Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive pour le mois 03/2011

Crise d’identité humaine

28/03/2011

Entre l’animal et l’humain, il y a donc, bel et bien, une difficulté. D’abord dans la manière de penser l’un, donc l’autre. Parler de et sur les animaux et leur animalité, ça a toujours été une entreprise strictement humano-humaine. Définir l’animal reste une affaire d’hommes. Or, la définition de l’homme ne peut décemment se passer de la référence à l’animal. Quelle horreur! L’humain ne peut rester sur cette entame narcissique, trop bestiale comme définition, aussi se nomme-t-il vite vite ‘animal raisonnable ou l’animal politique’, comme pour mieux oublier la référence. L’humain c’est toujours l’animal c’est-à-dire étymologiquement le vivant ou encore ‘l’animé’ avec un quelque chose de plus… Et ce quelque chose en plus, c’est raison, logos, justice, âme, langage, conscience, liberté, parole, sens de la mort, sens de l’histoire, sens de l’éternité, sens du sens… L’honneur est sauf. L’animal reste à sa place, lui, il est virtuellement toujours représenté en manque.
Anthropologie de l'animal de compagnieNe voilà-t-il pas que les sciences animales – pas toutes mais celles qui hébergent des chercheurs qui ont saisi que l’existence était une tâche à accomplir. ‘Dans ex-sister (littéralement tendre vers), il y a entre le ex et le sisterea à déployer la sensibilité, la liberté et l’imagination. (Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, p. 127), donc ces sciences ont regardé l’animal autrement, elles y ont vu une incitation stimulante à la recherche de nos origines. La conviction depuis plusieurs siècles partagée – encore de nos jours, reste à admirer les réglementations municipales au Québec– que l’animal est une espèce de robot perfectionné ne tient plus face aux flots de leurs découvertes. Les scientifiques ont de bonnes raisons de penser que l’animal-robot de Descartes est loin d’aller de soi et que cette conviction est vraisemblablement fausse.
Mais elle est tellement confortable pour la vie inauthentique de l’existence factice de la bourgeoisie, du conformisme, de la bêtise (Christian Talin), de celles et ceux qui sous couvert d’une bonne moralité placent l’homme en haut de l’échelon de la perfection. Ce n’est pas parce qu’il y a une différence de nature entre l’homme et l’animal que cela doit nous faire nous reposer sur nos lauriers ou nous planquer de toute réflexion ontologique.
Origines animales de la culture
L’honnêteté minimale nous enjoint de reconnaître que l’homme est confronté à la plus grande crise d’identité de son histoire. Il a, certes, acquis une maîtrise exceptionnelle de sa biologie, dans le contexte d’une représentation infirme de ce qu’il est, de qui il est. (Dominique Lestel dans Origines animales de la culture).

Face aux intelligences de l’animal, il y urgence de repenser l’identité humaine à l’aune des relations de l’homme avec l’animal, et donc de repenser ce dernier.

Démarches vétérinaires

25/03/2011

voyager en FranceAprès moults péripéties entre les informations incomplètes (mais un bon service) données par le Consultat de France à Montréal, après un passage par le Ministère de l’Agriculture, de l’alimentation, de la pêche de France et d’avoir rebondi sur le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, puis avoir été redirigée vers l’Agence canadienne d’inspection des aliments…., et avoir lu que malgré ‘Tous les efforts sont faits pour assurer la pertinence des informations contenues sur ce site. Toutefois, certains pays peuvent modifier leurs exigences à l’importation sans avis préalable, c’est pourquoi nous vous recommandons fortement de communiquer avec l’ambassade ou les autorités vétérinaires du pays de destination’…… bref, faire entrer un chien en pays étranger induit des démarches vétérinaires.
Notamment parce que le Canada est un pays où la rage est endémique.
La réglementation de la Communauté européenne établie les exigences sanitaires applicables aux chiens faisant l’objet de mouvements non-commerciaux vers les pays membres de la Communauté. Ce qui signifie qu’il faut montrer patte blanche pour entrer sur le territoire français. Voici les résultats des démarches de sandraetlechien.com :

-    Il est fortement recommandé que l’identification du chien soit effectuée à l’aide d’une micropuce électronique normalisée par l’Organisation internationale de normalisation (ISO) FDX-B
-    Si la micropuce n’est pas conforme à la norme ISO 11784 la norme 11785, la personne responsable de l’animal devra fournir le lecteur de micropuce à l’arrivée (°~°)
-    Ou un tatouage lisible; toutefois l’identification par micropuce sera exigée par tous les pays de la Communauté d’ici quelques années, donc quitte à faire….
-    Les vaccins du chien doivent être à jour
-    Pour tous les pays les animaux doivent être vaccinés avec un vaccin antirabique; il est important de noter que seulement un vaccin inactivé peut être utilisé
-    Vu que la CE exige une vaccination antirabique valide au moment de l’entrée de l’animal de compagnie cela signifie qu’une période minimale de 21 jours doit s’écouler entre une primo-vaccination et la présentation de cet animal au point d’entrée dans la Communauté européenne; cette période ne s’applique pas lorsque l’animal de compagnie est revacciné de façon appropriée.
-    Ensuite, il faut faire remplir par un vétérinaire habilité par l’autorité compétente un certificat vétérinaire (seulement disponible en format PDF) intitulé : Pour les chiens, chats et furets domestiques introduits dans la Communauté européenne, À des fins de mouvements non commerciaux (règlement (ce) n° 998/2003). Voici quelques spécifications

