Archive de la catégorie ‘En se promenant’
05/04/2011
Jean-Pierre Digard – p 109-100
Selon la thèse généralement admise au nom du bon sens mais en réalité jamais démontrée, les hommes auraient domestiqué les animaux par nécessité pour subvenir à leurs besoins en viande, lait, travail… Or cette thèse me parait erronée. L’homme n’a pas domestiqué, ne domestique pas les animaux d’abord pour les utiliser. Pour que l’homme ait domestiqué les animaux afin de les utiliser, il aurait fallu qu’il sût d’emblée ce qu’il pouvait tirer d’eux, ce qui était impossible.
Si l’homme n’a pas domestiqué les animaux dans le but de les utiliser, quel a été le moteur de la domestication? En fait, ce moteur tient à la nature même de l’homme : l’homme a domestiqué, domestique encore aujourd’hui les animaux avant tout pour satisfaire son besoin intellectuel de connaissance et sa compulsion, mégalomaniaque, de domination et d’appropriation du monde et des êtres vivants. Son zèle dominateur ne s’explique pas autrement que par la recherche de la domestication pour elle-même et pour l’image qu’elle lui renvoie d’un pouvoir sur la vie et les êtres. L’action domesticatoire répond à une logique de pouvoir et de séduction sur l’animal; elle est action sur l’animal avant d’être action pour l’homme. Ce ne signifie pas, bien entendu, que l’homme n’utilise pas les animaux qu’il a domestiqués. Cela signifie simplement qu’il n’existe pas de correspondance systématique, immédiate, entre la domestication des animaux et leur exploitation : l’homme doit domestiquer les animaux pour les utiliser mais il n’est pas nécessaire qu’il penser les utiliser pour les domestiquer.
L’exploitation des animaux domestiques ne correspond pas non plus à une nécessité économique. En Europe, les animaux ont surtout été utilisés dans la seconde moitié du 19e siècle et dans le premier tiers du 20e siècle, à une époque où précisément les progrès techniques et industriels auraient permis de limiter leur emploi. Il faut comprendre par là que l’homme se plaît à exercer sur ses animaux domestiques une action qui dépasse de beaucoup ce qui serait nécessaire pour les élever correctement, et même qu’il lui arrive d’agir sur eux sans véritable nécessité.
Tags: action domesticatoire, domestication, Jean-Pierre Digard
Publié dans
En se promenant, Le chien social | 1 commentaire »
21/03/2011
Les animaux de compagnie remplissent une fonction cathartique, de libération des affects refoulés dans le subconscient… Les hommes et les femmes de ce début de XXIe siècle sont-ils à ce point privés d’autorité et de maternage par la société qu’ils en sont réduits à exercer ces rôles sur des animaux? L’accession des animaux de compagnie à un statut familial représentant l’une des caractéristiques dominantes du système domesticatoire actuel, c’est probablement dans l’évolution de la famille que l’on peut trouver la réponse à cette question. En dépit de ses avatars, la famille constitue toujours la cellule de base de la société, l’unité de consommation et le lieu privilégié de l’éducation des enfants et continue d’être perçue comme une ‘valeur refuge’…. Or l’effacement des pères coïncide avec la montée en puissance du phénomène animal de compagnie … Les femmes ayant perdu en amour maternel ce qu’elles ont gagné en pouvoir… cette évolution semble avoir creusé chez certaines femmes un déficit de maternage qu’elles tentent plus ou moins inconsciemment de combler non seulement en s’occupant d’animaux familiers, mais en s’en occupant comme s’il s’agissait d’enfants. Fait significatif : on a pu établir des liens entre mouvement féministe et mouvement protectionniste des animaux au 19e siècle.
En réalité, beaucoup plus que la transformation de tel ou tel rôle, ce qui frappe dans la famille française, c’est l’effacement des différences entre les rôles parentaux, entre les sexes, entre les aînés et les cadets, entre les classes sociales. L’indifférenciation et la confusion, en un mot la labilité, qui règnent à l’intérieur de nombreuses familles font la litière de l’animal familier fusionnel et abusif, en lequel pères fragilisés, mères cumulantes et enfants flottants trouvent un délégué narcissique et un substitut cathartique d’enfant, de conjoint, de parent. Au sein et autour de la ‘famille incertaine’ l’animal de compagnie représente le seul élément stable, toujours présent quand on a besoin de lui, le seul être sur lequel l’homme moderne croit garder à peu près prise.
