nourrir ni de les soigner. Ils ont perdu le contrôle mais les hoarders sont convaincus qu’ils aident les animaux. Sous couvert de l’affirmation ‘l’animal a besoin de moi, je suis celui qui l’aide; j’ai toujours fait comme ça, il n’est pas malade’, cette maltraitance particulière prend la forme d’une maladie psychiatrique classée aux USA parmi les troubles obsessionnels compulsifs. En effet, les collectionneurs d’animaux sont souvent des personnes victimes de troubles psychologiques, c’est ce qui a conduit, après plusieurs années d’études, le psychiatre américain, Gary J. Patronek a dénommé ce trouble.
Ainsi Anima-Québec qui a saisi 114 des 200 chiens vivant dans la résidence familiale d’un couple dans le Bas St-Laurent, en 2007. Là on ne parle pas d’une dissonance de la relation qu’un pouvoir absolu de l’humain sur l’animal et un déni de la violence engendrée. En fait, comme l’exprime Caroline Lanty, avocate et administrateur SPA de Paris (France) : ‘C’est par l’animal maltraité que l’humain investi dans une cause qui lui est chère, trouvera son utilité et sa place dans la société’.
Or, la société est aussi responsable, car selon l’auteur Nathan J. Winograd, les collectionneurs d’animaux prospèrent dans les communautés où le taux d’euthanasie est élevé. Ainsi le hoarder a l’excuse toute trouvée : ‘si je ne suis pas là, qui les sauvera’?
Pour aller plus loin
www.animalhoarding.com
http://www.tele-animaux.com/actualite,article,avoir-des-animaux-jusqu-au-delire-:1155.html
http://canada.myletsadopt.com/tag/refuges/
Tags: amassement compulsif d’animaux, animaux, Association ZooPsy, Claude Beata, collectionnage d’animaux, Gary J, hoarder, hoarding, maltraitance, Nathan J. Winograd, Patronek
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17/06/2010
C’est au regard que ça se joue. Le regard est un contact qui offre une sphère de communication intime sans trop de complication relationnelle. Le chien regarde beaucoup. Cette aptitude à fixer du regard est une de ses spécificités qui ne se retrouve pas chez les loups domestiqués.
Le regard joue un rôle très important dans la régulation de l’interaction sociale. Et ça va même plus loin.
Le regard du chien peut être considéré comme un comportement d’attachement capable d’influencer l’équilibre neuroendocrinien du propriétaire.
Dans ‘L’attachement’-collection Zoopsychiatrie, voici ce que rapporte Colette Arpaillange, vétérinaire comportementaliste: Une équipe de recherche japonaise a mesuré la concentration d’ocytocine dans les urines de propriétaires de chiens après une interaction visuelle plus ou moins prolongée. Groupe 1 = les propriétaires se déclarent particulièrement satisfaits de la relation avec leurs chiens et ont le sentiment d’avoir une communication de qualité. Dans ce groupe les chiens maintiennent des interactions visuelles prolongées avec leurs maîtres
Dans le groupe 2 = qui se distingue par une relation globalement moins satisfaisante, les contacts visuels sont réduits. Le taux d’ocytocine augmente de façon proportionnelle à la fréquence des échanges de regards initiés par le chien dans le groupe 1. Cet effet n’apparaît pas lors des interactions uniquement tactiles.
Le regard c’est le signal le plus puissant de tout notre répertoire de communication non verbal. Comme le précisait Véronique Servais, de l’Université de Liège
‘Le regard mutuel, mais aussi le fait de regarder et d’être regardé, sont des éléments importants de la communication inter espèces’. 
Les auteurs soulignent que les chiens et les hommes partagent les mêmes modes d’attachement ce qui explique la place particulière qu’ils tiennent auprès des humains. La capacité à fixer le regard est un des signes fondamentaux d’attachement entre le propriétaire et le chien. Aussi, le regard contribue à établir la proximité avec les personnes donnant les soins.
Et de celles en recevant?
Tags: interactions visuelles, le regard, l’attachement, l’équilibre neuroendocrinien, L’hormone, ocytocine, propriétaires, Université de Liège, véronique servais, Zoopsychiatrie
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01/06/2010
Le fait d’étudier le chien dans un environnement hospitalier médicalisé et technologisé nous aide à repenser la place de l’homme dans cet univers et plus largement dans la nature et dans la société.
