Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]


Une vision naturaliste du monde


16/03/2010 par Sandra

Le monde occidental a une vision naturaliste du monde qui pose une frontière infranchissable entre l’animal et nous. De là, les difficultés quasi insurmontables pour faire reconnaître les bienfaits de la thérapie assistée par le chien: la nature et la culture sont dissociées.

En 2004, Véronique Servais dans  ‘La relation homme/animal : limites et possibilités d’application de ses effets positifs dans le traitement des maladies psychiques’ éclaire les difficultés de reconnaissance auxquelles font face les intervenants qualifiés et le milieu de la thérapie assistée par le chien au Québec et au Canada, bref en Occident.
Pourquoi, se demande-t-elle, la relation à l’animal peut-elle devenir significative, donc thérapeutique ? C’est une question qui, dans bien d’autres cultures, où la distinction entre les animaux humains et animaux non humains n’est pas aussi radicale que chez nous, paraîtrait tout à fait incongrue.
Notre mode principal de rapport à la nature est structuré par la croyance en une continuité animal-homme pour ce qui concerne l’extériorité, c’est-à-dire ici la matière, tandis que pour ce qui concerne l’intériorité, les « qualités mentales », nous adhérons à la croyance en une discontinuité radicale.

Exemple : Les chimpanzés de laboratoire sont étudiés pour leur grande ressemblance avec l’homme, mais qui en même temps sont utilisés comme de la « simple » matière… C’est ainsi qu’on en arrive à des situations absurdes où l’on va tester l’efficacité d’un antidépresseur chez un chimpanzé, sans reconnaître la dimension mentale de son affection, et sans réellement prendre en compte sa souffrance… Il est donc traité comme pareil à nous pour ce qui concerne la matière, mais irréductiblement différent pour ce qui concerne son intériorité.

L’anthropologue Philippe Descola, professeur au Collège de France  a choisi la voie visuelle pour illustrer le monde naturaliste - c’est-à-dire notre propre vision occidentale du monde – en créant l’exposition La Fabrique des images, au Musée du quai Branly, du 16 février 2010 au 17 juillet 2011. Il montre comment l’intériorité de l’individu très présente à la Renaissance a disparu peu à peu de la peinture occidentale, pour devenir de plus en plus abstraite. « Nous avons fossilisé l’âme pour mettre en avant les propriétés physiques ; cela a commencé avec les natures mortes, l’impressionnisme et cela culmine aujourd’hui avec l’imagerie cérébrale, quand les neurobiologistes s’attachent à montrer que la conscience émerge de nos organes. » explique-t-il dans un article paru dans La Recherche.

le naturalisme organise notre rapport au mondeAvec cette base culturelle naturaliste, tous ceux pour qui les animaux sont des êtres signifiants, qui développent avec eux des interactions qu’ils ressentent comme réellement réciproques, et qui leur imputent diverses qualités mentales, sont tenus de se justifier. Parce que culturellement, un rapport significatif avec un animal est perçu comme « anormal ». Véronique Servais pense que c’est plutôt l’inverse qui est « anormal » et qui devrait être expliqué : comment il est possible de ne pas avoir de relations significatives avec le monde animal… De ce point de vue je pense donc que la base culturelle à partir de laquelle nous entrevoyons ces questions est fausse, reporte-t-elle.
L’anthropologue de la communication n’en terminait pas moins son propos en affirmant: ’si le naturalisme est une cosmologie probablement fausse, il articule néanmoins l’ensemble de nos rapports au monde animal’.

Etiquettes: , , , , ,

Laisser un commentaire


Suivez-moi sur Twitter Suivez-moi sur Facebook Recevez nos billets chaque semaine par courriel