Archive pour le mois 01/2011
31/01/2011
Ne pas de tomber dans le biocentrisme, le rejet de l’humanité ou l’adoration animale, l’objectif est de réfléchir ensemble à l’idéologie qui nous gouverne et qui induit nos actions, nos règlements, nos positionnements sur les animaux….
Il sera question tout au long de l’année d’aller-retour entre des situations du passé, donc historiques, et des situations présentes que sandraetlechien.com juge très similaires dans la pensée. Il s’agit ici d’un angle de discussions pas d’une position doctrinale. Bref on ne compare pas dans un coin l’humain dans l’autre l’animal. Par contre, l’humain a l’obligation de considérer les animaux comme des fins, non comme des objets, ce qui n’implique pas nécessairement de leur offrir une liberté de choix illimitée.
Les animaux n’effectuant pas d’équations, on en conclut qu’ils ne sont pas doués de raison, de même qu’on leur dénie toute culture parce qu’ils n’écrivent pas de romans. Autrefois, certains groupes humains n’avaient pas échappé à ce schéma de pensée. Les ‘cultures primitives’ ne pouvaient pas rivaliser avec la culture des Occidentaux, seule digne de ce nom. On ne trouvera pas non plus d’Einstein ou de Proust chez les ‘sauvages’. L’ethnocentrisme fut réprouvé par Lévi-Strauss dans Race et Histoire (1952) : Cela consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. Bref à voir sa culture comme LA culture.
Ce travers subsiste aujourd’hui à propos des animaux.
Ainsi, le langage n’est pas une condition de la pensée. Les singes, tout comme les humains élevé en isolement et n’ayant pas appris le langage, sont capables d’accomplir beaucoup de choses nécessitant un raisonnement abstrait (ref) et pourtant cela reste l’étendard. Les animaux ne parlent pas. Comme les ‘sauvages’ d’antan ne parlaient pas ils baragouinaient. les animaux n’ont pas de culture, comme les ’sauvages’ n’en n’avaient pas.
Noam Chomsky non plus ne pense pas que les animaux dont les grandes signes puissent disposer d’aptitudes au langage, ce sont les humains qui le leur montrent à parler. Et pourtant, les études se multiplient. En 2004, Juliane Kaminski et ses collègues de Leipzig ont étudié Rico le chien qui connaissait les noms de plus de 200 objets, et il était capable de retenir de nouveaux mots par le fast mapping. Quand on le compare aux chimpanzés, le chien s’en sort remarquablement bien dès qu’on lui confie des tâches permettant d’évaluer sa

Image tirée de l'article de Clyve DL Winne: Does Your Dog Understand You?
compréhension des ordres et des signaux humains. Il montre une bonne compréhension du vocabulaire et une capacité à fixer son attention sur les actions humaines, deux types de comportements qui nous paraissent intelligents, à nous humains.
L’intelligence du chien est le résultat d’une adaptation à la niche anthropogénique.
Références
Clive Wynne Does your Dog Understance You?
Dominique Guillo ’Des chiens et des humains’
Intelligence animale, Page wikipédia
Tags: biocentrisme, Clive Wynne, David Chauvet, Des chiens et des humains, Dominique, Enrique Utria, Guillo, Juliane Kaminski, La Raison des plus forts, langage, Leipzig, Lévi-Strauss, Noam Chomsky, Pierre Jouventin, Race et Histoire, Rico le chien, The Scientist
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Jappons, Réflexions anthropocanines | Aucun commentaire »
28/01/2011
Les 6 nations iroquoises considèrent que leur plus grande cérémonie est celle qui a lieu pour le nouvel an. Durant cette cérémonie, il faut sacrifier un chien blanc à Hawenniyo, le dieu favorable aux indiens. Ce sacrifice qui a lieu en février (parfois en mars), purge le peuple du mal. Il est aussi marqué par des interprétations de rêve. Horatio Hale est peut-être celui qui a tenté d’en savoir plus sur cette fête, il indique que ce sacrifice est de loin la plus sainte des fêtes de la théologie iroquoise. Car chez les Iroquois, le chien est un messager intercesseur, il portait les prières des hommes au ciel.
Reste que l’association des chiens blancs avec le sacré chez les peuples amérindiens - entre autre - est assez répandue.
