Archive pour le mois 11/2009
30/11/2009

Quoi qu’on fasse les animaux demeurent les objets de nos représentations.
Vendre un chiot sur Internet est la preuve que le chien incarne aux yeux de l’homme l’esclave idéal, celui sur lequel il peut assouvir son désir d’omnipotence le plus entier. Cette évocation de l’usage vendant et exposant dont le chien fait l’objet permet d’appréhender les contours de sa condition dans notre société : un service qui réconforte notre narcissisme, en nous apportant (au mieux) un sentiment de plénitude, de puissance, de fusion avec l’univers et nous renvoie une image gratifiante de nous mêmes. Effectivement, le chien ne nous trouve-t-il pas toujours aimable?
Dès ses premiers pas, le chien dépend de la volonté de l’homme. Il est confiné à des rôles limités : être présent, contraint et subordonné aux exigences du maître ET faire le beau derrière les écrans d’ordinateur.
Entre sa naissance, son adoption et sa mort, il y a désormais Internet.
Tags: désir d'omnipotence, Internet, objet, représentations, service, volonté de l’homme
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27/11/2009
L’introduction des animaux dans les établissements psychiatriques a commencé au 18è siècle en Europe. « Il apparaît », écrit Jean-Luc Guichet, « que jamais, historiquement, aux époques antérieures ou ultérieures, le thème de l’animal n’a été aussi important dans l’espace philosophique qu’au XVIIIe siècle. Il se rencontre à tous les carrefours décisifs de la réflexion, métaphysique, théologique, morale, biologique, épistémologique, et incarne l’un des centres essentiels, peut-être même le centre principal, de l’anthropologie qui commence précisément à se constituer de façon autonome » (Burgat, 2006).

Depuis l’aube de l’humanité, les animaux ont eu sur l’homme un effet civilisateur
Ce sont les infirmières qui ont implanté la pratique de thérapie assistée par l’animal en milieu hospitalier de manière systématique un siècle plus tard. Florence Nightingale, fondatrice des techniques infirmières modernes, fut l’une des pionnières dans l’emploi d’animaux pour améliorer la qualité de vie des patients. Durant la guerre de Crimée (1854-1856), elle gardait une tortue à l’hôpital parce qu’elle savait, pour avoir observé le comportement des animaux depuis sa tendre enfance, que ceux-ci avaient le pouvoir de réconforter les gens et de diminuer leur anxiété.
De nos jours, la portée thérapeutique des interventions de thérapie assistée par l’animal est de mieux en mieux documentée et rapportée dans de nombreux articles scientifiques. En fait, depuis que Boris Levinson, un psychiatre américain, a, dans les années 1960, été le premier à poser par écrit ses observations. Il travaillait auprès d’enfants autistes et il a pu noter l’influence bénéfique de la présence des chiens auprès d’eux, interactions induisant des réponses physiologiques et psychologiques extrêmement favorables.
Or, les preuves scientifiques hors de tout doute de l’efficacité thérapeutique de la TAC n’existent pas.
Pas encore…
Tags: 18e siècle, anthropologie, Boris Levinson, établissements psychiatriques, Florence Nightingale, guerre de Crimée, infirmières, portée thérapeutique, présence des chiens
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25/11/2009
Élevés au contact de l’humain dès leur naissance ou très tôt dans leur jeune vie, les chiens deviennent bilingues (Desmond Morris. The animal contract : sharing the planet. Virgin, 1990) et aussi à l’aise avec les membres de leur espèce. Ils peuvent tout à fait assumer les deux types de relations. Ça pourrait être le meilleur des deux mondes.
Mais…
L’homme n’hésite pas à remodeler l’apparence de l’animal de compagnie.
