Archive pour le mois 03/2010
30/03/2010
Ce colloque est un incontournable. Pourquoi? Pour les grands noms réunis, la qualité des présentations qui seront faites, les recherches qui y seront dévoilées. Parce que sandraetlechien les cite à longueur de posts (Les Vinciane Despret, Jérôme Michalon, Pascal Picq, Jocelyne Porcher, Eric Baratay …), ces scientifiques font actuellement la réflexion et pensent la relation anthropocanine.
La rencontre s’organisera autour des animaux qui produisent et que produisent, cette multiplicité de pratiques. Un trait les réunit: sauvages, domestiques ou familiers, ce sont des animaux qui mettent des gens au travail ; ce sont les animaux des éleveurs, des dresseurs et des animaliers de laboratoire ; ceux que les scientifiques interrogent sur leurs capacités sociales et cognitives ou leur « bien-être » ; les animaux des sociologues, des anthropologues ou des philosophes, quand ces derniers s’intéressent à la manière dont on les protège, dont on fait société, ou dont on vit (ou pourrait vivre), autrement, avec eux. En somme, des animaux qui, pour de multiples raisons, nous importent ou importent à certains d’entre nous.
Du 2 au 9 juillet 2010, au Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle. Inscriptions
Tags: animaux, colloque, Eric Baratay, jerome michalon, Jocelyne Porcher, Pascal Picq, Vinciane Despret
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27/03/2010
Il semblerait que quand le médecin a un certain intérêt vis-à-vis de l’animal, un programme de thérapie assistée par le chien peut s’implanter dans une institution au Québec. Ça veut dire que si le thérapeute ‘croit’ aux bienfaits de la présence d’un chien dans son environnement, alors les expériences, les recherches et surtout toute la paperasse administrative trouvent à se simplifier d’elles mêmes. Josée Brunelle, présidente de la Corporation des zoothérapeutes du Québec nous le dit : « il faut trouver la ou le professionnel de la santé – ergothérapeute … – qui croit qu’on peut l’aider, qu’on peut intégrer un animal dans une intervention et parvenir aux mêmes résultats que le professionnel en prenant un chemin différent ».
De la même façon, José Sarica, Ph.D en biologie, Zoothérapeute, n.d croit quant à lui qu’un médecin humaniste peut ‘prescrire’ une séance de zoothérapie… à condition de le rencontrer… car pour José, un « médecin humaniste c’est un médecin qui a une vision d’aider les gens à partir de son vécu (congruence) et de son empathie: un peu comme Jean Désy, médecin et professeur à l’Université de Médecine de Laval à Québec. Il a une approche holistique du patient et voit la personne avant tout comme un humain et non comme une problématique à soigner. Il appelle cela des médecins avec de la résilience».
De ces deux témoignages, on peut faire l’hypothèse que si ces médecins ont une sainte horreur des bêtes, aucun projet ne peut voir le jour, se pérenniser et encore moins enregistrer des résultats. Il est malheureux de devoir encore faire appel à la foi pour faire avancer les dossiers de TAC. Autant brûler des chandelles sur l’autel de la rationalité scientifique et prier tous les saints de la terre pour qu’ils exaucent les vœux anthropocanins…. Les intervenants de TAC sont nos Sisyphe modernes condamnés à présenter éternellement des documents présentant en termes de coûts / bénéfices le meilleur ratio des argumentaires scientifique – financier. Belle et vertueuse persévérance, mais ce perpéttuel recommandement a un je-ne-sais-quoi d’essoufflant et de stérile.
Tags: Corporation des zoothérapeutes du Québec, croire foi, fondation sommer, Franc-Vert, institution, Jean Désy, José Sarica, Le Devoir, médecin, médecin humaniste, Ph.D en biologie, rationalité scientifique, sisyphe, zoothérapeute
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Jappons, Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
25/03/2010
France Carlos nous parle du deuil de l’animal de compagnie, un deuil mal compris.
- Les personnes endeuillées remettent en question leurs émotions, les croyant déraisonnables parce que la relation à l’animal n’est pas jugée ‘unique’, ‘valable’, ‘aimante’ comme avec un humain?
Certaines personnes vont développer un lien très fusionnel et même parfois vont devenir dépendant affectif de leur animal. C’est bien souvent ces personnes qui vont venir me consulter afin de remettre de l’ordre dans leurs émotions.