Ainsi, dans la mythologie abénaquise, Mool-sem est le chien blanc de Gluskab qui pouvait se contracter ou s’agrandir. En gros, il y a Tabal-dak, l’être créateur, qui a crée les humains et a aussi donné vie àet Gluskab et Malsumis nés de la poussière sur sa main. Gluskab et Malsumis ont tous les deux le pouvoir de faire un monde meilleur, mais seulement Gluskab l’essaie en compagnie de son chien blanc.
Dans la mythologie chrétienne, les Dominique sont des chiens du Seigneur et Seigneurs chiens. Dominique contient implicitement « Domini canes » : chiens de Dieu. Par ailleurs, la mère enceinte de Saint Bernard de Clairvaux rêva d’un chien blanc au dos roussâtre. On lui prédit qu’il serait un grand prédicateur qui aboierait contre les hérétiques. (ref)
Il y a un trait commun, peut-être, entre toutes ces croyances et commémorations annuelles. D’abord, c’est un rite funéraire, on sacrifie l’animal qui est le plus près de l’homme, l’animal est blanc, l’homme ne serait-il lui aussi blanc? Celui même qui exploite par sa supériorité technique au lieu d’aider l’homme rouge [l’Amérindien] pour le réduire au rang des colonisés. N’y aurait-il pas un parallèle à faire: le symbole du meurtre de l’envahisseur blanc : on tue le Père Blanc qui est venu apporter la ‘bonne nouvelle’ justement celle qui descend du Ciel?
Pour aller plus loin :
“Le père, approche anthropologique” Rémi SAVARD – Anthropologue, professeur retraité de l’enseignement, Université de Montréal
(1969)
Tags: 6 nations iroquoises, anthropologue, chiens de Dieu, chiens du Seigneur, Domini canes, Dominique, Gluskab, Hawenniyo, Horatio Hale, indiens, interprétations de rêve, Mool-sem, mythologie abénaquise, mythologie chrétienne, professeur retraité de l’enseignement, Rémi SAVARD, Sacrifice annuel du Grand Chien Blanc, Saint Bernard de Clairvaux, Seigneurs chiens, Université de Montréal
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Le chien et l'Histoire, Le chien mythique | Aucun commentaire »
24/01/2011
Avec Dominique Lestel – Origines animales de la culture – nous partageons l’idée que l’éloignement de l’animal des sciences sociales ne peut plus tenir devant l’avancée des découvertes ou face au penser ensemble l’homme et l’animal. En aucun cas il ne s’agit de sociobiologie ou d’annexion d’un champ de réflexion par un autre au profit d’une dérive du tout génétique mais bel et bien d’un travail conjoint, d’un apport méthodologique mutuel, d’ouverture dans une perspective non réductionniste.
Les sciences de l’animal se transforment en sciences sociales à partir du moment où l’animal-objet est éliminé, au profit de l’animal-sujet et de l’animal-chose et où l’ambiguité de cette distinction devient problématique. La phrase célèbre de Durkheim selon laquelle les faits sociaux sont des choses est fondatrice des sciences de l‘homme mais aussi des sciences de l’animal. De même que l’homme des sciences sociales est une construction par laquelle le sujet humain peut devenir le sujet d’une science nouvelle, de même l’animal des sciences de l’animal est une construction par laquelle le sujet animal peut devenir le sujet d’une science inédite en l’occurrence une zoologie culturelle pour les mêmes raisons qu’il existe une anthropologie culturelle. Cette transformation est très claire chez des ornithologues comme Amotz Zahavi ou chez les primatologues comme Frans de Waal, Richard Wrangham ou Shirley Strum. P 307-308
…..