Par nos sollicitations affectueuses constantes, les chiens s’attachent très profondément à l’humain. Ce dernier, par contre, n’hésite pas à les confiner dans des espaces qu’il contrôle, en les laissant des heures et des journées entières seuls, enfermés dans une pièce ou une cage à attendre, faisant, ainsi, preuve d’une tyrannie certaine. L’humain limite les possibilités d’expression canine spécifique. Les chiens doivent défendre le territoire mais ne doivent pas renifler l’entrejambe des invités qui se présentent à la porte d’entrée ni se comporter d’une façon que la bienséance humaine ne saurait tolérer. Incorporés contre leur gré à la société humaine, les chiens doivent répondre aux formes de comportement, aux attentes et aux conditionnements de l’humain qui impose ses compétences, ses codes et ses décisions.
Toutes ces incohérences et bien d’autres rendent la lecture de la relation sociale impossible aux chiens. Pris dans un cul-de-sac, incapables de fuir, ils tentent en vain de s’adapter enfermés qu’ils sont dans des émotions, des affects, des projections et des interactions conventionnelles d’humain. Les plus atteints souffrent de dépression, la majorité s’effraie des stimuli qui, autrefois, étaient bien tolérés comme le tonnerre.
Bref, le chien dépend de la volonté d’humains…. souvent ignorants.
Pour aller plus loin:
Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, Atelier de l’Archer, 2000
Danten, Charles. Un vétérinaire en colère, LVB Éditeur, 1999, P 161.
Tags: Anthropologie de l’animal de compagnie, bilingues, Charles, Danten, Desmond Morris, expression canine spécifique, remodeler l’apparence de l’animal de compagnie, Talin Christian, Un vétérinaire en colère
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23/11/2009
Les rapports des animaux entre eux ne sont pas seulement objet de science, mais aussi objet de rêve, objet de symbolisme, objet d’art ou de poésie, objet de pratique et d’utilisation pratique. D’autre part, les rapports des animaux entre eux sont pris dans des rapports de l’homme avec l’animal, de l’homme avec la femme, de l’homme avec l’enfant, de l’homme avec les éléments, de l’homme avec l’univers physique et micro-conscience
Gilles Deleuze & Félix Guattari, Mille Plateaux, Paris, Minuit, 1980 p. 287
Tags: Félix Guattari, Gilles Deleuze, objet de science, rapports des animaux
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21/11/2009
Posséder un animal familier constitue un trait qui est très profondément enraciné dans l’espèce humaine. La possession d’un ou plusieurs animaux familiers se retrouve dans toutes les populations humaines et cette pratique est loin d’être réservée aux femmes ou aux enfants. L’extrême diversité des animaux impliqués dans ces associations est remarquable, dit Dominique Lestel (1). 
Ca va du chien, en passant par le bison, le singe…. Certains de ces animaux sont même nourris au sein par les femmes lorsqu’ils sont recueillis très jeunes dans les villages….
Pour Desmond Morris (Des animaux et des hommes), éthologue anglais, l’association avec certains animaux est une pratique tellement répandue chez l’humain qu’on peut comparer son extension à celle de la religion.
L’histoire du chien s’est donc écrite avec celle des civilisations humaines. Certaines lui attribuaient des vertus de guérisseur, des statuts d’auxiliaire de chasse, de gardien et de compagnon d’agrément (2).
De nos jours, le chien est un membre de la famille à part entière. Au point que l’on se bat pour sa garde au cours d’un divorce. « L’animal remplit des fonctions ou rôles d’agent de sécurité, de substitut, de médiateur, de béquille physique ou affective, tout en étant le réceptacle des émotions, affects, fantasmes, projets du possesseur et de ses proches, souligne Hubert Montagner.
Ce qu’on appelle prosaïquement un rôle de Prozac.
[1]Dominique Lestel. L’animal singulier, Seuil, 2004, p .18-19
[2] Matignon, Karine-Lou. Sans les animaux, le monde ne serait pas humain. Albin Michel 2003, p101-102
Tags: Desmond Morris, Dominique Lestel, histoire du chien, Karine-Lou, le monde ne serait pas humain, L’animal singulier, Matignon, Prozac, Sans les animaux
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19/11/2009

Réponse : le chien s’apaise.
