Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive pour le mois 02/2011

Le chien, la maison et l’intime

26/02/2011

Crise de l’intimité, nous vivons une époque de l’oubli de l’intime, catégorie essentielle fondatrice de toute société, dit Marc-Alain Ouaknin, dans Zeugma. Or le chien ne nous renvoie-t-il pas à l’intime ? L’engagement envers son animal implique l’acceptation – volontaire et heureuse – d’un autre, intrinsèquement étranger. Ainsi cette relation si elle est bien vécue offre-t-elle des outils pour penser et panser notre intime.
La maison du chien est aussi la demeure partagéeDans ce compagnonnage interspécifique millénaire, le chien a appris à lire le monde humain et ses signes, d’une certaine manière il a atteint à la compréhension c’est-à-dire celle du ‘prendre avec’. Il y a urgence de trouver de nouvelles voies, un nouveau lexique pour parler de notre relation au chien, de cette inquiétude contemporaine concernant la vie et les relations interspécifiques.
C’était autour du foyer social, en présence du chien, que se transmettaient les incantations religieuses, les formules médicinales, l’orientation des étoiles, les secrets de la chasse et de la pêche, les racines mythologiques du groupe et les rêveries de l’imagination…
Avant…
Aujourd’hui, le chien invite à revoir la maison et la manière dont on en parle. En ce sens, c’est à une écologie interspécifique que le chien nous interpelle. L’écologie c’est être-là dans la demeure du monde. Le lien qui unit l’homme à son lieu d’être, sa maison, c’est aussi son chien, une espèce différente. Les murs de cette maison de l’homme retentissent des mots pour le chien, l’homme construit une demeure avec la parole, pour la parole et « seule cette parole peut sauver le monde de son effondrement», Marc-Alain Ouaknin, (p 447).

En changeant de discours, sera-t-il possible de faire avancer la réflexion et l’action concernant ce qu’on nomme la société anthropocanine? Parce que

Zeugma, Marc-Alain OuakninL’éthique de la responsabilité pour le futur implique la liberté de continuer non pas à maîtriser mais à se maîtriser. Non pas à augmenter la puissance, mais à la limiter. Non pas à emplir le monde mais à mettre des limites et à renoncer. L’homme doit se maîtriser et s’autolimiter

et laisser la place à d’autres que soi
et laisser la parole à d’autres que soi.

‘Ce qui compte pour eux’

18/02/2011

Les recherches de thérapie assistée par l’animal devraient prendre en considération cette méthodologie apportée par Vinciane Despret, dans ’Quand le loup habitera avec l’agneau ‘ aux éditions Les empêcheurs de tourner en rond

Quand le loup habitera avec l’agneauEst-ce à dire que nous inventons ces animaux? Oui d’une certaine manière, non d’une autre. Tout dépend de ce que nous comprenons sous le terme d’invention, quand il s’agit des pratiques des sciences.
Oui, nous les inventons si nous suivons Isabelle Stengers puisque ‘tous les êtres que les sciences font exister sont ‘inventés’ au sens où tous leurs attributs sont relatifs à nos histoires. C’est à nos questions qu’ils répondent, ce sont nos interprétations qui donnent sens à leurs réponses et c’est notre curiosité qui les mobilise.
Est-ce à dire qu’ils sont moins réels une fois qu’ils existent dans nos histoires? Non affirme la philosophe, car nous devons aussi comprendre que si leur existence dépend de nos histoires et de la multiplicité de celles-ci, ces histoires ont toutes ‘pour trait commun de renvoyer à eux’; elles désignent ceux qu’elles font exister , comme condition sinon suffisante, du moins nécessaire à leur possibilité’. C’est là la singularité de nos pratiques scientifiques : les animaux qu’elles inventent existent dans et par ces histoires avec une densité, une réalité singulière, car les scientifiques ont cherché passionnément comment faire histoire avec eux. La question de savoir s’ils existent ‘pour eux’ ou ‘pour nous’ dans les pratiques qui les interrogent et qui les font exister n’a alors pas beaucoup de sens : il s’agit à chaque fois pour chaque scientifique et pour chacun des animaux d’inventer des propositions d’existence avec eux. Dès lors, si nous voulons bien comprendre les changements qui adviennent à ces animaux interrogés par nos pratiques, il nous faut alors suivre la manière dont les scientifiques s’adressent à eux, comment ils les rendent actifs et comment ils leur proposent de prendre position par rapport à ce qui leur est demandé. Il faut en somme nous soumettre à la contrainte de chercher comment ces animaux changeants sont devenus bien réels dans l’épreuve même du changement qui leur était proposé….Shirley Strum
Nous soumettre à cette contrainte c’est alors adopter celle à laquelle certains éthologistes ou primatologues ont choisi d’obéir. Quand on lui demande d’expliquer le fait que son travail avec les babouins ait produit des résultats aussi intéressants, Shirley Strum répond qu’elle s’est d’abord efforcé de ne pas leur construire un savoir ‘dans le dos’ : dans sa pratique, les questions adressées aux babouins se subordonnent à l’exigence de savoir ‘ce qui compte pour eux’. Cette politesse de ‘faire connaissance’ a suffisamment témoigné de ses capacités de réussite pour que je propose de m’y astreindre à mon tour : si les babouins deviennent si intéressants lorsque leur scientifique se soumet à cette contrainte, je peux à mon tour espérer dans mon analyse rendre le chercheur intéressant en adoptant la même exigence, et en explorant comment ‘ce qui compte pour eux’ a permis les transformations. Et parmi toutes les choses qui ‘comptent’ pour ces scientifiques, il y en a une que je ne pourrai manquer : la manière dont leurs animaux prennent une part active au savoir qui est produit à leur sujet p 24-25-26

