Archive pour le mois 10/2009
10/10/2009
Le visage que possède chaque personne n’est pas une intuition que l’humain découvre en observant ses traits. « Lorsque deux hommes communiquent, ce sont leurs apprentissages inconscients, leurs automatismes culturels qu’ils expriment » , disait Henri Laborit. Le chien, lui, parvient à décrypter sur le visage de son maître ses moindres intentions. Serait-il plausible qu’il apprenne le sens de son maître, que le chien soit apte à saisir la présence qui parle en l’humain, la présence que le chien voit passant outre la constitution de la personne, en allant à l’essentiel.
Par-delà les préjugés et les présavoirs, le chien nous lit. Il entend et voit différemment d’un humain. Il va jusqu’à des niveaux que le moi n’imaginerait pas tout seul, il entend des mots, des instructions que le moi ne peut entendre et il suit ce qu’il a entendu….. L’ouïe du canidé va au-delà de ce qu’entend l’oreille humaine.
Il entend intuitivement le travail en profondeur, la musique profonde, les mystères profonds de la psyché humaine.
Le chien représenterait-il la psyché instinctive, lui qui entend au-delà des mots ? Or, lire le monde et ses signes, c’est atteindre à la compréhension c’est-à-dire au ‘prendre avec’.
Tags: apprentissages inconscients, automatismes culturels, communication, décrypter sur le visage, Henri Laborit, intentions, le chien nous lit, personne, psyché humaine, sens, visage
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Le chien en relation, Le chien et la science | Aucun commentaire »
08/10/2009
L’homme occidental du 21e siècle est en rupture sauvage. Souvent, trop souvent, il s’interdit d’accueillir le chien comme membre d’une autre espèce. De là son arrogance et son divorce d’avec la vie.
L’être humain n’existe que parce qu’il est en relation avec d’autres congénères. Il trouverait à se compléter s’il était en relation avec d’autres espèces. Le chien appartient à une autre espèce. La science ne sait d’ailleurs toujours pas quelle hypothèse retenir quant à son origine. Qu’importe, le doyen des animaux de compagnie n’en reste pas moins un animal carnivore captif d’une autre groupe que le sien et rejeté dans sa différence par ceux qui s’y intéressent.
Cette négation prend non seulement la forme de l’anthropomorphisme, cette violence faite aux chiens de les humaniser pour les rendre disponible aux besoins humains. Le chien est entré sous nos toits. Fait-il pour autant partie de la famille… humaine ? Non, le chien n’est pas un être humain. Comme l’homme n’apprend pas l’autre race, il camoufle la sienne et le chien se trouve confronté à des situations auxquelles il ne peut trouver de réponses adaptées. Par méconnaissance, inconscience et plus sournoisement par exclusion de ce qui n’entre pas dans ce qui peut être contrôlé par lui-même, l’homme n’accepte pas ce fait : son plus fidèle ami appartient à un autre monde. C’est ce qui a fait dire à l’anthropologue Claude Levi-Strauss, dont on fêtait en 2008 le centième anniversaire de naissance, qu’en « s’arrogeant le droit de séparer radicalement humanité et animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, l’homme occidental a ouvert un cycle maudit »[1] dans lequel il a oublié d’entrer en relation avec la part différente de l’autre différent. Il a renoncé à lui-même en se plaçant en haut de l’échelle de l’évolution. Cet être vivant s’est exclu lui-même du règne de la nature. L’homme s’est trompé pendant des siècles, il s’est voilé la face.
Sa malfaisance à traiter les animaux comme des sous-humains, des objets ou des choses (un propriétaire dispose d’une chose) n’a plus sa raison d’être. Il suffirait au seigneur absolu de la création d’accueillir la différence interspécifique. Et la rencontre fabuleuse avec Canis familiaris aurait lieu. Être compagnon de route d’un autre que soi, un autrui différent et unique, c’est paver la voie à un vrai humanisme. En observant son chien, en développant avec lui une relation privilégiée de compréhension mutuelle, on intègre la partie animale de son humanité. On ne parle pas de communauté hybride mais bel et bien d’humanisation franche de l’homme au contact d’un individu aux besoins, comportements, instincts naturels et canins. Dans un rapprochement respectueux de l’animalité de son chien, Je suis ce que je suis car IL est ce qu’il est.