Il est essentiel d’accorder toute l’importance qu’il revient au lien que nous avons pu développer avec notre animal. Il est inconcevable de croire que la perte de notre animal devrait nous laisser froid et qu’une des choses raisonnables à faire est d’aller en acheter un autre rapidement.
Un animal qui a été auprès de nous pendant plusieurs années nous a placé en contact avec l’amour inconditionnel, avec l’aspect ludique aussi d’avoir un animal, avec la responsabilité que nous avons envers lui. Il est donc illogique de penser que le décès de l’animal ne viendra pas nous chercher dans la douleur du manque.

La peur d’être juger empêche les personnes endeuillées de parler librement de ce qu’elles vivent
Certaines personnes me consultent aussi parce qu’elles sont dépassées par leur réaction suite au décès. Elles ont besoin de se faire confirmer qu’il est normal d’avoir de la peine, d’avoir mal. Même si nous n’avons pas développé une relation de dépendance envers notre animal, lorsqu’il quittera notre vie nous aurons à affronter une réalité qui est la douleur du manque.
- Ce déni des émotions de la personne endeuillée a-t-il des conséquences pour elle? Dans votre pratique, qu’avez-vous observé ?
La principale conséquence est que le deuil ne sera jamais complété et qu’il pourra refaire surface n’importe quand dans leur vie et pourra être déclenché par n’importe quel événement. Bien souvent cette réaction de vouloir nier une réalité provient d’une blessure émotionnelle non réglée, le deuil de l’animal ne sera qu’une couche de plus ajoutée à la souffrance non-exprimée et non-réglée.
Mais très peu de personnes vont nier leurs émotions, par contre elles ne les exprimeront pas, elles vont les banaliser, elles vont les vivre renfermer sur elles-mêmes bien souvent par la peur d’être juger par leur entourage.
- Pourquoi vous croyez justifier de mettre en place une thérapie axée sur le deuil animalier ?
Dans ma pratique de thérapie relationnelle j’avais des clients réguliers qui progressaient de façon très satisfaisante dans l’expression de leurs émotions, de leurs besoins relationnels et qui apprenaient à développer une bonne communication. Mais lorsque ces personnes étaient confrontées au décès de leur animal nous avions le sentiment de revenir au point de départ; incapacité à nommer l’émotion présente, difficulté à la vivre en ma présence, sentiment de culpabilité disproportionné. J’ai alors constaté à ce moment là que la mort d’un animal nous plaçait dans un état émotionnel difficile à gérer seul, principalement à cause de notre peur d’en parler et d’être jugé. Mais comme la meilleure façon de s’en sortir et de vivre notre deuil, est d’en parler, il devient essentiel d’avoir des ressources adéquates pour le faire.

Il est essentiel d’accorder toute l’importance qu’il revient au lien que nous avons pu développer avec notre animal
- Vous offrez des services de consultation individuelle et de groupe? Est-ce important de partager?
Ce qui est essentiel c’est de pouvoir parler de ce que nous vivons. Mais nous sommes confrontés à notre peur, alors d’où l’importance de choisir à qui nous allons en parler. Personnellement je crois en l’importance de pouvoir partager avec des gens qui ont vécues la même chose que nous. Mais à cause de leur peur les personnes endeuillées hésitent à participer à des groupes de soutien, il est donc difficile d’avoir un nombre suffisant de participant.
Pour en savoir plus:
France sera présente au 11e symposium sur la thérapie assistée par l’animal qui se tiendra le 28 avril à l’hôpital Rivière-des-Prairies.
Tags: amour inconditionnel, Centre de Relation de Montréal, colère, complicité, culpabilité, Deuil animalier, deuil d'un animal, douleur, émotions, expression, France Carlos, impuissance, manque, peine, personnes endeuillées, relation anthropocanine, thérapie relationnelle, vivre ce deuil
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22/03/2010
S’il est un terrain sur lequel la relation anthropocanine prend tout son sens et le perdre aussitôt, c’est le douloureux moment du décès du compagnon à quatre pattes. La relation tissée au fil des ans, la complicité de tous les instants, les émotions vraies et les affects sont renversés. Et… Déniés. Combien de gens ne peuvent vivre le deuil de leur animal de compagnie sans recourir au regard ahuri des proches : ‘bah voyons ce n’était qu’un chien’.