Divergences et malhonnêteté intellectuelles

14/02/2011

Cela fait plusieurs années que des enquêtes, des recherches, des écrits et des rapports sont colligés sur la thérapie assistée par les animaux.  Qu’il existe des divergences quant aux résultats et à la manière de les interpréter, somme toute tant mieux, cela permet aux chercheurs de poursuivre leurs études, de les approfondir, d’envisager de nouveaux outils, mais de là à conclure avec l’article paru dans le magazine Cerveau et Psycho n° 42 de Novembre/Décembre 2010, rédigé par Scott Lilienfeld et Hal Arkowitz – tous deux professeurs en psychologie,  que la thérapie assistée par animaux n’a pas d’efficacité avérée, c’est de la malhonnêteté intellectuelle.

Il est sain que la paternité des effets constatés soit interrogée. Il est primordial de savoir où est l’influence. Est-elle directe de l’animal ? Mais comment? De quelles façons ? Quel est le levier? Ou bien, l’influence est-elle mécanique ? Circonstanciée? Psychotemporale?
La raison des plus forts sous la direction de Pierre JouventinCe que toutes les recherches permettent de pointer, c’est d’abord une hésitation concernant le rôle de l’animal. Et pour cause tant que l’homme se fera ‘l’unique exception d’un règne constitué de corps vides de pensée’ (p. 43, La raison des plus forts) il est fort probable que les médias nous abreuvent encore et encore de rapports de recherches ineptes et incongrus. Car, il est non seulement contre-productif et anti-scientifique de conclure catégoriquement sur des résultats concernant des articles de revue que ‘d’autres résultats ne peuvent permettre d’éliminer la possibilité qu’il s’agisse seulement d’améliorations passagères de l’humeur, mais en aucun cas d’une amélioration des symptômes’, que cela jette le discrédit sur des recherches qui, elles, tentent de démasquer quels sont les effets de l’animal dans une relation thérapeutique. Car, il semblerait produire des effets. Mais est-ce vraiment lui ? Est-ce lui ou la relation? Est-ce lui, la relation ou un autre effet, une variable cachée, laquelle?  L’animal est-il une cause des effets qui influencent le changement de l’être humain en sa présence, ou simplement un symptôme ?
Un point névralgique de toutes ces études ressort : se peut-il que les méthodes et les outils biomédicaux employés pour saisir ce qui se passe ne permettent justement de rien saisir, car comprendre une autre espèce requiert d’acquérir au préalable des connaissances sur sa biologie, son éthologie et son écologie, mais aussi sur sa cognition et sa psychologie.  Il est essentiel d’insister sur le fait qu’une méthodologie visiocentrique est sans aucun doute trop restrictive étant donné ce que nous savons du monde sensoriel des animaux (p 164, La raison des plus forts).

