Archive de la catégorie ‘Histoires de chien’
14/05/2012
Le moins qu’on puisse dire c’est que l’article 58.1 du nouveau règlement CO-2008-523 sur le contrôle des animaux de la ville de Longueuil manque de mordant et est parfaitement inadapté, ignorant et bête.
Un chien n’est pas une machine. Tout le monde est d’accord sur le fait que c’est un être vivant qui a des besoins vitaux et qui est capable de communiquer. Il est même établi que, comme tout mammifère, il est capable d’émotions. Alors pourquoi voudrait-on que le chien fonctionne comme une voiture ? Peut-être que le fait d’acheter un chien en fait un bien de consommation!
Il est parfois difficile de déterminer si un chien peut être dangereux avant qu’il morde ou attaque une personne ou un animal. Longueuil devrait envisager l’adoption de règlements visant à diminuer les possibilités que de telles situations surviennent plutôt qu’opter pour un tout répressif inadéquat.
Jean Lessard l’indique : ‘ Chiens qui mordent = chiens dangereux, non ! C’est vraiment trop généralisé comme équation’. Selon, l’éducateur canin comportementaliste, ‘La dangerosité d’un animal se calcule selon une série de facteurs, tels que le poids de l’animal; la catégorie de personnes à risque; si l’agression est défensive ou offensive; si l’agression est prévisible ou imprévisible; s’il y a eu contrôle de la morsure; et si la morsure est simple ou multiple….’.
Dans cet article, la place et le rôle du vétérinaire sont à questionner. Les études vétérinaires durent 5 ans. Selon la faculté de médecine vétérinaire, moins d’une trentaine d’heures sont réservées à l’étude du comportement animal. Tel qu’indiqué dans la description du programme de médecine vétérinaire : ‘De plus, les activités du médecin vétérinaire ne se limitent pas à l’exercice de la profession en cabinet privé, qui absorbe à peine la moitié des diplômés. En effet, la santé publique, la salubrité et l’inspection des viandes, le contrôle des maladies transmissibles à l’homme, les laboratoires de diagnostics et de recherche et l’enseignement sont autant de sphères d’activités qui intéressent le médecin vétérinaire’. Pas d’études du comportement animal. Il y a bien un Groupe de recherche sur les animaux de compagnie (GRAC) dans lequel le comportement animal est un des thèmes de recherche aux côtés de ‘L’analgésie et l’anesthésie, La cardiologie, La dentisterie….’. On parle d’un groupe de recherche parmi de nombreux autres…. Pas obligatoire.
Par conséquent, quel médecin vétérinaire va faire cette évaluation? Dans quelle condition? Plusieurs jours après l’événement? Dans un autre environnement ? Lors d’un accident de voiture, il y a autant d’histoires que de témoins, l’on pourra s’attendre dans le cas d’une morsure à une multitude d’histoires dont il faudra tirer le bon grain de l’ivraie. Qui va juger la précision des informations venant des propriétaires ? Qui, rappelle, Jean Lessard, va poser cette évaluation? La compétence de l’évaluateur est le pivot de cette règlementation.
Avant d’étiqueter un chien qui a mordu comme un chien dangereux avec toute l’exclusion que cela peut engendrer dans notre société, avant d’interdire, il faut comprendre pour prévenir. D’autant plus que :
‘ Les agressions instrumentalisées, conditionnées ou apprises peuvent être contre-conditionnées. Les agressions compétitives peuvent être redirigées. Celles de défense peuvent être désensibilisées. Les plus fréquentes sont les agressions de défense (ou bien par peur). Les agressions par peur viennent presque toujours avec le syndrome de privation (un manque en socialisation). Les agressions compétitives viennent d’un excès de tolérance et de problèmes de communication. La confusion dans la communication peut venir de l’utilisation mauvaise du modèle de la hiérarchie… Confronter un chien agressif l’amène à être plus agressif…’ conclut Jean Lessard.
Avec qui voulons-nous vivre et comment? Paradoxalement, pour humaniser le monde que nous souhaitons habiter, il nous faut apprendre à vivre avec et à accueillir des non-humains.
Pour aller plus loin
Pourquoi les pit-bulls ?