  • Le certificat de santé doit être complété dans les lettres de bloc, et signé d’une couleur autre que le noir; la couleur bleue est recommandée
  • Toutes les dates doivent être inscrites selon le code ISO « jj/mm/aaaa »
  • Il est extrêmement recommandé de produire des certificats recto verso

-    Document en main, il faut communiquer puis se rendre au bureau local de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) le plus proche pour faire contresigner le certificat que le vétérinaire vient de remplir. En fait, il s’agit de l’apposition d’un sceau officiel
- Ce qui bien entendu s’accompagne de frais
-    Ce certificat est valide pour la période de 4 mois suivant l’endossement du certificat par l’ACIA. Ce certificat est équivalent au PET Passport de la CE
-    Le prélèvement sanguin pour la rage 3 mois avant de partir n’est plus obligatoire, ce temps là est terminé

Normalement avec tous ces papiers, les douaniers français nous laisseront entrer et je n’aurais qu’une hâte que Sapi sorte de sa cage !

Morale à deux vitesses

24/03/2011

Pour la majorité des gens, un être moral c’est un humain.

morale à deux vitessesD’où le ‘on ne tuera pas son prochain’ et pourquoi? Parce que c’est normalement un être de moralité. Quand il est question des chiens, on parle au mieux de devoirs comme celui de s’abstenir de mauvais traitements. Et encore cette notion est élastique, car si ce traitement sert l’intérêt humain, il n’y a plus de mauvais traitement, qu’on pense aux habitudes alimentaires, aux objectifs de la science ou aux activités de loisirs.

C’est donc d’une morale à deux vitesses qui dirige les actions humaines envers les chiens.

Déficit de maternage

21/03/2011

maternage...Les animaux de compagnie remplissent une fonction cathartique, de libération des affects refoulés dans le subconscient… Les hommes et les femmes de ce début de XXIe siècle sont-ils à ce point privés d’autorité et de maternage par la société qu’ils en sont réduits à exercer ces rôles sur des animaux?  L’accession des animaux de compagnie à un statut familial représentant l’une des caractéristiques dominantes du système domesticatoire actuel, c’est probablement dans l’évolution de la famille que l’on peut trouver la réponse à cette question. En dépit de ses avatars, la famille constitue toujours la cellule de base de la société, l’unité de consommation et le lieu privilégié de l’éducation des enfants et continue d’être perçue comme une ‘valeur refuge’…. Or l’effacement des pères coïncide avec la montée en puissance du phénomène animal de compagnie … Les femmes ayant perdu en amour maternel ce qu’elles ont gagné en pouvoir… cette évolution semble avoir creusé chez certaines femmes un déficit de maternage qu’elles tentent  plus ou moins inconsciemment de combler non seulement en s’occupant d’animaux familiers, mais en s’en occupant comme s’il s’agissait  d’enfants. Fait significatif : on a pu établir des liens entre mouvement féministe et mouvement protectionniste des animaux au 19e siècle.

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardEn réalité, beaucoup plus que la transformation de tel ou tel rôle, ce qui frappe dans la famille française, c’est l’effacement des différences entre les rôles parentaux, entre les sexes, entre les aînés et les cadets, entre les classes sociales. L’indifférenciation et la confusion, en un mot la labilité, qui règnent à l’intérieur de nombreuses familles font la litière de l’animal familier fusionnel et abusif, en lequel pères fragilisés, mères cumulantes et enfants flottants trouvent un délégué narcissique et un substitut cathartique d’enfant, de conjoint, de parent. Au sein et autour de la ‘famille incertaine’ l’animal de compagnie représente le seul élément stable, toujours présent quand on a besoin de lui, le seul être sur lequel l’homme moderne croit garder à peu près prise.

Jean-Pierre Digard. Les Français et leurs animaux. P 139-141 -143

Les boîtes noires

18/03/2011

Le fondateur américain du Mouvement de Réforme pour les Animaux de la Ferme (FARM), Alex Herschaft, écrit:

Au milieu de notre style de vie lié aux hates technologies, parmi les monuments les plus remarquables de l’histoire, de l’art, de la religion et du commerce, il y a les ‘boîtes noires’. Ce sont les laboratoires de recherche biomédicale, les fermes productivistes et les abattoirs – des complexes sans visage où la société mène son sale boulot d’abus et de meurtre sur des êtres innoncets et sensibles. … Nous avons une idée assez précise de ce qui s’y passe mais nous ne voulons pas vraiment être confrontés à la réalité

C’est parce qu’on les considère non comme des fins mais comme Réflexions sur la condition faite aux animauxdes moyens…. Françoise Armengaud croit que ‘l’analyse reste à faire de cette tenace réduction de l’animalité à l’insignifiance et au dérisoire’, en introduction de son livre Réflexions sur la condition faite aux animaux.