Pas pour relaxer ou se la couler douce, mais pour survivre. Pour les espèces qui vivent en groupe, il est primordial d’être capable de communiquer avec ses semblables ET avec une autre espèce, en l’occurrence la bipède.
Les chiens utilisent ces signes d’apaisement comme système de communication avec les humains, tout simplement parce que c’est le seul langage qu’ils connaissent et qu’ils pensent que tout le monde le comprend. En ne prêtant pas attention aux signes d’apaisement que votre chien vous adresse, parfois même en le punissant pour les avoir utilisés, vous prenez le risque de perturber gravement votre chien. En effet, certains chiens peuvent renoncer à l’utilisation de ces codes, y compris avec leurs congénères. D’autres peuvent se sentir désemparés, voire frustrés au point de finir par développer des troubles du comportement tels que l’agressivité, la nervosité ou le stress…..
Pour en savoir plus:
http://www.turidrugaas.com
Tags: communiquer, signes d’apaisement, système de communication, Turid Rugaas
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17/11/2009
L’anthropomorphisme (terme dérivé de deux mots grecs pour humain et forme) est un ‘péché capital’ pour les scientifiques. L’humain a la fâcheuse tendance à se projeter sur le monde, à attribuer des qualités humaines aux non-humains.

Pour les penseurs, c’est contraire à la méthode scientifique d’attribuer de la subjectivité à la nature…

Pourtant, il y a manière d’utiliser l’anthropomorphisme a des fins purement scientifiques. Le primatologue Frans de Waal, écrivait en 2001 Quand les signes prennent le thé : de la culture animale : « La proximité des animaux donne envie de les comprendre, pas seulement en partie, mais en totalité. Elle nous amène à nous demander ce qui se passe dans leurs têtes, tout en réalisant bien que la réponse ne peut être qu’approximative. Pour cela, nous utilisons tous les outils à disposition, y compris l’extrapolation à partir du comportement humain. L’anthropomorphisme est donc non seulement inévitable, il représente un outil puissant ».
Anthropomorphisme n’est pas déguisement.
Tags: anthropomorphisme, déguisement, Frans de Waal, péché capital, primatologue, Quand les signes prennent le thé : de la culture animale
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15/11/2009
L’accumulation de données scientifiques de plus en plus convaincantes sur l’existence d’un lien entre les mauvais traitements infligés aux animaux et la violence familiale et la violence envers autrui en général a entrainé le législateur canadien a concocté un projet de loi C-15B, modifiant le code criminel (cruauté envers les animaux et armes à feu).
Objectif = alourdir les peines relatives aux actes de cruauté envers les animaux et de prévoir une gamme plus large de sanctions pénales.
Extraits :
Vous êtes responsables criminellement si vous :
• causez à un animal ou, dans le cas d’un propriétaire, permettez que lui soit causée une « douleur, souffrance ou blessure, sans nécessité »
• tuez « sauvagement ou cruellement un animal – que la mort soit immédiate ou non – » ou, dans le cas d’un propriétaire, permettez qu’il soit ainsi tué
• ….
Peine = max. 5 ans de prison ou amende de 10 000 $ ou les deux
Vous êtes en infraction si :
• par négligence, vous causez à un animal de la douleur, des souffrances ou des blessures, sans nécessité
• dans le cas d’un propriétaire d’un animal ou de la personne qui en a la garde ou le contrôle, l’abandonner volontairement ou sans se soucier des conséquences de votre acte, ou omettez par négligence de lui fournir les aliments, l’eau, l’air, l’abri et les soins convenables et suffisants
• par négligence, vous causez une blessure à un animal lors de son transport
• ….