Une phénomène de société qui a du mordant
Tags: agression, article 58.1 du nouveau règlement CO-2008-523 sur le contrôle des animaux, chien, dangerosité, défense, faculté de médecine vétérinaire, GRAC, Groupe de recherche sur les animaux de compagnie, Jean Lessard, offensive, Pourquoi les pit-bulls ?, ville de Longueuil
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23/04/2012
Dans les siècles passés, pendant que le chien était utilisé comme pisteur de gibier, éboueur et commensal de l’homme, sa chair était consommée dans l’Europe néolithique et dans l’Amérique précolombienne. Et, il n’y a pas si longtemps en Chine, en France … en Allemagne où la dernière boucherie canine a fermé ses portes à Munich entre les deux guerres. Ses poils étaient filés et tissés (en Amérique et dans les Pyrénées jusqu’au 19e siècle).
L’homme n’hésite pas à remodeler l’apparence de l’animal de compagnie. Il sélectionne chez l’animal des formes de comportement répondant à ses attentes et le conditionne à des rituels. Il lui impose ses compétences, codes et des décisions. Il l’enferme dans ses émotions, affects et projections et attend de lui des interactions conventionnelles, dit Christian Talin, dans Anthropologie de l’animal de compagnie.
Le chien a servi pour la garde des personnes et des biens, la défense et la conduite des troupeaux, le nettoyage, le combat, les courses, le portage, la mise en mouvement de moteurs (Les chiens tournebroches du Moyen-Âge et des
rémouleurs jusqu’au 19e siècle), les recherches en tous genres, le guidage des aveugles, la zoothérapie…. L’homme décidément a tout fait subir au chien, lui imposant les transformations les plus extrêmes, ne serait-ce qu’à penser aux multiples races de chien, l’homme n’hésitant pas à lui tailler les oreilles et la queue quand il croit cela utile ou seyant.
Ainsi, l’animal de compagnie a clairement une fonction narcissique. L’amour des animaux est un amour égoïste : l’animal valorise l’homme qui est au centre de son attention, de son univers et qui a sur lui tout pouvoir. ‘ Je suis convaincu que nous n’aimons pas tant l’animal lui-même que sa dépendance à notre égard’, explique Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (’L’animal et nous‘). Et surtout la relation dans laquelle la perception continue d’affects se transforme peu à peu en une communication d’intensité variable avec l’animal apprivoisé qui dès lors devient rapidement complice. Cette complicité est source d’un bien-être partagé?, se demande-t-on avec Christian Talin.
Les chiens ne se signalent pas seulement, dans l’histoire, par les ‘services’ matériels qu’ils ont pu rendre à l’homme. Ils ont aussi suscité des croyances et des opinions variées, qui ont influé en retour sur leur traitement. «Les animaux sont un prétexte pour parler de nous et de nos comportements en société», affirme Jacqueline Milliet.
Tags: Anthropologie de l’animal de compagnie, boucherie canine, chiens tournebroches, Christian Talin, domestication, éboueur et commensal de l’homme, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, L'animal et nous, pisteur de gibier
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20/02/2012
Il n’y a pas si longtemps, au Québec, les chiens étaient employés pour la traction de petites carrioles. Ils tiraient toutes sortes de cargaisons: transport du petit bois, des bidons de lait, des courriers postaux etc. L’armée les employait pour le transport des munitions et des vivres. Toutes les races étaient employées, pourvu que les individus soient costauds. En pratique, comme les races les plus musclées (molosses) étaient les plus chères à l’entretien, on voyait davantage de corniauds. Bien souvent, les chiens portaient une muselière pour ne pas importuner les passants et les chiens alentour.
Il faut bien reconnaître que ces attelages canins sont l’apanage du pauvre. Dès que le statut du propriétaire le permettait, ânes, mulets, chevaux et bœufs prenaient le relais.
En Europe, l’habitude d’atteler des chiens semble avoir pris naissance à la fin de la Révolution, essentiellement dans la moitié Nord de la France. L’essor fut tel, que la préfecture de Paris dut l’interdire en 1824 pour des raisons de sécurité et d’encombrement. En fait, ‘C’est l’aversion à l’égard de la visibilité publique du sang et des corps meurtris des bêtes qui incite les premiers militants de la cause animale, en Europe, à proscrire des pratiques longtemps tenues pour banales. Les campagnes conduites contre l’usage des attelages de chiens constituent une autre preuve éloquente. Les griefs adressées à la pratique doivent encore bien peu à la sympathie réservée à un animal familier. En fait, les premiers détracteurs de l’usage de chiens comme bêtes de trait s’insurgent avant tout contre le spectacle répugnant auquel ils peuvent donner lieu (p 24, Christophe Traïni, La cause animale, 1820-1980, essai de sociologie historique).