Jean-Pierre Digard. Les Français et leurs animaux. P 139-141 -143
Tags: fonction cathartique, Jean-Pierre Digard, maternage, mouvement féministe, système domesticatoire
Publié dans
En se promenant, Le chien social | Aucun commentaire »
18/02/2011
Les recherches de thérapie assistée par l’animal devraient prendre en considération cette méthodologie apportée par Vinciane Despret, dans ’Quand le loup habitera avec l’agneau ‘ aux éditions Les empêcheurs de tourner en rond
Est-ce à dire que nous inventons ces animaux? Oui d’une certaine manière, non d’une autre. Tout dépend de ce que nous comprenons sous le terme d’invention, quand il s’agit des pratiques des sciences.
Oui, nous les inventons si nous suivons Isabelle Stengers puisque ‘tous les êtres que les sciences font exister sont ‘inventés’ au sens où tous leurs attributs sont relatifs à nos histoires. C’est à nos questions qu’ils répondent, ce sont nos interprétations qui donnent sens à leurs réponses et c’est notre curiosité qui les mobilise.
Est-ce à dire qu’ils sont moins réels une fois qu’ils existent dans nos histoires? Non affirme la philosophe, car nous devons aussi comprendre que si leur existence dépend de nos histoires et de la multiplicité de celles-ci, ces histoires ont toutes ‘pour trait commun de renvoyer à eux’; elles désignent ceux qu’elles font exister , comme condition sinon suffisante, du moins nécessaire à leur possibilité’. C’est là la singularité de nos pratiques scientifiques : les animaux qu’elles inventent existent dans et par ces histoires avec une densité, une réalité singulière, car les scientifiques ont cherché passionnément comment faire histoire avec eux. La question de savoir s’ils existent ‘pour eux’ ou ‘pour nous’ dans les pratiques qui les interrogent et qui les font exister n’a alors pas beaucoup de sens : il s’agit à chaque fois pour chaque scientifique et pour chacun des animaux d’inventer des propositions d’existence avec eux. Dès lors, si nous voulons bien comprendre les changements qui adviennent à ces animaux interrogés par nos pratiques, il nous faut alors suivre la manière dont les scientifiques s’adressent à eux, comment ils les rendent actifs et comment ils leur proposent de prendre position par rapport à ce qui leur est demandé. Il faut en somme nous soumettre à la contrainte de chercher comment ces animaux changeants sont devenus bien réels dans l’épreuve même du changement qui leur était proposé….
Nous soumettre à cette contrainte c’est alors adopter celle à laquelle certains éthologistes ou primatologues ont choisi d’obéir. Quand on lui demande d’expliquer le fait que son travail avec les babouins ait produit des résultats aussi intéressants, Shirley Strum répond qu’elle s’est d’abord efforcé de ne pas leur construire un savoir ‘dans le dos’ : dans sa pratique, les questions adressées aux babouins se subordonnent à l’exigence de savoir ‘ce qui compte pour eux’. Cette politesse de ‘faire connaissance’ a suffisamment témoigné de ses capacités de réussite pour que je propose de m’y astreindre à mon tour : si les babouins deviennent si intéressants lorsque leur scientifique se soumet à cette contrainte, je peux à mon tour espérer dans mon analyse rendre le chercheur intéressant en adoptant la même exigence, et en explorant comment ‘ce qui compte pour eux’ a permis les transformations. Et parmi toutes les choses qui ‘comptent’ pour ces scientifiques, il y en a une que je ne pourrai manquer : la manière dont leurs animaux prennent une part active au savoir qui est produit à leur sujet p 24-25-26
Tags: Isabelle Stengers, Les empêcheurs de tourner en rond, pratiques scientifiques, Quand le loup habitera avec l’agneau, Shirley Strum, singularité, Vinciane Despret
Publié dans
En se promenant, Jappons | Aucun commentaire »
24/01/2011
Avec Dominique Lestel – Origines animales de la culture – nous partageons l’idée que l’éloignement de l’animal des sciences sociales ne peut plus tenir devant l’avancée des découvertes ou face au penser ensemble l’homme et l’animal. En aucun cas il ne s’agit de sociobiologie ou d’annexion d’un champ de réflexion par un autre au profit d’une dérive du tout génétique mais bel et bien d’un travail conjoint, d’un apport méthodologique mutuel, d’ouverture dans une perspective non réductionniste.
