Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive pour le mois 11/2011

La maltraitance animale, ça commence où?

28/11/2011

La maltraitance désigne des mauvais traitements infligés à des personnes ou animaux que l’on traite avec brutalité, rigueur ou sévérité, les victimes étant souvent dépendantes et sans défense.
L’article 55.9.2 du Code criminel du Québec précise les actes compromettant la sécurité et le bien-être des animaux, tels que les suivants : lorsque l’animal n’a pas accès à de l’eau potable ou à de la nourriture, n’est pas gardé dans un habitat convenable et salubre, est blessé ou malade et ne reçoit pas les soins de santé requis ou est soumis à des abus ou à de mauvais traitements. Laissez des nuits et des fins de semaine entières un chat dehors, par tous les temps, retrouvez le chat pelotonné contre la vitre de la maison attendant à toutes heures du jour et de la nuit que les propriétaires ouvrent la porte, est-ce de la maltraitance?
La maltraitance est multiformeEn matière de mauvais traitements envers les animaux, les deux principales lois qui s’appliquent au Québec sont le Code criminel et la Loi sur la protection sanitaire des animaux. La Loi est appliquée par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Le Code criminel du Canada utilise l’expression ‘négligence volontaire’ qui exige que la négligence soit le produit d’un acte prédéterminé.

446. (3) Aux fins des poursuites engagées en vertu de l’alinéa (1)a), la preuve qu’une personne a omis d’accorder à un animal ou à un oiseau des soins ou une surveillance raisonnables, lui causant ainsi des dommages ou des blessures, fait preuve, en l’absence de toute preuve contraire, que ces dommages ou blessures ont été causés par négligence volontaire.

Comment prouver l’intention volontaire de cruauté? Même s’il serait sûrement plus adéquat de faire la distinction entre la cruauté intentionnelle et la cruauté négligente, il n’en reste pas moins que le fardeau de la preuve m’incombe… Alors, dans le cas de notre chat laissé en déshérence toute la journée sans eau ni nourriture, il ne peut y avoir maltraitance, car les propriétaires font bien ce qu’ils veulent avec leur bien privé! Et de plus, quelles preuves avons-nous sur l’intention de causer la souffrance à cet animal? L’ignorance et l’incompétence de propriétaires insouciants ne feront l’objet d’aucune poursuite. Notre législation actuelle est lamentablement inadéquate et très en retard par rapport à de nombreux pays au monde qui reconnaissent l’importance d’avoir des lois appropriées pour la protection des animaux.
Aussi bien laissez crever ce chat de froid avec l’hiver qui s’en vient (les propriétaires n’en seront qu’à leur 2e  essai de chat), le Canada est le seul pays qui rend la poursuite de négligence pratiquement impossible. À l’heure actuelle, moins de ¼ de 1 % des plaintes pour cruauté envers les animaux donnent lieu à des verdicts de culpabilité.
Alors l’histoire d’un chat qui dort dehors et qui n’a droit à aucune considération… Franchement, il y a d’autres dossiers plus importants !

Pourtant la maltraitance ne commence-t-elle pas là?

Cultiver le jardin de l’Eden

21/11/2011

De l’immortalité des animauxRégner, cela veut dire (Gn 2, 15) que l’être humain doit cultiver et garder le jardin de l’Éden. Dieu n’a pas fait de l’homme l’exploiteur de la terre mais son protecteur, avance  Eugen Drewermann, De l’immortalité des animaux. En fait, au sein des Églises chrétiennes (catholique, orthodoxe, protestantes, anglicane) il y a eu – et il y a toujours – une minorité de fidèles et d’hommes de foi convaincus que la défense des animaux et de leurs droits est inscrite dans le message chrétien. En voici quelques-uns à méditer en cette semaine pascale…

Ainsi, le père jésuite Guillaume-Hyacinthe Bougeant (1690-1743) écrivait :Amusement philosophique sur le langage des bêtes

Si les Bêtes avaient une âme spirituelle, leur âme serait donc immortelle et libre; elles seraient capables de mériter ou de démériter, dignes de récompense ou de châtiment, il leur faudrait un Paradis et un Enfer, les Bêtes seraient donc une espèce d’Homme ou les Hommes une espèce de Bêtes, toutes conséquences insoutenables dans les principes de la Religion.

