Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Archive pour le mois 11/2010

Accepter l’anthropomorphisme ne nuit pas à la connaissance des animaux

26/11/2010

Observer les animaux c’est forcément se placer à la croisée des sciences, sciences ‘dures’ et sciences humaines.

Dominique Lestel, philosophe enseigne l’éthologie cognitive et la philosophie à l’École normale supérieure aborde la question de l’anthropomorphisme et fait référence à Jane Goodall qui a choqué la communauté scientifique en donnant un nom à chaque chimpanzé qu’elle TELERAMA_B&Hétudiait afin de les identifier individuellement.
Question Télérama : N’était-ce pas en effet projeter sur l’animal des catégories humaines, autrement dit faire de l’anthropomorphisme ?

Réponse de Dominique Lestel 

En ce qui oncerne l’article intitulé : ‘L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, certainement et c’est ce qu’on lui a violemment reproché. Bien sûr qu’en donnant un prénom à un animal vous allez lui accorder une signification individuelle qu’il n’a pas forcément, ce qui risque de vous conduire à voir chez lui des sentiments, des désirs, des attentes, que vous ne verriez peut-être pas si vous lui donniez un numéro. Mais je crois préférable d’assumer cet anthropomorphisme tout simplement par ce qu’on ne peut pas l’éviter. Et ce n’est peut-être pas souhaitable. Après tout, nous sommes de fait très proches de ces animaux, voir chez eux des comportements que l’on peut analyser avec des grilles d’analyse humaines n’est pas scandaleux. Il faut être prudent dans l’interprétation, mais je préfère cette attitude au refus par principe de tout signe d’anthropomorphisme, qui, au fond, repose sur la certitude d’une rupture radicale entre l’humain et l’animal, autrement dit se rapproche du créationnisme.
…..
Quand vous étudiez l’intelligence animale, vous êtes confronté à une concurrence sauvage, celle des ‘professionnels’ de l’animal (chasseurs, pêcheurs, éleveurs, dresseurs…) qui en savent souvent plus que vous, mais qui transmettent justement leur savoir sous forme d’anecdotes nimbées d’anthropomorphisme. L’un des défis majeurs de l’éthologie à venir sera précisément de tenir compte de ces observations presque ethnographiques d’une incroyable richesse. La question n’est pas de rejeter l’anthropomorphisme ou l’usage des anecdotes mais d’en mobiliser l’usage de façon rigoureuse.

Pour aller plus loin:

  1. Télérama Hors série : Bêtes et hommes, je t’aime, moi non plus, 2007, P43
  2. Quand Darwin et Kropotkine dialoguent

Le propre de l’homme a rétréci

23/11/2010

La raison des plus forts sous la direction de Pierre Jouventin

Pierre Jouventin nous dit en p 36-37:

Pour comprendre un animal, il faut entrer dans ’son monde’ (umwelt de von Uexküll). Ce n’est bien sûr pas simple quand l’espèce communique par signaux électriques, comme certains poissons, ou par ultrasons, comme les chauve-souris et les dauphins, ou quand elle ne voit pas comme nous. Doit-on cacher comme une tare que l’espèce humaine est l’une des rares du monde vivant à ne pas percevoir les ultraviolets qui doublent la palette de couleurs, en particulier celle des fleurs?
Les espèces sont incomparables dans tous les sens du terme. Il n’est pas facile d’évaluer précisément les capacités intellectuelles d’un animal quand on se considère comme naturellement supérieur, de ne pas mépriser un étranger surtout quand on compte l’asservir, de comprendre l’autre quand on vise d’abord à l’exploiter. Il n’y a pas non plus d’échelle des valeurs simple à coller sur nos performances comportementales et qui nous permettrait de les comparer objectivement avec celles des autres espèces, car si nous sommes des surdoués de la parole, nous sommes du même coup des sous-doués de la vision mais encore plus de l’olfaction: le monde sensoriel des chats et plus encore des chiens nous est, pour sa plus grande part, inaccessible sans que l’on en déduise pour cela qu’ils nous sont supérieurs!
D’ailleurs comment comparer précisément les capacités intellectuelles d’animaux aussi différemment doués, et en particulier leurs capacités langagières, quand on sait que les tests de quotient intellectuel (QI) ne sont pas extrapolables de notre culture occidentale à une autre, ceci donc chez la même espèce?

Le propre de l’homme a rétrécié ces dernières années… Le propre de l’homme n’est plus vraiment un problème de science et, comme le roi nu, il apparait pour ce qu’il est en vérité, un jugement de valeur, une simple question de point de vue.