Pour en savoir plus:

Animal Rights 2011 National Conference

Communauté morale

14/03/2011

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardCe qui est en cause dans la question de la place des animaux, c’est, si l’on y réfléchit bien, la question de leur nature, ou si l’on préfère de leur position (notamment phylogénétique) par rapport à la nôtre : les hommes et les animaux sont-ils plutôt semblables ou plutôt différents? explique Jean-Pierre Digard (Les Français et leurs animaux, p 101)
De ce qui est répondu, découlent  les modalités du vivre ensemble. D’un côté les recherches éthologiques nous disent que les ressemblances sont nombreuses, que nous posséderions en commun avec eux -les animaux – des éléments constitutifs de notre propre identité, par conséquent qu’entre eux et nous,  nous formerions une communauté de vivants. L'origine des espèces-Charles_DarwinDepuis la publication de L’Origine des espèces(1859), il y a de bonnes raisons de penser que cette communauté est plus étroite qu’on n’était disposé à l’admettre jusque-là.
Les êtres humains forment une communauté de vivants avec les autres animaux: formons-nous également une communauté morale ? (Jean-Yves Goffi, ‘Les relations entre l’homme et l’animal’)
Il y a en gros 4 manières historiquement parlant de concevoir la relation aux animaux donc de leur accorder des caractéristiques propres qui fait que l’homme se doit – moralement  – de les considérer comme des êtres vivants et d’avoir à leur égard des rapports moraux. Une première tradition est attentive au statut de créature de l’animal. Pour une seconde, c’est sa capacité à souffrir qui le distingue des simples choses. Pour la troisième, c’est la présence d’intérêts. La dernière discerne en lui quelque chose comme une subjectivité (J-Y Goffi).
Pour beaucoup de défenseurs des droits des animaux dont Tom Regan la subjectivité est une valeur suffisante pour rendre aux animaux leurs droits à jamais reconnus. Cette subjectivité, c’est celle d’un être qui est le sujet d’une vie ; en gros un être qui vit et ce qu’il vit lui importe. Beaucoup d’animaux franchissent ce seuil. Ils ont donc des droits, lesquels ne sont ni négociables, ni échangeables et justifient qu’on s’interdise, à leur égard, toutes sortes de traitements.
Mais si on leur accorde des droits, quid des devoirs ? des obligations ? des responsabilités ? Ne serait-il pas plus agissant de préférer à la notion des droits de l’animal celle de devoirs de l’homme envers les animaux ?

Pour aller plus loin
Jean-Yves Goffi, ‘Les relations entre l’homme et l’animal’, Université de tous les savoirs, La Philosophie et l’éthique, Volume 11 Odile Jacob, 2002, p 104-108

Le chien outil de la mémoire autobiographique

07/03/2011

La mémoire autobiographique c’est la capacité des personnes souffrant de dépression de récupérer des informations personnelles concernant des événements autobiographiques (comme une rencontre) et des faits autobiographiques (un lieu de naissance ou le nom de collègues). Chez les dépressifs, les souvenirs positifs s’estompent et cette distanciation perdure même en rémission.  Or la mémoire autobiographique contribue à la construction de l’identité personnelle. …
La dépression nous éloigne de nous-mêmesEn 2000, Martin Conway de l’université de Leeds et Kit Pleydell-Pearce de l’université de Bristol (dans Les dossiers de la recherche, ‘La dépression nous rend spectateurs de nos souvenirs’ par Philippe Fossati, professeur à l’université ParisVI) ont postulé que le rappel d’un souvenir autobiographique passe par un processus actif de reconstruction. Les souvenirs ne sont pas stockés tel quels dans la mémoire à long terme mais recomposés au moment de l’évocation. Or, il est désormais bien documenté que la présence d’un chien dans une thérapie crée un environnement enrichi. Le chien est une combinaison de stimuli sociaux et inanimés qui va rassurer et apaiser le patient. Souvent, le patient souffre de ce qu’il voit de lui dans le regard des autres, or par son effet relaxant, le chien va également favoriser le contact et la conversation. Il y a plus : il est un véritable médiateur entre un patient très retiré et un thérapeute parfois désemparé.
Ainsi, le patient dépressif peut reconstruire en toute sécurité sa mémoire en se servant des infos disponibles pour recréer un souvenir qui intègre ces différentes parties de l’expérience initiale. La présence de l’animal aide à structurer l’interaction sur le plan spatial et temporel, en orientant l’attention et favorisant tout naturellement le développement d’une attention conjointe. (référence)
Ces processus de reconstruction de la mémoire sont très complexes et dépendent de l’état émotionnel des personnes, de leurs motivations lors du rappel du contexte d’évocation du souvenir. Or, il semble acquis que le chien  induit le calme chez le patient, ce calme qui permettrait la réminiscence?
Le chien est dans l’ici et maintenant. D’une manière générale, la présence d’un animal permet de construire de « nouvelles réalités ».


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