Les sciences de l’animal peuvent ainsi prétendre occuper une place au sein des sciences sociales élargies aux organismes sociaux en général et ne peut plus seulement se restreindre à l’humain. Elles peuvent de surcroît en revendiquer l’une des premières places. Elles sont en effet dans une bonne position pour aborder l’une des questions centrales des sciences sociales, celle des relations de la phylogénèse des organismes, de l’histoire culturelle des populations et de l’histoire individuelle des sujets. Certaines sociétés animales sont constituées d’ethnies animales, mais ces peuples animaux ne sont pas nécessairement superposables aux ethnies humaines. Il ne s’agit pas pour autant de rejeter l’animal dans les limites d’une zoologie problématique, mais de développer une authentique ethnologie différentielle. P 309-310
Tags: Amotz Zahavi, animal machine, animal-chose, animal-sujet, anthropologie culturelle, behavioristes, cartésiens, cognitivistes, Durkheim, ethnologie différentielle, Frans de Waal, Jérémy Bentham, phylogénèse des organismes, Richard Wrangham, sciences animales, sciences sociales, Shirley Strum, sociobiologie, subjectivité, zoologie culturelle
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21/01/2011
Confiance et complicité sont les maîtres mots qui motivent les entrainements en canicross. Que ce soit pour préparer le Trophée des Montagnes ou pour courir en meute, ça prend un plan d’entrainement pour le 2 pattes et un plan d’entrainement pour le 4 pattes et une gestion des essais et des erreurs… Peu de choses affectent autant la relation avec nos chiens que la confiance. Elle n’est jamais vraiment acquise, elle se reconstruit chaque jour sur des bases toujours plus solides. En confiance, le chien nous suivra dans nos motivations et nos jugements, dans nos décisions même les plus saugrenues comme prendre un avion… En canicross, et dans la vie sportive de tous les jours, le chien devrait coopérer en toutes circonstances, faire un 6 pattes en un seul équipage, unis dans les moments difficiles. Et dans tout entrainement de canicross, de skijoering, de trotinette, il y en a.
Ça commence par le choix des terrains d’entrainement, alterner la nouveauté, le jeu si possible de nouveaux dénivelés, les distances… Autant d’éléments qui vont garder le chien en éveil. En tout temps, remettre en forme l’humain pour que le canin ait du plaisir à canicourir. Le chien tire l’humain, si le deux pattes traine la patte, le quatre pattes peut déchanter et se désintéresser.
Dans les courses comme les entrainements, les coussinets peuvent s’abimer, aussi faut-il miser à les renforcer préalablement en courant sur toutes sortes de terrain pour éviter les blessures immobilisantes, étirer le chien avant et après, les muscles sont fragilisés, tous ces gestes renforcent la relation. Et puis, la nourriture et les compléments alimentaires riches permettent de compenser un manque et de précupérer immédiatement après l’effort.
En parallèle, le coureur humain ne se prépare pas tant à faire des kilomètres : endurance! endurance! endurance! Que du temps…. Imaginez le plaisir de votre chien si vous pouviez l’accompagner dans sa course véritablement… Par exemple, les étapes du TDM ne sont pas très longues - en moyenne 7.5 kms/jour - mais, ça ne se canicourt pas en dedans de 25 minutes! Il faut prendre en considération la dénivellation des Alpes françaises. Certains forums indiquent qu’il faut multiplier le temps habituel de course par 1.5…. pour les meilleurs (résultats 2010).
Ça veut dire aussi que le chien devra tenir autant d’heures attelé…. en confiance… et offrir à son chien les conditions optimales …. Une confiance peut se perdre par une mauvaise appréciation d’une situation … Ne rien mésestimer sur un sentier… La banalité humaine est anormale dans un langage canin…. et peut valoir le retrait du chien.
Chaque jour remettre sur l’ouvrage l’œuvre de confiance!
Tags: Alpes françaises, canicross, confiance, coussinets, dénivellation, mythologie grecque, Pénélope, Sauvetage Canada Rescue, trophée des montagnes
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Sports à 6 pattes | Aucun commentaire »
17/01/2011
De l’explosion des recherches en éthologie, en éthologie cognitive, parfois relayées en anthropologie, plus souvent en sociologie, les découvertes des différents génomes animaux et leur peu de différences structurales avec celui de l’humain, il en ressort ces dernières années qu’il faut repenser la place de l’animal : de faire-valoir, faire-voir, garde-manger, aide de camp … à un être qui a aidé à construire notre propre condition humaine. ‘Qu’on le réifie pour se débarrasser du souci qu’il nous cause ou qu’on l’humanise pour le doter de droits, dans les deux cas on passe étrangement à côté de lui, on nie sa réalité et tout aussi gravement on nie la nôtre’. Éditorial de Joseph Macé-Scaron.