Un lévrier, saint de surcroit, soignait les enfants

22/11/2010

L’histoire de saint Guinefort, basée sur des faits réels, est le récit d’un chien qui, dans l’exercice de ses devoirs donc dans sa fidélité, a été tué par son maître. C’est, aussi et surtout, l’histoire d’un chien – de lignée lévrier – auquel les femmes ont rendu un culte parce qu’il guérissait les enfants malades. Ce culte a perduré jusqu’à nos jours malgré les interdictions répétées de l’Église de vénérer un chien.
lévrierTout commence vers 1250. Un seigneur et sa famille vivaient dans un château à une quarantaine de kilomètres au nord de Lyon. Un lévrier nommé, Guinefort, vivait à leur côté et était le favori du seigneur. Un jour que le seigneur, sa femme et la nourrice de leur nouveau-né s’étaient absentés, un serpent s’introduit dans la chambre du nourrisson. Guinefort s’interposa tout de suite à l’attaque du serpent contre l’enfant. Le combat qui les opposa fut et violent et sanglant. Dans leur lutte, le berceau se renversa et du sang se répandit partout dans la chambre. Guinefort vainquit le serpent et attendit le retour de son maître auprès de l’enfant tombé à terre et couvert de sang. En entrant dans la chambre, le seigneur, le chevalier de Villars, crut que son lévrier avait tué son fils ne voyant pas la dépouille du serpent. Pris d’un accès de rage, il passa le pauvre Guinefort au fil de son épée. C’est alors seulement qu’il découvrit le cadavre du serpent et qu’il comprit la loyauté de son chien. Plein de remord, il enterra alors Guinefort et planta un arbre à côté de sa tombe.Guinefort était un saint inscrit au synxaire de Constantinople
C’est alors qu’intervient le dominicain Etienne de Bourbon. inquisiteur de son état, qui ne supporte absolument pas ce culte et ce pèlerinage qui s’étaient créés autour du tombeau de Guinefort. Il fait exhumer le chien mort, couper le bois sacré, fait brûler les ossements du chien. Rien n’y fait, Saint Guinefort était déjà très vénéré. Cette vénération a transcendé les siècles et est resté vivante dans le patrimoine culturel de la ville de Châtillon sur Chalaronne. On doit à l’historien Jean-Claude Schmitt d’en avoir fait une enquête complète.

Guinefort, chien guérisseur d’enfants depuis le xiiie siècle, serait-il l’ancêtre de la zoothérapie moderne?

Pour aller plus loin :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guinefort
http://www.facebook.com/pages/Saint-Guinefort-le-Saint-levrier/29919364227
http://www.animal-respect-catholique.org/saints.htm

Comment la relation à l’animal peut-elle devenir thérapeutique ?