C’est pourquoi, en 1850, la loi Grammont visant à la protection animale aboutit à l’interdiction de cette pratique.
En Amérique du Nord, on peut parler avec certitude d’attelage de chiens dès le X° siècle car la civilisation de Thulé établie dès cette époque autour de la Baie d’Hudson utilisait le traîneau à chiens depuis leurs origines.
Parallèlement, la ruée vers l’or au Klondike c’est en partie fait sur le dos des chiens qui travaillaient sans relâche à assurer les transports de bois, de courrier, de vivres, d’hommes et d’or. Ils faisaient tous les travaux que les chevaux exécutaient au Sud.
Puis progressivement, de chiens de travail on est passé à chiens d’attelages de course. C’est ainsi que les premières courses d’attelage virent le jour, avec des paris importants mis en jeux. D’ailleurs, le Québécois Emile St. Godard (1905-1948) remporte la médaille d’or des Jeux olympiques de Lake Placid en 1932, lors d’une démonstration d’attelages de chien. À ce jour, il demeure le seul coureur d’attelages de chiens à être intronisé au Temple de la renommée des sports du Canada et du Manitoba.
Ou plus proche de nous, les festivités du Carnaval de Québec comptent des activités puisées dans le mode de vie folklorique québécois, comme la course en canot et la course en traîneaux à chiens. Ainsi, en 1940, par un bel après-midi ensoleillé, tout près du Château Frontenac, un meneur de chiens exerce son attelage à la course.
Pour aller plus loin:
Les origines du service postal par traineau à chiens
Les chiens de trait
Origines du traineau à chiens
Histoire du plus grand carnaval d’hiver au monde
Tags: 1850, 1932, carnaval, Carnaval de Québec, Château Frontenac, chiens de trait, Christophe Traïni, civilisation de Thulé, Emile St. Godard, Jeux olympiques de Lake Placid, La Cause animale, loi Grammont, Origines du traineau à chiens, ruée vers l'or au Klondike, service postal, Temple de la renommée, traction, traineau à chien
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07/11/2011
Les visages sont extrêmement importants pour évaluer les sentiments des animaux. Charles Darwin et ses successeurs ont souligné le rôle crucial des expressions faciales dans notre compréhension des émotions d’autrui. Les visages sont déterminants pour deviner ce que les autres ressentent et pour prévoir ce qu’ils vont faire. Il n’y a pas de communication plus directe pour un animal que de plonger ses yeux dans ceux de l’autre, dit Marc Bekoff, en page 108. Une étude récente (Staring fear in the face) sur la peur chez les hommes vient confirmer l’importance du contact visuel dans l’identification des émotions. Les yeux sont essentiels pour constater qu’un autre humain a peur : ce sont eux que l’on regarde pour savoir si un visage reflète l’effroi … ou la souffrance!
Ainsi, on peut déduire qu’autrui souffre en observant ce qui apparaît comme des conséquences de la souffrance : il se tord, il se débat, il hurle, écrit en page 52, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer.
Est-il surprenant de constater que les mammifères ont beaucoup d’expressions faciales en commun. Quand nous parlons du visage, nous parlons surtout des yeux. Ce sont des organes superbement complexes qui ouvrent une fenêtre sur le monde émotionnel d’un individu. Les yeux, chez les humains comme chez d’autres espèces reflètent les sentiments : la joie écarquille et le désespoir les creuse.
On est le regard/visage de l’autre si on a naturellement la capacité
de lire les émotions. Or, le chien parvient à décrypter sur le visage de son maître ses moindres intentions, serait-il plausible que le chien apprend le sens de son maître, soit apte à saisir la présence qui parle et passe outre la constitution de l’acteur que chacun se crée pour aller à l’essentiel : par-delà les préjugés et les présavoirs, le chien nous lit.