Le problème c’est qu’on construit l’animal à partir de l’humain, dans le sens l’humain est en haut l’animal au mieux est à côté, or l’un et l’autre sont au même niveau dans un ensemble plus vaste qu’on appelle Nature ou vie ou biodiversité ou… le mot qui vous convient. Évidence vous me direz, non, ça serait si beau si cela était une évidence entrée dans les moeurs, ainsi on ne pourrait plus lire des témoignages tels que :
Quand j’ai fait mes études de médecine, on nous apprenait que l’animal ne souffrait pas et on nous faisait faire des opérations sans anesthésie. L’animal criait et lorsqu’on s’élevait contre ça on nous répondait qu’il s’agissait d’un réflexe.
p 115 entretien avec Boris Cyrulnik- Matignon, Karine-Lou. Sans les animaux, le monde ne serait pas humain. Espaces Libres. Albin Michel
Ou des règlements municipaux tels que CO-2008-523 sur ‘Le contrôle des animaux’ de la ville de Longueuil.
Article 37. Le fait qu’un chien se trouve dans une place publique, un parc, un terrain de jeux, une piste cyclable sauf pour la traverser, un marché public, un espace de verdure ou tout autre endroit du même genre constitue une nuisance.
Il est à se questionner sur cet ‘animal qui vit habituellement auprès de l’homme pour l’aider ou le distraire, et dont l’espèce est, depuis longtemps apprivoisée’ (Cf. Règlement CO-2008-523), sur la capacité de cruauté humaine envers des ‘frères’, cruauté pris dans le sens de non-respect des besoins fondamentaux de l’animal et cette impassibilité à la souffrance Autre, il est à se demander si cette cruauté n’est pas en fin de compte précurseur d’une violence nettement plus sourde : celle du quotidien entre humain?
Je suis convaincue que la cruauté envers les animaux (vous savez la litanie des petites horreurs quotidiennes : le collier étrangleur, l’ignorance des signes extérieurs de communication qui brime l’animal dans son expression…) et l’impassibilité envers les souffrances d’autrui (l’exclusion des ‘étranges’, l’indifférence crasse qui brille à tous les niveaux des relations….) se reflètent l’une l’autre comme les deux faces d’une même médaille.
Tags: 'Le contrôle des animaux', Albin Michel, Boris Cyrulnik- Matignon, CO-2008-523, Espaces Libres, Joseph Macé-Scaron, Karine-Lou. 2003. Sans les animaux, le monde ne serait pas humain, magazine litteraire, ville de Longueuil
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Jappons | 1 commentaire »
14/01/2011
Sandraetlechien ne risque pas p
rendre un vol Air Canada pour se rendre au Trophée des Montagnes, en août prochain.
En effet, Air Canada a mis fin à son service de transport en cabine des animaux de compagnie dans l’ensemble de son réseau le 18 septembre 2006, mais depuis 2009 les petits chiens et les chats sont désormais acceptés. En temps normal, Air Canada accepte les animaux de compagnie mais 70 lb animal et cage combinés… On parle pas d’un chien sportif:(

À cela s’ajoute des périodes annuelles d’interdiction. Compte tenu de l’augmentation des coefficients de remplissage, Air Canada ne transporte pas d’animaux de compagnie:
- du 18 décembre au 7 janvier (l’interdiction s’applique au transport des animaux en soute et par l’entremise de Air Canada Cargo)
- du 20 juin au 10 septembre (l’interdiction s’applique au transport des animaux en soute).
Qu’entend-on par restrictions saisonnières?
Air Canada ne transporte pas d’animaux de compagnie dans le compartiment à bagages de certains de ses appareils aux dates et pour les raisons indiquées ci-dessous. De plus, les compartiments à bagages ventilés à température contrôlée sont accessibles à bord de certains appareils seulement.

Pour aller plus loin:
Prendre l’avion avec son chien
Point intéressant : Air Canada accepte uniquement les chiens à titre d’animaux de soutien affectif ou psychiatrique
Tags: Air canada, avion, canicross, Restrictions saisonnières, sortie de chien, transport, trophée des montagnes, voyager
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Le chien social, Sports à 6 pattes | 1 commentaire »
11/01/2011
Pour comprendre ce qui se passe entre l’homme et l’animal nous sommes constamment gênés par l’inadéquation et la pauvreté de la langue pour en parler. Comprendre ces phénomènes encore mal perçus et encore plus mal conceptualisés requiert l’invention d’une langue ad hoc avec son vocabulaire, ses expressions et sa syntaxe.