Rappelons-nous ce que Vinciane Despret et Jocelyne Porcher écrivaient dans Être bête (Actes Sud)
Pour quoi ils parlaient à leurs animaux c’est pour ne jamais oublier qu’il y a quelqu’un à l’intérieur…. Constituer un espace ‘devenir avec’… comment parler conduit à peupler…
‘ Perdre un compagnon ou une compagne de vie qui a été près de soi quotidiennement, qui a été là
quoique l’on fasse et qu’on lui fasse subir. Perdre une forme d’amour inconditionnel. Ce qui mettait de la joie dans son foyer. Ce qui parfois devenait une raison de vivre. Ce qui nous a éveillé au sens de la responsabilité. Perdre notre animal de compagnie, c’est bien souvent perdre une partie de notre cœur ‘, dit France Carlos dans son ouvrage Deuil animalier.
Diplômée du Centre de Relation de Montréal depuis 1997, elle exerce en pratique privée en relation d’aide depuis. Mais c’est en voyant comment ses clients devenaient complètement désemparés lorsqu’ils perdaient leur animal de compagnie qu’elle a compris qu’ils avaient besoin d’une aide plus spécialisée. ‘J’ai ajouté à ma pratique le deuil animalier depuis 4 ans maintenant. Au Québec c’est très peu connu, contrairement au États-Unis où il y a plusieurs livres sur le sujet, des hôpitaux vétérinaires ont sur place leur thérapeutes, des écoles de médecines vétérinaires offrent des services de ligne d’écoute. Ici au départ les gens ont de la difficulté à consulter à plus forte raison lorsqu’il s’agit du décès de leur animal. Certains de mes clients cachent à leur entourage qu’ils consultent’ témoigne-t-elle.
- Le deuil d’un animal c’est quoi?
Je résumerais en disant que c’est la perte d’une forme d’amour inconditionnel et c’est ce qui nous manquera le plus, ne plus avoir près de nous cette présence d’un être vivant toujours content de nous voir, qui ne porte aucun jugement sur nous.
- Quand on regarde les étapes du deuil de votre livre et les sujets abordés lors de vos consultations, on se demande si le deuil d’un animal aimé est si différent de celui d’un être humain aimé?
Où il y a une différence, je dirais c’est au niveau des conséquences. Perdre un parent, perdre un conjoint n’aura pas le même impact sur notre vie que de perdre notre animal de compagnie. Par exemple perdre un parent en bas âge nous laissera dans le manque de ce que ce parent aurait pu avoir comme influence sur notre développement. Perdre un animal c’est perdre un compagnon de vie qui était près de nous depuis parfois plusieurs années, plusieurs heures par jour. C’est perdre un être vivant pratiquement entièrement dépendant de nous, c’est un changement important dans nos habitudes de vie.
Mais au niveau émotif c’est sensiblement la même chose. Les mêmes émotions seront présentes, la peine, la colère, l’impuissance, la culpabilité, la douleur du manque. Le deuil se vivra de la même façon.
- Il est si difficile de vivre ce deuil, parce que notre société n’en favorise pas l’expression, en quoi? Pour quoi? Pourquoi?

L’assistant en thérapie de France : N’Stein, Yorkshire de 6 ans
La dernière chose que les personnes endeuillées veulent entendre c’est « c’était juste un animal ». Pour eux leur animal était plus que « juste un animal ». J’attribue ce genre de maladresse verbale à la difficulté et parfois même à l’incapacité d’accueillir une personne souffrante émotivement. Les larmes nous rendent mal à l’aise et bien souvent la réaction est de mettre fin à l’expression des émotions de l’autre afin de ne pas être confronté aux nôtres.
Il est aussi difficile pour certaines personnes de comprendre que le lien relationnel soit aussi fort entre le propriétaire et l’animal. Pour les gens par exemple qui considèrent que le chien est un bien à leur service, ils comprendront difficilement que la personne ait l’impression d’avoir perdu l’équivalent d’un enfant.
Dans notre société nous avons de plus en plus de personnes seules, sans conjoint, sans enfants, sans de réels amis, alors pour certaines de ces personnes l’animal devient un compagnon de vie qui prend une énorme place au niveau relationnel. Perdre leur animal c’est perdre une partie de leur vie.
La peur d’être jugé empêche les personnes endeuillées de parler librement de ce qu’elles vivent.