Tags: 2005, charles darwin, émotions, Nature 433, Staring fear in the face, visages
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16/10/2011
En 1907, les ‘Brown Dog Riots’, les émeutes du chien marron, défraient la chronique londonienne. Un an auparavant, dans le quartier ouvrir de Battersea, bastion des socialistes, la World League against Vivisection prend l’initiative d’ériger une statue à la mémoire de l’une des nombreuses victimes de la vivisection. L’épitaphe interpelle directement les passants et les invite à se révolter contre les abominations qui caractérisent la pratique :
En mémoire du chien terrier brun mis à mort dans les laboratoires de l’Université College en février 1903m, après avoir enduré la vivisection pendant plus de deux mois et être passé dans les mains d’un vivisecteur à l’autre. En mémoire également des 232 chiens vivisectés au même endroit durant l’année 1902. Hommes et femmes d’Angleterre, combien de temps ces choses vont-elles durer?
Au regard des scientifiques et des médecins londoniens, un tel monument, à l’instar des innombrables pamphlets antivivisectionnistes les décrivant comme d’effroyables bourreaux, constitue un intolérable outrage ;à leurs professions tout entières. En novembre 1907, un groupe d’étudiants en médecine équipés de marteaux entreprennent d’abattre la statue. Les forces de police, aidée par les habitants des maisons populaires environnantes, les empêchent de commettre leur méfait, qui se soldera par l’arrestation de 10 d’entre eux et à plusieurs condamnations à des amendes. Le lendemain, une centaine d’étudiants défilent pour protester contre le sort réservé à leurs camarades en brandissant des panneaux à l’effigie du chien marron.
En décembre 1907, les organisations étudiantes profitent du match de rugby entre les étudiants d’Oxford et de Cambridge pour mobiliser le plus grand nombre possible d’entre eux en vue d’une expédition visant à jeter la statue dans la Tamise. Lorsqu’ils parviennent à Battersea, les manifestants se heurtent à des ouvriers qui les contraignent à se diriger vers le centre-ville où le cortège dégénère en affrontements avec la police. Dans les semaines qui suivent, de nombreux incidents et échauffourées impliquent les étudiants en médecine. Ces derniers s’appliquent notamment à perturber les meetings des suffragettes qui revendiquent alors le droit de vote pour les femmes . Pour les étudiants et de plus en plus pour le public, antivivisection et droits de la femme font désormais partie d’un seul et même mouvement.
À quel combat fait appel la lutte contre la vivisection de nos jours?
Tiré de l’excellent ouvrage de Christophe Traïni, La Cause animale, p 152-153
Tags: Battersea, Brown Dog Riots, Christophe Traïni, épitaphe, La Cause animale, pamphlets antivivisectionnistes, Tamise, World League against Vivisection
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13/06/2011
Depuis l’aube de l’humanité, le débat fait rage. Avec les époques viennent de nouveaux penseurs qui ne réinventent pas la réflexion, à la limite ils la poursuivent, parfois l’enrichissent, mais toujours la promotion de l’animal se fait submerger par la doctrine dominante et la reconnaissance animale tombe et encore et encore…. remettre l’ouvrage… le travail de re-sensibilisation re-commence.
Déjà dans la Grèce Antique, la promotion de l’animal est reçue comme une déstabilisation sociale, l’homme ayant besoin de lui pour vivre ce qui explique, jusqu’à nos jours encore, la réticence à réviser son portrait d’être raisonnable et instinctif, ce qui bien entendu justifie son traitement – en fait son absence de traitement – dans la législation, dans l’administration… et parfois même dans le domestique, le quotidien.
Il a toujours existé des courants philosophiques qui – de fait – sont restés minoritaires – qui insistaient sur la parenté des âmes et des facultés, au regard des comportements des uns et des autres, et qui prônaient respect, fraternité et refus de tuer les animaux. Soit dit en passant c’est l’un des traits majeurs de la civilisation occidentale sur celle d’Orient que de refouler impitoyablement les animaux en dehors de la conscience, de l’intelligence, de la sensibilité….
Il y a toujours eu – et encore au 21e siècle –, une majorité qui considère que les ressemblances des actes extérieurs ne prouvent rien et soutient que l’homme possède une âme raisonnable, qu’il existe une différence de nature interdisant toute déférence vis-à-vis des bêtes. ‘Ce débat est introduit dans le monde romain, à partir du Ier siècle avec J.C, mais la christianisation le réduit peu à peu. L’opposition à la métempsychose et au végétarisme, prônée par les sectes païennes, conduit l’Église à assimiler au paganisme puis à l’hérésie les idées favorables aux animaux et à les combattre. À l’inverse, elle utilise certaines philosophies grecques notamment celles de Platon et d’Aristote pour interpréter la Bible qui est en réalité très vague sur les différences entre l’homme et l’animal, pour bâtir une synthèse entre la foi et la raison, pour impose
r la thèse d’une rupture entre l’homme et l’animal’, expliquer Éric Baratay, p 35-36.