Les animaux ne sont ni des machines, ni des humains. Avec leur chair nous avons fait du social en inventant la chasse. Avec leurs os, nous avons fabriqué nos premiers outils. En les peignant et en les sculptant, nous avons fait naître nos croyances originelles. En les observant, nous avons compris notre place dans le monde. Le jour où l’on acceptera enfin qu’il existe une pensée sans parole chez les animaux, nous éprouverons un grand malaise à les avoir humiliés et considérés aussi longtemps comme des outils.
(Boris Cyrulnik. La plus belle histoire des animaux)
Il y aurait plusieurs explications au fait que l’homme cherche tant à s’entourer d’animaux même dans un univers hospitalier :
la nostalgie de la nature et la montée de la sensibilité écologiste et surtout le recul des liens sociaux traditionnels, la fragilisation des liens professionnels, l’effacement des rôles familiaux qui font que les humains modernes attachent plus en plus de valeur à la fidélité d’un chien ou à la liberté d’un chat.
(Jean-Pierre Digard. La plus belle histoire des animaux)
Il n’en reste pas moins que la présence d’un chien se pose comme un don pour les patients, car le chien n’a pas d’actes ou de désirs stratégiques, pas d’attentes en retour, pas de riposte même après une offense. Les chiens de TAC semblent avoir une disposition immédiate à pardonner. Pour le patient et surtout le petit patient, le chien est un don non seulement parce qu’il semble exprimer de l’amour mais surtout parce qu’il permet, sur fond de cet attachement particulier, d’être oublié tout en étant là, « il instaure ainsi une sorte de régime de paix sans réciprocité, tout en maintenant un enjeu affectif particularisé » (Albert Piette).
Tags: chasse, chien, croyances originelles, Cyrulnik, don, effacement des rôles familiaux, environnement hospitalier médicalisé, fragilisation des liens professionnels, nature, nostalgie de la nature, os, pensée sans parole, place de l’homme, premiers outils, recul des liens sociaux traditionnels, sensibilité écologiste, société, univers hospitalier
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25/01/2010
Pour comprendre ce que le chien saisit de son environnement et comment il appréhende le monde, rien de mieux que d’emprunter la voix du biologiste allemand Jakob von Uexküll. Le scientifique dit qu’il faut se pencher sur ce qui fait sens chez l’animal. Examiner l’environnement subjectif et la vision du monde canine c’est examiner son Umwelt. Au début du XXè siècle, cela révolutionne l’étude scientifique des animaux.
Deux aspects sont fondamentaux dans cette démarche. D’abord qu’est-ce que le chien perçoit (par les yeux, les oreilles, le nez, la langue…). Ensuite quel impact le chien a-t-il sur le monde? Sur son monde? « Ces deux composantes – perception et action – définissent l’essentiel de l’univers pour tout être vivant. Chaque animal possède son propre Umwelt, que von Uexküll décrivait comme une bulle de savon dans laquelle chaque individu est pris » (1).
Soit dit en passant, il en va de même pour l’être humain qui se recroqueville dans son cocon ne laissant passer que quelques informations qu’il trouve essentielles et importantes, bref qui ont du sens. Cela veut dire que l’humain comme le chien ne perçoivent qu’une partie de l’univers, donc qu’ils créent une partie de leur univers avec des objets, des sensations, des habitudes… qui sont significatifs. Et que la partie de l’univers qui est spécifique pour l’humain n’aura peut-être –sûrement– absolument aucune espèce d’intérêt pour le chien. Ce qui engendre quelques dérapages car « les rencontres entre les chiens et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les hommes des gestes et des actions de leurs compagnons » (2).
L’Umwelt humaine et l’Umwelt canine se rencontrent pour créer une Umwelt anthropocanine. Il serait particulièrement intéressant et certainement riche d’enseignements si on pouvait repérer les éléments importants de l’univers d’un chien dans un univers médicalisé. Repérer les éléments pivots de l’univers chez un chien et chez un humain c’est devenir un peu l’objet de son étude.
C’est devenir anthropologue en terre inconnue.