Aussi, est-il honteux que les auteurs se permettent d’écrire ‘ Pourquoi nous préoccupons-nous de cette thérapie assistée par animaux ? Après tout, si les enfants apprécient et que les parents sont prêts à payer, pourquoi nous en préoccuper ? Parce qu’une thérapie inutile est un détournement des fonds qui pourraient servir à rechercher des traitements vraiment efficaces’.

Ils devraient chercher de nouvelles méthodes de validation des acquis.

Connectés donc pas seuls!

12/02/2011

Rappelez-vous, il y a plus de 2 ans le premier, tout premier post de ce blog:

L’Homme existe sous le regard de l’Autre… poilu. L’animal de compagnie, le chien, est une présence. Il incarne une altérité porteuse de sens. Depuis des millénaires, il évolue aux côtés de l’humain dans un environnement d’artefacts humains. Il en a appris ses sens, ses significations. Il en a tiré des attitudes, des comportements. Il en est génétiquement modifié. Il en a acquis une histoire. Il en a développé une culture…..  Incidemment, l’humain ne vit jamais seul dans le monde …  Nous ne sommes peut-être pas seuls mais nous nous comportons souvent comme de fieffés égoïstes qui devons panser notre quatrième blessure narcissique…..

Voici une très belle vidéo qui illustre (si je peux me permettre) merveilleusement ce propos, réalisée pour le WWF par l’agence Ogilvy & Mather Mexico et le réalisateur Mato Atom.
Nous sommes tous connectés. Nous ne sommes pas seuls.

Tous connectés- Campagne WWF

Les animaux raisonnent, la mentaphobie* les tue

07/02/2011

Partage de cet extrait issu du livre ‘La raison des plus forts’, sous la direction de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique UtriLa raison des plus forts sous la direction de Pierre Jouventina

Dalida Bovet évoque les différentes formes de raisonnement rencontrées chez les animaux. Sa synthèse a la mérite d’ordonner les observations scientifiques selon le type de rationalité auxquelles elles correspondent, ce qui témoigne de la diversité des manières d’être de la raison, loin de la vision appauvrie que beaucoup s’en font lorsqu’ils la réduisent à la seule idée de rationalité intersubjective. Elle recense:

  • Le raisonnement inductif: construction d’une propriété générale à partir de cas particuliers, la catégorisation en constitue l’exemple typique
    • Ex: le pigeon qui distingue entre autres des photos représentants diverses figures humaines de celles représentant objets, plantes ou animaux ou….. qui distingue des peintures de différentes écoles!
    • Ex: la carpe capable de distinguer différents compositeurs musicaux
  • Le raisonnement par analogie: qui explique une situation inconnue par une situation connue, le concept identique/différent étant ici le plus couramment étudié
    • Le singe-écureuilEx: le singe-écureuil a pu correctement faire correspondre des paires d’objets à des symboles signifiant ‘identique’ et ‘différent’
  • Le raisonnement déductif: de type transitif fondé sur les relations d’inclusion, telle que: si A contient B et B contient C alors A contient C
    • Poisson Astatotilapia burtoni Ex: le poisson Astatotilapia burtoni détermine le rang social de ses adversaires en observant un affrontement entre deux congénères et choisir d’affronter le perdant pour augmenter ses chances de l’emporter
  • Le raisonnement social: faisant référence aux inférences faites dans des situations d’interactions sociales
    • Ex: le coq capable de dissimulation lorsqu’il informe par des cris les poules de la présence de nourriture, ce qui lui permet de les courtiser
  • Le raisonnement causal: distinguer la cause de l’effet
  • Le raisonnement spatial et temporel
    • chien et corbeauEx: le chien qui choisit entre deux chemins qu’on lui a fait pratiquer préalablement, le plus court pour accéder à une source de nourriture
    • Ex: le corbeau à qui l’on montre une scène anormale car physiquement impossible (un oeuf qui flotte dans les airs), son regard s’attarde plus longuement que celui des jeunes enfants ou des chimpanzés
  • Le raisonnement mathématique et la compétence numérique

Chacun de ces modes de raisonnement a été mis en évidence chez une ou plusieurs espèces animales.  Les capacités cognitives des différentes espèces animales sont bien entendu très variables suivant les espèces et les domaines de raisonnement… comme pour l’homme et il  serait absurde de subordonner l’accès à la raison à la capacité à pouvoir tenir tout type de raisonnement.