16/11/2010

Du site http://zootherapie.asso.fr/?page_id=157L’honnêteté scientifique nous oblige néanmoins à mentionner que les résultats de ces travaux sont extrêmement variables, et leurs méthodologies pas toujours très rigoureuses. On peut toutefois, et en dépit de l’incertitude quant à la « réalité » des effets thérapeutiques des animaux sur les humains, réfléchir à « ce qui », dans la communication et l’interaction avec des animaux non humains, pourra être une base pour construire une relation thérapeutique.
Dans l’entretien thérapeutique, ou dans un lieu de vie thérapeutique, l’animal peut jouer un rôle à quantité de niveaux. Je ne citerai ici que les plus élémentaires.
1– Interagir avec un animal apporte au patient la satisfaction de besoins émotionnels fondamentaux comme le toucher et l’intimité d’une relation « enveloppante », dans une relation qui est sans danger sur le plan des complications émotionnelles.
2– Présent (ou parfois seulement évoqué) dans une salle de thérapie, l’animal favorise le développement d’une relation thérapeutique, comme dans les études des époux Corson et de Levinson. Plusieurs facteurs jouent ici : un animal paisible va rassurer et apaiser le patient (effet relaxant) ; il va également favoriser le contact et la conversation (facilitation sociale), mais il y a plus : il est un véritable médiateur entre un patient très retiré, voire hostile, et un thérapeute parfois désemparé.Du site www.rachelzootherapie.ch/4538.html
3– L’animal apporte aussi une aide au thérapeute, ce qui est moins souvent reconnu. Il lui permet, dans les moments de tension ou de difficulté, de ne pas mettre trop de pression sur le patient. En se tournant vers l’animal, le thérapeute se détend, patiente, se remet à l’écoute et se recalibre pour revenir ensuite vers le patient avec un esprit plus ouvert.
4– La présence d’un animal aide à structurer l’interaction thérapeute-patient sur le plan spatial et temporel, en orientant l’attention et favorisant tout naturellement le développement d’une attention conjointe.
5– La présence d’un animal favorise la concentration en temporisant l’interaction et diminuant les parasites : centré sur un animal, sur l’observation de son comportement, de ses expressions, etc., un échange qui n’est pas trop saturé en élément verbaux va comporter moins d’informations à traiter et prêtera moins à la distraction et à l’hyperactivité.
Du site www.agatea.org/Page_activites.html6– La présence d’un animal permet au patient d’évoluer sur base de modalités de communication où il est aussi compétent (et parfois plus) que le thérapeute. En effet, tout le monde se met au niveau de fonctionnement de la communication non verbale (comportement, émotion). C’est la base de l’interaction avec un animal. Ici le patient n’est pas déficient, et la relation reste significative pour chacun.
7– La présence d’un animal va permettre de travailler à partir des relations « élémentaires » (la peur, la confiance, la réciprocité, etc.) et de construire de sens à partir de cela. Les possibilités de construction de sens, à partir des réactions de l’animal aux comportements du patient à son égard par exemple, sont infinies.
8– Enfin, l’animal introduit de l’humour et de la souplesse dans des interactions parfois rigides et sérieuse.
D’une manière générale, la présence d’un animal permet, en favorisant la créativité du thérapeute, de construire de « nouvelles réalités » pour le patient, par exemple des réalités où son déficit de langage n’est pas un obstacle au développement de relations gratifiantes.

Sources :
 Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer

La propriété vivante

12/11/2010

La déclaration universelle des Droits des animaux éveille des espoirs et donne des illusions. Le bilan est contrasté voire… Néanmoins, il seraitLa raison des plus forts sous la direction de Pierre Jouventin temps que les Droits de l’homme intègrent toutes les composantes environnementales dont le milieu de vie et le respect de la vie au sens particulièrement des Droits de l’animal dans leurs attendus. Le ‘cercle de l’égalité doit être élargi aux animaux non-humains, de même qu’au cours des siècles se sont progressivement effacées les barrières que certains traçaient autour des notions de race, de sexe, de tribu, ou de nation’, peut-on lire dans l’avertissement au actes du colloque qui s’est tenu il y a un an ( 14 novembre 2009) à l’université Paris V René Descartes, intitulé ‘De la négation de la pensée animale’.

L’animal dans la spirale des besoins humainsVeiller au respect des droits de l’animal, c’est nécessairement veiller au respect des droits de l’homme, car c’est exprimer l’égalité des espèces face à la vie. C’est officialiser l’interaction des droits de l’homme et des droits de l’animal, c’est reconnaître leur complémentarité. C’est renoncer à l’anthropocentrisme pour adopter une conduite et une morale centrées sur la défense de la vie, c’est-à-dire le biocentrisme
Jean-Marie Coulon L’animal dans la spirale des besoins humains, p 143

Or, l’animal domestique est à la recherche  d’une identité juridique effective. Objet de droit, voire sujet de droit pour certains, il est devenu un enjeu qui échappe aux repères traditionnels.

Dans le prolongement de la vision du philosophe René Descartes (17e siècle) le droit fait encore et toujours une totale abstraction de la sensibilité de l’animal, émotion pourtant bien documentée par la science. Il apparait donc urgent de participer à l’émergence des fondements même d’un droit animal et d’aller ainsi au-delà de la seule objectivation de celui-ci
Martine Lachance L’animal dans la spirale des besoins humains, p.5

L’homme a besoin de l’animal pour vivre, ce qui explique la réticence jusqu’à maintenant à réviser son portrait d’être irraisonnable et instinctif qui justifie donc son traitement.  Comme l’humain a tendance à ne donner une suite législative à ses nobles idéaux que lorsque c’est pratique pour lui et que cela ne nuit ni à ses profits ni au dogme sur le droit à la propriété, ce n’est pas par l’émotion, les notions de souffrance (car s’il y a des notions de souffrance et de douleur inutiles c’est qu’il y a des notions de douleur et de souffrance utiles) et de conscience… encore moins par des considérations morales  qu’un changement normatif pourra être envisagé. Il faut penser logiquement en dehors de toute émotivité inutile car individuelle et certainement se demander : c’est dans l’intérêt de l’homme donc intérêt général de donner une identité juridique à l’animal et argumenter ces différents points.