Il y a eu des moments dans l’histoire où une synergie de décloisonnement entre l’homme et l’animal s’est accompagnée d’un mouvement d’idées à dominance sociale et politique qui visait l’égalité. On pense au 18e siècle qui aboutit à la révolution française, à l’abolition de l’esclavage. Bref, notre rapport à l’autre fut-il animal, est toujours lié à l’histoire des idées et de la sensibilité (p 10 et p 41 Christian Talin).
Le 21e siècle occidental est dominé par le consumérisme, la pollution, l’individualisme, l’égoïsme…. Vous en déduirez la position de la société vis-à-vis des animaux.
Tags: 18e siècle, 2000). Bref, abolition de l’esclavage, Anthropologie de l’animal de compagnie, Aristote, Atelier de l’Archer, Bible, christianisation, consumérisme, déstabilisation sociale, doctrine dominante, égoïsme, Eric Baratay, est toujours lié à l’histoire des idées et de la sensibilité p 10 Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, êtree raisonnable et instinctif, foi, Grèce Antique, hérésie, Ier siècle avec J.C, individualisme, L’ANIMAL DANS LA SPIRALE DES BESOINS DE L’HUMAIN, métempsychose, monde romain, notre rapport à l’autre fut-il animal, paganisme, parenté des âmes et des facultés, philosophies grecques, Platon, pollution, promotion de l’animal, raison, reconnaissance animale, révolution française, rupture entre l’homme et l’animal, sectes païennes, végétarisme
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26/04/2011
D’un travail attelé au sport attelé, longue histoire d’une relation qui a débuté sous des auspices violents….
Il n’y a pas que les chevaux qui ont tiré des carrioles, des fiacres et des cabriolets. Les chiens aussi – surtout, les chiens– ont été utilisés pour des déplacements, pour transporter des marchandises. Au 18 e et 19e siècle, on parlait à ces époques de charges considérables à tracter, de longs parcours à effectuer et… de coups émis par les humains qui devaient faire avancer les chiens par ailleurs déjà très sollicités. Des coups et des hurlements, c’est d’ailleurs cette violence déployée aux yeux de tous qui, par ailleurs, a été à la fondation des sociétés protectrices des animaux.
La seconde moitié du 18e siècle est marquée par le développement – qui devient considérable au 19e siècle – de l’utilisation des animaux domestiques (aussi bien en ville que dans les campagnes) pour le trait. Ce sont notamment les chevaux mais aussi les chiens plus économiques que les équidés. Le transport animal connaît un fort développement concurrencé par la navigation fluviale et le portage humain, la moitié du trafic des marchandises alors se fait par traction animale. Du fait de la raréfaction des cas de rage, de l’essor des élevages, l’usage du chien se répand.
À la ville comme à la campagne, les chiens sont attelés aux charrettes. Belle économie pour un propriétaire : un employé, un cheval ou un mulet coûtent trop cher! Les chiens transportent les produits des maraîchers, accompagnent déjà les enfants à l’école, servent au transport des personnes âgées ou deviennent… taxi : taxis de gare en Sologne (France).
Dans les débuts de la colonie au Québec, prospecteurs, trappeurs, colons utilisent des chiens pour le transport des gens, des bagages, des matériaux de construction. Sur la Côte-Nord, on estime qu’en 1875 chaque famille possédait un attelage d’environ quatre chiens. Le courrier y était transporté par chien postier!
Mais ces chiens sont maniés par une population qui n’en a pas l’habitude, qui n’a pas souvent la patience, qui reporte sur eux la violence qu’elle vit souvent dans les rapports sociaux, explique Éric Baratay (p. 42 de l’ouvrage ci-contre). L’animal était traité comme un sous-prolétaire sur lequel se construit l’essor économique
Du fait de la généralisation de ces pratiques insanes et de la réaction du public face aux manières brutales des conducteurs, du fait de la révolution industrielle, de l’abolition de l’esclavage, de l’industrialisation… les mœurs changent au cours de ces siècles. L’homme devient plus sensible à la douleur de l’animal, il ne peut plus tolérer le spectacle atroce des conducteurs battre et tuer les animaux en public.