Les sciences de l’animal se transforment en sciences sociales à partir du moment où l’animal-objet est éliminé, au profit de l’animal-sujet et de l’animal-chose et où l’ambiguité de cette distinction devient problématique. La phrase célèbre de Durkheim selon laquelle les faits sociaux sont des choses est fondatrice des sciences de l‘homme mais aussi des sciences de l’animal. De même que l’homme des sciences sociales est une construction par laquelle le sujet humain peut devenir le sujet d’une science nouvelle, de même l’animal des sciences de l’animal est une construction par laquelle le sujet animal peut devenir le sujet d’une science inédite en l’occurrence une zoologie culturelle pour les mêmes raisons qu’il existe une anthropologie culturelle. Cette transformation est très claire chez des ornithologues comme Amotz Zahavi ou chez les primatologues comme Frans de Waal, Richard Wrangham ou Shirley Strum. P 307-308
…..
Les sciences de l’animal peuvent ainsi prétendre occuper une place au sein des sciences sociales élargies aux organismes sociaux en général et ne peut plus seulement se restreindre à l’humain. Elles peuvent de surcroît en revendiquer l’une des premières places. Elles sont en effet dans une bonne position pour aborder l’une des questions centrales des sciences sociales, celle des relations de la phylogénèse des organismes, de l’histoire culturelle des populations et de l’histoire individuelle des sujets. Certaines sociétés animales sont constituées d’ethnies animales, mais ces peuples animaux ne sont pas nécessairement superposables aux ethnies humaines. Il ne s’agit pas pour autant de rejeter l’animal dans les limites d’une zoologie problématique, mais de développer une authentique ethnologie différentielle. P 309-310
Tags: Amotz Zahavi, animal machine, animal-chose, animal-sujet, anthropologie culturelle, behavioristes, cartésiens, cognitivistes, Durkheim, ethnologie différentielle, Frans de Waal, Jérémy Bentham, phylogénèse des organismes, Richard Wrangham, sciences animales, sciences sociales, Shirley Strum, sociobiologie, subjectivité, zoologie culturelle
Publié dans
En se promenant, Le chien et l’université | Aucun commentaire »
03/01/2011
‘
Nous les singes’! Tel est le cri de douleur poussé aujourd’hui par les paléoanthropologues et autres primatologues épouvantés autant par l’annonce de la disparition de nos ancêtres que par les abominables souffrances que les humains leur ont infligées au cours des siècles. Cri de honte, cri de repentir. Non seulement nous avons assassiné la trace de nos origines, au point de ne plus savoir qui nous sommes, mais, en guise de devoir de mémoire, nous devons nous condamner à renoncer à notre humanité, hautement perverse et criminelle, pour redevenir ce que nous n’avons jamais été.
Car si les primatologues et autres paléontologues rêvent d’un monde fabuleux dans lequel l’homme serait réconcilié avec ses origines, les psychologues néo-behavioristes, éthologues, comportementalistes, cognitivistes et personnes hostiles à tout ce qui ressemblerait, de près ou de loin, à une conception freudienne de l’inconscient ne s’embarrassent pas d’une telle utopie. Adeptes de l’application systématique à l’homme des modèles de conditionnement et de dressage observés chez les animaux de laboratoire – ou ‘modèles animaux’ - ils ont abandonné toute forme d’évolutionnismes pour affirmer que nous sommes réellement, sinon des signes, du moins et à coup sûr, des rats. Aussi détestent-ils autant les humains que les animaux. Ils oublient en effet qu’à vouloir naturaliser l’homme au point de nier l’existence d’une barrière des espèces, ils risquent d’attribuer aux animaux toutes sortes de caractéristiques qui sont exclusivement les nôtres : la jouissance du mal, le plaisir de disséquer inutilement une grenouille et des rats dans des laboratoires ou encore l’art d’inventer des tortures les plus sophistiquées ou même de concevoir des chambres à gaz.
….
Il est aussi faux en effet de vouloir abolir la frontière entre l’homme et l’animal, que de nier l’appartenance de l’homme au monde animal. Dans le premier cas on condamne l’homme à un déterminisme sordide qui le prive de la conscience de son destin –fût-il celui du pire des criminels; dans le second, on fait de l’homme une créature divine au risque de l’autoriser à se prendre un jour pour un dieu et à exterminer, selon l’axe du bien et du mal, ceux qui ne seraient pas jugés assez divins pour subsister.