L’homme a nié ceux de l’espèce canine en les dominant, en les asservissant, en les folklorisant. Cet « humanisme totalement coupé de la nature, perverti et destructeur » disait Claude Levi-Strauss, docteur honoris causa de l’Université de Montréal et de l’Université Laval, a duré. Désormais, il se sent seul. Bien lui en prend s’il pouvait avoir l’audace d’accepter recevoir l’attention altruiste et la mansuétude patiente du chien pour apprendre à retrouver sa place dans la nature et dans la société.
[1] Levi-Strauss, Claude.
Anthropologie structurale deux, Plon, 1973, p. 49-55
Tags: 21e siècle, animal carnivore captif, Anthropologie structurale, anthropologue, anthropomorphisme, attention altruiste, autre espèce, besoins, besoins humains, canins, Canis familiaris, chien, Claude Levi-Strauss, communauté hybride, compagnon de route, comportements, compréhension mutuelle, cycle maudit, développer une relation privilégiée, différence, différence interspécifique, docteur honoris causa de l’Université de Montréal, doyen des animaux de compagnie, échelle, évolution, fidèle ami, groupe, homme occidental, humanisation franche, humaniser, humanité et animalité, instincts naturels, mansuétude patiente, membre, nature, observer son chien, partie animale de son humanité, race, règne de la nature, rupture sauvage, société, sous-humains, Université Laval, violence, voilé la face, vrai humanisme
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06/10/2009
Partage avec vous de cet avant-propos de Florence Burgat, dans L’animal dans nos sociétés, La documentation Française, 2004.
« Cette évocation des usages dont les animaux font l’objet permet d’appréhender les contours de leur condition dans nos sociétés. L’on entrevoit aussi du même coup les bouleversements qu’entraîneraient une véritable prise en compte de leurs intérêts, et l’on en vient à se demander si tous les efforts conceptuels qui sont déployés pour maintenir les animaux hors de la communauté morale ne sont finalement pas les arguments d’une idéologie destinée à justifier une domination si ancienne, si multiforme et si lucrative qu’elle semble impossible à ébranler ».
Tags: communauté morale, condition animale, domination humaine, florence burgat, idéologie
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04/10/2009
Il y en a qui ont un rêve, d’autres rêvent qu’ils sont un chien… Olivier Sacks, dans ‘L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau‘ (Ed. Seuil, Collection Points, 1990) le détaille parfaitement bien dans son 18e chapitre.
Et qu’est-ce que çà fait d’être un chien?
Être chien c’est être nez
c’est évoluer dans un univers olfactif incroyablement riche de nuances, de senteurs, de perspectives évocatrices. C’est comme si le monde se sculptait en fonction des parfums. C’est difficile pour un spécialiste du visuel de concevoir ce monde-là, mais imaginons: le chien ne touche pas le monde avec ses yeux il le ressent avec sa truffe, tout prend soudain une profonde signification, là ou il voit une banale chaise, son piff lui dit: c’est la chaise de la madame d’à-côté, le soir, elle remue dessus dans son tablier sur lequel elle a essuyé ses mains après avoir retourné le ragout de viande, la chaise sent aussi le chat, ce foutu niaiseux qui me nargue chaque jour par la fenêtre, en plus le chat de la dame d’à-côté aime se frotter contre ses genoux qui sont collés sur les pieds de la chaise, alors tout çà, çà donne qu’il y a des poils de chat qui s’y déposent, çà pue le chat cette chaise! En plus, la chaise a des relents de cirage quelle idée d’y appliquer ces produits qui font briller, pis c’est le monsieur de la dame d’à-côté qui a appliqué cet onguent croyant bien faire il avait les mains sales d’avoir travaillé dans l’établi à peaufiner les pièges à rats qui empestent le nuisible. Mais le nec plus ultra, c’est que sur cette chaise, la chienne de la soeur de la dame d’à-côté a posé sa délicate odeur, une sensation de plaisir, une odeur de sainteté.
Le chien renifle tout avec son nez qui sont ses yeux comme les yeux d’homme sont son outil pour percevoir le monde, bien piètre moyen qu’il a là… Et si l’homme entrait dans la peau d’un chien, les odeurs deviendraient multidimensionnelles et représentaient ‘davantage qu’un monde de simple plaisir ou déplaisir, ce serait toute une esthétique, tout un jugement, toute une signification nouvelle’ qui l’environnerait. ‘Un monde concret d’une spécificité irrésistible, un monde d’une immédiateté, d’une signification immédiate écrasante’.