1/Horowitz, Alexandra. Dans la peau d’un chien. Flammarion. 2009, p. 27
2/ Op. Cit. p.31
Tags: Alexandra, anthropocanine, appréhende le monde, biologiste allemand, bulle de savon, chien impact percevoir, dans la peau d’un chien, Flammarion, Horowitz, Jakob von Uexküll, Umwelt, XXè siècle
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21/12/2009
L’histoire des populations canines nous indique que les chiens ont toujours été en contact les uns avec les autres, brassant leurs patrimoines génétiques de proche en proche. Bien entendu, il y a eu de longues périodes durant lesquelles certaines meutes de chiens étaient séparées les unes des autres, au même titre que les populations humaines – d’Amérique et d’Asie – séparées par le détroit de Béring. Il y a eu isolement mais les chercheurs affirment que cela n’a pas duré suffisamment longtemps pour former des sous-espèces : « les populations canines ont toujours fini par se mêler à nouveau en suivant les tribulations migratoires de l’homme, par exemple lors de l’arrivée des Européens accompagnés de leurs chiens dans le Nouveau Monde » (1). Ce qui veut dire que depuis les origines, les chiens – et le décryptage de son génome pourra certainement nous le démontrer – forment une « métapopulation mondiale, semblable à un vaste système de lacs communiquant par des canaux » (2), et ce brassage interdit que se fixent des types bien distincts.
Attention, cela n’induit pas qu’il n’y ait pas de différences – extérieures – entre les chiens, c’est assez évident : un Chihuahua
ne ressemble pas à un Mastiff, ni dans les comportements. Mais de là à conclure que le Chihuahua ou le Mastiff sont de races pures, c’est-à-dire sans que rien d’autres que des gènes de Chihuahua ou de Mastiff
les habitent, c’est pas seulement faire une erreur de réflexion et induire en erreur le propriétaire c’est propager une idéologie malsaine.
Mais au fait, pures de quoi?
[1-2] Guillo, Dominique. Des chiens et des humains. p. 91
Tags: Chihuahua, Dominique, Guillo, Mastiff, patrimoines génétiques, populations canines, race pure
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01/12/2009
L’adaptation à l’être humain est inscrite dans la nature même du chien qui a été le sujet d’expériences génétiques menées par la cupidité humaine.
Les races de chiens ont été inventées. 
Ce n’est pas parce que deux chiens ont des traits extérieurs différents (couleurs de la robe, longueur du nez…) qu’ils appartiennent à un type particulier. Lorsqu’un humain choisit un chiot et qu’il lui est présenté comme étant un chien de race pure, c’est omettre le phénomène de brassage génétique et surtout, surtout, c’est renforcer la vision d’un chien, produit de consommation.
L’origine des races remonte à la seconde moitié XIXe siècle. À cette époque, la manière de concevoir le vivant et l’hérédité est issue des théories des races humaines, de l’eugénisme en particulier. Autant de thèses qui pousseront les nazis au pouvoir! Le tout s’appuyait – s’appuie encore – sur une conception de l’espèce ou de la race comme « type morphologique et comportemental obéissant à un principe de corrélation et transmis héréditairement à la descendance » (1). Ce qu’on appelle ‘le délit de sale gueule’. À l’époque donc – de nos jours encore – on répertorie les chiens selon des types mesurables extérieurement qu’on tente de préserver par une reproduction sélectionnée (à l’interne). Ensuite on cherche une généalogie la plus ancienne possible pour fixer les traits ancestraux du chien et surtout sa valeur aux yeux de l’humain. Chien de race pure, çà veut dire de lignée royale, l’humain n’achète pas à prix d’or un roturier ! C’est oublier qu’avant le XIXe siècle, l’idée de race – race canine – n’existait pas.
Aussi est-il préférable d’avoir un minimum de recul historique pour apprécier les origines idéologiques de l’idée de race.
[1] Guillo, Dominique. Des chiens et des humains, Paris : Le Pommier, 2009, p. 95
Pour pas en savoir beaucoup plus :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_races_de_chiens
Pour aller plus loin, le livre d’André Pichot :

Tags: André Pichot, brassage, chien de race pure, chiot, Des chiens et des humains, Dominique Guillo, espèce, eugénisme, généalogie, génétique, idéologie, invention des races, nazis, origine des races, produit de consommation, race, reproduction sélectionnée, théories des races humaines, type, type morphologique et comportemental, XIXe siècle, ‘délit de sale gueule’
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30/11/2009

Quoi qu’on fasse les animaux demeurent les objets de nos représentations.