Ainsi, sont venues les lois (La loi Grammont (1850) en France) interdisant de telle pratique. Le 10 décembre 1852, le gouvernement du Québec ordonna que l’on cesse d’atteler les chiens que ce soit pour l’amusement des enfants ou pour le transport des marchandises. Cette loi demeura en vigueur pendant 70 ans et il fallut attendre jusqu’en 1922 pour que l’on autorise à nouveau les attelages de chiens pour les démonstrations, les parades et les carnavals…
Et désormais les sports attelés….
Pour aller plus loin :
Les chiens de trait
La randonnée en traineau à chiens dans les parcs nationaux du Québec
Tags: chien postier, chiens de trait, colonie, Côte-Nord, Eric Baratay, L’ANIMAL DANS LA SPIRALE DES BESOINS DE L’HUMAIN, Martine Lachance, sociétés protectrices des animaux, sport attelé, taxis de gare en Sologne
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01/12/2010
Nous avons encore beaucoup à apprendre sur l’importance de la coopération et sur son rapport avec la justice dans le monde animal. Effectivement, il a fallu attendre ces 10 dernières années pour qu’un propos sur la moralité des animaux ne soit pas systématiquement reçu par un froncement de sourcils sceptique et un rire méprisant. La tradition a fait de la moralité l’apanage de l’homme, jusqu’à y voir la définition même de notre humanité. Certains scientifiques continuent de rejeter avec véhémence l’idée que nous pourrions partager cette qualité avec d’autres êtres. Pourtant, de plus en plus de biologistes, de neuroscientifiques, de philosophes et d’éthologues commencent à penser que la moralité serait une stratégie largement adaptative ayant évolué chez bon nombre d’espèces. Je ne dis pas que le comportement moral des animaux est le même que le nôtre. Je pense plutôt que ce qu’on appelle ‘moralité’ est un phénomène biologique très diversifié, nécessaire à toute vie en société. Les composants de base de la moralité – la coopération, l’empathie, l’équité, la justice et la confiance – sont un héritage de nos ancêtres, au même titre que les émotions.
…
Sous sa forme la plus élémentaire, la moralité peut apparaître comme un comportement prosocial : un comportement dont l’objectif est d’augmenter le bien-être des autres. La moralité est un phénomène intrinsèquement social : elle se manifeste dans les interactions entre les individus comme une sorte de toile ou de tissu qui maintient la tapisserie compliquée des rapports sociaux. Avec le temps, le mot ‘moralité’ en est venu à désigner simplement le fait de connaître la différence entre le bien et le mal, entre être bon et être mauvais. Chez les animaux, la moralité renvoie à une gamme extrêmement variée de comportements sociaux. Il s’agit d’un ensemble de règles édictant la manière d’agir au sein d’une communauté, assimilé par chacun de ses membres. Le comportement moral comprend la coopération, la réciprocité, l’empathie et l’assistance. Mais il ne se limite pas à ces divers éléments. La moralité possède à la fois les composants émotionnels ou affectifs et des composants cognitifs.
Marc Bekoff . Les émotions des animaux, p. 167-168-169

Le comportement moral comprend la coopération, la réciprocité, l’empathie et l’assistance
Il reste certe encore beaucoup de recherches à faire sur la manière dont les animaux respectent la moralité et en définissent les règles.
Mais,si la moralité est une stratégie adaptative, le chien qui demeure auprès des hommes depuis des millénaires et désormais qui oeuvre conjointement à un intervenant en thérapie assistée par l’animal, fait-il montre de moralité ? Fait-il montre d’un comportement dont l’objectif est d’augmenter le bien-être des autres?
Tags: ancêtres, biologistes, comportement moral des animaux, comportement prosocial, comportements sociaux, confiance, coopération, empathie, équité, justice, monde animal, Moralité, neuroscientifiques, phénomène biologique, philosophes, stratégie adaptative
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05/11/2010
Jeffrey Mogil, Titulaire de la chaire E. P. Taylor d’études sur la douleur au Département de psychologie de McGill, est certain que ‘ses’ souris se parlent entre elles de leurs souffrances. Il en a fait une étude : ‘La modulation sociale de la douleur comme preuve d’empathie chez les souris’.