Tags: Actes Sud, amour inconditionnel, Centre de Relation de Montréal, colère, complicité, culpabilité, Deuil animalier, deuil d'un animal, douleur, émotions, Être bête, expression, France Carlos, impuissance, Jocelyne Porcher, manque, peine, personnes endeuillées, relation anthropocanine, Vinciane Despret, vivre ce deuil
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20/03/2010
Il est toujours surprenant et fâchant de constater ô combien les propriétaires d’animaux de compagnie en savent plus sur leur animal que n’importe quelle étude empirique ne pourra jamais le démontrer et qu’il y a un gouffre entre ces deux savoirs, un Rubicon infranchissable. Fâchant car ce que s’évertuent à dire les humains qui vivent au quotidien avec un animal et qui témoignent de leur présence et de leur conscience et de leurs droits, c’est que l’étude de l’intelligence animale ne peut être abordée sous un angle intellectuel. Comme disait le philosophe Dominique Lestel, auteur du livre ‘Les origines animales de la culture’ , « les intelligences de l’animal (comme celles de la plupart des humains d’ailleurs) sont plutôt pratiques et concrètes ». (Pour plus de détails: http://fredericjoignot.blogspirit.com/archive/2010/01/26/le-philosophe-domini.html)
Le maître de conférences à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm insiste : « Les travaux les plus intéressants sur ce qu’on pourrait appeler ‘la pensée animale’ sont d’ailleurs faits par des éthologues de terrain qui acquièrent une longue familiarité avec les animaux qu’ils observent, et qui finissent par en faire l’ethnologie plus que l’éthologie stricto sensu ». En gros c’est ce que font les propriétaires d’animaux de compagnie sans avoir un PhD dans la poche. Ces années de cohabitation ne sont pas valables aux yeux de la science qui préfère mesurer, peser, reproduire de manière mécanique. Ce que dit le terrain de la quotidienneté c’est qu’il y a une mine de renseignements d’une incroyable richesse et d’une très grande profondeur dans la relation humain-poilu au jour le jour. Au lieu de pourchasser des variables dans les recherches et autres analyses statistiques multivariées, les scientifiques devraient certainement descendre sur le terrain, là où un « certain nombre de nos distinctions culturelles les plus fortes deviennent en effet vite obsolètes ».
Ainsi au lieu de s’acharner à prouver la réalité thérapeutique de la présence d’un chien par exemple, on pourrait s’interroger et approfondir les significations de ladite réalité. Là se niche la problématique de la « grandeur » d’une pratique de soin : elle ne se situe pas au même endroit pour tout le monde. Pour certains, l’utilisation de l’animal a de la valeur à partir du moment où elle est bénéfique à au moins une personne ; alors que pour d’autres, tant qu’elle n’est pas instituée, standardisée, et légitimée, elle perd toute valeur et est renvoyée à l’anecdotique. (Ref : Jérôme Michalon).
Tags: Champs/Flammarion, citoyens propriétaires de chiens, Dominique Lestel, Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, jerome michalon, Les origines animales de la culture’, RUBICON
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18/03/2010
Les Suisses ont rejeté le 7 mars dernier par référendum la mise en place d’avocats chargés de défendre les animaux maltraités devant les tribunaux dans toute la Confédération, estimant que la loi pionnière en vigueur assurait déjà la protection de leurs vaches, chiens et poissons rouges. Le non est ainsi ressorti massivement dans la totalité des cantons au terme d’une campagne très émotionnelle dans un pays où les animaux sont parmi les mieux protégés au monde (http://bit.ly/cBoWos)
Me Frédéric Sylvestre a réagi également en nous indiquant :
Le droit canadien est très loin de reconnaître un droit à l’animal au sens strict et ce, en raison de réticences historiques. L’animal est un objet de droit pour l’instant en sol canadien. La seule protection qui lui semble un peu propre découle du Code criminel, puisque l’animal ne doit pas faire l’objet d’actes de cruauté.
Pour Martine Lachance, professeure au Département des sciences de l’UQÀM, la loi manque de crocs. Pendant ce temps en Europe, Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) , et Pr. Jean-Claude Nouët, Président de la Fondation LFDA (Ligue Française des Droits de l’Animal) initient un ‘Rassemblement pour une reconnaissance juridique de l’animal’.
Est-ce le moment au Québec de reconnaître l’animal comme ‘être sensible’ et plus comme objet de consommation ou pire bien meuble ? La pétition européenne indique que ‘Plusieurs pays européens (Autriche, Allemagne, Italie, Pologne, Confédération helvétique…) ont déjà inscrit dans leurs textes fondamentaux que les animaux ne sont pas des choses’. Au Canada, il y a failli avoir eu une ébauche de loi qui allait dans le bon sens mais qui est restée lettre morte.