Il faudra bien un jour les réunir – l’homme et la bête – par-delà toutes les dérives d’une éthologie mal comprise.
par Élisabeth Roudinesco, Le cobaye descend-il du singe ? p 74 paru dans le dossier d’avril 2009 du magazine littéraire sur ‘L’esprit des bêtes quand les animaux font la littérature’
Tags: Élisabeth Roudinesco, magazine litteraire
Publié dans
En se promenant | Aucun commentaire »
15/12/2010
La prétendue faiblesse de caractère de tant de chiens repose souvent sur des erreurs éducatives au cours de la phase de socialisation : on ne joue pas assez avec le chien, en revanche on ‘dresse’ d’autant plus. Plus d’un homme se prend pour un dompteur de lions frustré et prend le chien pour un loup sauvage et féroce. En cela, il se trompe doublement. Premièrement, un dompteur de fauves n’est plus, depuis longtemps, un dompteur d’animaux qui impose aux ‘bêtes sauvages’ sa volonté de fer, mais un ami des animaux sensibles qui sait qu’il ne peut espérer les meilleurs résultats que si ces grands chats ont du plaisir à travailler. Deuxièmement, il n’y a pas de loups sauvages et féroces. P 54-55
On n’insistera jamais assez sur le fait que le chien n’est pas un être dont les instincts sont fixés une fois pour toutes. Il ne suffit pas de connaître tous les modes de comportements innés pour mieux s’entendre avec le chien. Il est beaucoup plus important en revanche d’analyser exactement ses possibilités d’apprentissage innées, en fonction de son âge, d’observer sa relation avec le compagnon parental et d’étudier les interactions entre le père et le chiot dans les différentes phases de vie pour savoir comment et par quoi se construit la personnalité de chaque chien. Il est précisément un ‘animal d’apprentissage’. P55
La hiérarchie sociale n’est pas une affaire de supériorité physique, elle est certainement plus une question de supériorité psychique. p 57
Si nous voulons aussi nous comporter selon les lois de l’espèce, il nous suffit d’imiter ce que fait le père-chien. Il organise beaucoup de jeux avec les chiots, des jeux de chasse et de prédation en particulier et il les ’scolarise’. p 60
Le chien adulte ne joue pas non plus avec nous pour développer son savoir mais pour pratiquer son exercice communautaire. p 61
Le chien pris au sérieux
Eberhard Trumler
Tags: adhésion à un groupe, âge, ami des animaux sensibles, animal d’apprentissage, apprentissage, association, bêtes sauvages, chiot, congénères, degré d’évolution supérieur, développement du jeune chien, dompteur, dressage, Eberhard Trumler, éducateur, éducation, entreprises communes, erreurs éducatives, féroce, force physique, formation, hiérarchie sociale, Homme, instincts, Le chien pris au sérieux, loup sauvage, modes de comportements innés, nourriture, observation du jeu, père-chien, phase de socialisation, plaisir, possibilités d’apprentissage innées, premier partenaire social, punition, relation, relation homme-chien, tabou, transgression d’interdits, vie commune avec l’homme, vie en société, vie en solitaire
Publié dans
En se promenant | Aucun commentaire »
26/11/2010
Observer les animaux c’est forcément se placer à la croisée des sciences, sciences ‘dures’ et sciences humaines.
Dominique Lestel, philosophe enseigne l’éthologie cognitive et la philosophie à l’École normale supérieure aborde la question de l’anthropomorphisme et fait référence à Jane Goodall qui a choqué la communauté scientifique en donnant un nom à chaque chimpanzé qu’elle
étudiait afin de les identifier individuellement.
Question Télérama : N’était-ce pas en effet projeter sur l’animal des catégories humaines, autrement dit faire de l’anthropomorphisme ?
