Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]


Chiens de guerre et paix


07/10/2011 par Sandra

Il n’y a pas de voix humaine qui puisse égaler celle des chiens dans l’expression de la douleur universelle. Aucune musique, pas même la plus pure, ne parvient à exprimer la douleur du monde aussi bien que la voix des chiens
Jean Rolin - Kaputt

Les prouesses de nos chiens de guerre

— Regardez-les donc.... Pas un qui bronche. Ils défilent en bon ordre, comme de vrais soldats. » La scène se passait à Asnières, il y a quelques semaines. Un nouveau détachement de chiens de guerre partait ce jour-là pour le front. Tous les passants admirèrent la belle tenue de ces vingt-neuf « poilus » à quatre pattes, merveilleusement dressés par les organisateurs du chenil de la « Réunion des amateurs du chien de défense et de police ».

Depuis sa domestication, le chien aide l’homme dans toutes ses activités. Au fil du temps, il est devenu bien plus que cela : un chien héros dont les exploits ont permis de sauver des vies humaines ou de liquider des camps ennemis. Chiens d’avalanches et de pistage de personnes égarées, chiens de décombres ou de sauvetage en mer, chiens de guerre, ils ont fait, ils font, ils feront équipe avec l’homme dans de courageuses et aussi de meurtrières missions. Chiens traqueurs d’ennemis, retrouveurs de fugitifs, déchiqueteurs de chevaux, exécuteurs de sentence… Henri VIII d’Angleterre avait plus de 500 dogues dans son armée….
Carnets de guerreUtilisation contre les chars par les Russes de chiens bardés d’explosifs et préalablement affamés est attestée. Les Carnets de guerre de Vassili Grossman le décrivent : ‘des chiens qu’on a dressé à cela se jettent avec des bouteilles contre les tanks, ils flambent’. L’explosif était fixé sur leur dos par une tige munie d’un détonateur qui faisait exploser la charge au premier contact avec le dessus du véhicule visé. Stalingrad 1942, Grossman croit même observer chez les chiens des réflexes patriotiques ou du moins une sorte de 6e sens leur permettant de distinguer les avions amicaux des avions hostiles : ‘quand ce sont les nôtres qui volent…. Ils ne font pas attention du tout. Mais si ce sont des avions allemands, ils se mettent immédiatement à aboyer, à hurler, et ils vont se cacher. Même s’ils volent très haut’, relate Jean Rolin, p 93 dans Un chien mort après lui.
Les guérilleros du Sentier Lumineux au Pérou ont exécuté par pendaison des chiens errants qu’ils accusaient de trotskisme. Pour Dominique Lestel, dans ses Origines animales de la culture,  ‘Nous avons trop tendance à sous-estimer l’histoire complexe des relations de l’homme et de l’animal dans nos tentatives pour penser les différences et les similitudes de l’un et de l’autre. Les éthologues ou les spécialistes de psychologie comparée ont trop tendance à considérer qu’ils peuvent conceptualiser l’animal sans s’intéresser aux traditions culturelles à travers lesquelles nous sont parvenues les figures de l’animalité’.
Et parmi ces traditions, une est peu reluisante : la guerre……
……………………… et la paix.
Un chien mort apres lui de Jean RolinAprès le premier conflit mondial, des chiens guides d’aveugles sont apparus en Allemagne. Ces animaux étaient chargés de guider les blessés qui avaient perdu la vue. Chaque année de nouveaux chiens étaient formés, ils étaient déjà plus d’un millier en 1932. Cette initiative a été suivie ensuite par de nombreux pays, de la Suisse à l’Angleterre. En France, il a fallu attendre l’initiative de Paul Corteville (L’homme qui rendait la vue aux aveugles) qui se mit en tête de dresser un berger allemand pour un ami atteint de cécité. M. Corteville mit au point une méthode de dressage et fonda le Club des chiens-guides d’aveugles des Flandres. C’est grâce à lui que le chien-guide a été institutionnalisé en France. (réf.)
Le chien accompagne l’homme dans son pire et son meilleur…. Actuellement, un médecin américain dresse des chiens pour soigner les GI victimes de stress post-traumatique. Aux Etats-Unis, le Dr Joan Esnayra a créé le Psychiatric service dogs society pour promouvoir la compagnie de chiens spécialement dressés auprès de malades. Le Dr Esnayra estime que plus de 10.000 patients en Amérique du Nord pourraient bénéficier de l’aide de ces chiens, en particulier les GI souffrant de stress post-traumatique (article).
Autre temps autres mœurs.

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