Au cours de l’évolution, voilà le deal qui s’est produit: pendant que l‘homme développait sa vision, le chien développait son odorat, échange de bons procédés pour une société anthropocanine distincte.
Bah voilà, çà donne raison à Freud cette histoire-là : en se redressant sur ses pattes, l’homme perd l’usage de sa protubérance nasale; désormais il ne peut plus renifler le derrière de ses congénères!
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03/10/2009
Le chien invite à revoir la maison et la manière dont on en parle. Le chien est resté dans la maison de l’homme. Le chien est resté avec l’homme. Et il y est toujours.
Lieu d’habitation de l’homme, sa demeure est partagée avec une autre espèce, quotidiennement. En ce sens, c’est à une écologie interspécifique que le chien nous interpelle. En effet, l’écologie est « un être-là dans la demeure du monde », dit Marc-Alain Ouaknin, dans ‘Zeugma’ (Seuil, p 446). Le lien qui unit l’homme à son lieu d’être, sa maison, c’est aussi son chien, une espèce différente. Françoise Armengaud propose même d’appeler ‘Complexe de Noé’ cette hantise de faire de sa maison ou de la cité une arche, microcosme affectueux, garantie de salut.
Les murs de cette maison de l’homme retentissent des mots pour le chien, l’homme construit une demeure avec la parole, pour la parole et « seule cette parole peut sauver le monde de son effondrement », soutient Marc-Alain Ouaknin.
Pour paraphraser Hölderlin : c’est en compagnon que l’homme habite dans sa maison.
Tags: compagnon, Complexe de Noé, écologie interspécifique, Françoise Armengaud, Hölderlin, maison, Marc-Alain Ouaknin, parole
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01/10/2009
La portée thérapeutique des interventions de thérapie assistée par le chien (TAC) est de mieux en mieux documentée et rapportée dans de nombreux articles scientifiques.
Mais….
Les expériences savamment encadrées dans les centres hospitaliers du Québec se multiplient. Les chiens médiateurs, impliqués dans toutes ces séances rencontrent des normes préétablies de santé, de comportement et d’éducation. Il va sans dire que la thérapie assistée par le chien en milieu institutionnel est encadrée par l’observation de règles élémentaires mais strictes de prudence, d’éthique et de sécurité. Or, la TAC rencontre des difficultés similaires à toutes nouvelles pratiques médicales et alternatives qui cherchent à se faire connaître et reconnaître au Québec. On a recours aux chiens dans les espaces de santé, mais « When positive effects are reported, weaknesses in the methodologies used to obtain them raise doubts concerning their validity. Additionally, some of the more promising clinical observations that recur consistently throughout the AAI literature— e.g., the ability of animals to expedite the rapport-building process, enhance engagement, and facilitate retention in treatment—have not been investigated empirically »[1].
Les ‘evidence based medecine’ – si chères au monde biomédical – ne sont jamais suffisamment évidentes pour une raison élémentaire : la société anthropocanine ne fait pas partie des cas de figure envisageable. Car, « L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais : c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé, ce qui mérite ce nom de profondeur qui veut dire avec précision ce qui m’échappe. Mais c’est aussi la poésie (…). Je ne sais de quoi de doux, de secret et de douloureux prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous »[2]. Ainsi, le lien immémorial avec le chien n’est pas considéré comme thérapeutique par le corps médical, d’autant plus que « la condition de l’existence d’un lien social n’est pas l’identité des acteurs, mais l’ajustement mutuel de leurs conduites et de leurs attentes»[3].
Il existe, pourtant, une culture et une société propres aux chiens et aux humains en situation de soins. Le corps médical est-il préparé à accueillir cette relation triangulaire chien-patient-soignant travaillant en parfaite multidisciplinarité avec les équipes professionnelles médicales : psychiatre, infirmières, préposées aux bénéficiaires…?
[1] Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J. Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine, july 2004
[2] Bataille, Georges, Théorie de la religion, Idées/Gallimard, 1948, p. 52-53
[3] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 289
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