Il faut modifier nos récits culturels*
26/12/2010
L’animal constitue pour beaucoup l’ultime possibilité de trouver un sens à l’humain. ‘Cette quête prend en particulier la forme d’une sauvegarde du vivant comme devoir majeur de l’humanité’ (Dominique Lestel, Les amis de mes amis, p. 182). La reconnaissance de l’homme par l’homme passe par la reconnaissance de l’animal par l’homme. Et ici il n’est pas question d’humaniser l’animal ou naturaliser l’homme.
‘Aucun maître ne me contredira, je pense, si je dis que ma chienne n’était pas comme les autres. La raison affirme pourtant le contraire. Par définition, si chaque chien est unique, alors l’unique devient l’ordinaire. Mais la raison se trompe : ce qui est unique, c’est l’histoire que chaque maître crée avec son animal et tout ce qu’il sait de lui’ (Alexandra Horowitz, Dans la peau d’un chien, p. 280). Ainsi mon chien devient une personne à mes yeux. La personne n’est pas la condition de l’ami mais bien sa conséquence, ‘c’est en particulier parce que nous sommes si attachés à nos animaux familiers qu’ils deviennent parfois des personnes, et non l’inverse’ (Dominique Lestel).
Voilà le chemin que l’Occident urbain et politique doit parcourir : le chien plus souvent qu’autrement n’est rien. Il n’est pas, il ne nait pas comme personne, comme compagnon, comme rien ou si peu, il n’existe pas; ainsi est-il tout juste toléré rarement accepté. C’est en changeant les émotions humaines à l’encontre de l’animal qu’il y aura transformation sociale : celle d’une prise en compte du non-humain.
‘Il ne s’agit plus en effet de définir l’homme mais de le changer, au profit de purs possibles qui n’ont d’autres référents que notre pouvoir de les réaliser, d’œuvrer non plus à l’émergence d’une nouvelle humanité mais à la production d’êtres autres que l’homme’, dit Élisabeth de Fontenay Sans offenser le genre humain (p 60).
La science a le courage d’entreprendre cette réflexion, elle qui multiplie les recherches. Elle remet en question les fondements mêmes de l’identité humaine et démontre les proximités amicales inter-espèces. Ainsi, le canidé est conscient de ce que voit l’homme: par ex. le chien comprend un geste tel que pointé du doigt vers un objet ou suivre un regard ou un mouvement de la tête. Il déchiffre la communication humaine comme un enfant. Et mieux que le chimpanzé ! Pourquoi dans ces conditions le chien n’a-t-il pas d’identité? N’a-t-il pas de présence effective? De présence élective? Il semblerait que l’aptitude du chien à communiquer avec l’homme soit innée, c’est ce que défendent Brian Hare et Michael Tomasello dans l’article ‘Human-like social skills in dogs’ : l’homme en domestiquant le chien l’a contraint à évoluer en s’humanisant…. L’homme au cours du processus de domestication a sélectionné chez le chien une aptitude à la communication humaine qui fait partie du patrimoine héréditaire de l’espèce canine. (Nouvel Observateur janvier 2007 : Quand les animaux pensent, les dernières découvertes scientifiques).
L’appartenance à l’espèce humaine ne confère aucune dignité particulière, ni ne donne en soi de droits particuliers. En effet, toutes les problématiques du propre de l’homme sont fondées sur cette conviction fondamentale qu’il existe au moins une caractéristique de l’humain qu’on ne retrouve chez aucun animal. À la lumière des résultats scientifiques actuels et de tous ceux qui viendront, il semble bien plus fécond de penser les points d’agencement entre l’humain et l’animal.
Il faut modifier nos récits culturels de façon à ce que les comportements, les débats, les idées…. cessent d’être aberrants et que l’humain cesse de se comporter ave cruauté.
En 2011, ce blogue continuera d’apporter sa pierre à l’édification de….. cette utopie?