Pas sans mon animal de compagnie

08/11/2010

La violence conjugale est un processus évolutif au cours duquel un partenaire exerce, dans le cadre d’une relation privilégiée, une domination qui peut s’exprimer par des agressions physiques, psychologiques, sexuelles, économiques  ou spirituelles envers un être humain et….  on l’oublie souvent aussi envers l’animal domestique de la victime.
pourquoi les gens ont-ils la même tête que leur chienCette autre forme de violence, celle que l’homme commet à l’encontre de l’animal de compagnie de sa femme, est un symptôme d’un mal profond. Dans ‘Animal Abuse and Family Violence:  Researching the Interrelationships of Abusive Power’ (2005), Amy Fitzgerald a démontré que la menace de faire mal à l’animal était une tactique que les hommes violents utilisent pour instaurer leur supériorité et leur contrôle sur leur femme. L’animal devient un outil de puissance et d’intimidation. Inversement, Amy Fitzgerald a   a démontré l’influence qu’avait un chien ou un chat dans la vie d’une femme en proie aux violences conjugales.  L’animal de compagnie apaise la souffrance psychologique vécue par les femmes violentées. Il est le support pour passer ‘au travers’, il est affectueux, doux, attentif et confesseur… Tout ce qu’elles ne trouvent pas à la maison.
Au Québec, selon l’institut national de santé publique, 17 321 infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal ont été rapportées à la police en 2008. Ces crimes ont fait 14 242 victimes féminines (82 %) et 3079 victimes masculines (18 %).
Combien d’entre elles avaient des animaux de compagnie? Car il importe de savoir que cet attachement très fort, ce ‘plan de survie’ comme l’appelle Amy Fitzgerald peut être aussi leur perte. Des études ont montré qu’un certain nombre de femmes subissant des violences conjugales hésitent à quitter le domicile conjugal notamment quand elles savent que leur animal va faire l’objet de sévices ou de représailles.
Chiens battus = femmes battues = créer des structures qui accueillent aussi les animaux.

Pour aller plus loin
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-France_Hirigoyen
Marie-France Hirigoyen, Femmes sous emprise, Paris, Oh! Editions, 2005
Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, Paris, Syros, 1998

Voir réveille l’empathie

05/11/2010

Jeffrey MogilJeffrey Mogil, Titulaire de la chaire E. P. Taylor d’études sur la douleur au Département de psychologie de McGill, est certain que ‘ses’ souris se parlent entre elles de leurs souffrances.  Il en a fait une étude : ‘La modulation sociale de la douleur comme preuve d’empathie chez les souris’.
Le chercheur est parvenu à la conclusion que: quand les souris voient la souffrance de l’autre, cela intensifie leur propre réaction à la douleur. Ces résultats ajoutent une dimension psychologique à la gestion de la douleur, selon Mogil. « Le simple fait d’observer un animal qui éprouve un type de douleur nous rend plus sensible à d’autres types de douleurs; cette manipulation sociale de la douleur sensibilise l’ensemble du système de la douleur. » Bref voir souffrir autrui, qui plus est autrui avec qui on a coopéré, active les zones du cerveau liées à la douleur.
Ça c’est proche de l’empathie. Mais il ne s’agit manifestement pas de l’empathie imaginative qui nous fait vraiment comprendre ce qu’un autre ressent, Age de l'empathiemême quelqu’un que nous ne voyons pas. « Rappelons-nous que ce n’est pas l’imagination qui mobilise l’empathie. Imaginer la situation d’autrui peut se faire en toute indifférence. L’empathie exige d’abord et avant tout un engagement émotionnel. Voir les émotions d’autrui éveille nos propres émotions, et à partir de là nous construisons une compréhension plus avancée de sa situation. La communication au niveau corporel vient d’abord la compréhension suit, dit Frans de Waal, L’Âge de l’empathie, p 110 et 113.
Une des spécificités de la thérapie assistée par le chien est précisément de permettre un échange se situant en dehors de l’artifice verbal. Pour les gens avec des acuités sensorielles dysfonctionnelles, la communication non verbale peut revêtir plus d’importance que la communication verbale. « Les animaux vivent dans un monde plus sensoriel, alors que les hommes vivent dans le monde de l’artifice verbal et technique », dit Cyrulnik  dans La plus belle histoire des animaux. Préserver les habiletés sociales résiduelles en fournissant des occasions d’interaction (communication, verbalisations, intégration du client dans son milieu…) permet « à l’individu de reprendre le contact perdu avec le monde. Dans tous les cas, il s’agit de communication, de mise au monde, de connexion ou plutôt de travail de cohérence entre divers ordres de réel », Francine Saillant et Éric GagnonSoins, corps et altérité. Anthropologie et sociétés. 1999, 23 :2