Il reste peut-être le GRIDA qui a pour objectifs de :
• promouvoir et favoriser les intérêts des animaux dans les systèmes juridiques canadien et québécois;
• promouvoir et favoriser la réflexion et la discussion sur la condition juridique et le bien-être des animaux;
• encourager, susciter, soutenir et diffuser des recherches, des échanges et des initiatives qui engagent, dans des champs concernés, une ou plusieurs disciplines scientifiques traitant de la condition juridique et du bien-être des animaux;
• influencer et introduire des changements positifs dans les réflexions, les perceptions et les comportements humains dans leurs relations avec les animaux;
• développer le champ du droit animal au Canada et au Québec
Jean-Pierre Digard résume clairement la situation en se demandant: qu’est-ce que l’homme (entendu comme espèce, c’est-à-dire au sens d’hommes actuels et d’hommes futurs) a intérêt à faire ou à ne pas faire aux animaux ?
Tags: actes de cruauté, Allain Bougrain Dubourg, animaux maltraités, avocats, cantons, Code criminel, Confédération, droit canadien, Fondation LFDA, GRIDA, Ligue Française des Droits de l’Animal, Ligue pour la Protection des Oiseaux, LPO, Martine Lachance, Me Frédéric Sylvestre, objet de droit, Pr. Jean-Claude Nouët, professeure au Département des sciences, protection, Rassemblement pour une reconnaissance juridique de l’animal, référendum, réticences historiques, Suisses, tribunaux, UQÀM
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16/03/2010
Le monde occidental a une vision naturaliste du monde qui pose une frontière infranchissable entre l’animal et nous. De là, les difficultés quasi insurmontables pour faire reconnaître les bienfaits de la thérapie assistée par le chien: la nature et la culture sont dissociées.
En 2004, Véronique Servais dans ‘La relation homme/animal : limites et possibilités d’application de ses effets positifs dans le traitement des maladies psychiques’ éclaire les difficultés de reconnaissance auxquelles font face les intervenants qualifiés et le milieu de la thérapie assistée par le chien au Québec et au Canada, bref en Occident.
Pourquoi, se demande-t-elle, la relation à l’animal peut-elle devenir significative, donc thérapeutique ? C’est une question qui, dans bien d’autres cultures, où la distinction entre les animaux humains et animaux non humains n’est pas aussi radicale que chez nous, paraîtrait tout à fait incongrue.
Notre mode principal de rapport à la nature est structuré par la croyance en une continuité animal-homme pour ce qui concerne l’extériorité, c’est-à-dire ici la matière, tandis que pour ce qui concerne l’intériorité, les « qualités mentales », nous adhérons à la croyance en une discontinuité radicale.
Exemple : Les chimpanzés de laboratoire sont étudiés pour leur grande ressemblance avec l’homme, mais qui en même temps sont utilisés comme de la « simple » matière… C’est ainsi qu’on en arrive à des situations absurdes où l’on va tester l’efficacité d’un antidépresseur chez un chimpanzé, sans reconnaître la dimension mentale de son affection, et sans réellement prendre en compte sa souffrance… Il est donc traité comme pareil à nous pour ce qui concerne la matière, mais irréductiblement différent pour ce qui concerne son intériorité.
L’anthropologue Philippe Descola, professeur au Collège de France a choisi la voie visuelle pour illustrer le monde naturaliste - c’est-à-dire notre propre vision occidentale du monde – en créant l’exposition La Fabrique des images, au Musée du quai Branly, du 16 février 2010 au 17 juillet 2011. Il montre comment l’intériorité de l’individu très présente à la Renaissance a disparu peu à peu de la peinture occidentale, pour devenir de plus en plus abstraite. « Nous avons fossilisé l’âme pour mettre en avant les propriétés physiques ; cela a commencé avec les natures mortes, l’impressionnisme et cela culmine aujourd’hui avec l’imagerie cérébrale, quand les neurobiologistes s’attachent à montrer que la conscience émerge de nos organes. » explique-t-il dans un article paru dans La Recherche.