* Boris Cylrunik, Mourir de dire: la honte, Odile Jacob, p. 244

La prétendue faiblesse de caractère de tant de chiens repose souvent sur des erreurs éducatives au cours de la phase de socialisation : on ne joue pas assez avec le chien, en revanche on ‘dresse’ d’autant plus. Plus d’un homme se prend pour un dompteur de lions frustré et prend le chien pour un loup sauvage et féroce. En cela, il se trompe doublement. Premièrement, un dompteur de fauves n’est plus, depuis longtemps, un dompteur d’animaux qui impose aux ‘bêtes sauvages’ sa volonté de fer, mais un ami des animaux sensibles qui sait qu’il ne peut espérer les meilleurs résultats que si ces grands chats ont du plaisir à travailler. Deuxièmement, il n’y a pas de loups sauvages et féroces. P 54-55
Le 10 décembre de chaque année, jour anniversaire de la ratification de la Déclaration des Droits de l’Homme, ou autour de cette date, des militants pour les droits des animaux du monde entier participent à la Journée Internationale pour les Droits des Animaux. L’objectif est d’instaurer un débat public à propos de la manière dont les animaux sont traités et de parvenir à une reconnaissance internationale de leurs droits fondamentaux. Journée anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme par les Nations Unies en 1948, le 10 décembre a été choisi pour insister sur la nécessaire évolution des droits de l’homme vers les droits des animaux.
La Stratégie québécoise de santé et de bien-être des animaux intitulée «
Dominique Lestel
Et pourquoi ce serait choquant? Ça l’est si l’on reste dans le paradigme du chien=objet de consommation, un vulgaire bien meuble, mais si on le regarde sous l’angle de l’animal de compagnie, cette question est inepte. En tant qu’animal de compagnie, le chien entre dans la vie d’une personne, d’une famille, il la bouleverse: pour la chose aussi banale que de le sortir chaque ‘jour’, de devoir choisir un endroit, d’apprendre à connaître son quartier et y rencontrer d’autres propriétaires. Il joue un rôle important dans l’équilibre affectif, physique, social… de la cellule familiale. C’est un être à nos côtés, un élément de notre famille… Chaque propriétaire tisse avec son animal des liens forts, emplis d’empathie que nous co-partageons car comme espèce extrêmement sociale et adaptable il a su – sa race – développer des stratégies évolutives et adaptatives donc il sait être empathique à la manière ‘chien’. Chaque propriétaire développe un langage parfois fait d’ordres parfois des onomatopées qui font aussi bien partager des directives que de l’affection, le chien est un être de conscience et de savoir à sa manière chien, bref ce n’est pas un ‘animal’ dans le sens ‘un quadrupède inculte et niaiseux’. L’ê
tre humain s’est arrogé la place première dans les échelons de l’évolution, or retirer la conscience, le langage, la préscience, que reste-t-il à l’homme? La seule chose qui diffère entre ces deux animaux sociaux c’est que l’humain bipède se raconte des histoires (mythes, article de journaux:), roman, religion….) dont celle-ci: pourquoi un chien aurait-il besoin de soins de santé sophistiqués attendu qu’un simple aller vers l’au-delà me ferait économiser des milliers de dollars?
pense sérieusement et sincèrement qui vont le sauver, on fait de même avec nos animaux de compagnie. De compagnie ça veut dire près de soi, près du coeur, dans le coeur. L’origine de ce développement est liée au besoin de l’individu qui se sent de plus en plus seul et à une demande très forte de la part des enfants. Le chien et le chat sont des animaux qui peuvent se prévaloir d’un ‘statut de parenté intime’ au sein de la cellule familiale. Ils tiennent une place réelle spatiale, alimentaire, affective, sociale, politique, économique. L’animal de compagnie correspond à un besoin d’appartenance communautaire au-delà des divers phénomènes de mode. Il est source de valorisation, il représente un équilibre médico-psycho-social pour les propriétaires. L’animal permet la permanence ou le rétablissement de passerelles sociales.
Comparer deux systèmes de santé diamétralement organisés et régentés, c’est une gageure. Mais notez que ce type de service va augmenter dans les années à venir, car l’évolution des modes de vie sur les 50 dernières années a modifié le rapport que nous entretenons à l’animal. L’animal domestique est membre à part entière d’une famille. C’est une évolution indéniable, incontournable. Alors que les animaux sont omniprésents dans l’espace urbain, la question de la place que l’on entend leur offrir et des services qu’on est prêt à leur offrir n’a pas encore été véritablement posée ni même pensée.