Réponse de Dominique Lestel
En ce qui oncerne l’article intitulé : ‘L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, certainement et c’est ce qu’on lui a violemment reproché. Bien sûr qu’en donnant un prénom à un animal vous allez lui accorder une signification individuelle qu’il n’a pas forcément, ce qui risque de vous conduire à voir chez lui des sentiments, des désirs, des attentes, que vous ne verriez peut-être pas si vous lui donniez un numéro. Mais je crois préférable d’assumer cet anthropomorphisme tout simplement par ce qu’on ne peut pas l’éviter. Et ce n’est peut-être pas souhaitable. Après tout, nous sommes de fait très proches de ces animaux, voir chez eux des comportements que l’on peut analyser avec des grilles d’analyse humaines n’est pas scandaleux. Il faut être prudent dans l’interprétation, mais je préfère cette attitude au refus par principe de tout signe d’anthropomorphisme, qui, au fond, repose sur la certitude d’une rupture radicale entre l’humain et l’animal, autrement dit se rapproche du créationnisme.
…..
Quand vous étudiez l’intelligence animale, vous êtes confronté à une concurrence sauvage, celle des ‘professionnels’ de l’animal (chasseurs, pêcheurs, éleveurs, dresseurs…) qui en savent souvent plus que vous, mais qui transmettent justement leur savoir sous forme d’anecdotes nimbées d’anthropomorphisme. L’un des défis majeurs de l’éthologie à venir sera précisément de tenir compte de ces observations presque ethnographiques d’une incroyable richesse. La question n’est pas de rejeter l’anthropomorphisme ou l’usage des anecdotes mais d’en mobiliser l’usage de façon rigoureuse.
Pour aller plus loin:
- Télérama Hors série : Bêtes et hommes, je t’aime, moi non plus, 2007, P43
- Quand Darwin et Kropotkine dialoguent
Tags: anecdotes, anthropomorphisme, communauté scientifique, darwin et kropotkine dialoguent, Dominique Lestel, Eco-éthologie et éthologie cognitive, intelligence animale, Jane Goodall, je t’aime, L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, moi non plus, observations ethnographiques, Observer les animaux, Télérama Hors série : Bêtes et hommes
Publié dans
En se promenant | 1 commentaire »
23/11/2010

Pierre Jouventin nous dit en p 36-37:
Pour comprendre un animal, il faut entrer dans ’son monde’ (umwelt de von Uexküll). Ce n’est bien sûr pas simple quand l’espèce communique par signaux électriques, comme certains poissons, ou par ultrasons, comme les chauve-souris et les dauphins, ou quand elle ne voit pas comme nous. Doit-on cacher comme une tare que l’espèce humaine est l’une des rares du monde vivant à ne pas percevoir les ultraviolets qui doublent la palette de couleurs, en particulier celle des fleurs?
Les espèces sont incomparables dans tous les sens du terme. Il n’est pas facile d’évaluer précisément les capacités intellectuelles d’un animal quand on se considère comme naturellement supérieur, de ne pas mépriser un étranger surtout quand on compte l’asservir, de comprendre l’autre quand on vise d’abord à l’exploiter. Il n’y a pas non plus d’échelle des valeurs simple à coller sur nos performances comportementales et qui nous permettrait de les comparer objectivement avec celles des autres espèces, car si nous sommes des surdoués de la parole, nous sommes du même coup des sous-doués de la vision mais encore plus de l’olfaction: le monde sensoriel des chats et plus encore des chiens nous est, pour sa plus grande part, inaccessible sans que l’on en déduise pour cela qu’ils nous sont supérieurs!
D’ailleurs comment comparer précisément les capacités intellectuelles d’animaux aussi différemment doués, et en particulier leurs capacités langagières, quand on sait que les tests de quotient intellectuel (QI) ne sont pas extrapolables de notre culture occidentale à une autre, ceci donc chez la même espèce?
Le propre de l’homme a rétrécié ces dernières années… Le propre de l’homme n’est plus vraiment un problème de science et, comme le roi nu, il apparait pour ce qu’il est en vérité, un jugement de valeur, une simple question de point de vue.