Le chercheur est parvenu à la conclusion que: quand les souris voient la souffrance de l’autre, cela intensifie leur propre réaction à la douleur. Ces résultats ajoutent une dimension psychologique à la gestion de la douleur, selon Mogil. « Le simple fait d’observer un animal qui éprouve un type de douleur nous rend plus sensible à d’autres types de douleurs; cette manipulation sociale de la douleur sensibilise l’ensemble du système de la douleur. » Bref voir souffrir autrui, qui plus est autrui avec qui on a coopéré, active les zones du cerveau liées à la douleur.
Ça c’est proche de l’empathie. Mais il ne s’agit manifestement pas de l’empathie imaginative qui nous fait vraiment comprendre ce qu’un autre ressent,
même quelqu’un que nous ne voyons pas. « Rappelons-nous que ce n’est pas l’imagination qui mobilise l’empathie. Imaginer la situation d’autrui peut se faire en toute indifférence. L’empathie exige d’abord et avant tout un engagement émotionnel. Voir les émotions d’autrui éveille nos propres émotions, et à partir de là nous construisons une compréhension plus avancée de sa situation. La communication au niveau corporel vient d’abord la compréhension suit, dit Frans de Waal, L’Âge de l’empathie, p 110 et 113.
Une des spécificités de la thérapie assistée par le chien est précisément de permettre un échange se situant en dehors de l’artifice verbal. Pour les gens avec des acuités sensorielles dysfonctionnelles, la communication non verbale peut revêtir plus d’importance que la communication verbale. « Les animaux vivent dans un monde plus sensoriel, alors que les hommes vivent dans le monde de l’artifice verbal et technique », dit Cyrulnik dans La plus belle histoire des animaux. Préserver les habiletés sociales résiduelles en fournissant des occasions d’interaction (communication, verbalisations, intégration du client dans son milieu…) permet « à l’individu de reprendre le contact perdu avec le monde. Dans tous les cas, il s’agit de communication, de mise au monde, de connexion ou plutôt de travail de cohérence entre divers ordres de réel », Francine Saillant et Éric Gagnon. Soins, corps et altérité. Anthropologie et sociétés. 1999, 23 :2
Pour aller plus loin:
http://francais.mcgill.ca/campaign/historymakers/mogil/
Tags: acuités sensorielles dysfonctionnelles, cerveau, communication, compréhension, corporel, corps et altérité, Cyrulnik, douleur, émotions, empathie imaginative, Frans de Waal, habiletés sociales résiduelles, Jeffrey Mogil, L’Âge de l’empathie, réaction, Saillant et Gagnon, soins, souffrance, souris, Thérapie assistée par le chien, université McGill
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23/10/2010
Tantôt déifié, tantôt diabolisé, l’animal a connu le meilleur et le pire et a incarné surtout l’idée que nous nous en faisions. Dès lors, en biomédecine, l’animal devient un outil thérapeutique avec la thérapie assistée par l’animal.
Avant de faire entrer un animal quel qu’il soit dans une enceinte de soins, il faut remplir des exigences très strictes de contrôle pour éviter l’entrée nouvelle d’agents pathogènes externes, afin de protéger l’homme plus vulnérable que l’animal dans le combat de la vie. Le contrôle prend la forme de la rédaction d’un protocole, préalable à l’introduction des animaux dans un établissement de santé. On y retrouvera les règles et procédures qu’on entend suivre au moment où l’animal sera présent. On s’assurera évidemment que toutes les personnes concernées par les activités en prennent connaissance et qu’elles s’y conforment en tout temps.
Concernant la sélection et la formation des animaux ainsi que leur encadrement, c’est la sélection qui offre les meilleurs outils (individus). Il faut comprendre que les chiens sont dûment sélectionnés pour que persistent des traits infantiles chez l’adulte. Jean-Pierre Digard parle de « néoténie domesticatoire ». Les adultes humains, et qui plus est des enfants en souffrance, sont aussi influencés par ces caractéristiques. Ils s’y projettent. On peut penser que les animaux domestiques ayant des traits néoténiques vont provoquer une réponse de protection, de sécurité, de jeu, de transfert, de bien-être, etc. chez l’enfant.
D’une certaine manière en prenant soin d’un plus petit que soi, qui ressemble à soi, on s’auto-inflige le soulagement.
Tags: agents pathogènes, Biomedecine, établissement de santé, Jean-Pierre Digard, néoténie domesticatoire, outil thérapeutique, protocole, sélection, traits infantiles
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