Avec cette base culturelle naturaliste, tous ceux pour qui les animaux sont des êtres signifiants, qui développent avec eux des interactions qu’ils ressentent comme réellement réciproques, et qui leur imputent diverses qualités mentales, sont tenus de se justifier. Parce que culturellement, un rapport significatif avec un animal est perçu comme « anormal ». Véronique Servais pense que c’est plutôt l’inverse qui est « anormal » et qui devrait être expliqué : comment il est possible de ne pas avoir de relations significatives avec le monde animal… De ce point de vue je pense donc que la base culturelle à partir de laquelle nous entrevoyons ces questions est fausse, reporte-t-elle.
L’anthropologue de la communication n’en terminait pas moins son propos en affirmant: ’si le naturalisme est une cosmologie probablement fausse, il articule néanmoins l’ensemble de nos rapports au monde animal’.
Tags: animaux humains et animaux, base culturelle naturaliste, naturalisme, Philippe Descola, relation homme/animal, véronique servais
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13/03/2010
La thérapie assistée par le chien rencontre des difficultés similaires à toutes nouvelles pratiques médicales et alternatives qui cherchent à se faire connaître et reconnaître au Québec. On a recours aux animaux dans les espaces de santé, mais « When positive effects are reported, weaknesses in the methodologies used to obtain them raise doubts concerning their validity. Additionally, some of the more promising clinical observations that recur consistently throughout the AAI literature— e.g., the ability of animals to expedite the rapport-building process, enhance engagement, and facilitate retention in treatment—have not been investigated empirically »[1].
Les ‘evidence based medecine’ ne sont jamais suffisamment évidentes dans les études faites sur la thérapie assistée par le chien, car la société anthropocanine est rejetée stricto sensu. « L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais : c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé, ce qui mérite ce nom de profondeur qui veut dire avec précision ce qui m’échappe. Mais c’est aussi la poésie (…). Je ne sais de quoi de doux, de secret et de douloureux prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous »[2]. Plus fondamentalement le lien immémorial avec l’animal – le chien en l’occurrence – n’est pas considéré comme thérapeutique par le corps médical, car « la condition de l’existence d’un lien social n’est pas l’identité des acteurs, mais l’ajustement mutuel de leurs conduites et de leurs attentes»[3].
Ainsi on peut dire qu’il existe une culture propre aux chiens et aux humains en situation de soins – deux sociétés distinctes – dans un triplet de personnalités : l’une pour les chiens, l’autre pour les patients et enfin le dernier pour le corps médical. Le corps médical lorsque préparé et peut-être en désespoir de cause (les programmes de zoothérapie dûment implantés en centre hospitalier le sont, par exemple, dans des services de pédo-oncologie) s’ajuste à la triangulation entre; animal avec ses caractéristiques et son caractère, le patient avec son histoire et le zoothérapeute avec ses connaissances qui travaille en parfaite multidisciplinarité avec les équipes professionnelles médicales : psychiatre, infirmières, préposées aux bénéficiaires…
[1] Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J. Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine, july 2004
[2] Bataille, Georges, Théorie de la religion, Idées/Gallimard, 1948, p. 52-53
[3] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 289
Tags: Bataille, Dominique, Georges, Guillo, Kruger, pédo-oncologie, Serpell, société anthropocanine, Trachtenberg, triangulation, ‘evidence based medecine’
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10/03/2010
Les 50 dernières années ont vu fleurir nombre d’études mesurant – prééminence des méthodes quantitatives – les effets de la thérapie assistée par l’animal. Dans l’histoire de la recherche sur les interactions avec l’animal à but thérapeutique et/ou éducatif, très peu d’études échappent au travail de codage, comptage, analyse multi variée, définition de corrélations, de liens significatifs. Pourquoi? Les enjeux en étaient de généralisation. Car les scientifiques des années 1960 et plus se méfiaient – à juste titre – de l’engouement populaire et médiatique autour de la zoothérapie et surtout ils voulaient éviter que ce soit l’inclinaison de tel médecin pour les animaux qui favorise la mise en place de projets thérapeutiques. Donc les recherches ont tourné autour de ‘l’animal peut-il être thérapeutique?’ avec une hypothèse à tester et un modèle de recherche défini. Les scientifiques tels que Alan Beck et Aaron H. Katcher en sont les plus grands protagonistes, eux qui trouvent que «les travaux inspirateurs de Levinson et des Corsons s’appuient sur des observations assez simples non issues de protocoles expérimentaux ». Ainsi, les deux chercheurs – et dans leur lignée plusieurs centaines d’autres – ont visé la constitution d’un champ scientifique autonome. Au fil des ans, on a mesuré, on a décrit sans s’enflammer des résultats, on a pesé, on a observé les signes (aspect grandement documenté) pour constater que la TAC avait des effets indirects mais des effets quand même sur la santé humaine.
