Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive pour le mois 10/2011

Vieillir chez soi avec son animal, vieillir à l’hôpital mais où est l’animal?

31/10/2011

Comment améliorer la qualité de vie des personnes âgées ? En mars dernier, le gouvernement du Québec annonçait la mise en œuvre d’un plan de services intégrés pour les aînés . Le gouvernement veut ‘leur offrir les services dont elles ont besoin avec une intensité plus importante et un degré élevé de performance’. Certes, mais qu’en est-il de la présence de l’animal de compagnie, souvent le dernier lien avec la vie ou avec l’Autre? Plusieurs études ont démontré l’influence de l’animal de compagnie sur le bien-être des personnes âgées.
Pallier la solitude de la personne âgée en institutionPar ses effets marqués sur l’inquiétude, le découragement, la colère, la vigueur, la fatigue, la confusion, la visite d’un chien à domicile – et qui plus est sur la personne hospitalisée – améliore la santé émotive des personnes âgées.   (Ludwak-Bloom, P. Wijewickrama, R. & Smith, B. (2005). Effects of pet versus people visits with nursing home residents).
Cet aspect devrait être pris en compte lorsqu’il sera question d’assurer la dignité et les besoins des personnes hospitalisées dans le cadre des services publics.

La santé, c’est davantage que l’absence de maladie. C’est aussi le bien-être émotionnel et mental. L’animal de compagnie offre sa présence, son amitié, son écoute. Il suscite la parole, le jeu, le rire, l’activité. Il facilite les relations sociales, développe le sentiment de responsabilité et l’estime de soi. Que ce soit à domicile ou en institution d’accueil comme de soins, l’animal a un rôle à jouer.
Le plan annoncé par le gouvernement présente une solution structurante pour faire face, de façon efficace et en toute humanité, au défi démographique actuel, dit le ministre Bolduc. Tant mieux, mais il manque un élément structurant parmi les plus importants : le chien est un catalyseur d’émotions et de relations humaines! Le dira-t-on jamais assez.

Pour aller plus loin :
Certains articles de Zoothérapie Québec
Il n’y a pas que des clowns

Et qu’en est-il de l’Umwelt zoothérapeutique?

23/10/2011

L’étude scientifique du comportement animal offre une panoplie d’outils, de concepts et d’approches qui permettent d’accéder à l’umwelt (=le monde) canin. Il serait scientifiquement enrichissant que les recherches sur la thérapie assistée par le chien (TAC) puissent prendre en compte cet umwelt dans les situations de soins. Pourquoi? Au moins pour saisir si le chien de TAC est exposé au stress, comment il le perçoit… La pathogénicité du stress ne réside pas tant dans la nature de l’agent mais dans sa durée. Et aussi pour mieux cerner la réalité des effets thérapeutiques des animaux sur les humains, pour mieux réfléchir à ce qui, dans cette communication et interaction, est une base pour construire une relation thérapeutique.
….. Il faut par contre être conscient que cette expérimentation – si elle doit avoir lieu – se fait aussi  à partir de l’Umwelt humain.
Or, sans la volonté de nous échapper de notre propre Umwelt, il n’y a pas d’espoir d’apprendre plus sur l’umwelt du chien dans un milieu hospitalier. Or,  pour accéder à l’Umwelt des espèces que nous exploitons, soit comme source de nourriture, de compagnonnage, de travail ou de recherche, il faut reconnaître que notre Umwelt- notre monde – n’est pas universel mais simplement un exemplaire parmi la variété étonnante d’umwelt animaux. L’animal dans la spirale des besoins humainsCela ne sera pas facile, car l’humain doit réaliser qu’il est prisonnier de son monde, et qu’en en sortant, il peut faire de bien belles découvertes comme le fait que les chauve-souris, les dauphins, bélugas, et autres baleines font usage d’un sonar pour reconstruire une image sonore de leur environnement. (P. 257 sous la direction de Martine Lachance).
Ainsi, seulement, nous serons peut-être être en mesure d’apprécier à quel point le fondement même de la recherche en bien-être animal doit se tourner vers l’exploration des umwelt des animaux utilisés en zoothérapie. Et nous pourrons répondre à : Comment les sensibilités de l’animal et de l’humain s’adaptent-elles pour permettre l’adéquation la plus efficace possible entre eux et la nouvelle et surprenante niche écologique (celle d’un hôpital par ex.)?
L’humain pourra, ainsi, faire preuve de bien-traitance (moyen) pour tendre au bien-être (objectif) des animaux en zoothérapie.

