Une vision naturaliste du monde
Le monde occidental a une vision naturaliste du monde qui pose une frontière infranchissable entre l’animal et nous. De là, les difficultés quasi insurmontables pour faire reconnaître les bienfaits de la thérapie assistée par le chien: la nature et la culture sont dissociées.
En 2004, Véronique Servais dans ‘La relation homme/animal : limites et possibilités d’application de ses effets positifs dans le traitement des maladies psychiques’ éclaire les difficultés de reconnaissance auxquelles font face les intervenants qualifiés et le milieu de la thérapie assistée par le chien au Québec et au Canada, bref en Occident.
Pourquoi, se demande-t-elle, la relation à l’animal peut-elle devenir significative, donc thérapeutique ? C’est une question qui, dans bien d’autres cultures, où la distinction entre les animaux humains et animaux non humains n’est pas aussi radicale que chez nous, paraîtrait tout à fait incongrue.
Notre mode principal de rapport à la nature est structuré par la croyance en une continuité animal-homme pour ce qui concerne l’extériorité, c’est-à-dire ici la matière, tandis que pour ce qui concerne l’intériorité, les « qualités mentales », nous adhérons à la croyance en une discontinuité radicale.
Exemple : Les chimpanzés de laboratoire sont étudiés pour leur grande ressemblance avec l’homme, mais qui en même temps sont utilisés comme de la « simple » matière… C’est ainsi qu’on en arrive à des situations absurdes où l’on va tester l’efficacité d’un antidépresseur chez un chimpanzé, sans reconnaître la dimension mentale de son affection, et sans réellement prendre en compte sa souffrance… Il est donc traité comme pareil à nous pour ce qui concerne la matière, mais irréductiblement différent pour ce qui concerne son intériorité.
L’anthropologue Philippe Descola, professeur au Collège de France a choisi la voie visuelle pour illustrer le monde naturaliste - c’est-à-dire notre propre vision occidentale du monde – en créant l’exposition La Fabrique des images, au Musée du quai Branly, du 16 février 2010 au 17 juillet 2011. Il montre comment l’intériorité de l’individu très présente à la Renaissance a disparu peu à peu de la peinture occidentale, pour devenir de plus en plus abstraite. « Nous avons fossilisé l’âme pour mettre en avant les propriétés physiques ; cela a commencé avec les natures mortes, l’impressionnisme et cela culmine aujourd’hui avec l’imagerie cérébrale, quand les neurobiologistes s’attachent à montrer que la conscience émerge de nos organes. » explique-t-il dans un article paru dans La Recherche.
Avec cette base culturelle naturaliste, tous ceux pour qui les animaux sont des êtres signifiants, qui développent avec eux des interactions qu’ils ressentent comme réellement réciproques, et qui leur imputent diverses qualités mentales, sont tenus de se justifier. Parce que culturellement, un rapport significatif avec un animal est perçu comme « anormal ». Véronique Servais pense que c’est plutôt l’inverse qui est « anormal » et qui devrait être expliqué : comment il est possible de ne pas avoir de relations significatives avec le monde animal… De ce point de vue je pense donc que la base culturelle à partir de laquelle nous entrevoyons ces questions est fausse, reporte-t-elle.
L’anthropologue de la communication n’en terminait pas moins son propos en affirmant: ’si le naturalisme est une cosmologie probablement fausse, il articule néanmoins l’ensemble de nos rapports au monde animal’.
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