Nous étions pourtant arrivés avec plusieurs heures d’avance, justement pour prévenir toutes complications administratives. Cela n’a servi à rien. Au Terminal 3 de l’aéroport Charles-de-Gaulle, les règles sont appliquées à la lettre…. Sauf qu’ils sont peu à les connaître! Les bagages étaient enregistrés depuis longtemps, les vérifications des documents de Sapi étaient effectuées, le poids de l’un et de l’autre a été contrôlé, les étiquettes de destination et d’identification apposées, les reçus ont été remis, bref il ne restait plus, une 1h30 avant le décollage, qu’à embarquer Sapi. Il entre dans sa cage, s’asseoit et regarde le début des grandes manœuvres. La cage a été sanglée : on lève, on bascule, on pousse, on secoue pour faire passer la courroie et surtout bien fermer la cage. Sapi ne bougeait pas. Il a fallu lever la cage et la poser sur le tapis roulant. Sapi ne bougeait pas. Le tapis roulant a eu du mal à démarrer, on a bousculé, poussé, secoué la cage. Sapi ne bougeait pas. Le tapis a roulé et la cage s’est éloignée lentement jusqu’à taper contre le rebord du sas d’entrée : la cage était trop haute. Et Sapi ne bougeait pas. Là les agents de bord et du personnel de terre ont réfléchi. Plusieurs minutes. Les scenarii se sont multipliés; comme faire passer la cage sur le côté avec le chien dedans! Mais on s’est rendu compte que c’était, disons, pas très cohérent. Lorsque la responsable de l’enregistrement d’Air Transat a eu l’idée d’essayer une autre entrée, un autre tapis roulant. Sapi a été transporté jusqu’à la rangée 1 qui devait être plus large, c’est certain la cage allait passer. On a soulevé la cage, posé sur un charriot, transporté Sapi plusieurs mètres devant et réessayé. Le tapis roulant n’était pas encore réchauffé, alors il a fallu attendre avant qu’on ne se rende compte que c’était le même type d’entrée, donc que la cage ne passerait pas. L’heure avançait.
C’est alors qu’un chef est sorti de son bureau. On les reconnaît les chefs ils portent des uniformes : en l’occurrence une chemise rayée dans les tons orangées. Le chef sait. Il faut sortir le chien de sa cage et recommencer l’enregistrement. Les règles doivent être appliquées stricto sensu. Mais par quelqu’un d’autre. Un chef fait faire. Il a appelé une personne pour faire la besogne. Appel. Ligne occupée. Attente. Appel. La personne pour faire la besogne va arriver. L’heure avançait. La personne connaisseuse des tapis roulants, des cages, des chiens n’arrivait toujours pas. L’heure avançait. Il a fallu la rappeler. Puis, l’employé est arrivé souriant, bonasse, lent, pas méchant mais à l’évidence incapable de faire passer une cage sur un tapis roulant dans une entrée uniformisée, partir avec le chien dans les couloirs latéraux, rentrer le chien dans la cage qui aura été souverainement contrôlée et enfin préparer le chien pour l’embarquer dans la soute – si possible dans le bon avion. Alors, la personne pour faire la besogne a commencé de parlementer avec le chef.
Une cage aux dimensions de Sapi (aux normes IATA) est un bagage hors dimension. Par définition, ça ne passe pas par l’enregistrement usuel même si c’est aussi transporté en soute. À Montréal, on abandonne la cage dans un couloir. À Paris, on palabre. L’heure avançait, 1 heure avant le décollage, Sapi était toujours dans le Terminal 3 devant un parterre de badauds en attente de leur vol retardé et qui trouvait distrayant ces aventures anthropocanines.
