Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]


Idéologie montres-toi!


13/04/2010 par Sandra

La thérapie assistée par le chien (TAC) a pris son envol (littéraire et scientifique) au milieu du XXè siècle à la faveur des années 1960 et de leur vent de révolution (même si historiquement elle date d’un peu plus longtemps, voire carrément plus longtemps dans le temps). Ce qui semblerait dire que la TAC est issue d’un contexte politique particulier – l’Occident blanc – qui voit l’émergence d’un climat de bienveillance envers les animaux, et plus largement envers l’environnement, comme l’explique Jérôme Michalon.
Face à l’omnipotence des industries pharmaceutique, les pratiques de soin et d’assistance de l’époque re-découvrent des pratiques millénaires et tentent de leur trouver des justifications. Est-ce que la TAC a bénéficié de la diffusion des idées écologistes, de la prise de conscience que d’autres êtres peuplent le monde et que le sort de l’humain dépend aussi de celui de ces êtres, que l’humain est un être violent, bref la TAC est-elle portée par une idéologie – laquelle? L’écologisme? Le libéralisme? L’anarchisme?  – qui sévit depuis des décennies?  Vinciane Despret et Jocelyne Porcher ne disent pas autre chose quand elles avancent que : « L’homme en perdant ses instincts a rompu avec la sagesse; il s’agit d’utiliser l’animal pour stigmatiser les malaises de la société » (p. 79.  Être bête. Actes Sud).
Sur quelle idéologie la TAC a-t-elle fait son lit? Ainsi, le contexte historico-politique permettrait de comprendre en partie pourquoi il semble difficile pour la TAC de se faire reconnaitre une quelconque légitimité scientifique. Si tel est le cas, la prochaine idéologie chassera l’actuelle et la TAC disparaîtra.
Il est possible de prendre la réflexion à rebours. L’émergence de la TAC coïncide avec la période historique mouvementée des décolonisations et de la redécouverte par l’Occident de l’immense réservoir de connaissances sur le comportement et la psychologie animale des peuples non occidentaux et celui de ceux des professionnels de l’animal : chasseur, dresseur, pêcheur, dompteur, soigneur, etc (ref. Dominique Lestel).
Il devient dès lors plus évident de comprendre pourquoi la TAC peine tant à se faire une niche au soleil ethnocentriste. Elle rejoint «  les pratiques des naturalistes du XIXè siècle qui font de l’animal un acteur, un compagnon, un être sensible doté de volonté. Et d’intentions. Cette forme de savoir qui caractérisait le XIXè siècle est aujourd’hui la marque des ‘amateurs’ et quand elle subsiste ou réapparait dans l’éthologie ou la primatologie, elle reste cantonnée et relativement tolérée, dans les marges des pratiques officielles voire dans les livres ou les documentaires de vulgarisation » (Vinciane Despret et Jocelyne Porcher. Être bête. p 115).
La posture du naturaliste se cultive comme un art de vivre avec les animaux, comme la marque d’identité professionnelle, et comme une façon de faire le contraste avec d’autres pratiques, disent les deux auteures (p. 45)… c’est étonnant cette similitude des zoothérapeutes ou intervenants en thérapie assistée par l’animal avec les anciens naturalistes.

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