Peine = max. 2 ans ou une amende de 5 000 $
L’ensemble de ces mesures aurait :
1- pu dissuader les gens de maltraiter les animaux
2- permis que les crimes contre les animaux soient pris moins à la légère
3- changer les crimes contre les animauxde registre (n’être plus traités comme des crimes contre des biens)
… Ça aurait pu être le début d’une nouvelle ère…
Ça aurait pu si…..le projet de loi n’était pas mort au Feuilleton.
Tags: abandonner volontairement, alourdir les peines, amende, aux actes de cruauté envers les animaux, blessure, crimes contre les animaux, données scientifiques, douleur, législateur canadien, loi, maltraiter les animaux, mauvais traitements infligés aux animaux, négligence, peine maximale, prison, projet de loi C-15B, responsables criminellement, sanctions pénales, souffrance, tuer sauvagement ou cruellement un animal, violence envers autrui, violence familiale
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11/11/2009
Le mal-être animal est le fruit de l’ignorance.
Qu’est-ce qu’un chien?
Un chien c’est un chien; il doit obéir, s’asseoir et pas bouger…
Ceci est la description d’un automate mais pas d’un chien familier.
Les cruautés infligées aux chiens, le nombre exponentiel d’abandon et d’euthanasie, les cours de dressage qui étranglent les chiens pour les faire obéir, les législations municipales qui contrôlent les animaux (ne contrôle-t-on pas ce dont on a peur et qu’on ne connaît pas?) et tout le cirque quotidien des élucubrations des propriétaires dans les parcs à chiens et sur les trottoirs, tout ceci et bien d’autres comportements aberrants et dictés par des croyances hallucinantes participent de la violence faite aux chiens.
Or, en tant qu’êtres susceptibles d’éprouver de la douleur, les chiens doivent être protégés de la cruauté intentionnelle ou non intentionnelle, qu’ils aient ou non un rapport de propriété avec quelqu’un.
60% des foyers québécois vivent avec un animal de compagnie sans savoir ce qu’est un animal de compagnie, quelles sont ses réactions, ses besoins, ses comportements, ses gestes d’apaisement, ses compréhensions…. Or, les avancées scientifiques concluent à la sensibilité des animaux, à leurs capacités d’émotions, de représentation, d’innovation…
Un chien est un être conscient. En sa présence, je suis avec un être sensible qui éprouve. Je ne suis pas en interaction avec un être vide, sans vie, que je peux modeler selon mes délires. Je me trouve par conséquent dans un rapport moral. J’ai des droits ET des devoirs vis-à-vis de cet être.
« Cette responsabilité est une modalité éthique: je suis différent si je protège l’animal», dit Dominique Lestel (1). Le chien a une existence qui doit être respectée et qui devrait être respectable. Or on vend un animal comme on vend une tondeuse : t’en as besoin, tu l’achètes, tu t’en sers, quand c’est un peu usagé, tu jettes… L’avantage avec une tondeuse, c’est qu’au moins, elle vient avec un mode d’emploi!
[1] Lestel. Dominique. L’animal singulier, Seuil, 2004, p.27
Tags: à capacités d’émotions, cruautés infligées aux chiens, Dominique Lestel, douleur, innovation, législations municipales, L’animal singulier, l’ignorance, mal-être animal, représentation, sensibilité des animaux, Seuil, tondeuse, violence faite aux chiens
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08/11/2009
[…] car je suis également persuadé et que bien des opinions passent pour des vérités, qui ne sont que des effets de la coutume et de la crédulité, et qu’il y en a bien aussi que certains philosophes voudraient faire passer pour des préjugés, qui sont pourtant fondées dans la droite raison et dans la nature
Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain, I, II
Qu’est-ce qu’il faut saisir de ça? En matière de chiens, l’humain s’arroge beaucoup de droits basés sur son soi-disant savoir-faire canin (‘je sais ce qu’est un chien j’en ai déjà eu’) et la plupart de ses gestes sont posés davantage par ses représentations que par une fine connaissance du monde du chien familier.
Tags: chien familier, Leibniz, savoir-faire canin
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