Alors, je leur ai montré qu’en glissant la cage sur le côté, un des problèmes était résolu. Désormais, le tapis roulant était réchauffé, la cage est passée coucher. Les badauds ont poussé un soupir de soulagement. Puis, j’ai noué un morceau de sangle autour du collier de Sapi et j’ai demandé à suivre le chef, la personne pour faire la besogne, la responsable de l’enregistrement d’Air Transat dans les couloirs. Ils sont tous les trois entrés dans une pièce et m’ont fait signe d’attendre derrière la porte vitrée. Ils passaient au détecteur, ils ont retiré un à un leur clé, leurs papiers, leurs cartes magnétique…. L’heure avançait. Sapi était assis, sage, et m’a longuement regardé. Ils ont hurlé de derrière la porte pour que j’entre. Sapi est passé au travers du détecteur qui n’a pas sonné! La cage, le chef, la personne pour faire la besogne et la responsable de l’enregistrement d’Air Transat attendaient de l’autre côté. Je ne devais pas franchir le détecteur. Je leur ai tendu Sapi, ils l’ont poussé dans la cage, on était en dehors des hangars, le soleil tapait. À quoi diable ça sert de nous demander d’arriver des heures à l’avance pour ça!

Il ne restait plus que quelques minutes. Je suis sortie de ces couloirs toute seule. Je n’ai pas pu dire au revoir aux miens. Douane passée, la navette conduisant à l’avion partait, j’ai sauté dedans… juste à temps pour voir la cage hissée dans l’avion.
L’arrivée à Montréal n’a guère était plus reposante, les difficultés se sont poursuivies. Air Transat avait repoussé son vol de plusieurs heures, plusieurs avions ont atterri en même temps. Le flot humain devait passer la douane, moins d’une dizaine de bureaux était ouvert. Attente. Le douanier a tamponné mon passeport et m’a souhaité la bienvenue. Il ne savait pas où était mon chien. Je suis descendue dans l’espace bagages. C’est grand l’Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal quand on cherche une cage et un chien. J’ai demandé à une personne en uniforme qui ne parlait ni anglais ni français. C’était la rangée 10. J’ai couru. J’ai vu la cage toute seule dans un recoin, derrière une colonne de béton. Sapi ne bougeait pas. Il attendait. Bonheur de le voir. La cage était sanglée, je suis parvenue à le sortir pour me faire dire par les gens de la sécurité qu’il devait re-rentrer. J’ai cherché un chariot. Il n’y en avait pas qui pouvait contenir et la cage et la valise. Une cage aux dimensions de Sapi est un bagage hors dimension.
J’ai commencé de trainer les deux, Sapi hurlait, il ne voulait plus rester dans sa cage. Il n’en pouvait plus. J’ai trainé seule la cage, attendu en ligne avec les dizaines de voyageurs qui venaient d’atterrir et porté tant bien que mal mon bagage jusqu’au second passage douanier. Sapi hurlait. Là on m’a demandé de passer le contrôle douanier, cette fois avec Sapi. Je trainais ma cage jusqu’au bureau, je ne savais pas ce que je faisais là. Tous les papiers de Sapi étaient en règle. En fait, l’agence des services frontaliers du Canada prélèvent une taxe sur l’entrée des animaux de compagnie au Canada : 34, 18$.Or ce bureau là en particulier ne prenait pas l’interac. Il a fallu changer de bureau, traverser deux colonnes de foule de voyageurs transportant toute sorte de paquets, le tout escortée par un jeune douanier en formation qui prenait son rôle très au sérieux. Je me suis acquittée de mon dû et ai regagné le premier bureau, retraversé les deux colonnes de foule de voyageurs et trainé jusqu’à la sortie la cage de Sapi et mon bagage. Lorsqu’un douanier m’a proposé son aide.
Il a été le seul en plus de 2heures 30 de déplacements implacables à m’offrir ce soutien. Qu’il s’en voit ici remercier. Nous sommes sortis tous les trois par la grande porte des arrivées, lui poussant la cage de Sapi qui hurlait et moi portant la valise.
3 heures avaient passé depuis notre atterrissage.
Il y a des règlements qui visent à préserver le bien-être animal pendant le transport et les compagnies aériennes souscrivent toutes (ou presque) aux normes IATA.
Le problème c’est l’application humaine de ces règlements dans des environnements excessivement uniformisés donc pas adaptés au ‘hors norme’.
Il est à souligner que le billet de Sapi a coûté 500$.