Pour aller plus loin:
http://francais.mcgill.ca/campaign/historymakers/mogil/

Sainte-Rita, bénies toutou et minou

02/11/2010

La Sainte des cas impossibles, l’Avocate des causes désespérées, le Refuge de la dernière heure, Sainte-Rita s’occupe aussi des animaux domestiques. Est-ce si surprenant?
Mgr PHILIPPE et le chevalChaque année (premier dimanche de Novembre et de Mai), à l’occasion de la solennité de Saint François d’Assise dans l’église Sainte Rita (XVe arrondissement de Paris), une messe est célébrée spécialement pour les animaux. Il y a bien eu quelques réticences de la part du clergé du style ‘un chien dans une église! Horreur le profane dans le sacré’, mais, l’initiative de Mgr Philippe a remporté un tel succès depuis sa première messe en 1993, que c’est devenu un pèlerinage bi-annuel incontournable. Ce qui étonne le plus les pratiquants humains c’est qu’il n’y ait ni aboiement, ni jappement, ni la moindre déjection pendant l’office. Comme quoi les préjugés ont la vie dure jusque devant la croix. Par contre,

les humains se font remarquer par leurs bavardages, même aux moments les plus sacrés : à l’évidence, ils sont nombreux à ne pas connaître le rituel de la messe, ne sachant pas quand ils doivent rester debout ou s’asseoir 
Anne-Marie Brisebarre, directrice de recherche au CNRS au Laboratoire d’anthropologie sociale  a étudié ce phénomène pendant de nombreuses années, ‘La messe des animaux’ .
C'est souvent l'angoisse suscitée par la maladie de leurs animaux qui pousse les maîtres désespérés à venir à Sainte-Rita

C'est souvent l'angoisse suscitée par la maladie de leurs animaux qui pousse les maîtres désespérés à venir à Sainte-Rita

Chiens chats, furets, dromadaires etc. restent sages pendant que l’évêque donne sa messe des animaux et bénit individuellement chacun par ces mots:

Soyez bénie, petite créature de Dieu. Que Dieu, la Vierge et sainte Rita vous aient dans leur sainte garde et qu’ils vous accordent longue vie auprès de vos maîtres

L’officiant répète solennellement la formule, traçant avec son pouce le signe de la croix, caressant, imposant les mains sur les animaux malades ou très âgés. L’assemblée se sépare en entonnant le ‘Ainsi soit la vie’, hymne à la beauté et la fidélité des animaux, qui dénonce les actes cruels des hommes à leur égard (ex: la corrida, la chasse), mais aussi les compromissions de l’Église, qui ignore les animaux.
Les animaux sont des créatures de Dieu. S’il y a un paradis pour eux c’est qu’ils ont une place…. auprès des propriétaires c’est assez évident mais ces célébrations leur ouvrent-elles toutes grandes les portes d’une reconnaissance sociale? symbolique? spirituelle? Cette messe peut-elle être vue comme l’aveu de l’existence d’une communauté de destin entre l’homme et ses animaux familiers ? D’une communauté hybride (D. Lestel)?

Les bêtes accueillies à la paroisse Sainte-Rita ont un autre statut : ce sont des familiers, qui ne font pasDésir de partager leur vie dans toutes ses dimensions vivre les hommes, mais vivent avec eux. Par leur présence, « ils humanisent les villes », dit Mgr Philippe, cité par Anne-Marie Brisebarre

Ou peut-être une manière détournée de rejoindre l’humain par le biais de son animal de compagnie, somme toute rien de plus que le travail ordinaire d’un homme d’église, d’un homme de son temps

En choisissant de bénir le couple formé par le maître et son compagnon, l’évêque affirme que ce qu’il fait pour l’animal souffrant rejaillit sur son propriétaire : il « touche le cœur des gens en soignant leurs animaux
Mgr Philippe cité par Anne-Marie Brisebarre

Pour en savoir plus
http://www.scienceshumaines.com/beni-sois-tu-medor-_fr_3312.html
Anne-Marie Brisebarre, « La messe des animaux », Communications, n° 74, 2003


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