Dominique Lestel. L’animal singulier, p 23-24
L’être humain a le devoir de comprendre le comportement des espèces animales. Cette connaissance est essentielle pour éviter que les animaux qu’il prend pour compagnons (ou dont il se nourrit) ne souffrent inutilement, que ce soit pour une satisfaction affective, esthétique, intellectuelle ou bien à des fins simplement récréatives ou alimentaires. ….. L’éthologie est une science de l’observation, de l’étude du comportement dans toutes ses manifestations et à tous les niveaux, de la cellule à l’organisme entier et aux sociétés animales, des causes qui le déterminent et de ses fonctions (Campan et Scapini dans Ethologie: Approche systémique du comportement). Elle n’a jamais été une technique d’intervention sur le sujet, ce qui d’ailleurs ruinerait toute tentative d’observation.
(référence) 
En dépit des travaux des psychologues et d’éthologistes, le comportement de l’animal familier demeure énigmatique et mystérieux à beaucoup d’entre nous, non-spécialistes du monde animal.
Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, p 8
Se demander:
‘Quelles sont, de leur point de vue, les bonnes raisons de faire des choses en apparence aussi extravagantes ? ouvre une toute autre histoire qui donne raison aux animaux. ‘Comment depuis la perspective de l’animal, peut-on traduire la situation ? Qu’est-ce qui importe pour lui quand il agit de cette manière ?’ Ces questions indiquent le véritable sens du changement : la perspective ouvre l’interprétation non seulement à ce que la situation signifie pour un animal, mais surtout à ce qui compte pour lui.
Vincianne Despret ‘Pourquoi les perroquets ne parlent pas aux philosophes’, Dossier Sciences Humaines ‘Les animaux et nous’, juin 2008
Il semble qu’un vent souffle sur les études en éthologie, en sciences sociales, sur la manière d’interroger depuis la perspective animale qui laisse apercevoir un renouveau dans les relations hommes-animaux. Vincianne Despret dit que ‘ce renouveau traduit l’extension du souci que nous éprouvons à l’égard de certains d’entre eux et qui témoigne, aussi, du sentiment de proximité inédite entre des espèces qu’une longue tradition de hiérarchisation avait pensées comme irrémédiablement séparées’.
Certaines espèces dit-elle avec justesse….. Le chien reste le grand incompris, comme une indéchiffrable énigme de l’évolution anthropocanine.
Tags: animal familier, Campan et Scapini, comportement, comportementaliste, Dominique Lestel. L’animal singulier, espèces animales, Ethologie: Approche systémique du comportement, éthologistes, être humain, évolution anthropocanine, michel chanton, monde animal, psychologues, Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie
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06/01/2011
Et les animaux sont peut-être moins déstabilisants lorsqu’il est question de jauger leurs valeurs thérapeutiques à l’aune des connaissances des sciences médicales, mais insidieusement, ils n’en sont pas moins interrogeants : « À trop vouloir limiter les animaux à de purs corps mécaniques, ne risque-t-on pas de reconnaître à cette machinerie des capacités telles que l’on est conduit à se demander si notre propre machine corporelle n’est pas à elle seule capable d’expliquer l’ensemble de nos actes, et donc à faire l’économie d’une âme chez l’homme ? » (Florence Burgat, 2006). L’anthropologie a ainsi été conduite à emprunter des théories, des concepts et des méthodes à de nombreuses disciplines « la biologie, à la sociologie, à l’histoire, aux sciences de l’environnement, à la linguistique, à la sémiologie et plus largement aux humanités, emprunts qu’elle a intégrés dans des proportions variables et selon des scénarios diversifiés » (Gilles Bibeau, 2001, L’anthropologie : une discipline carrefour?). Il serait temps d’aller voir du côté de l’animal « enfin évadé des enclos disciplinaires où il était parqué pour venir imposer sa présence muette dans des espaces théoriques à l’intérieur desquels il n’était qu’exceptionnellement convié » (Gérard Lenclud, Si un lion pouvait parler, 1998).
Le corps médical n’en reviendrait-il pas, avec la thérapie assistée par le chien (TAC), au savoir hippocratique, dans le sens où « la médecine hippocratique n’est pas seulement une médecine ignorante de ce que la science lui permettra d’apprendre par la suite, c’est une médecine qui, de ce fait, ne pouvait faire autrement que de compter avec l’ignorance. Compter avec l’ignorance voulait alors dire être obligé de tenir compte du patient et de son discours car c’est lui seul qui pouvait renseigner la médecine de son état. La médecine hippocratique était une médecine déductive, basée sur l’observation et sur le patient » ? (Christian Morel, 2001).