Or, pour Dr Joël Dehasse, Vétérinaire comportementaliste diplômé, les preuves scientifiques ne sont pas suffisantes et ne s’accumulent pas. Le spécialiste européen (D-ECVBM-ca) dit :
Actuellement, il n’y a aucune étude vraiment scientifique sur le sujet – ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’effet – mais que la médecine scientifique ne s’y arrêtera pas. Publier des résultats positifs avec statistiques comme preuves est un bon début, mais certains scientifiques ont tendance à ne publier que leurs résultats positifs et pas leurs expériences avec résultats négatifs. Dès lors on ne prouve plus grand chose et, surtout, on ne peut pas généraliser les résultats d’une étude. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller de l’avant en zoothérapie, avec respect pour l’animal

Le Dr Dehasse sera présent samedi au Collège Maisonneuve, à Montréal.
Aujourd’hui, le monde scientifique se questionne sur la pertinence des méthodes quantitatives pour traiter de la TAC, car comme le précise Jérôme Michalon, ces études ont oublié une variable essentielle dans leurs études statistiques : l’influence des variables ‘relation’ et ‘perception’ vis-à-vis de l’animal. Celle-là même que le Dr Dehasse juge trop utilisée. Les méthodes quantitatives produisent des preuves de l’existence d’une relation mais elles ne montrent pas les mécanismes en œuvre dans la TAC. C’est un peu comme si on démontrait les effets d’un médicament sans savoir ce qui est actif pour le corps humain.
Or, c’est la nature de la relation entre l’humain et l’animal qui produit des effets. C’est la voie que semblent vouloir emprunter les nouvelles recherches qui induisent presqu’obligatoirement une approche multidisciplinaire : jusqu’à maintenant les recherches faites n’ont pas inclus les connaissances de l’anthropologie, peu les savoirs vétérinaires…
Sources :
Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer
Tags: Aaron H Katcher, Aikiou, Alan Beck, and C. Gauthier, approche multidisciplinaire, Beck&Katcher, Bruxelles, Dehasse, effets de la thérapie assistée par l’animal, fondation-apsommer, J., L. Langlade, methodes quantitatives, Michalon, Pipolino®, recherche sur les interactions avec l’animal, savoirs vétérinaires
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08/03/2010
Votre chien a-t-il une conscience? A-t-il conscience de lui? De son corps? De son impact dans le monde? « Démontrer l’existence d’une conscience chez un individu est très difficile : le concept de la conscience est fondamentalement réflexif ; on ne peut en effet être sûr d’être conscient d’un moment ou d’une action que lorsque l’on est, à l’instant présent, « conscient d’être conscient », expliquent Fabienne Delfour & Pascal Carlier .
Il y a différents outils pour parvenir à savoir ‘s’il y a quelqu’un là-dedans’. Les chercheurs utilisent plusieurs tests différents et Alexandra Horowitz s’est particulièrement intéressée aux interactions de chiens dans le jeu. Elle indique que le « comportement des chiens semble très proche de la théorie de l’esprit… Les statistiques montrent que la plupart des chiens agissent de façon sensée mais les exceptions sont légion…. Leurs appels à l’attention et le recours aux signaux de jeu semblent indiquer qu’ils possèdent une théorie de l’esprit rudimentaire… Pour rudimentaire que soit l’aptitude, elle fait peut-être partie d’un système d’équité naissant chez ces quadrupèdes » (1).
Votre chien n’a peut-être pas conscience de vos pensées, par contre il sait éminemment « que votre comportement reflète vos pensées. Dans le cadre de la communication chien-homme c’est même ce qui vaut à l’animal sa quasi-humanité ».
C’est pourquoi lorsque l’on met en évidence des phénomènes aussi importants, il devient plus coûteux au plan scientifique de ne pas postuler l’existence de la conscience animale que de la postuler.
1/Horowitz, Alexandra. Dans la peau d’un chien. Flammarion, 2009, p. 195
Tags: Alexandra Horowitz, communication chien-homme, comportement, conscience, conscience animale, conscient d'être conscient, Fabienne Delfour & Pascal Carlier, pensées, plan scientifique, théorie de l’esprit
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