La rationalité animale ne peut se voir disqualifiée par le simple fait qu’elle ne recouvrerait pas exactement TOUTE l’étendue de la raison humaine. Et pourtant c’est ce qui se passe actuellement : la raison reste le propre de l’homme.
Dans nos quotidiens, on dénie aux animaux toute capacité déductive, toute pensée, toute possibilité même d’émettre une pensée. Ne serait-ce qu’au niveau du droit, par ex. ils restent des objets….. Ou on peut les abattre par centaine, parce que devenus vieux et inutiles (ref).

*mentaphobie est l’attitude de dénégation de l’existence d’une pensée animale. Donald Griffin a inventé le terme pour désigner la pratique purement idéologique consistant à censurer toute interprétation du comportement animal pour le priver de la possibilité d’avoir une conscience propre.

Pour aller plus loin:

La mentaphobie tue les animaux par David Chauvet

Magasiner une cage pour s’envoler en sécurité

04/02/2011

Logo IATAPour voyager en avion, le chien doit être placé dans une cage qui doit rencontrer certains standards auxquels les compagnies aériennes souscrivent et qui ont reçu l’aval de l’IATA. Toutefois il ne semblerait pas qu’il y ait des cages homologuées par l’IATA : ‘IATA does not certify, approve, endorse, or sell any particular pet container manufacturer, brand , make, or model. Equally so, IATA does not offer, solicit, endorse, or approve any particular pet or puppy transport or relocation services, regardless of whether these be offered via email or the internet. Readers should pay attention to fraudulent offerings that claim the opposite’.

La cage de transport choisi soit solide, intacte et approuvée par la compagnie aérienneAinsi, la taille et la structure de la cage doivent-elles être conformes aux normes de l’IATA, on est davantage dans le registre des bonnes pratiques. La Réglementation IATA pour le transport des animaux vivants s’applique à toutes les compagnies membres ou membres associés de l’Association du transport aérien international et aux compagnies qui font partie de l’accord IATA. L’important est de s’assurer que les animaux soient transportés dans des conditions leur assurant sécurité, santé et bien -être.

La cage doit :

  • Dimension de la cageLa cage doit avoir assez d’espace pour que l’animal puisse s’y tenir debout et s’asseoir sans que sa tête ne touche le plafond de la cage, qu’il puisse se retourner et s’allonger dans une position naturelle
  • Toutes les cages doivent pouvoir être rangées verticalement dans l’appareil, comme l’exige le Animal Welfare Act et les règlements sur les animaux vivants de l’International Air Transport Association.
  • Etre faite de plastique rigide, de bois, métal, ou d’un matériau de résistance comparable avec un couvercle solide.  Aucune cage en carton ne sera admissible.
  • Avoir des poignées fonctionnelles à l’extérieur de la cage pour empêcher le basculement et tout contact direct avec les animaux.
  • Doit être convenablement ventilés de façon à ce qu’il n’y ait aucune entrave.
  • Très bien se fermer, mais ne pas être fermée à clef, permettant ainsi au personnel de l’ouvrir en cas d’urgence.
  • Avoir des étiquettes avec les mots « Animal Vivant » sur le haut de la cage et sur au moins un de ses côtés.
  • Avoir des flèches pointées vers le haut pour indiquer le bon positionnement de la cage.
  • Contenir un certain type de litière, soit du papier effiloché, soit des filaments de serviettes éponge, pour absorber les « accidents.
  • Être munie d’un verrou de sécurité, sans être fermée pour autant car le personnel de bord doit pouvoir accéder à l’animal en cas d’urgence.
  • Ne pas contenir de jouets pour ne pas risquer l’étouffement.

Signalez à tous les employés du transporteur aérien que vous croisez, que ce soit à l’aéroport ou dans l’avion, que vous voyagez avec un animal de compagnie qui se trouve dans la soute à fret. Ainsi, ils seront prêts à intervenir au besoin. Et si le vol est retardé ou si vous avez des inquiétudes au sujet du bien-être de votre animal de compagnie, le personnel pourra faire une vérification, si c’est possible. La principale cause d’accident et d’animaux perdus lors des voyages en avion est le mauvais fonctionnement des cages ….
Il est important que la cage de transport choisi soit solide, intacte et approuvée par votre compagnie aérienne. (ref)


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