Les animaux ne peuvent pas être considérés comme une panacée, ils ne peuvent pas guérir le cancer, l’hypertension artérielle ou l’incontinence urinaire. Cependant, ils induisent de petits effets qui, répétés fréquemment, peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie et atténuer les effets stressants des contrariétés de tous les jours. À l’instar de Michel Foucault, la TAC c’est un peu l’aménagement de la prévention. Mais c’est surtout « par l’intermédiaire des soins, formes variées d’attention à l’autre, il y aurait cette possibilité d’un travail effectué autour de l’individu, de son corps, de son histoire, de sa parole. Par ce travail s’exprime aussi bien la quête du sens […], que la quête des sens […] et les chemins de l’embodiment et d’une nature corporéisée. C’est un travail par lequel s’exprime aussi parfois la recherche d’un ultime ailleurs, un monde autre et surnaturel ouvrant au salut. Par le travail de connection, les soins se veulent ainsi la réunification des dimensions de l’être et, dans leur version moderne, du soi individuel» (Soins, corps, altérité, Volume 23, numéro 2, Anthropologie et Sociétés, 1999).
En ce sens, la TAC ne dépersonnalise pas le patient mais renforce la compréhension de l’Autre (patient) grâce à une décision médicale (pouvoir du médecin) basée sur des présomptions de bien-être pour le patient.
Tags: altérité, aménagement de la prévention, Anthropologie et sociétés, Christian Morel, corps, florence burgat, Gérard Lenclud, Gilles Bibeau, médecine hippocratique, michel foucault, numéro 2, panacée, savoir hippocratique, soins, Volume 23, ‘Et si un lion pouvait parler’
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03/01/2011
‘
Nous les singes’! Tel est le cri de douleur poussé aujourd’hui par les paléoanthropologues et autres primatologues épouvantés autant par l’annonce de la disparition de nos ancêtres que par les abominables souffrances que les humains leur ont infligées au cours des siècles. Cri de honte, cri de repentir. Non seulement nous avons assassiné la trace de nos origines, au point de ne plus savoir qui nous sommes, mais, en guise de devoir de mémoire, nous devons nous condamner à renoncer à notre humanité, hautement perverse et criminelle, pour redevenir ce que nous n’avons jamais été.
Car si les primatologues et autres paléontologues rêvent d’un monde fabuleux dans lequel l’homme serait réconcilié avec ses origines, les psychologues néo-behavioristes, éthologues, comportementalistes, cognitivistes et personnes hostiles à tout ce qui ressemblerait, de près ou de loin, à une conception freudienne de l’inconscient ne s’embarrassent pas d’une telle utopie. Adeptes de l’application systématique à l’homme des modèles de conditionnement et de dressage observés chez les animaux de laboratoire – ou ‘modèles animaux’ - ils ont abandonné toute forme d’évolutionnismes pour affirmer que nous sommes réellement, sinon des signes, du moins et à coup sûr, des rats. Aussi détestent-ils autant les humains que les animaux. Ils oublient en effet qu’à vouloir naturaliser l’homme au point de nier l’existence d’une barrière des espèces, ils risquent d’attribuer aux animaux toutes sortes de caractéristiques qui sont exclusivement les nôtres : la jouissance du mal, le plaisir de disséquer inutilement une grenouille et des rats dans des laboratoires ou encore l’art d’inventer des tortures les plus sophistiquées ou même de concevoir des chambres à gaz.
….
Il est aussi faux en effet de vouloir abolir la frontière entre l’homme et l’animal, que de nier l’appartenance de l’homme au monde animal. Dans le premier cas on condamne l’homme à un déterminisme sordide qui le prive de la conscience de son destin –fût-il celui du pire des criminels; dans le second, on fait de l’homme une créature divine au risque de l’autoriser à se prendre un jour pour un dieu et à exterminer, selon l’axe du bien et du mal, ceux qui ne seraient pas jugés assez divins pour subsister.
Il faudra bien un jour les réunir – l’homme et la bête – par-delà toutes les dérives d’une éthologie mal comprise.
par Élisabeth Roudinesco, Le cobaye descend-il du singe ? p 74 paru dans le dossier d’avril 2009 du magazine littéraire sur ‘L’esprit des bêtes quand les animaux font la littérature’
Tags: Élisabeth Roudinesco, magazine litteraire
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