À bas la statue ou les révoltes du chien marron

16/10/2011

Brown-dog-statueEn 1907, les ‘Brown Dog Riots’, les émeutes du chien marron, défraient la chronique londonienne. Un an auparavant, dans le quartier ouvrir de Battersea, bastion des socialistes, la World League against Vivisection prend l’initiative d’ériger une statue à la mémoire de l’une des nombreuses victimes de la vivisection. L’épitaphe interpelle directement les passants et les invite à se révolter contre les abominations qui caractérisent la pratique :

En mémoire du chien terrier brun mis à mort dans les laboratoires de l’Université College en février 1903m, après avoir enduré la vivisection pendant plus de deux mois et être passé dans les mains d’un vivisecteur à l’autre. En mémoire également des 232 chiens vivisectés au même endroit durant l’année 1902. Hommes et femmes d’Angleterre, combien de temps ces choses vont-elles durer?

Au regard des scientifiques et des médecins londoniens, un tel monument, à l’instar des innombrables pamphlets antivivisectionnistes les décrivant comme d’effroyables bourreaux, constitue un intolérable outrage ;à leurs professions tout entières. En novembre 1907, un groupe d’étudiants en médecine équipés de marteaux entreprennent d’abattre la statue. Les forces de police, aidée par les habitants des maisons populaires environnantes, les empêchent de commettre leur méfait, qui se soldera par l’arrestation de 10 d’entre eux et à plusieurs condamnations à des amendes. Le lendemain, une centaine d’étudiants défilent pour protester contre le sort réservé à leurs camarades en brandissant des panneaux à l’effigie du chien marron. La Cause animaleEn décembre 1907, les organisations étudiantes profitent du match de rugby entre les étudiants d’Oxford et de Cambridge pour mobiliser le plus grand nombre possible d’entre eux en vue d’une expédition visant à jeter la statue dans la Tamise. Lorsqu’ils parviennent à Battersea, les manifestants se heurtent à des ouvriers qui les contraignent à se diriger vers le centre-ville où le cortège dégénère en affrontements avec la police. Dans les semaines qui suivent, de nombreux incidents et échauffourées impliquent les étudiants en médecine. Ces derniers s’appliquent notamment à perturber les meetings des suffragettes qui revendiquent alors le droit de vote pour les femmes . Pour les étudiants et de plus en plus pour le public, antivivisection et droits de la femme font désormais partie d’un seul et même mouvement.

À quel combat fait appel la lutte contre la vivisection de nos jours?

Tiré de l’excellent ouvrage de Christophe Traïni, La Cause animale, p 152-153

Le chien ne vit pas spontanément en hiérarchie

11/10/2011

Joel Dehasse nous explique pour quoi , il est inutile de se transformer en maître autoritaire pour bien vivre avec son chien :

