Mon chien s’appelle quelqu’un
L’homme ne peut avoir de relation avec ce qui l’entoure sans donner un nom. Un nom ça veut dire qu’on se reconnaît comme individu et qu’on reconnait tel objet comme une forme, une figure spéciales… Une relation d’intimité avec une chose, un chien ou un humain sollicite une appropriation par un nom. Ainsi, le nom donné au chien lui reconnaît une individualité…. «Le chien domestique devient en quelque sorte une personne quand il acquiert une identité par le nom, dès que l’on entre dans la sphère de l’intimité et du lien personnel, il n’est plus possible d’appeler un chien un chien »[1].
Quand le chien lève le museau à l’écoute de son nom, l’important n’est pas ce que signifient réellement les signaux adressés, mais ce que l’homme en pense : mon chien sait son nom. Mon chien c’est quelqu’un. Or, dans ce langage, les interactions avec le chien ne se basent pas uniquement sur des noms dits, criés, hurlés, susurrés mais surtout sur tous ces codes affectifs que le maître partage avec son chien. En appelant le chien, le maître partage des émotions - froides, chaudes ou mitigées - mais des émotions quand même.« Celles-ci constituent des affects profonds et sociaux, puisque l’homme est affectivement au monde »[2], en ce sens le chien tombe à point nommé : il aide un homme blessé par le non-sens de l’existence à cicatriser ses blessures, ainsi qu’à passer d’une dérive intérieure à un renouveau psychologique et ontologique.
Comme quoi un nom peut polariser une personne et l’orienter[3].
En clair, cette rencontre anthropocanine présente un beau risque…. Celui de bouleverser une vie.
[1] Chevrier Jean-François, Maurice Christine. ‘L’animalité comme envers de l’humain’, in L’Animal dans nos sociétés, La Documentation française, 2004 p. 17
[2] Le Breton, David. Les passions ordinaires, Anthropologie des émotions. A. Colin et Masson, Paris, p 91
[3] Talin, Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, Atelier de l’Archer, 2000
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