Chez les catholiques britanniques, l’illustre cardinal Newman (1801-1890), converti de l’anglicanisme, a été le premier prédicateur connu à comparer dans un sermon (prononcé le Vendredi Saint 1842, à Oxford) la souffrance et la mort du Christ sur la Croix avec celles que les hommes infligent aux animaux.

prière Albert SchweitzerC’est, évidemment, Albert Schweitzer qui prône un sentiment de responsabilité élargi à l’infini qui écrit, en 1973, une ‘Prière pour les animaux’.
Et tant d’autres: l’Abbé Plaquevent….

Le respect des animaux c’est une facette du respect des autres. Nicole Laurin dans Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours explique que la théologie doit s’efforcer de penser ‘l’émergence de l’esprit dans l’animalité, la nôtre et celle des autres vivants, ces derniers désormais reconnus comme sujets d’un devenir spirituel, autant dire humain’.

Pour aller plus loin :
La Bible relue par les animaux
Albert Schweitzer et l’éthique envers les animaux

Prières pour les animaux

S’occuper de la cause animale ne veut pas dire abandonner la cause humanitaire

14/11/2011

La position de principe ‘soucions-nous d’abord de l’homme’ n’est qu’un alibi pour des gens qui ne se soucient de rien du tout.

Extrait de  Éthique animale de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, p.138:

Ceux qui citent volontiers les enfants du Tiers-Monde comme un prétexte pour ne pas se soucier des animaux ne font en général strictement rien ni pour les uns ni pour les autres. Ensuite, et là réside la faute logique, ce n’est pas par ce qu’il y a pire ailleurs que l’on doit rien faire ici. Ce n’est pas parce que des enfants meurent de faim que l’on ne doit rien faire pour la souffrance des poules pondeuses, dans la mesure où l’un n’empêche pas l’autre.
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer- Éthique animaleÀ celui qui demande comment pouvez-vous penser au bien-être des phoques quand la famine humaine ravage de régions entières?, il faut répondre : comment pouvez-vous acheter des manteaux de fourrure, un nouveau rouge à lèvres, offrir un toilettage à votre chien, jeter de la nourriture tous les jours, gaspiller autant d’argent, d’énergie et de temps quand la famine humaine ravage des régions entières? Celui qui pense sérieusement que la souffrance humaine est un prétexte valable pour ne pas s’occuper des animaux quand on peut le faire devrait cesser immédiatement de consacrer son énergie à autre chose, c’est-à-dire à toutes les activités égoïstes et insignifiantes qui font le quotidien du consommateur moyen. Il est par ailleurs intéressant de noter que les meilleurs défenseurs des animaux sont ceux dont l’humanitarisme est global et qui se préoccupent des animaux dans la continuité de l’homme et non contre lui, de Schweitzer à Gandhi et Salt, en passant par les fondateurs des associations de protection animale qui étaient aussi des acteurs de l’abolition de l’esclavage (William Wilberforce au Royaume-Uni, William Cullen Bryant aux États-Unis).

Visage dis-moi…

07/11/2011

Les émotions des animauxLes visages sont extrêmement importants pour évaluer les sentiments des animaux. Charles Darwin et ses successeurs ont souligné le rôle crucial des expressions faciales dans notre compréhension des émotions d’autrui. Les visages sont déterminants pour deviner ce que les autres ressentent et pour prévoir ce qu’ils vont faire.  Il n’y a pas de communication plus directe pour un animal que de plonger ses yeux dans ceux de l’autre, dit Marc Bekoff, en page 108. Une étude récente (Staring fear in the face) sur la peur chez les hommes vient confirmer l’importance du contact visuel dans l’identification des émotions. Les yeux sont essentiels pour constater qu’un autre humain a peur : ce sont eux que l’on regarde pour savoir si un visage reflète l’effroi … ou la souffrance!
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer- Éthique animaleAinsi, on peut déduire qu’autrui souffre en observant ce qui apparaît comme des conséquences de la souffrance : il se tord, il se débat, il hurle, écrit en page 52, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer.
Est-il surprenant de constater que les mammifères ont beaucoup d’expressions faciales en commun. Quand nous parlons du visage, nous parlons surtout des yeux. Ce sont des organes superbement complexes qui ouvrent une fenêtre sur le monde émotionnel d’un individu. Les yeux, chez les humains comme chez d’autres espèces reflètent les sentiments : la joie écarquille et le désespoir les creuse.
On est le regard/visage de l’autre si on a naturellement la capacité Tel visage de maitre, tel visage...de lire les émotions. Or, le chien parvient à décrypter sur le visage de son maître ses moindres intentions, serait-il plausible que le chien apprend le sens de son maître, soit apte à saisir la présence qui parle et passe outre la constitution de l’acteur que chacun se crée pour aller à l’essentiel : par-delà les préjugés et les présavoirs, le chien nous lit.


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