On a décidé que puisque le loup gris nordique vivait en hiérarchie, le chien, son descendant, vivaitloup gris nordique lui aussi en hiérarchie. Or on a oublié que le chien n’est pas un loup. Pourtant, sur cette fausse croyance, on a décrété que le modèle hiérarchique était le seul valable et on a analysé tous les comportements et problèmes psychologiques du chien au travers cette vision. Ce modèle étant un dogme tautologique, on trouvera toujours à le confirmer et jamais à l’infirmer. Dès lors, depuis des années les chiens sont obligatoirement soumis à leur propriétaire qui doit jouer les dominants, le maître
Ce modèle a fait son temps. Il est temps d’en changer.
L’ancêtre de notre chien de famille – le chien indigène commensal – ne vit pas en meute hiérarchisée; il est même plus grégaire que social, il s’attache à un espace et  aux (poubelles) des gens qui s’y trouvent.
Chez le chien sauvage commensal, les petits sont trop petits pour entrer en compétition avec les adultes; ils apprennent à respecter les adultes. Les adultes seraient stupides d’entrer en conflit avec leur progéniture (leur copie génétique). Les conflits surviennent quand deux chiens sont en compétition pour une ressource limité, surtout alimentaire, c’est le rapport de force et des motivations qui détermine le gagnant. Bien sûr si le chien perd tous conflits, il a intérêt à faire l’économie des combats avant que de mourir de ses blessures. Et le vainqueur de tous les conflits se voit attribuer une paix souveraine. Mais ces relations de respect mutuel ne signifient pas qu’une hiérarchie de dominance soit installée et doive être respectée.
Un chien de famille est différent d’un chien indigène. Il  s’attache aux personnes plus qu’Aux lieus d’habitation. Vivant dans la maison, il interagit avec les membres de la famille et doit s’adapter aux structures familiales existantes. Cette adaptation se fait avec plus ou moins de bonheur.
Tout sur la psychologie du chienJ’émets l’hypothèse que c’est la structure familiale qui va décider de l’organisation sociale du chien. Le chien s’adapte à la grande majorité de ces organisations familiales. En France comme quasiment partout dans le monde, la structure de la société et de la famille étant très hiérarchisée, le chien est forcé d’être hiérarchisé. Étant donné que l’homme revendique le pouvoir de décision et d’autorité, le chien n’a plus qu’à se soumettre sans revendiquer d’autonomie. Il y a dès lors des conflits avec des chiens qui revendiquent un minimum d’autorité, de liberté et d’indépendance. La devise ‘Liberté, Égalité, Fraternité’ se résume pour le chien à ‘Dépendance, Soumission, Fraternité’; et la même fraternité est entrain d’être remplacée par des discours racistes à l’encontre de certains chiens.
Comme le chien ne vit pas spontanément en hiérarchie de dominance, il est inutile de se transformer en maître autoritaire pour bien vivre avec lui. Et ce n’est donc pas le manque d’autorité du propriétaire qui est la source des problèmes d’obéissance; c’est une question de technique et de motivation, rien d’autre.
P 386-387

Chiens de guerre et paix

07/10/2011

Il n’y a pas de voix humaine qui puisse égaler celle des chiens dans l’expression de la douleur universelle. Aucune musique, pas même la plus pure, ne parvient à exprimer la douleur du monde aussi bien que la voix des chiens
Jean Rolin - Kaputt

Les prouesses de nos chiens de guerre

— Regardez-les donc.... Pas un qui bronche. Ils défilent en bon ordre, comme de vrais soldats. » La scène se passait à Asnières, il y a quelques semaines. Un nouveau détachement de chiens de guerre partait ce jour-là pour le front. Tous les passants admirèrent la belle tenue de ces vingt-neuf « poilus » à quatre pattes, merveilleusement dressés par les organisateurs du chenil de la « Réunion des amateurs du chien de défense et de police ».

Depuis sa domestication, le chien aide l’homme dans toutes ses activités. Au fil du temps, il est devenu bien plus que cela : un chien héros dont les exploits ont permis de sauver des vies humaines ou de liquider des camps ennemis. Chiens d’avalanches et de pistage de personnes égarées, chiens de décombres ou de sauvetage en mer, chiens de guerre, ils ont fait, ils font, ils feront équipe avec l’homme dans de courageuses et aussi de meurtrières missions. Chiens traqueurs d’ennemis, retrouveurs de fugitifs, déchiqueteurs de chevaux, exécuteurs de sentence… Henri VIII d’Angleterre avait plus de 500 dogues dans son armée….
Carnets de guerreUtilisation contre les chars par les Russes de chiens bardés d’explosifs et préalablement affamés est attestée. Les Carnets de guerre de Vassili Grossman le décrivent : ‘des chiens qu’on a dressé à cela se jettent avec des bouteilles contre les tanks, ils flambent’. L’explosif était fixé sur leur dos par une tige munie d’un détonateur qui faisait exploser la charge au premier contact avec le dessus du véhicule visé. Stalingrad 1942, Grossman croit même observer chez les chiens des réflexes patriotiques ou du moins une sorte de 6e sens leur permettant de distinguer les avions amicaux des avions hostiles : ‘quand ce sont les nôtres qui volent…. Ils ne font pas attention du tout. Mais si ce sont des avions allemands, ils se mettent immédiatement à aboyer, à hurler, et ils vont se cacher. Même s’ils volent très haut’, relate Jean Rolin, p 93 dans Un chien mort après lui.
Les guérilleros du Sentier Lumineux au Pérou ont exécuté par pendaison des chiens errants qu’ils accusaient de trotskisme. Pour Dominique Lestel, dans ses Origines animales de la culture,  ‘Nous avons trop tendance à sous-estimer l’histoire complexe des relations de l’homme et de l’animal dans nos tentatives pour penser les différences et les similitudes de l’un et de l’autre. Les éthologues ou les spécialistes de psychologie comparée ont trop tendance à considérer qu’ils peuvent conceptualiser l’animal sans s’intéresser aux traditions culturelles à travers lesquelles nous sont parvenues les figures de l’animalité’.
Et parmi ces traditions, une est peu reluisante : la guerre……
……………………… et la paix.
Un chien mort apres lui de Jean RolinAprès le premier conflit mondial, des chiens guides d’aveugles sont apparus en Allemagne. Ces animaux étaient chargés de guider les blessés qui avaient perdu la vue. Chaque année de nouveaux chiens étaient formés, ils étaient déjà plus d’un millier en 1932. Cette initiative a été suivie ensuite par de nombreux pays, de la Suisse à l’Angleterre. En France, il a fallu attendre l’initiative de Paul Corteville (L’homme qui rendait la vue aux aveugles) qui se mit en tête de dresser un berger allemand pour un ami atteint de cécité. M. Corteville mit au point une méthode de dressage et fonda le Club des chiens-guides d’aveugles des Flandres. C’est grâce à lui que le chien-guide a été institutionnalisé en France. (réf.)
Le chien accompagne l’homme dans son pire et son meilleur…. Actuellement, un médecin américain dresse des chiens pour soigner les GI victimes de stress post-traumatique. Aux Etats-Unis, le Dr Joan Esnayra a créé le Psychiatric service dogs society pour promouvoir la compagnie de chiens spécialement dressés auprès de malades. Le Dr Esnayra estime que plus de 10.000 patients en Amérique du Nord pourraient bénéficier de l’aide de ces chiens, en particulier les GI souffrant de stress post-traumatique (article).
Autre temps autres mœurs.