Tags: La Raison des plus forts, Pierre Jouventin, Umwelt, von Uexküll
Publié dans
En se promenant | Aucun commentaire »
29/10/2010
Réflexions avec Élisabeth de Fontenay et son ‘Sans offenser le genre humain’
Il faut bien accepter qu’au début du XXIe siècle nous devions penser à l’être de l’homme comme à quelque chose d’à la fois tragique et irreprésentable : nous sommes cernés par le passé lointain de notre espèce, le passé récent de notre historicité et le futur incertain de notre humanité, absences qui rendent dérisoires les affirmations de spécificité et les efforts de détermination. P 44
Car nous ne pouvons plus désormais sauf à accepter que la réflexion philosophique le cède à l’enflure rhétorique opposer la nature et la culture, l’inné et l’acquis, l’homme et l’animal. p 48
S’en tenir le plus possible à une anthropologie négative: affirmer que l’homme est un état qui ne peut ni ne doit être défini. p 50
Tel est en effet le caractère distinctif de l’homme en face de tous les autres animaux: seul il perçoit le bien et le mal, le juste et l’injuste et les autres valeurs; or, c’est la possession commune de ces valeurs qui fait la famille et la cité – disait Aristote. Cette thèse semble tellement irréfutable par sa forte articulation du langage et de la politique, qu’on n’a jamais pu vraiment la dépasser en énonçant un critère d’humanité donné plus décisif…..C’est un désir narcissique qui cause la faute logique…C’est la liberté du sujet moral qui fonde la dignité comme propre de l’homme et non le langage articulé. p 54, p56, p58
Tags: elisabeth de fontenay, être humain, philosophie, propre de l'homme, relation homme-animal
Publié dans
En se promenant, Réflexions anthropocanines | Aucun commentaire »
23/09/2010
Le but de tout le développement du jeune chien est une meilleure association avec les congénères et il faut savoir que la vie en société représente un degré d’évolution supérieur à la vie en solitaire. Les solitaires ne peuvent tolérer aucun concurrent pour la nourriture. Mais l’adhésion à un groupe signifie, pour l’individu, des bases de nourriture plus assurées. P 49
Il n’y a punition que s’il y a transgression d’interdits clairement établis. Ceci
signifie que l’on doit, tout comme le père-chien, avoir le chiot toujours à l’œil au cours de cette phase (comprendre de 8 à 12 semaines) et si l’on ne peut pas faire en sorte qu’il soit placé dans un lieu où il ne pourra enfreindre aucun tabou nécessaire à sa vie commune avec l’homme. Mais il faut naturellement veiller à ce que le chiot ne soit seul que très peu de temps. P 53
Toutes les entreprises communes, et on pourrait nommer ainsi toute éducation, formation ou dressage peuvent être développées de la sorte à partir de l’observation du jeu et dans ces conditions, tout apprentissage chez le jeune chien restera teinté de plaisir. Si le désir exprimé par l’homme que le chien réalise un travail particulier si ce désir reste toujours lié à un événement heureux, plus tard aussi, même pour un chien depuis longtemps adulte, apprendre sera un plaisir. C’est à cette condition que l’homme remplit son rôle d’éducateur, de premier partenaire social et ce n’est qu’ainsi qu’il pourra construire une relation homme-chien valable et stable. La prétendue faiblesse de caractère de tant de chiens repose souvent sur des erreurs éducatives au cours de la phase de socialisation : on ne jour pas assez avec le chien, en revanche on ‘dresse’ d’autant plus. Plus d’u homme se prend pour un dompteur de lions frustré et prend le chien pour un loup sauvage et féroce. En cela, il se trompe doublement. Premièrement, un dompteur de fauves n’est plus, depuis longtemps, un dompteur d’animaux qui impose aux ‘bêtes sauvages’ sa volonté de fer, mais un ami des animaux sensibles qui sait qu’il ne peut espérer les meilleurs résultats que si ces grands chats ont du plaisir à travailler. Deuxièmement, il n’y a pas de loups sauvages et féroces. P 54-55
On n’insistera jamais assez sur le fait que le chien n’est pas un être dont les instincts sont fixés une fois pour toutes. Il ne suffit pas de connaître tous les modes de comportements innés pour mieux s’entendre avec le chien. Il est beaucoup plus important en revanche d’analyser exactement ses possibilités d’apprentissage innées, en fonction de son âge, d’observer sa relation avec le compagnon parental et d’étudier les interactions entre le père et le chiot dans les différentes phases de vie pour savoir comment et par quoi se construit la personnalité de chaque chien. Il est précisément un ‘animal d’apprentissage’. P55
La hiérarchie sociale n’est pas une affaire de force physique. Elle est, chez un être d’apprentissage comme le chien, une question d’intelligence.
Extraits du livre de Eberhard Trumler ‘Le chien pris au sérieux’ -1974
Tags: apprentissage, chien, Eberhard Trumler, hiérarchie, jeu, Le chien pris au sérieux
Publié dans
En se promenant, Histoires de chien | Aucun commentaire »