Vendre un chiot sur Internet est la preuve que le chien incarne aux yeux de l’homme l’esclave idéal, celui sur lequel il peut assouvir son désir d’omnipotence le plus entier. Cette évocation de l’usage vendant et exposant dont le chien fait l’objet permet d’appréhender les contours de sa condition dans notre société : un service qui réconforte notre narcissisme, en nous apportant (au mieux) un sentiment de plénitude, de puissance, de fusion avec l’univers et nous renvoie une image gratifiante de nous mêmes. Effectivement, le chien ne nous trouve-t-il pas toujours aimable?
Dès ses premiers pas, le chien dépend de la volonté de l’homme. Il est confiné à des rôles limités : être présent, contraint et subordonné aux exigences du maître ET faire le beau derrière les écrans d’ordinateur.
Entre sa naissance, son adoption et sa mort, il y a désormais Internet.
Tags: désir d'omnipotence, Internet, objet, représentations, service, volonté de l’homme
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25/11/2009
Élevés au contact de l’humain dès leur naissance ou très tôt dans leur jeune vie, les chiens deviennent bilingues (Desmond Morris. The animal contract : sharing the planet. Virgin, 1990) et aussi à l’aise avec les membres de leur espèce. Ils peuvent tout à fait assumer les deux types de relations. Ça pourrait être le meilleur des deux mondes.
Mais…
L’homme n’hésite pas à remodeler l’apparence de l’animal de compagnie.
Par nos sollicitations affectueuses constantes, les chiens s’attachent très profondément à l’humain. Ce dernier, par contre, n’hésite pas à les confiner dans des espaces qu’il contrôle, en les laissant des heures et des journées entières seuls, enfermés dans une pièce ou une cage à attendre, faisant, ainsi, preuve d’une tyrannie certaine. L’humain limite les possibilités d’expression canine spécifique. Les chiens doivent défendre le territoire mais ne doivent pas renifler l’entrejambe des invités qui se présentent à la porte d’entrée ni se comporter d’une façon que la bienséance humaine ne saurait tolérer. Incorporés contre leur gré à la société humaine, les chiens doivent répondre aux formes de comportement, aux attentes et aux conditionnements de l’humain qui impose ses compétences, ses codes et ses décisions.
Toutes ces incohérences et bien d’autres rendent la lecture de la relation sociale impossible aux chiens. Pris dans un cul-de-sac, incapables de fuir, ils tentent en vain de s’adapter enfermés qu’ils sont dans des émotions, des affects, des projections et des interactions conventionnelles d’humain. Les plus atteints souffrent de dépression, la majorité s’effraie des stimuli qui, autrefois, étaient bien tolérés comme le tonnerre.
Bref, le chien dépend de la volonté d’humains…. souvent ignorants.
Pour aller plus loin:
Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, Atelier de l’Archer, 2000
Danten, Charles. Un vétérinaire en colère, LVB Éditeur, 1999, P 161.
Tags: Anthropologie de l’animal de compagnie, bilingues, Charles, Danten, Desmond Morris, expression canine spécifique, remodeler l’apparence de l’animal de compagnie, Talin Christian, Un vétérinaire en colère
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19/11/2009

Réponse : le chien s’apaise.
Pas pour relaxer ou se la couler douce, mais pour survivre. Pour les espèces qui vivent en groupe, il est primordial d’être capable de communiquer avec ses semblables ET avec une autre espèce, en l’occurrence la bipède.
Les chiens utilisent ces signes d’apaisement comme système de communication avec les humains, tout simplement parce que c’est le seul langage qu’ils connaissent et qu’ils pensent que tout le monde le comprend. En ne prêtant pas attention aux signes d’apaisement que votre chien vous adresse, parfois même en le punissant pour les avoir utilisés, vous prenez le risque de perturber gravement votre chien. En effet, certains chiens peuvent renoncer à l’utilisation de ces codes, y compris avec leurs congénères. D’autres peuvent se sentir désemparés, voire frustrés au point de finir par développer des troubles du comportement tels que l’agressivité, la nervosité ou le stress…..
Pour en savoir plus:
http://www.turidrugaas.com
Tags: communiquer, signes d’apaisement, système de communication, Turid Rugaas
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