Souhaitons-leur à ces gens-là la Rencontre

01/10/2011

À la perte de repères des gens, à leur désorientation qui se manifeste par la violence, l’indifférence, le rejet, l’agression, à leur bouleversement de-ne-pas-être qui prend racine dans la fatigue, la dépression, le malaise, à la crise existentielle de celles et ceux pour qui marcher le nez en l’air est un accomplissement herculéen, souhaitons-leur la rencontre avec un chien.
Placer l'homme au centre de tout est une façon de rejeter tout le resteSouhaitons-leur ce merveilleux et sain travail sur soi, de se rencontrer dans le regard de son chien, non pas comme un ‘je pense donc je suis’ mais au contraire de faire l’expérience d’un par-delà moi, mon ego, myself. En somme, souhaitons-leur de se déterritorialiser, de s’extraire de leur corps là maintenant pour embrasser une altérité Autre, une autre Altérité, dans un monde riche et foisonnant.
Il serait vain de penser expliquer aux gens qui ne vivent pas avec un animal, qui les rejettent, les administrent, les violentent les bienfaits très égocentrés de leurs présence à nos côtés. C’est inutile ces gens-là sont trop encombrés de leurs histoires, pris dans leurs processus, pour s’ouvrir. Souhaitons-leur simplement la crise, celle qui débouche sur l’accomplissement. Celle qui touche, celle qui fait entrer en mouvement. Le chien permet la vie. Le chien touche. Parce que tourné vers le monde. La vie, écrit Hans Jonas (Évolution et liberté), est «prête à la rencontre» et donc «capable d’expérience». Le chien actualise quotidiennement la rencontre, la vie, la possibilité d’expériences. Donc favorise le regard, change le regard.

Voilà, la rencontre surgit quand on regarde autrement, quand on accepte d’être effleuré, quand l’autre en face n’est plus un intrus mais un partenaire d’évolution. La rencontre a lieu lorsque quelque chose offre l’expérience du vivant, de la vie, du chaos du toujours-en-construction. Souhaitons-leur à ces gens-là qui ne savent pas la joie de vivre avec un Autre différent, souhaitons-leur d’être conduits vers un ailleurs qui regorge de possibilités, d’être décentrés de leur petit-monde, de leur actualité. Souhaitons-leur à ces gens-là d’être touchés par la différence. Alors, leur moi tout-puissant sera déplacé, renversé… et renouvelé.

Souhaitons-leur à ces gens-là de (re)naître en vie.


Suivez-moi sur Twitter Suivez-moi sur Facebook Recevez nos billets chaque semaine par courriel